Il est incontournable. Sa vie se lit comme un roman. Il y a quinze ans, Mbaye Leye a suivi sa soeur, qui a quitté le Sénégal pour la France. Il y a d'abord étudié la littérature puis il s'est tourné vers l'éducation physique. Entre les cours, il a été agent de nettoyage dans une pizzeria et peintre dans un garage de Citroën. Il se levait à six heures du matin pour aller travailler à l'usine.
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Il est incontournable. Sa vie se lit comme un roman. Il y a quinze ans, Mbaye Leye a suivi sa soeur, qui a quitté le Sénégal pour la France. Il y a d'abord étudié la littérature puis il s'est tourné vers l'éducation physique. Entre les cours, il a été agent de nettoyage dans une pizzeria et peintre dans un garage de Citroën. Il se levait à six heures du matin pour aller travailler à l'usine. Le football devait faciliter son intégration. Année après année, il en a gravi les échelons pour se retrouver, en 2007, à un endroit arrosé par la Lys. Leie en néerlandais. Tout un symbole. Il y vit toujours à proximité. Mieux même : le Franco-Sénégalais est devenu, chemin faisant, le capitaine d'un club flandrien de football. Le patron d'une formation provinciale connue pour garder les pieds sur terre. " Je me plais particulièrement bien à Zulte Waregem ", explique Leye. Il nous reçoit chez lui, pose une bouteille d'eau sur la table et interdit à ses enfants de se mêler à la conversation. " La région compte beaucoup pour moi aussi. J'aime vraiment la Flandre-Occidentale. " Mbaye Leye est un ancien de la D1 belge. Il en est à son troisième passage au stade Arc-en-ciel. Dans l'intervalle, il a transité par Gand, le Standard et Lokeren. Mais il est toujours revenu à ses premières amours. " J'ai eu l'occasion de jouer au Moyen-Orient, où j'aurais pu gagner plus, mais je ne m'y suis pas risqué. Achever ma carrière au Gaverbeek, ce serait chouette. Mais en football, on ne sait jamais. " Leye a une raison supplémentaire de prolonger son bail : il est capitaine depuis la saison dernière. Après son premier passage, il a rejoint Gand, ce qui n'a pas fait plaisir à FranckyDury. En 2015, des années plus tard, ce même entraîneur lui a confié le brassard. Comme quoi, l'homme n'est pas rancunier. Leye n'est pas de ceux qui évitent la controverse. Il s'exprime directement et n'hésite pas à chapitrer un autre joueur. Pas pour le moment, ce n'est pas nécessaire puisque Zulte Waregem est leader du classement. Le capitaine rayonne de bonheur. MBAYE LEYE : Non, non ! Ce sont surtout les journalistes qui parlent du titre, pas moi. J'ai déjà terminé deuxième du championnat de Belgique à trois reprises, avec Gand, le Standard et, il y a trois ans, avec Zulte Waregem. Je n'ai pas envie de rater le coche une fois de plus mais on est encore loin du dénouement. A l'époque, personne ne croyait au titre au Gaverbeek. Même pas quand, au début des play-offs, j'ai émis cette ambition en public. Les cartes sont redistribuées à présent. Le championnat vient à peine de commencer et il serait prématuré de faire des prédictions. Un capitaine peut rêver d'un scénario à la Leicester mais c'est encore une utopie. Je ne dis pas que nous ne pouvons pas devenir champions mais pour l'heure, il faut être réaliste, pas sombrer dans l'utopie. LEYE : C'est exact. Nous sommes plus forts collectivement. Notre base est plus large et le danger surgit de partout. Ce n'était pas le cas en 2013. Thorgan Hazard était notre plaque tournante et l'équipe travaillait à son service. LEYE : Donc, nous restons sereins. (Rires)LEYE : Oui, en un certain sens. Notre coach vient rarement dans le vestiaire. Après une défaite, par exemple, il ne va pas surgir dans le vestiaire pour nous expliquer de suite ce qui n'a pas fonctionné. Il ne le fait que le lendemain. Entre-temps, j'ai l'occasion de discuter avec certains, pour analyser cette défaite. Ceux qui sont moins bien placés pour faire des remarques à l'entraîneur me les transmettent. Je peux donc exposer à l'entraîneur ce que pense le groupe et ce qu'il ressent. Je cherche un équilibre. LEYE : Je ne copie personne mais j'éprouve un profond respect pour Paolo Maldini, qui a été le capitaine du grand AC Milan. Il est de ces joueurs qui montent en tête sur le terrain, qui respectent leur adversaire et qui soudent leur équipe. LEYE : En me le donnant, on m'a témoigné du respect. L'année dernière, si je suis revenu à Zulte Waregem, c'est à la demande de Francky Dury. Il a su me convaincre et m'a confié un rôle crucial dans l'équipe. Le brassard était un beau geste mais il n'a pas constitué une motivation supplémentaire à mon retour. J'en suis fier mais il ne me change pas sur le plan humain. Je ne deviens pas capitaine parce que j'enfile ce bout de tissu. Non, même quand Davy De fauw était capitaine, je jouais un rôle important dans le vestiaire. J'essaie