Lorsque l'avion entame sa descente vers Sarajevo, on devine immédiatement le genre de décor dans lequel on va atterrir : on survole des montagnes et tout est enneigé. Heureusement, le ciel est dégagé et le soleil luit. On annonce 6° sur le plancher des vaches.
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Lorsque l'avion entame sa descente vers Sarajevo, on devine immédiatement le genre de décor dans lequel on va atterrir : on survole des montagnes et tout est enneigé. Heureusement, le ciel est dégagé et le soleil luit. On annonce 6° sur le plancher des vaches. Outre l'organisation des Jeux Olympiques d'hiver de 1984, la capitale bosniaque Sarajevo a vécu deux événements historiques : l'attentat de 1914 et le siège de 1992 à 1995. Le 28 juin 1914, l'archiduc d'Autriche François-Ferdinand de Habsbourg y est assassiné par le Serbe Gavrilo Princip, membre d'une organisation nationaliste Jeune Bosnie. C'est le début de la guerre 14-18. Le 6 avril 1992, la ville est assiégée par les forces serbes bosniaques opposées à l'indépendance de la Bosnie-Herzégovine. Le siège dure trois ans, fait 10.000 morts et détruit une ville qui devient le symbole des organisations internationales luttant contre le nationalisme ethnique. GordanVidovic, l'ancien Diable Rouge de l'Excelsior Mouscron, a promis de nous y rejoindre pour nous aider à découvrir le football bosniaque, nous faire visiter sa ville natale, nous faire partager sa nouvelle vie d'agent de joueurs et nous montrer les traces de son parcours durant sa jeunesse. Des traces que, parfois, la guerre a effaces. L'un de ses associés nous accueille à la sortie de l'aéroport. " Oui, je travaille avec Gordan ", nous explique l'homme. " Enfin, j'essaie. Car ce n'est pas facile : le joueur bosniaque n'a pas tellement la cote sur les marchés internationaux, et l'obtention d'un visa est parfois problématique. Lorsque le joueur a signé un contrat, il obtient facilement tous les documents. Mais lorsqu'il s'agit simplement de passer un test, c'est souvent plus laborieux ". L'homme nous conduit à l'hôtel sur une route dégagée, mais bordée par des tas de neige impressionnants de plus d'un mètre de hauteur. " Vous avez de la chance ", sourit-il. " Il y a deux jours à peine, le thermomètre affichait encore û14°C. Depuis hier, la température est redevenue positive. Ici, les écarts peuvent être énormes. L'été, le mercure monte parfois jusqu'à 40°C. L'hiver, il peut descendre jusqu'à û30°C ". Une heure plus tard, Vido nous appelle déjà. " Vous êtes bien arrivés ? Mon ami était au rendez-vous ? Excusez-moi, mais je ne pourrai pas vous rejoindre ce soir. J'ai été retardé en Belgique. J'arriverai demain matin. En attendant, vous pouvez aller voir le patron de l'agence de location de voitures Hertz, au rez-de-chaussée de votre hôtel. C'est l'ancien entraîneur de l'équipe nationale Espoirs : il a lancé MirsadBeslija ". Le patron en question est dans son bureau. " Laissez-moi une demi-heure ", nous demande-t-il. " J'ai quelques affaires à régler et je suis à vous ". Une demi-heure plus tard, comme promis, il vient nous rejoindre au bar de l'hôtel. Il s'appelle SenerBajramovic. " Mirsad Beslija ? Effectivement, c'est moi qui lui ai offert ses premières sélections dans l'équipe des û21 ans, dont j'ai eu la charge jusqu'en 2002. La plupart des jeunes joueurs qui évoluent aujourd'hui en équipe nationale A sont passés par mes mains : Papac, Grujic, Halilovic, Bajramovic (aucun lien de parenté), le gardien Hasagic... Mirsad était un joueur vaillant. Mais il faut lui laisser une certaine liberté, ne pas le confiner exclusivement sur le flanc droit. Au fond, pourquoi n'est-il pas toujours titulaire à Genk ?" Il reconnaît qu'il n'a plus guère de contacts avec Mirsad Beslija. " Je n'aime pas téléphoner pour ne rien dire ". Sener n'entraîne plus aujourd'hui, mais envisage de reprendre