22e minute du derby de Manchester, Mario Balotelli (21 ans) ouvre la marque pour City et arbore fièrement un T-shirt sur lequel apparaît l'inscription - Why always me ? (pourquoi toujours moi ?). L'attaquant fait référence aux attaques continuelles dont il fait l'objet à chacune de ses bravades. Après son doublé contre United le 23 octobre, son maillot est devenu culte : le forum www.mancityforum.co.uk a réalisé un montage dans lequel on voit des photos de l'attaquant montrant fièrement son maillot de City marqué du numéro 45 avec, à l'arrière-plan, le " why always me ? ". Imparable.
...

22e minute du derby de Manchester, Mario Balotelli (21 ans) ouvre la marque pour City et arbore fièrement un T-shirt sur lequel apparaît l'inscription - Why always me ? (pourquoi toujours moi ?). L'attaquant fait référence aux attaques continuelles dont il fait l'objet à chacune de ses bravades. Après son doublé contre United le 23 octobre, son maillot est devenu culte : le forum www.mancityforum.co.uk a réalisé un montage dans lequel on voit des photos de l'attaquant montrant fièrement son maillot de City marqué du numéro 45 avec, à l'arrière-plan, le " why always me ? ". Imparable. Super Mario a toujours réussi à faire parler de lui, que ce soit en bien ou en mal. En dépit de sa jeunesse, sa carrière est déjà émaillée de multiples faits d'arme. " Je le place parmi les cinq meilleurs joueurs du monde. Il y a le problème de la jeunesse. Mais, si le déclic se fait dans sa tête, il figurera dans le trio de tête avec Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ", a déclaré à plusieurs reprises Roberto Mancini. En clair : s'il devient un homme, il va bouffer tout le monde ! Des mots qui pèsent lourd dans la bouche du coach qui a lancé le joueur et qui a fait des pieds et des mains pour que les Qataris de City allongent les 28 millions réclamés par l'Inter. Alors posons-nous la vraie question : why always him ? (pourquoi toujours lui ?) Balotelli est un jeune qui aime rire, s'amuser et qui adore blaguer. Des blagues de potache comme en font tous les footballeurs. Mais aujourd'hui, on ne lui pardonne plus rien et certains médias utilisent ses déclarations dans le seul but de créer la polémique autour de sa personne. Quand il parle de son caractère difficile, on le présente comme un garçon mal dans sa tête, un provocateur. Ainsi quand il fait sourire des enfants malades en leur disant qu'il est supporter de Milan, ça fait tout un ramdam à sa sortie de l'hôpital. Balotelli n'a jamais caché que, pendant son enfance, il était Milanista, ajoutant d'emblée : " Mais quand je joue contre eux, je suis le premier à vouloir leur mettre un goal. " L'attaquant détonne sans doute par rapport au portrait-robot classique du footballeur. Ainsi, quand il décide de prendre un chien, il opte pour le chenil local où il embarque un bâtard au lieu de se rendre chez un éleveur de quadrupèdes au pedigree en béton. Il fait rire ses supporters quand, en plein hiver, il quitte le centre d'entraînement avec la capote de la voiture baissée. Il heurte aussi quand il se présente au stage avec un T-shirt au dessin assez particulier sur lequel on peut voir un couteau, un pistolet, un fusil et une bouche sanguinolente. " Je suis très possessif et je réagis aux provocations. Je ne sais pas jusqu'à quel point, c'est dû au fait d'avoir été abandonné par mes parents. Mais cela dépend également de mon caractère qui est stupide ", a déclaré en souriant Balotelli, un peu après avoir fêté son 18e anniversaire, une date importante. Mario pouvait finalement recevoir la nationalité italienne et surtout demander d'être officiellement adopté par la famille qui l'a élevé car le nom de Balotelli inscrit sur son maillot n'était pas légal : c'était Barwuah qui figurait sur sa carte d'identité. Mario est né le 12 août 1990 à Palerme de parents ghanéens. Un an plus tard, ceux-ci mettent le cap sur Brescia et abandonnent l'enfant, né avec une malformation intestinale, dans un hôpital. Ballotté pendant quatorze mois entre les médecins de la