Le 11 avril 1987, c'est Mozart qu'on assassine au Gaverbeek : un tacle d'Yvan Desloover, l'arrière central de Waregem met brutalement fin à la carrière d'un des plus grands compositeurs d'Anderlecht et de la D1, Juan Lozano. Le procès qui s'ensuit fait trembler l'Union belge. On a retrouvé Don Juan, paquet de cigarettes à la main, sourire aux lèvres et casque blanchi par le temps qui file, au pied du stade du Beerschot où tout commença pour lui en 1974.
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Le 11 avril 1987, c'est Mozart qu'on assassine au Gaverbeek : un tacle d'Yvan Desloover, l'arrière central de Waregem met brutalement fin à la carrière d'un des plus grands compositeurs d'Anderlecht et de la D1, Juan Lozano. Le procès qui s'ensuit fait trembler l'Union belge. On a retrouvé Don Juan, paquet de cigarettes à la main, sourire aux lèvres et casque blanchi par le temps qui file, au pied du stade du Beerschot où tout commença pour lui en 1974. " Je ne connais plus personne ici ", dit-il en posant le pied sur une pelouse que des jardiniers triturent pour la prochaine saison. Lozano reste, avec Rik Coppens, un des plus beaux bijoux de la légende du Kiel. Après avoir eu des alertes cardiaques, il joue calmement au golf, s'occupe de son fils Gianni et se partage avec sa femme Nancy entre Edegem et Coria del Rio, en Andalousie, son village natal où sa maman passe ses vieux jours. Juan Lozano : Non, la vie serait impossible si ce triste événement occupait encore mes pensées. Il y a 25 ans, presque une éternité. Je ne suis pas rancunier et j'évacue les mauvais souvenirs. Je suis fait comme cela et ce trait de caractère m'a aidé. Je ne crois pas qu'un joueur puisse blesser intentionnellement un adversaire qui gagne aussi son pain sur un terrain. Cette faute m'a fait perdre de l'argent mais, surtout, deux ou trois ans au moins de plaisir. Je me sentais heureux sur une pelouse car le football figurait au centre de ma vie depuis toujours. J'avais déjà été blessé mais il s'agissait d'autre chose. Là, tout s'est arrêté... J'ai été victime du pire. Sur le terrain, le pied de Desloover est passé au-dessus du ballon et a percuté ma jambe d'appui. Durant un match, on peut éviter un tacle, anticiper par habitude mais une intervention pareille, c'est impossible : la victime est impuissante. On m'a relevé avec une double facture de la jambe droite. Puis, l'ambulance qui m'emmenait à l'hôpital de Pellenberg a été percutée par un autre véhicule. Cet accident de la route annonçait d'autres catastrophes... Tout s'est enchaîné de façon malheureuse. Après l'intervention, suite à une manipulation de ma jambe, la fracture a bougé et je suis repassé sur le billard. Puis, une inflammation a pris des proportions inquiétantes. Grâce à la technique mise au point par un chirurgien orthopédiste canadien, l'os rongé par cette inflammation a été nettoyé avant de procéder à une greffe de moelle osseuse prélevée à hauteur de mon bassin. Il était temps car la chair de cette jambe était morte. Après deux ans passés dans les hôpitaux et en rééducation, je me suis retrouvé à Alost, en D2, mais c'était fini. J'étais un footballeur d'instinct et, là, il fallait que je réfléchisse quand je négociais le ballon du pied droit. Je ne jouais plus comme je l'avais toujours fait, à la Lozano. Ma jambe, mon pied, mon football : plus rien n'était comme avant. J'ai tout arrêté en 1990 car il ne servait à rien de continuer dans ces conditions-là. Au début, ce ne fut pas évident et j'ai passé pas mal de temps en Espagne, avec ma famille. Ma femme et mon fils m'ont aidé à surmonter cette épreuve. Je n'en veux même pas à Desloover. Je préfère parler du football de 2012... On parle d'eux dans d'autres pays aussi. Witsel a franchi un cap sans problème du Standard à Benfica. Il a aussi surmonté tous les problèmes nés à la suite du tacle sur Marcin Wasilewski. A mon avis, son bagage est suffisant pour viser plus haut et pourquoi pas au Real où un joueur très technique serait utile dans la ligne médiane. Les Madrilènes perdent parfois des ballons faciles dans ce secteur. C'est un constat, pas une critique car, si