Pour la première fois en 26 ans, les Spurs se sont qualifiés pour la Coupe d'Europe par le biais du championnat. Sans une fin de saison calamiteuse, le club de la mythique White Heart Lane aurait même pu disputer la Ligue des Champions. Et malgré un mauvais départ, les supporters pensent que leur équipe est en mesure de lutter ouvertement avec Chelsea, Arsenal, Manchester Utd et Liverpool. Son manager hollandais, Martin Jol, pense aussi que l'équipe progresse mais prône la patience.
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Pour la première fois en 26 ans, les Spurs se sont qualifiés pour la Coupe d'Europe par le biais du championnat. Sans une fin de saison calamiteuse, le club de la mythique White Heart Lane aurait même pu disputer la Ligue des Champions. Et malgré un mauvais départ, les supporters pensent que leur équipe est en mesure de lutter ouvertement avec Chelsea, Arsenal, Manchester Utd et Liverpool. Son manager hollandais, Martin Jol, pense aussi que l'équipe progresse mais prône la patience. " Mieux vaut échouer après s'être fixé des objectifs élevés que d'atteindre des proies trop faciles ", affirme une maxime dans le vestiaire de Tottenham Hotspur. " Les fans estiment que nous pouvons terminer quatrièmes mais nous devons alors devancer Chelsea, Arsenal, Liverpool ou Manchester Utd ", dit l'entraîneur, Jol. " Moi, je pense qu'il faut s'assurer une place parmi les six premiers. Et alors, qui sait... " La saison dernière, malgré la blessure du défenseur Ledley King, son meilleur joueur, Tottenham a longtemps résisté au retour d'Arsenal à la quatrième place. Mais avant le dernier match, à West Ham, ses joueurs se sont sentis mal. Certains ont vomi leur dîner, ne tenaient plus sur leurs jambes et furent incapables de jouer... On appela Scotland Yard et l'enquête conclut à un virus. Mais Martin Jol n'y croit pas et privilégia la piste de l'empoisonnement, les joueurs ayant mangé des lasagnes avariées. " Car le lendemain du match, tout le monde se sentait déjà bien ", soutient-il. N'empêche que, pour la première fois depuis 26 ans, Tottenham s'était qualifié pour une Coupe d'Europe par l'intermédiaire du championnat. Jol avait jeté les bases d'un nouveau départ mais, après la Coupe du Monde, le médian Michael Carrick vint lui demander la permission de partir à Manchester Utd pour près de 27 millions d'euros. " Du coup, il me manquait une pièce du puzzle ", reconnaît Jol. " Je cherchais encore un arrière droit et un extérieur gauche mais j'ai d'abord dû songer à remplacer Carrick. Nous avons pris Didier Zokora. Nous avons également transféré le Français Benoît Assou-Ekoto (frère de Matthieu, l'ex-joueur de La Louvière et du Standard) pour le poste d'arrière gauche, l'international sud-coréen Youn-Pyo Lee et le Français Pascal Chimbonda qui évoluent sur la droite et Dimitar Berbatov, un nouvel attaquant, international bulgare. Ces nouveaux joueurs ont d'autres qualités. Il m'a fallu le temps de voir si je pouvais conserver mon schéma de jeu ou s'il fallait en trouver un autre. Car sans Carrick, je n'ai plus personne pour adresser une longue passe dès que nous récupérons le ballon, ce qui est très important en Angleterre. De plus, à cause de la Coupe du Monde, je n'ai récupéré mes internationaux qu'à trois semaines du début du championnat et ils sont à nouveau repartis deux semaines plus tard pour des confrontations amicales. C'est dramatique, comme préparation. Les Bulgares ont fait une infiltration de cortisone à Berbatov et je l'ai perdu pour quatre semaines ". En cherchant à composer son nouveau puzzle, Jol s'est vu confirmer que l'état d'esprit restait l'atout numéro un d'une équipe. " La saison dernière, notre axe central n'était composé que d'Anglais ou d'Irlandais : Paul Robinson, Ledley King, Michael Carrick, Robbie Keane, Jermain Defoe et Mido, qui a un caractère britannique. Au départ de cette saison, nous avions Robinson, Michael Dawson, Zokora, Keane