clinique et les services sociaux, il est finalement placé dans une famille d'accueil par le tribunal des mineurs de Brescia. Franco et SilviaBalotelli sont pour tous ses parents sauf pour la loi parce qu'ils s'en sont tenus à reconduire le bail de deux ans. C'est ainsi que, peu après avoir signé son premier contrat pro, le garçon a pu lire dans le Corriere della Sera, que Thomas et RoseBarwuah regrettaient, en montrant une photo de Mario sous le maillot de l'Inter, d'avoir été obligés de le rejeter parce qu'ils n'avaient pas les moyens et qu'ils désiraient renouer les liens. Le moment est difficile à vivre pour Mario qui s'est directement fendu d'un communiqué (à 17 ans, il avait déjà son site perso) et, quelques jours après son 18 anniversaire, il est allé lui-même déposer la demande d'adoption. " On prétend que l'abandon est une blessure qui ne guérit jamais : moi je dis simplement qu'un enfant abandonné n'oublie jamais. Je ne peux me départir de l'idée que s'ils veulent renouer les liens avec moi, c'est pour des raisons financières. Comment expliquer qu'ils ne se soient jamais manifestés jusqu'à ce jour alors qu'ils étaient contactés tous les deux ans pour voir s'ils voulaient me reprendre ?"Situation d'autant plus dure à avaler que ses parents biologiques habitent à Bagnolo Mella, à 12 kilomètres de Brescia et qu'ils ne savent même pas que Mario a changé de nom. Pourtant, cela fait un petit bout de temps que le gamin s'appelle Balotelli. C'est déjà le cas quand, à cinq ans, il commence à jouer au football. Il est doué mais pratique aussi le karaté, le judo, le basket, l'athlétisme et la natation avant de s'accrocher au foot. A 7 ans, il joue avec ceux de 10, à 12 avec ceux de 17 et en avril 2006, à 15 ans 7 mois et 21 jours, il fait ses débuts chez les pros avec Lumezzane (D3) qui a dû demander une dérogation vu qu'il n'a pas l'âge requis (16 ans). Sa puissance physique, sa technique, un pied droit extraordinaire et sa vision du jeu en font une étoile. Plusieurs clubs viennent frapper à sa porte et parmi eux, le Barça de son joueur favori, Ronaldinho. Il passe trois jours en Catalogne où il épate tout le monde par ses accélérations : quand il pousse le ballon devant lui et qu'il pique un sprint, il faut commettre la faute pour l'arrêter. L'affaire semble réglée quand, voyant qu'elle va au devant de tracasseries administratives, la direction du Barça abandonne la piste. Lumezzane trouve un accord avec la Fiorentina mais c'est l'Inter qui l'affilie le 31 août 2006. Il dispute quelques matches avec les Scolaires avant de passer au milieu de la saison 2006-2007 chez les Espoirs qu'il mène au titre national. C'est un buteur-né qui n'a pas besoin de dribles à la Messi pour passer un adversaire avant de se retrouver face au gardien adverse. Mancini n'est pas insensible à son talent et décide de l'intégrer au noyau pro. A l'entraînement, Mario multiplie les petits ponts à JavierZanetti et EstebanCambiasso, qui n'apprécient pas vraiment. Mancini observe et s'interroge : " Il est fou ou bien il est vraiment très fort ? " Beaucoup des deux : Mario est imprévisible, très résistant à l'effort, très flexible tactiquement au point de pouvoir évoluer à plusieurs postes (attaquant de pointe, deuxième avant et même sur le flanc) et, en plus, il possède un bon jeu de tête et ne se débrouille pas mal sur les coups francs (voir sa pêche des 35 mètres contre Rubin Kazan en 2009). Le 16 décembre 2007, Mancini décide de le lancer dans la bagarre à Cagliari ; façon de parler puisqu'il le fait monter dans le temps additionnel en remplacement de DavidSuazo (0-2). Trois jours plus tard, il marque ses deux premiers buts en 8e de finale aller de la Coupe à Genoa. Le 30 janvier 2008, il en plante encore deux à la Juventus en quarts de finale retour (victoire 2-3). Il doit patienter jusqu'au 5 avril pour décrocher sa première titularisation à l'Atalanta (0-2) qu'il fête en marquant à la 74e son premier but en Serie A. Malheureusement, le succès monte un peu à la tête de Super Mario. Son comportement