du service. " J'aurai peut-être une possibilité en Série B italienne, mais c'est difficile ". Il propose ensuite de nous faire découvrir la vieille ville. Sur la route, il nous montre un pont qui surplombe la rivière Miljacka : " C'est ici qu'a commencé la Première Guerre mondiale quand l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche fut assassiné ". Combien d'habitants Sarajevo compte-t-il actuellement ? Officiellement, 600.000. " Mais, avec tous les réfugiés, je crois que l'on doit approcher le million ", ajoute notre interlocuteur. Après une promenade de quelques centaines de mètres dans les ruelles de la vieille ville, il nous invite à entrer dans un petit restaurant où il a réservé une table. On nous sert des grillades accompagnées d'un excellent vin bosniaque. L'établissement ne paie pas de mine, mais il est visiblement populaire. Les murs sont tapissés de photos de personnalités qui l'ont fréquenté. L'une de ces photos représente... EdhemSljivo. Originaire, lui aussi, de Sarajevo. " Que devient-il ?", demande notre hôte. " Nous lui expliquons qu'il a été victime, il y a près de 20 ans déjà, d'un grave accident de voiture. Et qu'un important tournoi de football en salle, à Liège, porte désormais son nom. Notre homme poursuit : " Vous savez, on n'imagine pas le nombre de joueurs et d'entraîneurs d'origine bosniaque qui ont marqué l'histoire du football. Aujourd'hui encore, on trouve dans les championnats serbe et croate beaucoup de footballeurs qui sont nés ici. Le championnat bosniaque, lui, ne tient pas la route : il n'y a pas d'argent. Mais il y a tout de même quelques étrangers : des Brésiliens et des Camerounais, notamment. Le plus grand joueur bosniaque de tous les temps à mes yeux, c'est SafetSusic, qui a joué au PSG et qui entraîne aujourd'hui Konyaspor, en Turquie (où évolue l'attaquant ElvirBaljic, qui a renoncé à prendre sa retraite). Son frère Sead a joué en Belgique, au RWDM. En tant qu'entraîneur, personnellement, j'ai un faible pour MiroslavBlazevic. Il a aidé beaucoup de monde et a terminé 3e de la Coupe du Monde 1998. Je n'ignore pas qu'il est croate aujourd'hui, mais il est né à 80 kilomètres de Sarajevo et a joué pour le NK Sarajevo. Pendant la Coupe du Monde 1998, je lui ai téléphoné avant chaque match... sauf avant la demi-finale contre la France. Il m'en a un peu voulu, car c'est le seul match qu'il a perdu ! Je citerai aussi VahidHalilhodzic, qui fut un buteur d'exception à Nantes et s'est ensuite bâti une jolie réputation d'entraîneur, à Lille et au PSG. Il vous a expliqué qu'il avait tout perdu pendant la guerre ? Il n'est pas le seul, vous savez. Moi aussi, j'ai tout perdu. Ceux qui ont eu de la chance ont survécu. Les autres, malheureusement... " Pour mieux expliciter ses dires, il fait un détour pour nous montrer un cimetière, en nous reconduisant à l'hôtel. " Ici sont enterrés tous les héros qui ont donné leur vie pour défendre Sarajevo. Il y en a beaucoup car ce fut terrible, ici ". Le soir, nous assistons à la télévision croate au match Rijeka-Hajduk Split. Rijeka gagne 2-0 face à l'équipe entraînée par BlazSliskovic. Le coach fédéral bosniaque, en poste depuis 2002, présente la particularité d'être à la fois sélectionneur national et entraîneur de club, depuis l'automne 2004. Midi. Une grosse Jeep immatriculée en Belgique s'arrête devant l'hôtel. Gordan Vidovic est arrivé. Exténué, mais fidèle au rendez-vous. Il a juste pris le temps de se changer avant de nous rejoindre. " J'ai quitté la Belgique hier, à 17 heures ", explique-t-il. " Habituellement, cela ne me dérange pas de rouler toute la nuit : je fais l'aller-retour environ une fois par mois. Mais lorsqu'il pleut et qu'il neige pendant tout le trajet, comme maintenant, c'est pénible. En plus, j'ai été contrôlé à deux reprises par la police : une fois en Allemagne et une fois en Autriche. Cela