C'est l'histoire d'un Loup qui crève l'écran et crache le feu chez les Dragons. Alessandro Cordaro (20 ans) est à Mons depuis 2002. Au moment de débarquer dans ce club, il ne comprenait pas pour quelles raisons La Louvière, son club formateur où il venait de passer 10 saisons, refusait de lui donner une chance dans le noyau A. Il a connu tous les soubresauts récents de l'Albert : la première saison euphorique en D1, l'épisode Sergio Brio, la chute en D2, la remontée immédiate, le début de la deuxième expérience parmi l'élite. En mai dernier, il fut élu meilleur Montois de la saison du titre. Aujourd'hui, il continue d'être une valeur sûre de José Riga. Cordaro est à la baguette et passe pour un meneur de l'équipe. Il ne faut pas être vieux...
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C'est l'histoire d'un Loup qui crève l'écran et crache le feu chez les Dragons. Alessandro Cordaro (20 ans) est à Mons depuis 2002. Au moment de débarquer dans ce club, il ne comprenait pas pour quelles raisons La Louvière, son club formateur où il venait de passer 10 saisons, refusait de lui donner une chance dans le noyau A. Il a connu tous les soubresauts récents de l'Albert : la première saison euphorique en D1, l'épisode Sergio Brio, la chute en D2, la remontée immédiate, le début de la deuxième expérience parmi l'élite. En mai dernier, il fut élu meilleur Montois de la saison du titre. Aujourd'hui, il continue d'être une valeur sûre de José Riga. Cordaro est à la baguette et passe pour un meneur de l'équipe. Il ne faut pas être vieux... Alessandro Cordaro : C'est vrai, je n'étais pas spécialement bon en début de saison. J'avais déjà connu la D1 mais j'ai dû m'y acclimater à nouveau. Je sortais d'une année en D2 où le rentre-dedans était la marque de fabrique de la plupart des adversaires. En D2, les aspects techniques et tactiques ne sont souvent que secondaires. J'ai vu beaucoup d'équipes monter sur le terrain sans consignes spécifiques. Ces joueurs étaient déjà contents d'être là, ils considéraient la D2 comme une sorte d'aboutissement et ne visaient pas un football organisé. Dans mon rôle de meneur de jeu, je me suis adapté à ces spécificités. On me laissait de la liberté, des espaces, j'en profitais pour dribbler deux ou trois hommes à l'approche du but. Le plus souvent, ça passait. Mais, une fois de retour en D1, j'ai vite compris que je devais recadrer mon jeu. Je dribble toujours de la même façon qu'il y a quelques mois mais on me fait vite sentir que j'ai intérêt à m'adapter : ça passe rarement, donc je dois privilégier d'autres solutions. J'ai aussi appris que je devais effectuer une partie du travail défensif dans l'entrejeu, alors que ce n'était pas du tout nécessaire en D2. Tout cela explique que j'ai ramé en début de championnat. Tout ! J'ai la permission de voyager un peu partout, je ne suis pas bridé comme la plupart des joueurs. Et je touche un grand nombre de ballons. Le recevoir très souvent, c'est la nourriture d'un médian. J'ai toujours espéré faire carrière à cette place. Quand José Riga a décidé de me tester comme meneur, j'ai vraiment apprécié. Je crois, oui. J'ai prouvé ce que j'avais dans le ventre contre Bruges et le Germinal Beerschot, deux calibres du championnat. Je sens la confiance de mes coéquipiers, ils me considèrent comme un relais privilégié. A moi de confirmer, j'ai les cartes en mains. (Il rigole). Oui, je sais. On m'a un peu chambré dans le vestiaire. Jean-Paul Colonval m'avait déjà dit que je ressemblais à Van Moer. Evidemment, je ne l'ai jamais vu jouer en live, on m'a simplement montré des images. Impressionnant ! C'est très flatteur comme comparaison car j'ai vu un joueur très technique, très volontaire, qui voyait très bien le jeu et distribuait comme un maître. C'est si petit, 1m75 ? Cela ne m'empêchera jamais de réussir. Combien mesure Wamberto ? Et Mbark Boussoufa ? Et Lucas Biglia ? Et on a oublié Pär Zetterberg ? Je ne vois pas où est le problème. Si ma petite taille ne m'a pas handicapé en D2, elle ne me gênera certainement pas en D1. Pour la place que j'occupe, c'est même un avantage : je suis plus