agressif se manifeste sur et en dehors du terrain au point de risquer de plomber les rapports humains avec ses collègues (il s'est notamment fritté avec Cristiano Ronaldo le 24 février 2009), les entraîneurs (son rapport avec José Mourinho n'a pas été idyllique) et les supporters adverses. Mais on peut comprendre que Balotelli tire la langue aux ultras de Rome, quand ceux-ci lui ont servi des - Bu-hu pendant toute la rencontre (1er mars 2009). Un an plus tard, ces mêmes supporters de Rome ont brandi une banderole sur laquelle on pouvait lire : " Balotelli, nous ne t'insultons pas parce que tu es Noir mais parce que tu es un connard sans honneur ". Et le triste épisode qui a émaillé la finale de la Coupe d'Italie où Francesco Totti lui a refilé un violent coup de pied par derrière n'avait pas encore eu lieu. Comment admettre les ch£urs racistes de la part des ultras de la Juventus le 19 avril 2009 pour lesquels la fédération a infligé un match à huis-clos à la Vieille Dame ? Cela n'a pas eu le don de calmer les fans turinois qui auront continué à chanter " Se saltelli muore Balotelli "(si tu sautilles, Balotelli va mourir) mais aussi un slogan nettement plus raciste : " Non ci sono negri italiani " (il n'y a pas de nègres italiens). Pis, ils ont réitéré à Udine et même en Coupe d'Europe à Bordeaux où ils ont sifflé l'appel au calme de l'ex-directeur sportif bianconero Alessio Secco et ont redoublé d'intensité après que le speaker rappelle " que le racisme est interdit sur ce terrain ". Enfin, tout cela a eu un prolongement sur les réseaux sociaux où, en quelques jours, 8.000 membres ont rejoint les groupes anti-Balotelli. En une semaine, Sportlive.it a recensé sur Facebook, 26 groupes " Balotelli singe ", 43 " Balotelli nègre " sans oublier d'autres plus haineux comme " Balotelli mange bananes " et " Balotelli le chaînon manquant entre l'homme et le singe ". Pour ceux qui doutent encore du comportement raciste de ces fans juventini, il suffit de rappeler qu'en juillet 2008, pendant le stage estival, une grande pancarte " Balotelli : il n'y a pas de nègres italiens " est restée affichée pendant deux semaines alors qu'à l'époque, Balotelli n'avait pas encore affiché un comportement qui aurait pu le rendre antipathique. Du type, se promener avec deux boss de la mafia napolitaine. Le courant n'est jamais passé entre Balotelli et Mourinho, qui a d'ailleurs déclaré sans citer nommément l'attaquant : " Quand un joueur n'apprend pas cela veut dire qu'il n'a qu'un neurone ". Leurs relations se sont détériorées jusqu'au point de rupture, en avril, juste avant les demi-finales de la Ligue des Champions. L'épisode-clé remonte à quelques jours suivant le pâle 0-0 à domicile contre Genoa (7 mars 2010). Déçu par la prestation du joueur, le Portugais n'apprécie pas que Balotelli ne se donne pas à fond à l'entraînement. Le coach l'appelle dans son bureau pour lui indiquer qu'il devait revenir suer un peu plus l'après-midi. Après une prise de bec, le joueur aurait fait mine de quitter la pièce et, pour l'en empêcher, Mou l'aurait retenu en le saisissant par la chaine qu'il porte autour du cou. " Un jeune garçon comme lui ne peut se permettre de travailler moins que Zanetti, Cordoba, Cruz, Figo. Je ne peux l'accepter de la part d'une personne qui ne représente encore rien. " Fin du premier round. Le 16 mars, lors de l'avant-dernier entraînement avant le déplacement à Chelsea (16 mars), Balotelli fait un geste peu élégant à l'égard d'un adjoint du Portugais qui n'arrêtait pas de lui demander d'augmenter l'intensité de son travail. Mourinho aurait exigé des excuses publiques, ce que le joueur aurait refusé : pour lui, il s'agissait d'un simple instant de colère et rien de plus. " J'ai laissé sur le banc deux champions du monde comme Vieira et Materazzi, alors pourquoi Balotelli ne pourrait-il pas aller dans la tribune ? Mario est un joueur normal, ce n'est quand même pas Maradona... " Fin du deuxième round : Balotelli est écarté du noyau jusqu'au 3 avril pour la venue de Bologne, retour qu'il