m'a retardé ". Il nous propose d'aller assister à un match l'après-midi. " En principe, mon club joue à domicile. La semaine dernière, tous les matches avaient été remis en raison de la neige, mais aujourd'hui, je crois qu'on jouera ". Curieusement, Vido ne nous emmène pas au Zeljeznicar, le club dont il défendit les couleurs autrefois, mais en banlieue, à Lukavica, où évolue le Slavija, actuellement classé 5e et qui reçoit le Celik Zenica, 14e (sur 16 clubs) mais qui fut le premier champion de Bosnie, en 1996. Lukavica est le quartier serbe de Sarajevo : les panneaux et les enseignes des magasins sont écrits en caractères cyrilliques. A la radio, on entend de façon répétitive les termes de Republika Srbska (la République Serbe). " Vous savez, c'est comme en Belgique où l'on parle de Flandre et de Wallonie ", relativise Vido. " Mais il n'y a pas d'animosité entre les gens ". Gordan Vidovic est un Serbe de Bosnie. C'est dans ce quartier qu'il a ses attaches. " En passant, je vais vous montrer où j'habite ", dit-il. On s'arrête brièvement devant un lotissement peint en jaune. " Ceci est à moi. Cet appartement me sert de pied-à-terre lorsque je rentre à Sarajevo. Il fait calme dans le quartier. Cela me convient : je n'aime pas le brouhaha des villes. En Belgique, j'habite à Kapellen, dans un parc. Pas à Anvers : trop bruyant. Je n'aime pas trop l'agitation des réceptions non plus. C'est la raison pour laquelle, à Mouscron, je rentrais directement chez moi après les matches. Je me rendais aux réceptions lorsque j'y étais obligé, sinon on ne me voyait pas. J'ai joué neuf ans à Mouscron mais je n'ai jamais habité dans la cité des Hurlus : je me tapais 130 kilomètres par jour, aller-retour ". Si Vido revient une fois par mois en Bosnie-Herzégovine, c'est essentiellement pour ses affaires. " J'ai lancé une agence de management sportif, avec des associés. J'ai aussi des actions dans un bar, que des amis gèrent en mon absence : le Chelsea Club, où l'on retransmet des matches sur écran géant. Le samedi soir, c'est bondé. MarioStanic m'a aidé à le décorer en me procurant des maillots, insignes et affiches du club londonien. Mais je n'aime pas trop revenir à Sarajevo. Je me suis habitué à la vie en Belgique, et la mentalité d'ici m'indispose parfois. On vit au ralenti. Beaucoup de gens sont prêts à s'engager, mais ils ont cette manie de sans cesse remettre ce qu'ils ont à faire au lendemain. Pourquoi, alors, ai-je entamé ma reconversion ici plutôt qu'en Belgique ? Par facilité. Je suis en position de force, ici. Et je peux arranger beaucoup de choses par deux ou trois coups de téléphone. En Belgique, c'est plus compliqué. Il y a beaucoup de formalités à remplir. Mais j'ai l'un ou l'autre projet pour la Belgique également. On verra ". Sarajevo rappelle, sans doute, trop de mauvais souvenirs à Vido. " C'était joli, autrefois. Mais cette putain de guerre a tout détruit ". Sa famille a éclaté aussi. " Ma mère vit toujours ici. Ma grand-mère aussi : à 80 ans, ses cheveux sont toujours aussi noirs. Elle a moins de cheveux gris que moi ! ( ilrit) Mon père vit aux Etats-Unis. Il a essayé de renouer le contact pendant la Coupe du Monde 1998 ". Le téléphone retentit. Vido répond dans ce mélange d'anglais, de néerlandais et de slave qui le caractérise. " Yes, I will do that. Tot straks. Da, da ". On poursuit vers le stade du Slavija. En Belgique, il n'aurait même pas fallu la visite d'un délégué de la fédération pour entériner la remise. Mais ici, on joue. " S'il faut attendre que les conditions soient impeccables, on ne parviendrait jamais à boucler le calendrier ". La pelouse a été déblayée. Mais pas les gradins. Les sièges sont couverts par des tas de neige impressionnants. La plupart des spectateurs se regroupent sur les escaliers d'accès : les seuls endroits dégagés. Combien sont-ils ? 