Le centre du football anglais est désormais bien remonté vers le nord. Si Londres comptait encore trois qualifiés en huitième de finale de la dernière Ligue des Champions, la capitale anglaise a dû plier (provisoirement ?) face à la puissance de feu des clubs de Manchester. Le club de sir Alex Ferguson, pourtant habitué à la place de leader, a réussi le meilleur départ de son histoire (cinq matches, cinq victoires). Le meilleur dans l'histoire de la Premier League avant de partager à Stoke et de retrouver la victoire contre Norwich. Manchester City a fait aussi bien, confirmant les promesses aperçues la saison passée et la qualité d'un mercato dispendieux.
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Le centre du football anglais est désormais bien remonté vers le nord. Si Londres comptait encore trois qualifiés en huitième de finale de la dernière Ligue des Champions, la capitale anglaise a dû plier (provisoirement ?) face à la puissance de feu des clubs de Manchester. Le club de sir Alex Ferguson, pourtant habitué à la place de leader, a réussi le meilleur départ de son histoire (cinq matches, cinq victoires). Le meilleur dans l'histoire de la Premier League avant de partager à Stoke et de retrouver la victoire contre Norwich. Manchester City a fait aussi bien, confirmant les promesses aperçues la saison passée et la qualité d'un mercato dispendieux. Retrouver les deux formations de Manchester aux deux premières places est finalement dans la logique des choses et dans la continuité de la saison dernière. Mais la manière avec laquelle les deux clubs rivaux ont démarré la compétition en a surpris plus d'un. 24 buts pour United en sept rencontres, 23 pour son voisin, soit une moyenne de plus de trois buts inscrits par rencontre. Du jamais vu à ce niveau-là. Si les Red Devils continuent sur cette lancée, ils devraient terminer le championnat avec un total de 130 buts inscrits. Or le record de la Premier League, réalisé par Chelsea en 2010, est actuellement fixé à 103 buts. Manchester lui-même n'a jamais réussi à passer la barre des 100 buts en championnat, échouant à 97 en 2000. Cette avalanche est d'autant plus étonnante qu'elle découle de formations qui avaient surtout brillé défensivement la saison dernière. Manchester United, champion en titre, n'avait inscrit que 78 buts et City, troisième, à peine 60, soit une moyenne d'1,5 buts par rencontre. Rien ne laissait donc présager ce feu d'artifice. " On avait reproché à Manchester United d'être un champion calculateur. Très courageux mais pas très flamboyant ", résume l'ancien buteur Alan Shearer, analyste de la BBC. " Et on avait stigmatisé les méthodes italiennes de Roberto Mancini qui, dans les rencontres au sommet, privilégiait toujours la position attentiste et défensive. " Les deux formations ont donc réussi leur mue estivale. Notamment dans le jeu. Explications. Roberto Mancini a construit son équipe en lui donnant une assise défensive. Si City a dépensé beaucoup d'argent pour attirer des stars comme Mario Balotelli, Carlos Tevez, David Silva ou Edin Dzeko, elle a surtout empilé les signatures à l'arrière pour se doter d'une bonne base défensive ( Shay Given, Joleon Lescott, Wayne Bridge puis Jérôme Boateng avant de se fixer sur Gaël Clichy ou Kolo Touré) et sur les aboyeurs du milieu de terrain ( Gareth Barry, Nigel De Jong et James Milner, voire dans une moindre mesure Yaya Touré, symbiose entre médian récupérateur et créateur). Que des éléments bien éloignés de la notion de star ! Une fois ces fondations posées, Mancini a organisé son schéma offensif. Aujourd'hui, des joueurs comme Silva, inconstant la saison passée, ou Dzeko, ont réussi leur intégration et s'expriment pleinement. A cela s'ajoute la dernière pierre à l'édifice, Kun Aguero, créateur et buteur, et vous obtenez une équipe mieux balancée, où chacun commence à assimiler le jeu collectif. " Depuis le début de saison, Dzeko et Aguero sont particulièrement en verve mais ce qui peut être rassurant pour City, par rapport à la saison dernière, c'est qu'elle ne dépend plus d'un attaquant. Quand Tevez ne marquait pas, personne ne le suppléait. On a vu, contre Everton, que quand Aguero ou Dzeko étaient muselés, le danger pouvait venir de Silva ou Samir Nasri, voire du banc comme ce fut le cas avec Balotelli ", explique Phil McNulty, chef des sports de la BBC. " Pendant un an et demi, on a critiqué la tactique de Mancini ", dit Danny Mills, ancien joueur de City, aujourd'hui consultant. " Aujourd'hui, on voit où il voulait en venir. Contre Blackburn (0-4), lorsqu'Aguero s'est blessé après 10 minutes, il a fait entrer Nasri, jouant sans attaquant spécifique. Or, le danger n'a jamais été aussi présent. " Pour beaucoup, City dispose aujourd'hui d'une épine dorsale à nulle autre pareille