Birmingham croule depuis des années sous le chômage. 10 % de la population de la Second City of England sont sans emploi, soit deux fois plus que la moyenne nationale. 40 % des habitants vivent dans les quartiers les plus pauvres d'Albion. On ne remarque toutefois pas de trace de ce malaise dans le mall Mailbox, qui abrite aussi la BBC Birmingham. Là, les Brummies épargnés par la crise claquent leur argent dans les boutiques de luxe de Harvey Nichols, Hugo Boss et Gieves & Hawkes. Quelques étages plus haut, plusieurs footballeurs se sont installés dans de coûteux lofts.
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Birmingham croule depuis des années sous le chômage. 10 % de la population de la Second City of England sont sans emploi, soit deux fois plus que la moyenne nationale. 40 % des habitants vivent dans les quartiers les plus pauvres d'Albion. On ne remarque toutefois pas de trace de ce malaise dans le mall Mailbox, qui abrite aussi la BBC Birmingham. Là, les Brummies épargnés par la crise claquent leur argent dans les boutiques de luxe de Harvey Nichols, Hugo Boss et Gieves & Hawkes. Quelques étages plus haut, plusieurs footballeurs se sont installés dans de coûteux lofts. " La recherche d'un appartement a été difficile ", raconte Sébastien Pocognoli. " Vous pourriez penser que c'est un jeu d'enfant pour un footballeur mais la concentration des clubs est tellement élevée, avec West Bromwich Albion, Birmingham City et Aston Villa, que j'entrais souvent en concurrence avec des collègues pour un appartement au centre. " Juste à côté du Mailbox, The Cube, une tour de 70 mètres, se découpe dans le ciel de Birmingham. La construction carrée est le joyau du projet qui concerne le canal Worcester and Birmingham et l'ancien centre de tri postal. On peut profiter gratuitement de la vue, à 360 degrés, en prenant un repas au restaurant installé au 25e étage, le Steakhouse Bar & Grill. Son cadre trendy et cosmopolite tranche avec l'image grise de l'ancienne cité industrielle. " Birmingham n'est certainement pas, esthétiquement, la plus attrayante, bien qu'elle se développe " dit Poco. " Ce qui me plaît ici, c'est la chaleur des gens. Hanovre, où j'ai vécu deux ans, est plus moderne mais la population y est plus froide. Je préfère Birmingham. Les habitants sont animés du même feu que les Liégeois. Dans la Cité Ardente, on peut sortir seul et rentrer avec des nouveaux amis. " SÉBASTIEN POCOGNOLI : En septembre, j'ai été titularisé en Capital One Cup, contre Norwich, puis plus rien. Contre Bristol City, je suis entré à la 17e, froid, suite à la blessure d'un coéquipier. Il m'a fallu les dix premières minutes pour retrouver mes marques mais ensuite, j'ai joué mon match. J'ai bridé mon tempérament et je me suis limité à la défense. Je n'étais pas dans une condition suffisante pour arpenter la ligne. A l'issue du match, le manager, Tony Pulis, m'a gratifié d'un sec " bien joué ". Je crois qu'il le pensait... POCOGNOLI : Le manager m'a écarté alors que je jouais bien. Les supporters ont conservé cette image de moi et ont donc continué à me soutenir l'année dernière. Vous savez, le coeur des supporters ne ment pas. Ils voient ce qui se passe sur le terrain et ne se laissent pas influencer par des événements annexes. Ils m'ont toujours eu à la bonne. POCOGNOLI : Alan Irvine et le directeur technique, Terry Burton, m'avaient convaincu de venir à West Bromwich. J'ai quasiment tout joué jusqu'au départ d'Irvine mais Pulis n'en a pas tenu compte. C'est incompréhensible. Il m'a privé sans raison valable de la chance d'exercer mon métier. POCOGNOLI : Un peu. Pulis est de ces managers qui veulent de la sécurité. Le nul est sacro-saint pour lui. Il a un autre cheval de bataille : il aime aligner des défenseurs centraux sur les flancs. De grands gaillards costauds, qui pensent avant tout à défendre. Lors de notre premier entretien, il m'a littéralement dit : " Tu es trop offensif pour mon schéma tactique. " Je n'entre donc pas dans ses plans. J'ai d'abord pensé que j'étais nouveau dans le football anglais et qu'il ne me connaissait pas mais j'ai vite changé d'avis. Il ne veut tout simplement pas entendre parler d'un back qui monte. POCOGNOLI : De prime abord, je n'en ai pas besoin. Quand je joue, il ne me faut pas de tape sur l'épaule. Et si je suis écarté, je ne vais pas aller embêter l'entraîneur en lui demandant pourquoi. Mais quand la situation s'éternise, il est évident que tu cherches à en comprendre les raisons. POCOGNOLI : Joleon Lescott était l'arrière gauche titulaire la saison passée. Quand il a été vendu à Aston Villa, le dernier jour du mercato estival, j'ai cru que j'allais gravir un échelon dans la hiérarchie mais son départ n'a rien changé. Johnny Evans, un défenseur central, et le médian Chris Brunt ont les faveurs de l'entraîneur. Il ne pourrait pas me faire de déclaration plus limpide. POCOGNOLI : Beaucoup de joueurs passeraient leur temps à se lamenter à la maison. Je ne veux pas me laisser aller. Je n'ai pas le choix : je dois me taire et travailler d'arrache-pied. Je n'épargne personne à l'entraînement. Je m'astreins à des séances de jogging et, en été, j'ai même entretenu mon rythme avec les réserves, à deux reprises. Je veux être prêt en toutes circonstances. POCOGNOLI : Il me faut au moins deux ou trois semaines de matches pour retrouver mon niveau. En fait, je suis dans une situation compliquée. Je ne joue pas et j'ai un bon contrat. Aux normes de la Premier League. Aucun club n'était prêt à débourser cette somme pour un footballeur qui n'a presque pas joué en un an. POCOGNOLI : Le club cherche un nouvel arrière gauche depuis des mois alors que je n'ai pas encore joué une minute dans ce championnat. C'est le monde à l'envers ! On m'a fait jouer en Coupe pour me mettre en vitrine. J'ai saisi ma chance et maintenant, le club va peut-être comprendre qu'il n'a pas besoin de nouveau joueur à mon poste. Si j'avais mal joué, il aurait pu dire : " Vous voyez bien qu'il est à sa place sur le banc ou dans la tribune. " Même s'il aurait été légitime que je ne retrouve pas l'intégralité de mes sensations lors de mon premier match après un an d'absence. POCOGNOLI : La direction se livre à des petits jeux psychologiques avec moi. Depuis novembre, c'est toujours le même refrain : ne veux-tu pas jouer un mois dans un club de division deux ? Ou deux mois à l'autre bout de l'Angleterre ? POCOGNOLI : Envers et contre tout, je reste convaincu qu'en travaillant dur et en restant exemplaire, je recevrai tôt ou tard une nouvelle chance. Bien sûr, un moment donné, ce sera terminé. Je suis donc ouvert à une nouvelle aventure. Je connais les Pays-Bas, l'Allemagne et l'Angleterre. Pourquoi ne pas découvrir la Serie A ? Je suis d'origine italienne. Ça ne doit pas nécessairement être un club qui dispute la Ligue des Champions chaque saison. Il faut être modeste quand on n'a plus joué depuis un an. Dans ma situation, je dois soupeser toutes les propositions. POCOGNOLI : Le Standard est au courant de ma situation. Je connais beaucoup de gens du club depuis mon premier passage et ces personnes ont mon numéro de téléphone. Je ne peux pas les empêcher de me téléphoner pour obtenir