500 ? " En d'autres temps, ils sont parfois 4 ou 5.000 ", assure Vido. " Le Slavija est un vieux club qui existait déjà il y a 100 ans, mais il évoluait en D3. Lorsqu'on a créé un championnat bosniaque, il a grimpé les échelons : D3, D2, D1. Et là, les dirigeants se sont demandé : et maintenant, que fait-on ? Le petit stade que vous voyez ici a été bâti en six mois. Et il n'est pas terminé ". En deuxième mi-temps, la neige se remet à tomber et Vido nous propose de nous mettre à l'abri sous le toit de la tribune d'honneur en construction. Attention la tête : planches et poutrelles sont toujours amassées. Les normes de sécurité ne sont pas les mêmes que chez nous. " C'est une drôle d'expérience d'assister à un match dans les businessseats d'un club de D1 bosniaque, n'est-ce pas ?", rigole Vido. Qui nous confirme qu'il y a bien des étrangers dans le championnat. " Pas au Slavija, mais dans d'autres clubs. Récemment, pendant le mercato, un Kenyan a encore débarqué. Il avait neigé pendant trois jours et trois nuits sans interruption, et le thermomètre affichait û20°C. A sa descente d'avion, il était en T-shirt et en pantoufles, et n'avait rien d'autre à enfiler. Tout le monde a rigolé. Mais il est resté. Son club est parti en stage le long de la mer, où la température était plus clémente, et il s'est habitué ". Mené 0-1, le Slavija finit par s'imposer 3-1. Vido nous emmène dîner. En entrée, du jambon fumé et du fromage, avec quelques beignets. Puis, des plats de poulpe et de gambas. Toujours accompagnés d'un excellent vin bosniaque. " Si vous descendez vers la côte, le climat est très ensoleillé et propice à la viticulture. Je vous l'ai dit, il y a tout dans ce pays. Si les gens voulaient bien prendre conscience de toutes ces richesses et les exploiter davantage ". Vido enchaîne sur les Diables Rouges : " AiméAnthuenis pourrait sauter en cas d'échec contre la Bosnie-Herzégovine ? C'est logique, il faut des résultats. Et pour lui succéder ? On parle d' HugoBroos ? Je ne pense pas qu'il ait le profil idéal pour faire un bon coach fédéral. Je le connais bien, il a été mon entraîneur pendant cinq ans. Il éprouve trop de difficultés à trancher, il a tendance à laisser aller les choses. Or, en équipe nationale, les conflits surgissent vite. Qu'on le veuille ou non, les susceptibilités communautaires sont encore bien présentes ". Gordan Vidovic est déjà au courant de la mise à l'écart de PhilippeSaint- Jean à Mouscron. " Qu'a-t-on fait de l'Excel ?", se demande-t-il. " C'était un chouette club, et maintenant, où se trouve-t-il ? La saison dernière, pendant le mercato, j'avais proposé trois joueurs pour 350.000 euros. On m'a répondu qu'il n'y avait pas d'argent. J'ai demandé combien le club pouvait donner. J'étais prêt à payer une partie de ma poche, mais alors que je voulais faire un geste, on a insinué que j'agissais uniquement dans l'espoir d'empocher 20 % de la transaction. Il n'y avait pas d'argent ? Soit. Mais, quelques mois plus tard, l'Excel a acheté deux joueurs d'Ostende pour une somme à peine inférieure. J'aurais pu réagir à tout ce que l'on a affirmé sur GeorgesLeekens et moi-même. C'étaient à 90 % des mensonges. Mais à quoi bon jeter de l'huile sur le feu ?" L'épisode du transfert raté des trois joueurs bosniaques (l'un d'eux, DamirMirvic, défend aujourd'hui les couleurs de La Gantoise) reste toujours sur l'estomac de Vido, qui avoue n'avoir plus beaucoup de contacts avec Jean- PierreDetremmerie. " Lorsqu'on se voit, on se salue, mais cela s'arrête là. Les anciens mériteraient plus de respect au Canonnier. Comment traite-t-on KoenDeVleeschauwer et TonciMartic, par exemple ? Koen s'est vu refuser un transfert pour Genk. On lui a promis un nouveau contrat à Mouscron. Il attend toujours ". Gordan Vidovic nous emmène au siège du principal journal de Sarajevo, Avaz. " Vous verrez, les locaux n'ont rien à envier à