avec Joe Hart, Vincent Kompany, De Jong, Yaya Touré et Aguero. Mancini a donné du temps à Dzeko et fait de Micah Richards le meilleur arrière droit d'Angleterre. A Old Trafford, une page est clairement en train de se tourner. Edwin Van Der Sar et Paul Scholes ont pris leur retraite. Ryan Giggs n'est plus qu'un intermittent du spectacle. Ferguson préfère le ménager, au vu de son âge mais également des tracas essuyés dans sa vie privée et étalés dans les tabloïds cet été. La jeunesse, symbolisée par Ashley Young, Danny Welbeck ou Tom Cleverley a pris le pouvoir. Comme la ligne arrière se compose également de nouveaux joueurs (et risquait donc d'être plus friable que les saisons précédentes), Ferguson a réorienté le jeu vers l'avant. Et le feu d'artifice est permanent. Wayne Rooney a déjà inscrit neuf buts et est le nouveau dépositaire du jeu mancunien, après Scholes et Giggs. C'est à lui qu'Alex Ferguson a confié les clés. " Rooney a 26 ans et atteint peu à peu l'âge de la maturité ", explique David Meek, journaliste au Guardian. " Il a compris l'hiver dernier que Ferguson voulait qu'il fasse partie de l'histoire d'United. Il est d'autant plus le leader de cette équipe que Rio Ferdinand est souvent blessé et que le capitaine, Patrice Evra n'est pas vraiment un meneur d'hommes. " Les deux matches nuls (contre Stoke et Bâle) sont tombés en l'absence de Rooney. Une fois sur le terrain, son équipe est galvanisée. Mais MU dispose d'autres armes. Chicharito continue de surfer sur sa fin de saison dernière ; Welbeck revenu de prêt de Sunderland, a déjà inscrit cinq buts en huit matches et offre un profil inexistant à Manchester, celui du déménageur. Et une fois ces trois solutions utilisées, il reste encore Dimitar Berbatov et Michaël Owen, auteur de deux buts en Coupe de la Ligue, ou la deuxième ligne, toujours aussi percutante avec Nani, Giggs ou Young. " Incontestablement, on peut estimer que la défense, sur laquelle United avait pourtant forgé les bons résultats des dernières années, constitue le point faible de l'équipe actuellement ", pointe Meek. " Quand Rio Ferdinand et Nemanja Vidic sont blessés, elle manque d'expérience et surtout de stabilité. Or, la clé d'une bonne défense, c'est sa stabilité. " En effet, les arrivées de Chris Smalling en 2010 et de Phil Jones, acquis pour 19 millions d'euros à Blackburn cet été, ont considérablement rajeuni l'arrière-garde. Tant Smalling que Jones ont débarqué à Manchester avec relativement peu d'expérience (13 matches de Premier League pour Smalling et 31 pour Jones) mais avec un gabarit et surtout un culot monstre. Ferguson ne s'est pas trompé sur ses recrues. Smalling a déjà réalisé de grosses rencontres face aux cadors anglais. Quant à Phil Jones, il peut d'ores et déjà être considéré comme un des futurs grands défenseurs européens. Physique, technique, offensif, Jones a tout du défenseur moderne. Mais il y a une chose que ces jeunes (auxquels on peut aussi ajouter Johnny Evans) n'ont pas : la roublardise et la maturité. Ils manquent parfois cruellement de concentration et mettent en danger leur équipe alors que celle-ci tient pourtant parfaitement la rencontre. A cela s'ajoute également l'inexpérience du gardien espagnol, David De Gea, appelé à succéder au monument Edwin Van Der Sar. De Gea a eu le malheur de débuter son règne par deux boulettes (lors du Community Shield face à City et lors de la première journée de championnat). Les journaux n'ont pas manqué de se focaliser sur son point faible (les sorties aériennes) et certains, comme la fille de Kenny Dalglish, journaliste sur ITV, ont même osé remettre sa place de titulaire en question après la bonne prestation du numéro deux, Anders Lindegaard contre Benfica. Ferguson a balayé tout cela d'un revers de la main et maintenu sa confiance dans l'ancien gardien de l'Atletico Madrid. Résultat : De Gea a sauvé son équipe à trois reprises (contre Bolton, Stoke et Bâle). Il a su montré ses qualités mais lui aussi doit apprendre à connaître ses partenaires et à les mettre en confiance. " Il a montré beaucoup de promesses mais à ce poste de gardien de but, il faut laisser un peu de temps ", dit Meek. Cette jeunesse a un prix et se traduit par quelques chiffres significatifs. MU a concédé 19 tirs contre Chelsea, 13 contre Bâle et 10 contre Norwich ! Le retour de Ferdinand et Vidic va-t-il stabiliser cette défense ? Pas sûr. Si Vidic retrouvera sa place dès qu'il sera rétabli, le cas du vétéran anglais est plus épineux. Les deux plus mauvais matches d'United ont été réalisés avec Ferdinand, qui a manqué cruellement de présence face à Bâle. Certains n'hésitent pas à l'enterrer, arguant la récurrence de ses blessures. D'autres estiment que Jones dispose des mêmes qualités (bonne relance et athlétique) avec la