je préfère le style de jeu de Barcelone, le Real a évidemment signé une grosse saison. Witsel a assez de qualités pour jouer au Real, Biglia aussi. Oui : je ne vois pas pourquoi un excellent joueur qui vient de D1 ne peut pas s'imposer au Real. Quand il a été question de mon passage à Washington et plus tard au Real, je n'ai pas hésité une seconde. D'accord, mais il faut connaître les spécificités du football espagnol. Au top, les équipes disposent de ce type de joueurs. Au Real, Xabi Alonso n'est pas plus rapide que Biglia. Ce n'est pas un problème si on pense plus vite et mieux que les autres. Milieu relayeur, Alonso ne couvre pas un terrain fou, n'est jamais loin du rond central, compense, se place bien, récupère beaucoup de ballons. Biglia a du coffre et je suis certain que José Mourinho exploiterait ses atouts. C'est un cas très différent de celui de Romelu Lukaku. Romelu n'a pas un bagage technique suffisant. Avec lui, tout a été basé sur sa puissance. Balle au pied, c'est insuffisant pour le moment à Chelsea. Il est jeune et doit travailler sa technique. Et il peut y arriver : j'ai connu des joueurs moyens qui ont fameusement haussé leur niveau et des doués qui ont régressé. Lucas serait plus à l'aise dans son élément au top espagnol que dans une équipe moyenne de la Liga où il passerait son temps à galoper derrière les ballons. Mourinho est exceptionnel dans le rendement qu'il atteint avec ses joueurs. Il me fait penser à Tomislav Ivic qui, lui non plus, n'avait jamais joué à un niveau très élevé, tout au plus en D2, mais... Je me suis régalé lors de mon premier entraînement à Anderlecht. C'était en salle et Ivic s'est adressé à moi à la fin de cette séance : - Lozano, you are a very good player. But I don't think that you're a player for our system. J'étais scié. Ivic a commencé à me poursuivre lors de chaque entraînement : - Lozano à gauche, Lozano à droite, Lozano fait le pressing. Et je suis devenu un autre joueur, plus complet, plus moderne. Ivic m'a réveillé. Quand on trouve un Ivic, il faut l'engager mais ce type de coach est désormais cher, très cher, trop cher pour la Belgique. C'est Coppens, mon coach au Beerschot, qui a lancé cette rumeur ! Je ne dis pas que j'adorais les théories mais je ne dormais pas ! Je vivais le football à ma façon. C'est le terrain qui importait et tout ce qui se passait autour, comme la pression médiatique, par exemple, m'intéressait moins. Moi, j'aimais le football. Le reste, pfft... Van Himst a parfaitement détendu une équipe stressée. En 1982, Anderlecht avait encore disputé une demi-finale de Coupe des Champions contre Aston Villa. Il y avait de l'électricité dans l'air mais le renvoi d'Ivic en septembre 82 a quand même manqué de classe. Ce n'était pas le problème de Van Himst qui a été fantastique avec la collaboration de son T2, Martin Lippens. Van Himst s'est imposé naturellement, sans crier. Il a tout de suite acquis le respect. Il me fait penser à Vicente Del Bosque que j'ai eu comme équipier un an au Real. Del Bosque était demi défensif et ne perdait jamais son calme. Il accordait de l'attention à tout le monde et est resté comme cela à la tête de la Roja. Je le revois parfois à Madrid et le plaisir est partagé. C'est un gentleman comme Van Himst avec qui j'ai gagné une Coupe de l'UEFA contre Benfica. J'ai marqué à Lisbonne, cela ne s'oublie pas. J'étais en plein boum et le Real est arrivé. Je n'ai pas assez joué à Santiago Bernabeu... Après mon arrivée au Real en 1983, j'ai tout de suite réussi un grand tournoi Bernabeu. J'ai été élu meilleur joueur et mon début de championnat fut prometteur. En tant que médian, j'étais même le meilleur buteur du Real. Hélas, après six journées, le gardien de but de Salamanque m'a brisé la jambe. Puis, on m'a opéré du ménisque et j'ai eu une deuxième fracture de la jambe contre l'Atletico Madrid. Je ne sais même plus quelle jambe. Non, j'ai eu tellement de blessures que j'oublie. Après deux ans, je suis revenu à Anderlecht. J'ai traversé des épreuves mais cela ne change rien : le foot reste ce qu'on fait de mieux... Fabuleux, on ne fait mieux nulle part. C'est le choc