ceux d'un quotidien belge ", assure-t-il. Effectivement, le bâtiment est très moderne. Mais le journaliste auquel il voulait nous présenter est en mission. Vido nous propose d'aller prendre un café et nous emmène de nouveau à Lukavica, dans un Sportcafé. Une grande photo orne l'un des murs : il représente le stade de l'Etoile Rouge Belgrade, tout un symbole. " Jadis, j'ai joué dans ce stade de Maracana devant 100.000 spectateurs ", rappelle Vido. L'établissement sert de lieu de rendez-vous aux joueurs du Slavija et on y retrouve l'entraîneur, DraganRadovic, qui, fièrement, nous explique que son équipe va disputer les demi-finales de la Coupe de Bosnie. Et que, peut-être, elle pourrait participer à la Coupe de l'UEFA en cas de succès. On y retrouve aussi un joueur, IlijaProdanovic. Vido a des papiers à lui faire signer, pour les remettre à l'ambassade. En vue d'un test à l'étranger, probablement. " C'est encore secret, je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant. Je ne veux pas rester avec vous cet après-midi, car je dois me rendre à l'ambassade mais Sener Bajramovic va s'occuper de vous ", s'excuse Vido, Notre nouveau guide nous emmène déjeuner à la montagne. A Bjelasnica, un site qui avait accueilli les compétitions de ski alpin lors des JO d'hiver de 1984. Sur place, il reste bien un remonte-pente et quelques chalets, mais l'endroit n'a rien de comparable avec les stations de sports d'hiver des Alpes françaises ou suisses. " Autrefois, c'était animé ici, mais comme ailleurs, la guerre a fait des ravages ", explique Bajramovic. " On est très fier, à Sarajevo, d'avoir accueilli les Jeux Olympiques. Ni Belgrade, ni Zagreb n'ont encore eu cet honneur ". Il nous emmène dans un chalet restaurant, chauffé par un feu de bois. Une eau de vie locale à base de poires pour se réchauffer. Puis, deux sortes de pizzas : une au fromage et une aux épinards. Et enfin, un plat de veau bouilli. Excellent. 16 h 45. Le téléphone retentit : on nous attend à 17 h 30 à la fédération. Il faut vite rebrousser chemin car une bonne demi-heure de route est nécessaire pour rejoindre Sarajevo. On découvre les cicatrices de la guerre. Si, le long des voies principales, la plupart des bâtiments ont été reconstruits, les maisons en ruine sont encore nombreuses dans la campagne. La fédération a son siège dans une impasse de la vieille ville. Le secrétaire général MunibUsanovic nous accueille. Il nous retrace l'historique de cette jeune fédération, nous parle du projet qu'il avait lancé : l'organisation de l'EURO 2008 conjointement avec la Croatie. " AlainCourtois, qui avait l'expérience d'une organisation commune entre deux pays depuis l'EURO 2000, m'a aidé à réaliser le dossier et m'a affirmé qu'il était bien ficelé. Malheureusement, l'organisation a été attribuée à la Suisse et à l'Autriche ". Il évoque aussi le cas du sélectionneur BlazSliskovic. " C'est vrai qu'il a surpris beaucoup de monde en acceptant l'offre d'Hajduk Split, mais ce n'est pas un problème : il a assuré qu'il accorderait toujours la priorité à la Bosnie-Herzégovine. Et puis, il a de bons adjoints, qui résident en Allemagne et voient à l'£uvre la plupart des joueurs bosniaques ". Beaucoup d'internationaux, en effet, évoluent en Bundesliga. " Des joueurs comme HasanSalihamidzic (Bayern Munich) ou SergejBarbarez (Hambourg) sont très mal connus en Bosnie, car ils ont quitté le pays très jeunes. Pourquoi vers l'Allemagne ? Probablement en raison des connexions qui existent entre les deux pays ". Le lien est perceptible jusque dans la monnaie locale : en Bosnie, on paie avec des marks bosniaques. Ils valent à peu près la moitié d'un euro : soit la valeur de l'ancien mark allemand. De retour à l'hôtel, on croise un jeune homme qu'on nous présente comme le plus grand talent en devenir du football bosniaque. Il s'appelle EdinDjeko, vient d'avoir 18 