et Berbatov. Bien sûr, j'arriverai à composer un collectif solide car nous avons suffisamment de talent mais ça prend du temps et nous sommes nombreux à lutter pour le même gâteau ". Jol affirme même que, d'un point de vue qualitatif, l'équipe est meilleure que l'an dernier. " Zokora et Assou-Ekoto pouvaient aller à Arsenal chez ArsèneWenger et Berbatov à Manchester Utd mais savait que je le suivais depuis cinq ans, Mido aurait gagné bien plus à Newcastle. Ce club a un passé et les gens voient qu'il revit. Notre site internet est le quatrième site de football le plus visité au monde. Moi, j'ai toujours eu la chair de poule lorsque je venais jouer ici avec West Bromwich. On jouait contre Ossie Ardiles, Glenn Hoddle, Steve Archibald... Il y avait du style et cela plaît encore aux joueurs. Mais si nous voulons attirer des stars mondiales, il faut jouer la Ligue des Champions ". Lorsque Jol était adjoint du coach français Jacques Santini, le club luttait pour ne pas descendre. Depuis qu'il a été promu manager, voici un peu plus de deux ans quand Santini fut viré, on reparle de Coupe d'Europe. " J'ai d'abord rétréci le noyau car des joueurs n'avaient pas leur place ici et je ne pouvais pas sans cesse leur demander d'être patients. J'ai ensuite cherché un style de jeu et j'ai changé tout l'entrejeu car nous n'étions pas assez offensifs. Nos fans sont des connaisseurs, ils veulent du foot par les ailes. C'est pour cela que David Ginola était très populaire ici. A droite, j'ai pris Wayne Routledge de Crystal Palace, et Aaron Lennon de Leeds. Mais à gauche, je n'ai rien trouvé, même pas en Hollande. Cette saison, nous avons engagé beaucoup de nouveaux joueurs. J'ai essayé de prendre un maximum d'Anglais mais, à qualités égales, ceux-ci sont deux fois plus chers... " Le problème aussi est que les joueurs qui réussissent aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, en Espagne ou en Italie ne s'imposent pas nécessairement en Angleterre, où la culture footballistique est très différente : " Je connais beaucoup de bons joueurs en D1 hollandaise mais, pour avoir moi-même joué ici, je sais qu'il faut surtout être très agressif, courageux et avoir du répondant physiquement ". Jol sait également que la vie de manager n'était pas de tout repos, surtout à Tottenham, où la pression est énorme : " Ici, les coaches tiennent en moyenne 18 mois : j'en suis déjà à 26. On l'oublie parfois mais, après deux défaites, ces statistiques vous rattrapent. Le plus important, c'est que l'entourage puisse relativiser mais c'est difficile car on attend beaucoup de nous. Notre défaite à domicile contre Everton (0-2) m'a rendu malade mais quand j'ai vu que Paul Breitner (l'ancien champion du monde allemand devenu commentateur) m'attendait après le match et m'a félicité, j'ai tout oublié. Ces moments sont rares. Je me suis toujours promis qu'un jour, je vivrai sans souci mais on arrive à 40 ans et on se demande si ce jour viendra, si on n'est pas esclave de la pression. Les coaches qui disent qu'ils s'amusent pendant un match sont des menteurs. Si tout va bien, c'est chouette mais dans un club moyen, on perd aussi souvent qu'on gagne ". Et puis, il y a la presse anglaise que beaucoup de managers étrangers redoutent : " Je reçois chaque jour vingt pages d'articles sur le club. C'est souvent très superficiel mais je retrouve parfois littéralement ce que j'ai dit dans les vestiaires ! Aux Pays-Bas, je pourrais toujours appeler un ami pour savoir d'où vient la fuite mais ici, c'est impossible ". Jol affirme toutefois qu'il s'amuse bien en Angleterre : " J'ai changé de point de vue, j'ai appris à apprécier le 4-4-2. 75 % de nos buts sont inscrits par des attaquants et je m'interroge parfois si cela vaut la peine de ne jouer qu'avec un seul avant-centre en 4-3-3. Il faut alors que les ailiers marquent 12 à 13 buts par saison et je me demande bien qui est capable de faire cela ". STEPHAN WAGEMAN, ESM