vif et je tombe moins facilement qu'un grand. Il me reste à améliorer ma puissance, évidemment : le coach m'a dit que j'allais devoir suivre un programme spécifique. Mais sans aller trop loin car cela se ferait au détriment de ma souplesse et de ma vivacité. J'ai toujours été un peu rebelle, c'est sans doute mon caractère latin qui parle. J'ai du mal à supporter qu'on me pique le ballon ou qu'on me bouscule. J'ai aussi toujours eu tendance à faire de petites fautes inutiles loin de notre but. Il faut que j'apprenne à mieux canaliser mon énergie, ce serait certainement bénéfique pour mon jeu. Je pense que l'entraîneur a adapté son système surtout pour compenser le départ de Jérémie Njock. En préparation, nous avons souvent joué en 4-5-1 avec Njock seul devant et il y avait alors quatre joueurs pour former un triangle dans l'entrejeu : Hocine Ragued, Eric Rabesandratana, Fadel Brahami et moi. J'étais attitré comme pointe du triangle vers l'avant. Dès que Njock est parti, nous avons commencé à jouer avec deux attaquants spécifiques, un seul médian défensif et moi devant lui. Oui... Dommage pour lui. L'entraîneur opte souvent pour Ragued comme défensif et ça marche. Mais Rabesandratana n'a pas dit son dernier mot : il m'encourage et me conseille, il m'a déjà dit qu'il était content pour moi, mais il continue à bosser en étant persuadé que son tour reviendra. Si on est mal à l'aise dans des situations pareilles, on n'avance pas. J'ai toujours dit que j'avais envie de l'avoir à nouveau dans mon club. Mais je ne me sens pas menacé. Il peut jouer à gauche et comme ça, je reste dans l'axe... Parce que nous avons un peu le même profil et que si nous sommes tous les deux dans l'équipe, notre jeu pourra être plus rapide, avec davantage d'actions en une touche de balle. Beaucoup de gens avaient peut-être un peu oublié Wamberto ou ne croyaient plus trop en lui. Mais il lui a suffi d'une mi-temps, à Lokeren, pour prouver qu'il était toujours bien là. On m'a déjà dit que je portais cette équipe. J'assume, j'estime que je suis assez mûr pour le faire. J'ai confiance en moi, je parle, je demande le ballon. On s'étonne qu'un gamin de 20 ans ait une responsabilité pareille en D1, mais j'ai toujours été le leader de mon équipe, depuis que je suis gamin. C'est une qualité naturelle, sans doute. Oui. Même si l'équipe se retrouve un moment dans le trou, moi je ne craquerai pas mentalement. Jamais ! C'est fort possible, en effet. Il nous offre de nouvelles solutions. On pourrait par exemple imaginer un retour au 4-5-1 de l'été, avec un triangle posé sur la pointe dans l'entrejeu et deux hommes à son sommet : Wamberto et moi. Je pense que ça peut marcher à condition qu'un de nous deux soit toujours disponible pour aider le médian défensif. Je serais curieux de tester ce système dans la durée dès que Wamberto sera physiquement à 100 %. Nous avons été bons contre Westerlo, le Germinal Beerschot, le Club Bruges, Lokeren... Je suppose que cela suffit à convaincre tous ceux qui nous condamnaient avant le début de la saison. Parce que nous avons des qualités et que nous jouons sans pression. La seule pression, c'est celle du maintien et elle est parfaitement gérable. Nous avons déjà fait le plus dur : réussir notre départ pour ne pas être pris directement dans une spirale négative. Quand nous observons les autres équipes que l'on condamne à la lutte pour le maintien, nous voyons que nous n'avons rien à leur envier. Nous prouvons régulièrement que nous savons jouer au foot et être présents dans les moments importants. On nous respecte déjà plus qu'il y a deux mois. Lors des premiers matches, certains adversaires nous considéraient clairement comme une équipe de D2. Je pense que les avis ont évolué. Nous avons commencé un gros travail de persuasion du grand public en arrachant un point contre Bruges, puis nous avons poursuivi notre £uvre en allant gagner à Lokeren. Cette victoire sera sûrement un tournant dans notre saison parce que c'était la première à l'extérieur. J'en suis persuadé. Si tout le monde garde bien la tête sur les épaules, ça doit bien se passer. PIERRE DANVOYE