ans et joue au Zeljeznicar. " Il a été le meilleur buteur dans toutes les catégories d'âge ", explique MensurDogan, l'ancien directeur sportif du club, qui l'accompagne. " Il est grand, il est rapide, il a le sens du but : il a toutes les qualités d'un grand attaquant et a déjà joué en Coupe d'Europe, contre les Ecossais de Hearts of Midlothian ". " Mon rêve est de jouer un jour au Milan AC, mon équipe préférée ", avoue le gamin. " Pour succéder à mon idole : AndriyShevchenko ". Deux professeurs de l'université de Sarajevo nous rejoignent : MunirTalovic et IzetRado. Ils donnent cours à l'école des entraîneurs de Sarajevo et sont très fiers qu'elle ait été reconnue par la FIFA pour l'obtention de la licence professionnelle. " Il y a six mois, on était à Bruxelles pour un congrès ", explique l'un d'eux. " On a rencontré FransMasson, vous le saluerez de notre part. Dans deux mois, ce sont les entraîneurs étrangers qui viendront ici, à Sarajevo ". Pas de trace, par contre, de Blaz Sliskovic, qui était pourtant annoncé. " J'ai cru comprendre qu'il était retenu à Split, suite à la petite crise qui a suivi la défaite à Rijeka ", affirme Vido. Gordan Vidovic accepte de se rendre avec nous au Zeljeznicar, le club où il a commencé sa carrière. " J'ai encore quelques contacts là-bas, mais la plupart des personnes qui s'occupent du club sont nouvelles ", dit-il. Le Zeljeznicar (le club des cheminots) est l'un des deux grands clubs de la capitale bosniaque, avec le NK Sarajevo qui joue au stade olympique. C'est là aussi qu'a joué Mirsad Beslija avant sa venue à Genk. Son stade est nettement plus imposant que celui du Slavija, mais il est dans le même état : avec une pelouse transformée en bourbier et des monticules de neige le long des lignes de touche. " Le stade n'a pas beaucoup changé depuis l'époque où j'y jouais ", affirme Vido. " Une tribune a été détruite pendant la guerre, mais elle a été reconstruite de façon identique. Autrefois, lorsque les gens étaient debout, il n'était pas rare d'avoir 50 ou 60.000 spectateurs. Aujourd'hui, avec les places assises, la capacité a été limitée à 22.000 places. Mais il est toujours plein pour les derbies. Le prix des places est modique : 7,50 euros, environ ". Vido se souvient des grands matches d'autrefois. " A l'époque, je jouais comme n°10. J'aurai tout fait dans ma carrière : défenseur, attaquant, milieu de terrain. Avec moi à la passe, Mario Stanic a inscrit 17 buts en 20 matches. Aurai-je pu réussir une plus grande carrière, sans la guerre ? Qui peut le dire ? Trois semaines avant le conflit, j'ai reçu une proposition de Lyon. Au lieu de cela, après mon exil, je me suis retrouvé à... Tirlemont ". Mario Stanic, l'un des copains d'enfance de Gordan Vidovic, a réussi la carrière que l'on connaît. Il fut médaillé de bronze à la Coupe du Monde 1998 avec la Croatie. " Pourquoi a-t-il choisi la Croatie ? Vous savez, son histoire, c'est aussi un peu la mienne. Et celle de tous les Bosniaques. A un moment donné, on s'est retrouvé sans rien, et il a fallu choisir. Lorsque j'ai joué mon premier match pour les Diables Rouges, 10.000 journalistes m'ont téléphoné. Ils m'ont demandé pourquoi je n'avais pas opté pour la Bosnie. Tout simplement parce que personne ne m'avait jamais rien proposé dans mon pays natal ". Le périple se termine. Gordan Vidovic nous ramène à l'aéroport. " A l'aéroport international ", insiste-t-il. " C'est ainsi qu'ils l'ont baptisé. Comme cela, ils croient que leur aéroport vaut celui de Narita, à Tokyo ". Et il part d'un grand éclat de rire. Daniel Devos" Anthuenis pourrait sauter ? Logique. Et puis BROOS ? Pas le profil idéal. IL NE SAIT PAS TRANCHER " " LA LéGENDE DU FOOT BOSNIAQUE, c'est Safet Susic, Miroslav Blazevic et Vahid Halilhodzic " " Ici sont enterrés tous les héros qui ont donné leur vie pour défendre Sarajevo. IL Y EN A BEAUCOUP "