Le climat a drôlement changé. Rappelez-vous ce départ triomphal des Diables vers le Brésil saluant furtivement une meute de supporters sur le tarmac de Zaventem. Aujourd'hui la machine publicitaire bat, certes, toujours à plein régime. Les Diables sont partout : sur les canettes, les abribus, dans les spots publicitaires divers et variés. Et le pays suit la tendance, il se drape de noir-jaune-rouge, les rétros sont à nouveau gantés.
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Le climat a drôlement changé. Rappelez-vous ce départ triomphal des Diables vers le Brésil saluant furtivement une meute de supporters sur le tarmac de Zaventem. Aujourd'hui la machine publicitaire bat, certes, toujours à plein régime. Les Diables sont partout : sur les canettes, les abribus, dans les spots publicitaires divers et variés. Et le pays suit la tendance, il se drape de noir-jaune-rouge, les rétros sont à nouveau gantés. Mêmes artifices mais sans la même saveur pour autant. La faute à des attentes qui sont aujourd'hui tout autres. La Belgique n'est plus ce petit pays tout heureux de regoûter à une grande compétition après douze ans d'ennui mais bien le récent numéro un mondial. Quand, le 7 juin 2014, les Diables venaient à bout sans gloire de la Tunisie (1-0) avant de partir batailler en Coupe du Monde, rares étaient ceux qui s'en émouvaient. Le Diablix (ndlr, supporter exclusivement des Diables) sortait alors les clairons et enchaînait les olas. Désormais, le stade Roi Baudouin se met à grogner comme sur le but finlandais ou la deuxième réalisation norvégienne. Il y avait même comme un début de bronca dans l'air. Impensable il y a deux ans à la même période. Mais, depuis, il a y eu ce retour loupé du Brésil, l'imbroglio autour du futur de MarcWilmots, et surtout plusieurs prestations peu emballantes durant les qualifications alors que public et médias attendent aujourd'hui résultat, panache et manière. Marc Wilmots n'est plus LE sauveur de la nation. Il se sait de plus en plus attaqué. Et il contre-attaque. Quand la Fédé décide de publier un communiqué peu flatteur concernant les résultats financiers de l'exercice de 2015, dont le déficit d'exploitation culmine à plus de 4,5 millions d'euros, Wilmots prend les devants. " J'ai lu que j'aurais refusé un match à domicile et amical contre la France et que le syndicat aurait ainsi perdu 1 million, cela est inexact... C'était un match à Bordeaux pour l'inauguration du stade, donc pas un match à domicile comme je l'ai lu. " Wilmots le répète à qui veut l'entendre : il souhaite le meilleur pour ses ouailles. Mais cela a un coût important. Et à la Fédé, ses exigences font grincer pas mal de dents. Les nombreux licenciements entamés par la maison de verre - StevenMartens en tête - ou quelques litiges avec d'anciens partenaires ont plombé les finances et le sélectionneur n'en est évidemment pas responsable. Par contre, il y a bien les dépenses pour se rendre en Israël et à Chypre en Airbus A330 qui lui sont reprochées en interne. Wilmots est une sorte d'hyper-sélectionneur qui veut tout contrôler et avoir son mot à dire sur à peu près tout. Dernier exemple : sa sortie peu corporate sur le prix des billets pour les matches des Diables qui sont, pour lui, excessifs. " Je ne sais pas si je peux le dire, mais je ne vais pas me gêner. Moi, je donne toujours mon opinion. Les prix sont trop élevés parce que l'Union Belge pense surtout à l'argent. " Une communication rugueuse qui renforce les différends et qui incite certains à être plus réticents par rapport aux exigences du sélectionneur. A la Fédé, on nous raconte notamment l'épisode de la bâche qui doit entourer les terrains d'entraînement du Haillan à Bordeaux et empêcher les suiveurs d'y voir quoi que ce soit. Coût de l'opération : 10.000 euros. " OK pour la bâche, mais alors ces 10.000 euros seront déduits des primes des joueurs ", propose-t-on du côté de la Fédé. Wilmots refuse. Autre exigence : Wilmots veut que l'hôtel du Golf du Médoc à Bordeaux ne soit occupé que par son staff et ses joueurs. Dans un premier temps, il refuse que des dirigeants de l'Union Belge profitent des chambres " inoccupées ". Avant de finir par mettre de l'eau dans son vin et d'accepter. Même au sujet du choix des costumes officiels des Diables, le sélectionneur s'en mêle, change quelques détails et alourdit encore quelque peu la note. Une omniprésence qui pèse de plus en plus. L'Euro n'a pas encore commencé mais les échanges sont vifs. Et quand une journaliste hollandaise demande d'un air faussement naïf à notre sélectionneur pourquoi " il ambitionne seulement les demi-finales et n'évoque pas le succès final ", Wilmots fixe son interlocuteur comme il en a l'habitude et ironise. Wilmots n'aime pas être chatouillé et le fait savoir. On lui prête même des airs de RenéVandereycken quand il compte les 5 occasions en première mi-temps et les onze en seconde après le match peu concluant face à la Finlande. Wilmots préfère évoquer les points positifs. Une forme de méthode Coué dont on doute qu'elle tienne sur la longueur. Les défections en cascade, principalement en défense, ne l'ont certes pas aidé. " Je vais bientôt devoir me rendre à Scherpenheuvel si ça continue ", balance-t-il quelque peu agacé. Sans capitaine Kompany, Wilmots se cherche un leader, " quelqu'un qui commande ", explique-t-il. TobyAlderweireld est désigné comme tel. Wilmots est pressé par le temps, il se rend bien compte que la machine n'est pas en place, que les multiples essais n'ont pas fait avancer le schmilblick. Dès dimanche soir, sur le coup de 22 h, il assure pourtant avoir son onze en tête mais sait pertinemment bien que l'état de forme critique de plusieurs joueurs brouille ses plans. Le coach a pas mal tâtonné et a surpris son monde. Et en a vexé quelques-uns. Comme AxelWitsel qui n'a que modérément apprécié de se retrouver arrière droit reléguant encore un peu plus à l'arrière-plan un LaurentCiman déçu de la tournure des événements. Mercredi soir, après le match face à la Finlande, DriesMertens échappe à la grappe des journalistes sans dire un mot, vexé d'être relégué au titre de simple joker. Plus les jours avancent, plus les contacts se durcissent. RomeluLukaku, d'un coup d'épaule massif, explique au néophyte ChristianKabasele que le chemin est encore long. Jordan Lukaku, lui, tacle Axel Witsel sur un impressionnant retour défensif. Les joueurs sont impatients d'en découdre. Leurs nombreuses sorties médiatiques ambitieuses avant l'Euro en sont la meilleure preuve. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTO BELGAIMAGE