surtout de prester sur le terrain car c'est la condition sine qua non pour pouvoir relever les fautes des autres. Mais, pour être franc, je pourrais très bien rendre son brassard à Davy et continuer à prester. LEYE : Oui. LEYE : Peut-être parce que Sammy Bossut représente mieux notre sponsor, la banque Record, que moi. LEYE : Ça m'a déjà frappé. Les capitaines sont souvent blancs, même quand l'équipe aligne des joueurs noirs déterminants. Mais bon, il faut appréhender chaque situation indépendamment des autres, sans tirer de conclusions générales. LEYE : Il l'a reçu, en effet, mais l'a immédiatement rendu à De fauw. Cette affaire n'était pas claire. Thorgan lui-même ne voulait pas du brassard et le reste du noyau soutenait Davy. LEYE : J'ai dit au président d'alors, Patrick Decuyper : " Hazard ne sera pas capitaine. Je l'interdis. " Notez que je n'avais absolument aucun problème avec Thorgan. Il est un de mes amis. Sur le plan technique, Thorgan était le leader du noyau. Il faisait tourner l'équipe. Mais il ne devait pas être capitaine pour la cause. LEYE : En effet. C'est le cas maintenant. Des joueurs comme De fauw et Bossut sont très importants dans le vestiaire. Je ne suis certainement pas le seul à diriger la barque. Quand il y a des discussions sur les primes et d'autres choses financières, ils m'accompagnent. LEYE : Ça s'apprend. Ce n'est pas simple. En tant que capitaine, j'essaie de représenter de mon mieux le groupe auprès de la direction. En même temps, il faut faire preuve de compréhension vis-à-vis de la situation financière du club. Ça me semble plus facile à Anderlecht qu'à Zulte Waregem. Quand le club décide d'aménager un tout nouveau complexe d'entraînement ou de construire une tribune, il ne faut pas s'attendre à des primes astronomiques. C'est logique. Je viens de discuter avec Eddy Cordier, le manager général du club, et Hendrik Deruyck, le délégué du conseil d'administration. Ils m'ont expliqué les objectifs que poursuivait le club. C'était intéressant. Je recherche donc un équilibre mais tous les joueurs ne l'apprécient pas. J'essaie d'accorder à chacun un poids égal dans la discussion, qu'il s'agisse de Davy De fauw ou d'un jeune comme Azzedine Zaidi. Mais je vais au bout dans les négociations. Quand je fais quelque chose, je le fais à fond. LEYE : C'est simple. J'ai fondé un groupe WhatsApp, dont tous les joueurs du noyau A font partie. Ce groupe s'appelle TEAM ESSEVEE. Il permet à chacun de se sentir impliqué dans tout ce qui se passe. J'ai cherché un moyen de réunir tous les petits groupes que comporte le vestiaire. Il y en a partout. Un joueur a plus d'affinités avec l'un qu'avec l'autre. Parfois, il y a un clivage culturel dans le vestiaire, parfois aussi un religieux. Ce groupe WhatsApp surmonte ces différences. Même en été, quand les joueurs sont en vacances, on peut y trouver les photos d'un joueur en Italie ou de moi au Sénégal. D'autres postent un cliché d'une assiette de nourriture ou de leurs enfants. Notre groupe poste les trucs les plus fous mais c'est une manière agréable de se souder. Elle est durable, en plus. D'autre part, WhatsApp est une manière idéale de communiquer rapidement, de signaler très vite à tout le monde qu'il faut porter un short. (Rires)LEYE : C'est surtout un avantage comme joueur. Parce que je suis conscient de la vitesse à laquelle mon existence de footballeur peut s'achever et que j'en profite pleinement : je peux la comparer avec une vie passée à laver des pizzerias et à trimer dans les garages. A l'époque, je vivais chez ma soeur, à ses guêtres, et je voulais contribuer un peu aux frais. J'ai donc travaillé comme technicien de surface dans un restaurant puis j'ai laqué les voitures chez Citroën. C'était très dur. Mais ça m'aide aussi à diriger le groupe. Je raconte la vie dans les usines aux jeunes, pour les motiver. Je leur fais comprendre que la vie de footballeur est plutôt agréable. LEYE : Oui, souvent même. Depuis des années. Une grave blessure, un sale tacle et c'est fini. Un footballeur doit toujours avoir un plan B. Ceux qui n'en ont pas tombent souvent dans le trou noir. LEYE : J'y songe, en effet. J'ai déjà le diplôme UEFA B. J'ai provisoirement arrêté les cours pour la licence A. Je combine déjà mon job de joueur avec celui d'analyste pour RTL. Mais dès que j'en aurai le temps, je reprendrai ces cours. LEYE : (il hésite.) Je saisirais cette chance des deux mains. Quand on suit les cours d'entraîneur, on rêve d'une vie sur le banc mais les occasions sont rares. Donc, si Dury me le demande un jour, j'accepterai. PAR MATTHIAS DECLERCQ - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" J'aime la Flandre-Occidentale. " MBAYE LEYE " Il y a parfois un clivage culturel dans le vestiaire, parfois aussi un clivage religieux. Un groupe WhatsApp surmonte ces différences. " MBAYE LEYE