de deux styles et tout le monde rêvait de retrouver le Real et le Barça en finale de la CL. Mais il y a eu des soucis en demi-finales. A Madrid, le Real a été dominé dans le jeu par le Bayern Munich. Cela sautait aux yeux : le Real doit enrichir sa ligne médiane. Mais le Real marque beaucoup de buts et Cristiano Ronaldo est fabuleux dans ce style de jeu. Le Barça était un peu fatigué en fin de saison et Chelsea en a profité mais cela ne changera rien à sa façon de vivre le football. C'est la meilleure équipe de tous les temps et je ne me lasse pas de la regarder. Pep Guardiola l'a menée à un niveau pas possible. Non, le Barça prône ce football depuis l'époque de Johan Cruijff. Cet effectif a encore un peu de temps devant lui. Même si son centre de formation est remarquable, le Barça a eu le bonheur de sortir une génération exceptionnelle : Xavi, Iniesta, Messi. Le Real a aussi connu cela dans le passé mais cela n'arrive pas tous les ans. Messi, c'est un extra-terrestre. A un moment, le Barça a osé vendre une vedette comme Zlatan Ibrahimovic parce que - sur un plan tactique - sa position gênait l'éclosion de Messi. Mais le football espagnol, c'est aussi l'Atlético Madrid et Bilbao. Il y a quelques années, Emilio Ferrera m'avait déjà parlé de Marcelo Bielsa, le coach des Basques. Bielsa est formidable et quand il s'engage, c'est qu'il croit à un projet ; l'argent vient bien après. Il procède aussi au rajeunissement de l'équipe. Avec quel succès... Il y a longtemps que les adversaires des clubs espagnols ou de la Roja bétonnent. L'Espagne va prolonger son titre et ses principaux concurrents seront l'Allemagne, les Pays-Bas et peut-être la France. L'équipe nationale a du talent à revendre : Courtois, Kompany, Vermaelen, Dembélé, Fellaini, Witsel, Chadli, Mertens, Hazard, etc. Eden est pétri de talent comme le prouvent ses deux titres de meilleur joueur de France. Quand on connaît la solidité des défenses françaises c'est significatif. Je me demande simplement si les Diables ne sont pas animés par la mentalité " pour me battre, il faudra me passer sur le corps ". J'ai aussi suivi le championnat : Anderlecht a mérité son titre. Mais ces play-offs sont... chiants. Si on inventait une telle bêtise en Espagne, ce serait la révolution. La presse ne parlait que de ça mais il y a eu un problème ! Les étrangers devaient résider en Belgique depuis trois ans sans interruption avant d'introduire un dossier de demande de naturalisation. Or, mon séjour aux Etats-Unis avait interrompu ma présence en Belgique. En 1982, je ne revivais en Belgique que depuis un peu plus d'un an. Le ministre de l'Intérieur, Herman Vanderpoorten, n'a pas voulu faire d'exception et l'affaire est tombée à l'eau. Guy Thys est revenu à la charge en 1983. J'ai refusé car une naturalisation aurait eu pour effet d'annuler mon transfert au Real Madrid (plus convaincant que l'AS Rome et le Barça) qui comptait son contingent de joueurs étrangers avec Johnny Metgod, Jorge Valdano et Uli Stielike. Un transfert au Real, cela ne se refuse pas. Anderlecht a peut-être été éliminé à cause du 3-0 à Bruxelles. Les Madrilènes n'ont pas digéré ce score. Au retour du stade, à l'hôtel, mes équipiers ne parlaient que de cela, de revanche à prendre, de plans tactiques à mettre au point, de conquête, de cette tradition de la remontada (remontée) qui a souvent aidé le Real dans les moments difficiles. Le public s'est mobilisé et 95.000 spectateurs nous ont poussés à l'assaut de la défense d'Anderlecht. J'ai entamé le match et j'ai senti cet appui : j'étais certain à 100 % que le Real pouvait réaliser un exploit. Nous avons eu un peu de chance face à un Sporting pétrifié : 1-0 après une minute, 3-0 à la demi-heure, 4-1 au repos. Anderlecht était écrasé par la puissance de notre remontada : 5-1 à la 48e minute... Ce Real était irrésistible et a été chercher cette qualification avec son talent mais surtout grâce à un mental de fer. PAR PIERRE BILIC: IMAGEGLOBE/ KETELS" Si on inventait des play-offs en Espagne, ce serait la révolution. "" Fracture ouverte puis mal soigné : j'ai été victime de tout ce qui pouvait mal se passer. "