certaines informations. POCOGNOLI : Je voudrais réenfiler le maillot du Standard, un jour, mais un retour immédiat n'est pas d'actualité. Il n'y a aucun doute là-dessus : je suis attaché au Standard. Je m'identifie au club, au stade, aux supporters. Benteke, Witsel, Goreux et d'autres anciens joueurs partagent cette passion. Elle n'est pas simulée. Tous les Liégeois qui gagnent leur vie à l'étranger continuent à aimer le Standard. On ne trouve un tel attachement dans aucun autre club belge. POCOGNOLI : Je n'ai plus eu de nouvelles de Marc Wilmots depuis ma dernière sélection. Pas plus que de la fédération. Mais tant que je ne suis pas titulaire au sein de mon club, il ne serait pas réaliste de penser aux Diables Rouges. Je ne me tracasse pas : si je joue, le sélectionneur me reprendra. C'était le cas quand j'étais une valeur sûre de Hanovre et de West Bromwich. Je dois reconnaître que ça me manque. Les rares moments où nous nous retrouvons en équipe nationale sont parfaits pour bavarder. L'ambiance est fantastique et après quelques années moins bonnes, l'équipe a trouvé ses marques. Je veux faire partie de cette sélection, je ne le nie pas. POCOGNOLI : Tout est possible. Regardez la sélection pour la Coupe du Monde au Brésil. Je jouais bien à Hanovre et j'ai quand même été écarté. Certains joueurs ont été repris sur base de quelques matches. Si on suit la même logique, j'ai ma chance aussi. Je le répète : pour le moment, je peux difficilement réclamer une place dans ce large noyau. Je dois d'abord jouer. POCOGNOLI : Mais lequel est un pur arrière latéral ? La Belgique aligne des défenseurs centraux à gauche depuis des années. Ils remplissent bien leur job, je ne le conteste pas. Mais au Mondial, il n'y a pas eu de montée des flancs. Il y a peu de purs backs belges. POCOGNOLI : A l'AZ Alkmaaar, je n'ai jamais eu de perspective, du moins comme titulaire, alors que je le méritais, sur base de mes prestations. En particulier lors de la saison du titre. Mais René Vandereycken m'a bloqué. Cet homme n'est plus entraîneur depuis belle lurette. C'est éloquent... Je me demande toujours pourquoi j'ai été honteusement snobé à cette époque. J'aurais pu me faire une place durable en équipe nationale. Vertonghen, lui, a reçu sa chance. Il a commis des erreurs mais on les lui a pardonnées très vite. A juste titre. Tous les jeunes commettent des erreurs. Je n'ai pas eu l'occasion d'en faire. Peut-être les rôles auraient-ils été inversés ? J'ai loupé le bon wagon à plusieurs reprises mais je ne suis pas encore classé. Je peux encore servir l'équipe nationale plusieurs années. POCOGNOLI : (il réfléchit.) Je suis arrivé à force de labeur. Jamais je n'ai été poussé par un directeur sportif, aucune personne influente n'a dit un mot en ma faveur. J'en suis très fier. Quitter l'AZ pour le Standard ne coulait pas de source mais j'ai eu l'audace de relever le défi et j'ai réussi à Liège. Je regrette une chose : ne pas avoir pu conférer de structure à ma carrière. J'aurais aimé rester cinq ans dans un club, sous les ordres du même entraîneur. Cette carence m'a coûté pas mal de sélections. PAR ALAIN ELIASY À BIRMINGHAM - PHOTO REUTERS" Je me demande toujours pourquoi René Vandereycken m'a snobé chez les Diables. " SÉBASTIEN POCOGNOLI " Comme Benteke ou Witsel, partis eux aussi sous d'autres cieux, je reste attaché par-dessus tout au Standard. C'est viscéral. " SÉBASTIEN POCOGNOLI " Je pensais avoir ma chance au back suite au départ de Lescott à Villa. Mais le coach a préféré y titulariser un arrière central puis un médian. C'est tout dire. " SÉBASTIEN POCOGNOLI