Un échange d'arrières droits, en quelque sorte : MarcosCamozzato s'est lié pour trois saisons à Bruges, tandis que LaurentCiman (qui devait revenir à Bruges après un prêt d'une saison à Courtrai) a signé pour quatre ans au Standard. Lequel des deux clubs a-t-il fait la meilleure affaire ? " Les supporters de Bruges, qui ne portaient pas trop Laurent dans leur c£ur, estimeront sûrement qu'ils sont les grands bénéficiaires ", prévoit DavidVandenbroeck, qui a repris les entraînements avec Charleroi sans savoir s'il disputera réellement la prochaine saison sous le maillot des Zèbres. " Mais au bout d'un certain temps, ceux du Standard seront également convaincus qu'ils n'ont pas perdu au change. "
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Un échange d'arrières droits, en quelque sorte : MarcosCamozzato s'est lié pour trois saisons à Bruges, tandis que LaurentCiman (qui devait revenir à Bruges après un prêt d'une saison à Courtrai) a signé pour quatre ans au Standard. Lequel des deux clubs a-t-il fait la meilleure affaire ? " Les supporters de Bruges, qui ne portaient pas trop Laurent dans leur c£ur, estimeront sûrement qu'ils sont les grands bénéficiaires ", prévoit DavidVandenbroeck, qui a repris les entraînements avec Charleroi sans savoir s'il disputera réellement la prochaine saison sous le maillot des Zèbres. " Mais au bout d'un certain temps, ceux du Standard seront également convaincus qu'ils n'ont pas perdu au change. " Bref, une opération win- win dont tout le monde sort gagnant ? " Théoriquement, on peut présenter ce double transfert de cette manière ", confirme LucDevroe, le manager du Club. " Mais entre la théorie et la vérité du terrain, il y a parfois des nuances. L'avenir nous apprendra qui se sentira le plus heureux. Je sens Marcos très motivé à l'idée de rallier la Venise du Nord. Il a à c£ur de démontrer que la saison difficile qu'il vient de vivre n'était qu'un accident et qu'il peut toujours être considéré comme le meilleur arrière droit du championnat. Laurent, de son côté, est très content aussi de son passage au Standard. Je lui souhaite de réussir là-bas. Dans un environnement francophone, son adaptation sera peut-être facilitée. " C'est aussi l'avis de Vandenbroeck : " Un francophone part peut-être avec un préjugé défavorable à Bruges. Pour son malheur, Laurent a commis deux ou trois erreurs lors de son premier match. Cela n'a rien arrangé. Les supporters l'ont pris en grippe et sa confiance en a pris un coup. A partir de là, c'est devenu difficile. S'il était resté à Bruges, le passé risquait de le rattraper et il aurait été hué à la moindre contre-performance. "L'aspect communautaire ne peut toutefois pas expliquer à lui seul l'échec de Ciman à Bruges. " Certainement pas ", confirme Devroe. " D'autres francophones ont bien réussi au Club. Mais les circonstances n'ont pas joué en sa faveur. D'abord, il n'a pas effectué la préparation avec l'équipe puisqu'il a passé l'été à Pékin, où il a participé aux Jeux Olympiques. Or, pour un nouveau joueur encore davantage que pour un vétéran, il est important d'être présent lorsque tout se met en place. Après Noël, il a aussi été perturbé par l'indécision qui régnait au sujet de JackyMatthijssen, l'entraîneur qui l'avait fait venir. Laurent s'est relancé à Courtrai, tant mieux pour lui. Et il n'avait pas trop envie de revenir à Bruges. De notre côté, on cherchait un véritable arrière droit. Or, à Courtrai, Laurent a joué la moitié du temps comme défenseur central. " Les JO de Pékin ont donc viré au cauchemar pour Ciman : non seulement ils ont gâché son intégration à Bruges, mais ils l'ont aussi placé au centre d'une polémique. A la fin d'un match, alors qu'il ne restait que quelques minutes à jouer, il avait refusé de monter au jeu parce qu'il estimait avoir droit à plus d'égards. " En