ponctuera d'un but. Il ne faut pas se leurrer, le calme n'est pas revenu pour autant. Mourinho est conscient qu'il ne peut se passer de son joueur, qui traverse toujours une période faste au printemps et qui, la saison précédente, avait inscrit huit buts à partir de la fin février. Mais, la cote de Balotelli auprès des supporters baisse depuis sa participation à l'émission satyrique Striscia la Notizia diffusée par une chaîne de Berlusconi. Les fans nerazzurri n'ont pas apprécié qu'il accepte de porter le maillot de Milan et hurlent au complot. Le 20 avril, contre Barcelone, Balo commet quelques erreurs flagrantes et le public le prend en grippe. Bien que Samuel Eto'o incite les supporters à encourager Mario plutôt qu'à le huer, le kop continue à le siffler. Balotelli marche à côté de ses pompes et, à la fin du match, explose : il va vers le public et jette son maillot. " Un suicide public ", commentera le président Massimo Moratti. Effectivement, la Curva Nord ne lui pardonnera jamais ce geste. Sur son site, elle postera une lettre ouverte au titre assez clair : " Pour nous, tu n'existes plus cher Mario et avec celle-ci nous te disons adieu " et dans laquelle elle reprochera à l'avant " son comportement marqué par sa dérangeante paresse et son arrogance à l'égard de tout et de tous ". Le vendredi, 2.000 tifosi assistent à l'entraînement à portes ouvertes mais les manifestations contre Balo sont tièdes : une inscription Balotelli vattene (Balotelli va-t-en) sur une grille du centre et quelques feuilles avec la photo de l'attaquant barrée par le symbole signifiant interdiction d'entrer. Que Balotelli doive être sanctionné pour son comportement, c'est la moindre des choses mais on peut se demander s'il est bien logique qu'il se soit retrouvé seul. Zanetti et Cordoba l'ont brocardé en public et Materazzi lui a même refilé une baffe. Pourquoi le club ne l'a pas défendu ? On a l'impression que certaines personnes ont tenté de créer un climat d'intolérance à son égard afin de justifier son départ durant l'été 2010. Ainsi, on a monté en épingle le fait qu'il ait reçu un procès pour avoir klaxonné à deux heures du matin. Evidemment, il faut une certaine dose d'inconscience pour, à bord d'une voiture noire aux jantes jaunes, tirer, Piazza della Repubblica à Milan, des coups de feu en l'air (avec des pistolets d'alarme)... Et en août, le Bad Boy mettait le cap sur Manchester City après avoir obtenu son diplôme secondaire de droit en économie d'entreprise. Et là encore une certaine presse s'est amusée à souligner qu'il avait réussi avec le minimum requis : 60 %. Comme si la grande majorité des footballeurs de Serie A était en possession d'un diplôme du secondaire... Mais ce papier ne lui a pas pour autant appris le respect des règles élémentaires de la vie en communauté. Fin mai, il brosse la grande fête du Young Player of the Year, préférant rentrer en Italie pour aller manger avec des amis dans un endroit où on le laisse tranquille. Mais alors qu'il reste 200 places libres dans le parking situé quelques mètres plus loin, il gare sa voiture perpendiculairement sur le trottoir juste en dessous d'un panneau stationnement interdit. En revanche, début septembre, il a reçu un accueil incroyable lors d'une visite à la prison de Florence. C'est carrément un triomphe que lui ont fait les détenus de Sollicciano. Tous voulaient le toucher, faire une photo avec lui et lui criaient " Toi, tu es un des nôtres ". Inimaginable ! Par rapport à l'accueil qui lui a été fait, Gigi Buffon et Cesare Prandelli avaient presque l'air d'être snobés. Nulle part ailleurs, une telle chose ne serait arrivée. " Sauf chez les vauriens ", ont ajouté les détracteurs de Super Mario. PAR NICOLAS RIBAUDO - PHOTOS: IMAGEGLOBE Une grande pancarte des supporters de la Juve " Balotelli : il n'y a pas de nègres italiens " est restée affichée pendant deux semaines. " J'ai laissé sur le banc deux champions du monde comme Vieira et Materazzi, alors pourquoi Balotelli ne pourrait-il pas aller dans la tribune ? " (José Mourinho)