jeunesse et la vitesse en plus. " Lors des cinq dernières saisons, Ferdinand et Vidic ont formé l'axe défensif de Manchester United et sans doute l'une des plus belles complémentarités de l'histoire du club aux côtés de celle de Steve Bruce et Gary Pallister début des années 90 ", estime David McDonnell, éditorialiste au Daily Mirror. " Mais les blessures des deux joueurs ont poussé Ferguson a amener un peu de jeunesse afin d'effectuer une transition tout en douceur. Vidic et Ferdinand étaient censés apprendre le métier aux jeunes mais ceux-ci ont déjà compris la musique, lancés dans le bain plus tôt que prévu. " Contre Bâle, Ferdinand faisait ses (bientôt) 33 balais et c'est Jones qui fut appelé en sélection nationale par Fabio Capello. Pas Rio. Ferguson se voit donc contraint de faire des choix derrière, afin de trouver la ligne capable de renouer avec l'intransigeance défensive des dernières saisons. A City, l'ignorance des grands rendez-vous peut s'avérer déterminante. Les Citizens en ont déjà fait l'amère expérience en Ligue des Champions après avoir concédé un partage contre Naples et perdu au Bayern de Munich. " Je ne pense pas que le fait de jouer tous les trois jours va les pénaliser ", explique Mills, " contrairement à ce que laissait penser Giggs qui disait que City allait perdre des points car gérer la fatigue mentale et physique d'une telle compétition, cela s'apprenait. On peut déjà balayer le cas de la fatigue physique car le banc est assez large pour instaurer une tournante. Eventuellement, l'une ou l'autre défaite peuvent briser une dynamique instaurée la saison dernière et ponctuée par la victoire en Cup, premier trophée de club depuis 1976. Mais l'inexpérience des grands matches va peut-être s'avérer préjudiciable. Car, un match se gagne souvent sur des détails, qu'on apprend à mieux saisir au fil du temps. " Autre gros point faible : l'ego des stars. Mancini va devoir passer son temps à éteindre des incendies. Il a déjà montré ses qualités de pompier la saison passée face au comportement enfantin et dangereux de Mario Balotelli. Beaucoup de managers auraient craqué. Pas lui. Et cela fonctionne. La semaine passée, Balotelli a montré beaucoup de patience et de sang froid dans le jeu. Un miracle. Mais ces incidents risquent de se multiplier. A Munich, Carlos Tevez a refusé de monter au jeu (il a été suspendu par le club) et Dzeko a montré de l'agacement lors de son remplacement (il a été mis sur le banc face à Norwich). Les deux cas ont été gérés avec beaucoup de fermeté mais aussi de doigté par Mancini. Dzeko a certes été confiné au petit banc et même lors de la blessure d'Aguero, Mancini a préféré appeler Nasri. Le coach italien a toutefois évité que l'histoire ne prenne trop d'ampleur en introduisant le Bosniaque au jeu pour les dernières minutes. Une machine de guerre, pensait-on. Les chiffres parlaient d'ailleurs d'eux-mêmes. Et pourtant, certains signes prédisaient déjà un essoufflement d'United. Comme cette victoire face à Chelsea. Jamais un manager battu n'avait quitté Old Trafford avec une telle satisfaction. Car, si Manchester avait battu les Blues 3-1, il avait surtout montré un réalisme à toute épreuve. Et si Chelsea avait su mettre au fond toutes ses occasions, il aurait tout simplement battu les champions en titre. Paroles de statistiques : ce jour-là, Chelsea avait cadré 19 tirs (contre 12 seulement pour United). Vous rajoutez la blessure d'un Wayne Rooney en état de grâce et vous obtenez les premiers signes de flottement. Un match nul à Stoke City (1-1) et surtout une drôle de prestation contre Bâle en Ligue des Champions (3-3). Et personne ne fut rassuré par la qualité très moyenne des champions en titre contre Norwich. Si United est solide et ne manque pas de qualités, certains se demandent si les jeunes pourront maintenir la cadence (et la constance) toute la saison. City, au contraire, semble monter en puissance. Seule la fatigue de la Ligue des Champions peut freiner l'enthousiasme des Citizens. Mais les nouveaux riches apprennent très vite. A tel point qu'ils ont parfaitement géré leur match sur le terrain de Blackburn, trois jours après la défaite à Munich. Une première mi-temps d'observation et une deuxième en rouleau compresseur. Généralement, on a l'habitude de dire que les équipes européennes sont à prendre en deuxième mi-temps, une fois que la fatigue se fait sentir dans les jambes. Pas City. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE Les deux Manchester marquent plus de trois buts par match et si United continue sur sa lancée, il pourrait battre le record de 103 buts inscrits sur une saison. Pour beaucoup, City dispose aujourd'hui d'une épine dorsale à nulle autre pareille avec Joe Hart, Vincent Kompany, Nigel De Jong, Yaya Touré et Kun Aguero.