ce qui me concerne, cet incident a rapidement été aplani ", affirme Jean- FrançoisdeSart. " On en a discuté et on a crevé l'abcès. Laurent m'a expliqué qu'on lui avait mis dans la bouche des propos qu'il n'avait jamais tenus. Surtout dans la presse flamande. Je préfère retenir qu'il est devenu l'un des meilleurs défenseurs du pays. " " Cet incident était effectivement anecdotique ", confirme Jean- FrançoisRemy, l'adjoint de de Sart en Chine. " C'était la réaction d'un joueur déçu. Laurent est un garçon émotionnel. Lorsqu'il a un souci, il a tendance à s'énerver. Qu'un joueur ait envie de jouer, c'est normal. Mais, au lieu de transformer sa déception en motivation, il s'est auto-puni. Il en a directement pris conscience et a fait son mea culpa. Moi, j'aime bien le tempérament de Laurent. C'est quelqu'un de généreux. Et je suis persuadé qu'il plaira au public de Sclessin. Des joueurs qui vont au charbon, on adore cela là-bas. EricGerets a bâti sa carrière là-dessus. Or, Laurent, c'est exactement cela : un joueur de tempérament, de caractère. " Vandenbroeck acquiesce : " Pendant une saison, on a fait quotidiennement la route ensemble. Deux heures et demie par jour... On avait donc tout le temps de discuter de tout et de rien. On ne s'est pas ennuyé une seconde. On peut parler de tous les sujets avec Laurent. Humainement, c'est quelqu'un de bien. Il a aussi un grand sens de l'humour. A deux, nous avons souvent mis de l'ambiance dans le vestiaire de Courtrai. Il est très porté sur la famille. Récemment, il est devenu papa d'une petite fille. Son épouse et sa fille sont tout pour lui. Ce sont sa reine et sa princesse. Cette naissance l'a responsabilisé. "Remy est d'accord : " Aujourd'hui, Laurent est un autre homme que celui que j'ai connu en Espoirs. Il va bientôt avoir 25 ans, il a mûri. "Sportivement, l'année que Ciman a passée à Courtrai semble l'avoir transformé. " Je suis plein d'admiration devant le travail réalisé par Georges Leekens ", poursuit Remy. " De Sart et moi, on se partageait les tâches au niveau du scouting et j'ai souvent suivi Courtrai. Laurent a fait un grand bond en avant, il a gommé beaucoup de ses lacunes tactiques. Mentalement, la confiance aidant, c'est aussi devenu un autre homme. A Bruges, son mental n'était pas bon et il a subi un échec. A Courtrai, son mental était excellent et il est devenu international. " LongCouteau n'a décidément pas son pareil pour relancer des joueurs en détresse. Après avoir rendu ChristianBenteke apte à défendre valablement ses chances à Sclessin, voilà qu'il a également préparé Ciman pour le Standard. Mais comment s'y prend-il ? " Avec Laurent, tout est question de confiance ", nous explique-t-il en bouclant ses valises pour l'Afrique du Sud où il est parti visionner l'Allemagne. " La lui rendre a été mon premier souci. Comment ? En lui parlant, en lui faisant comprendre qu'il pouvait être important pour l'équipe, en lui ôtant la pression et en faisant en sorte qu'il se sente à l'aise. A force de jouer, il a retrouvé un mental de vainqueur. " En lui ôtant la pression ? C'est peut-être possible à Courtrai, mais au Standard, elle risque de refaire surface. " Vous savez, la pression, on doit d'abord se la mettre soi-même à l'entraînement. En travaillant. Le ballon est dans le camp de Laurent. Lorsqu'on s'applique à l'entraînement, le reste vient tout seul en match. "Leekens était tellement content de Ciman à Courtrai qu'il lui a offert une première sélection en équipe nationale. " Ce n'était pas un cadeau ", se défend-il. " J'estimais que Laurent avait mérité sa sélection pour la bonne saison qu'il a livrée. D'autant que la Belgique n'est pas riche en arrières droits. Il est bien rentré contre la Bulgarie. A lui de confirmer. "DanteBrogno, qui entraînera l'Union Saint-Gilloise la saison prochaine, a