Tim Henman (27 ans) est las des journalistes anglais. Ses prestations décevantes lui ont valu beaucoup de critiques au pays natal: "Tout ce qui paraît me déconcentre. Même quand je gagne, je lis des inepties. J'ai rapidement appris à ne pas relever ce que les journalistes écrivaient. Ils ont le droit d'avoir une opinion mais je serais stupide de me laisser influencer".
...

Tim Henman (27 ans) est las des journalistes anglais. Ses prestations décevantes lui ont valu beaucoup de critiques au pays natal: "Tout ce qui paraît me déconcentre. Même quand je gagne, je lis des inepties. J'ai rapidement appris à ne pas relever ce que les journalistes écrivaient. Ils ont le droit d'avoir une opinion mais je serais stupide de me laisser influencer". Tim Henman: Pas vraiment mais j'en suis peut-être responsable. Compte tenu de la réputation de la presse anglaise, j'ai tendance à donner la réponse la plus juste au lieu de la plus honnête. Je sais ce qu'elle cherche. Il y a deux ans, on m'a demandé ce que je pensais d'une rétribution égale des hommes et des femmes. J'étais alors membre du conseil des joueurs de l'ATP et j'ai répondu que je trouvais le circuit féminin super mais que les sommes accordées étaient nettement inférieures aux primes des hommes. Leur circuit était bon, elles avaient beaucoup de vedettes. J'estimais qu'elles devaient veiller à générer plus d'argent pour leur propre circuit, car elles le méritaient. Mais j'ai commis une erreur en ajoutant que je trouvais anormal qu'elles veuillent plus d'argent dans les Grands Chelems alors que les hommes jouent souvent cinq sets. Je l'ai dit à une seule personne. Le lendemain matin, les journalistes faisaient la file. éa a duré deux jours. Tout le monde voulait m'interviewer. La prochaine fois, je ne dirai plus rien. Mais alors, on me trouve ennuyeux. éa ne m'empêche pas de dormir. Seule l'opinion de ma famille et de mes amis compte. Ce qu'on écrit sur vous ne vous fait pas mal?Pourquoi? D'abord, qu'y connaissent les journalistes? Que comprennent-ils à la tactique? Et savent-ils ce que ça fait, de jouer sur le court central devant 15.000 personnes? Imaginent-ils la tension nerveuse inhérente? Que peuvent-il raconter sur mon coup droit ou mon service? Si j'écoutais les gens, je deviendrais fou. En fait, il est heureux que je ne pratique pas un sport où le jury joue un rôle clef, comme en patinage artistique. Là, ce sont les autres qui vous dictent leur loi. J'aime l'individualisme du tennis. Si vous êtes bon, vous gagnez, sinon, vous perdez. Vous ne pouvez rien reprocher aux autres. J'aime ça.Quel est votre premier souvenir du tennis?A trois ou quatre ans, je passais mon temps à jouer sur le court situé derrière notre maison. Mon premier souvenir important est lié à Wimbledon. Ma mère m'y a emmené et j'ai vu Björn Borg en action à six ans. Je commençais à rêver de m'y produire un jour. J'ai su très tôt ce que je voulais faire dans la vie. J'ignorais encore l'ampleur réelle de mes qualités mais je voulais tenter ma chance.Dormir dans son litLors de ma première année en seniors, j'ai été disqualifié: j'avais frappé une balle en dehors du court, de rage, et avait atteint une ramasseuse de balles. éa n'a donc pas été très positif. C'était en 1995. éa m'a valu ma première confrontation avec la presse. Trois ans auparavant, j'avais participé au tournoi des juniors. En 1996, j'ai progressé. Je faisais partie du top 100 et j'ai battu Kafelnikov. J'ai atteint les quarts de finale. Pour la première fois, j'ai joué sur le central. Wimbledon est mon tournoi favori, dans ma ville préférée. Je joue sur ma surface de prédilection, devant mes supporters et en plus, je dors dans mon lit. C'est fantastique.Mais vous êtes sous pression: tout le pays a les yeux braqués sur vous.