bien connu Ciman à Charleroi. " Je peux même dire que c'est moi qui ai été le chercher à l'Olympic, alors qu'il avait 17 ans et jouait encore avec le noyau B ", précise-t-il. " Lorsque je l'ai contacté, il n'en a pas cru ses oreilles. Je me souviens que, lorsque je lui ai demandé si un transfert au Sporting l'intéressait, il m'a répondu : - Pour quoifaire ? Je lui expliqué que s'il travaillait bien, il avait les capacités pour intégrer la D1. Je l'ai senti incrédule : - Moi, enD1 ?Cen'estpaspossible, personnenecomptesurmoi ! Il n'avait visiblement pas encore pris conscience de ses possibilités. Mais j'avais décelé des qualités en lui. Des lacunes également, mais perfectibles. Je ne me suis pas trompé : je savais qu'au bout de six mois ou un an, il intégrerait le noyau A. Je n'oublierai jamais le moment où il a débuté en D1. C'était contre Anderlecht. ThierrySiquet s'était blessé après quelques minutes et Laurent a été appelé pour le remplacer. Il a donc joué 88 minutes et cela s'est très bien passé. Ce fut le déclic. Au coup de sifflet final, il s'est précipité vers moi et m'a glissé à l'oreille : - Coach, maintenantjevouscrois : jesuiseffectivementcapabledejouerenD1 ! Quand Laurent a signé à Bruges, son premier coup de fil a été pour moi. Cela ne s'est pas bien passé pour lui là-bas. Peut-être a-t-il voulu forcer, pour montrer à tout le monde qu'il était digne de figurer dans une telle équipe. Il n'aurait pas dû se compliquer la vie. C'est aussi ce que je lui conseille de faire au Standard : d'abord jouer simplement, puis lorsqu'il se sentira à l'aise, essayer d'en faire un peu plus. C'est une deuxième chance qu'il reçoit dans un grand club et il ne peut pas la laisser passer. " Quelle est la meilleure place de Ciman ? " Je crois que Laurent ne le sait pas très bien lui-même ", pense Vandenbroeck. " Au départ, j'ai compris qu'il se sentait plus à l'aise comme défenseur central, le poste où il avait été formé : il y apporte une grosse présence, y est très sec sur l'homme. Lorsque Leekens l'a fait glisser à l'arrière droit à Courtrai, il avait une petite appréhension car cela s'était mal passé pour lui à Bruges à ce poste. Il s'est efforcé de vaincre ses craintes, mais me demandait souvent : - David, n'hésitepas àmeguider lorsquetul'estimesnécessaire ! Mais lorsqu'il a trouvé ses marques, il est devenu très bon sur le flanc et a appris à apprécier cette place. Il est monté de plus en plus souvent et j'assurais la couverture. Sa vitesse est un atout pour évoluer à cette position. On a souvent joué ensemble à Courtrai, que ce soit tous les deux comme défenseurs centraux ou moi au centre et lui à droite. Il n'y a pas eu de gros couacs. " " Laurent doit considérer sa polyvalence comme un atout ", estime Remy. " A la base, c'est un défenseur central. Je me souviens d'un match où Charleroi s'est retrouvé en infériorité numérique. A dix contre onze, Laurent a pris ses responsabilités et a tenu la baraque derrière. Dans ce rôle-là, lorsqu'il faut montrer son caractère, il est formidable. C'est quelqu'un qui n'a peur de personne. En revanche, lorsque son équipe domine trop son sujet, il a parfois tendance à tomber dans la facilité. Offensivement, il a progressé comme arrière droit. Sans être exceptionnel, son bagage technique est devenu très convenable. "" Pour devenir un grand arrière droit offensif, il doit encore apprendre à mieux brosser ses centres ", ajoute Leekens. " Mais cela viendra. Et puis, offensivement, il est très bon sur les coups de pied arrêtés. Grâce à un bon jeu de tête mais aussi une bonne frappe. "Brogno prévoit déjà que le Standard ne sera qu'une étape dans la carrière de Ciman. " Il restera, au maximum, un ou deux saisons. Après, l'étranger l'appellera. "lpar daniel devosDans deux ans, au maximum, Ciman jouera à l'étranger. (Dante Brogno)