éa ne me cause pas vraiment de problèmes. Je raffole de cette période. Il y a d'abord le Queen's, où je m'entraîne la plupart de l'année, puis une semaine de repos et deux semaines à Wimbledon. Evidemment, je suis sous pression mais j'ai appris à vivre avec. Regardez mes résultats et mon jeu. C'est à Wimbledon que je suis le meilleur. Peut-être parce que ma première expérience sur le central a été positive. D'emblée, j'ai su que tout irait bien. Je n'ai raté aucune balle pendant les cinq premières minutes. Je n'ai pas commis une seule erreur. C'était comme si j'avais joué là des dizaines de fois! J'ai battu Kafelnikov en cinq sets. Ensuite, on en veut toujours plus. Je voudrais gagner le tournoi une fois.En êtes-vous capable?Oui. Comparez mes performances à celles des autres participants. Beaucoup de joueurs sont susceptibles de gagner sur terre battue ou sur un sol dur mais peu sont aussi à l'aise sur le gazon. C'est une spécialité. Il faut apprendre à s'y mouvoir. En plus, les joueurs capables de jouer en service volée se font rares.L'année dernière, vous avez été battu par Goran Ivanisevic en demi-finales, au terme d'un match bizarre. Quel regard portez-vous sur ce match? Le match à la fois le plus difficile et le plus étrange de ma carrière. Nous avons passé trois jours sur le court. Le premier jour, j'ai imposé ma loi. J'ai gagné le troisième set en 14 minutes. Puis il a commencé à pleuvoir. éa a joué en ma défaveur mais bon, souvent, la pluie m'a avantagé. Le troisième jour, le dimanche, c'était 3-2 dans le cinquième set. Nous avons joué quatre jeux et j'ai perdu. C'est étrange. Normalement, au bout de cinq sets, vous êtes épuisé mentalement et physiquement, surtout quand il s'agit d'une demi-finale à Wimbledon, mais je me sentais bien. J'ai vraiment raté le coche de peu. Je ne m'y prendrais pas autrement aujourd'hui. Je m'abstiendrais simplement de commander la pluie!Ce fut un coup dur?Non. J'ai été très déçu mais la presse a dramatisé l'événement. Les photographes m'ont pourchassé. Ils étaient à huit sur le pas de ma porte. Qu'espéraient-ils? Que les rideaux restent fermés toute la journée? Je suis sorti, j'ai demandé ce que je pouvais faire pour eux. Ils ne le savaient pas. Comment aurais-je dû réagir? La vie continue. Je me suis rendu à mon club de golf, suivi par cette meute. Ils voulaient savoir ce que j'allais faire et me prendre en photo.Avez-vous regardé la finale?Gamin, je suivais tous les matches. Une fois rentré de l'école, je m'installais devant la télévision et je ne ratais aucun point. Quand j'étais à Wimbledon, je restais du début à la fin. Un joueur professionnel, lui, quitte le court quand il a achevé son boulot.Al QaedaCe jour-là, j'étais en avion. Nous devions passer cinq jours à Miami pour préparer la Coupe Davis contre l'Equateur. Au bout de six heures et demi de vol, le commandant de bord a annoncé que l'espace aérien américain était fermé. Nous étions trop loin pour revenir à Londres. Nous avons été déviés sur les Bermudes.Saviez-vous alors ce qui s'était passé?On ne nous l'a raconté qu'après l'atterrissage. éa a fait un coup. Je suis resté bloqué aux Bermudes 24 heures. Le lendemain, nous sommes retournés à Londres, où nous sommes arrivés le jeudi matin. Le vendredi, nous nous sommes envolés vers Madrid et de là vers Quito, puis vers Guayaquil. Il m'a fallu quatre jours et demi pour arriver en Equateur.Penser au tennis dans des circonstances pareilles n'était pas difficile?Ce fut quand même un choc, non?A-t-il changé votre regard sur le monde?Dans une certaine mesure, oui. Pour un professionnel, l'essentiel est de gagner et perdre est la pire des choses. Ce drame replace tout dans une autre perspective. Le tennis est très important pour moi et je veux faire de mon mieux mais ça n'a plus la même importance.Vous ne vous êtes pas senti menacé?Les Britanniques ont adopté un point de vue tellement ferme, se sont tellement impliqués que j'ai pensé que Londres serait certainement un des prochains objectifs d'Al-Qaeda. Cette organisation est à même de frapper partout. A ce moment-là, qui n'a pas regardé par-dessus son épaule? Qui ne se sentait pas en insécurité? Tout peut arriver quand une organisation est capable d'expédier deux avions dans une tour. Mon métier m'oblige à beaucoup voyager. Ce n'est pas spécialement agréable.Coen Vemer, ESM"J'avais six ans quand j'ai vu Bjorn Borg sur le court central"