Les études concernant la localisation idéale des clubs de foot de D1 et leur pérennité au plus haut niveau ont largement démontré que le foot du 21e siècle se dirigeait vers des clubs issus de grandes villes, ou de grandes régions, pouvant compter sur une belle zone de chalandise sur laquelle rayonner. Qu'en est-il de cette pauvre Wallonie qui ne compte que trois clubs en D1 ? D'après le tableau recensant les dix plus grandes villes wallonnes, on ne s'étonne pas de voir les deux plus grands centres (Liège et Charleroi) s'ancrer saison après saison (à part un accroc en 29 ans pour le Sporting Charleroi) au sein de notre élite. Mouscron, terreau populaire à l'ouest, et 9e plus grande ville wallonne, a également su se faire une place au soleil.
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Les études concernant la localisation idéale des clubs de foot de D1 et leur pérennité au plus haut niveau ont largement démontré que le foot du 21e siècle se dirigeait vers des clubs issus de grandes villes, ou de grandes régions, pouvant compter sur une belle zone de chalandise sur laquelle rayonner. Qu'en est-il de cette pauvre Wallonie qui ne compte que trois clubs en D1 ? D'après le tableau recensant les dix plus grandes villes wallonnes, on ne s'étonne pas de voir les deux plus grands centres (Liège et Charleroi) s'ancrer saison après saison (à part un accroc en 29 ans pour le Sporting Charleroi) au sein de notre élite. Mouscron, terreau populaire à l'ouest, et 9e plus grande ville wallonne, a également su se faire une place au soleil. Mais pourquoi d'autres grandes villes n'y arrivent pas ? Alors que l'on a consacré ces derniers mois de longs dossiers à la situation déclinante de Mons et florissante de Seraing, autres villes présentes dans ce top-10, et alors qu'Herstal pâtit de l'omnipotence du Standard, tout proche, nous avons décidé de nous focaliser sur quatre autres villes, bien pourvues en termes de population, mais moribondes sur le plan footballistique : Tournai, Verviers, La Louvière et Namur. Pourquoi ces quatre grandes entités ne sont-elles pas (plus) en D1 et pourrait-on imaginer les y revoir dans un futur plus ou moins proche ? Tournai étale ses splendeurs le long de l'Escaut, ce fleuve dont la majesté se voit offrir un écrin à sa juste valeur avec le Pont des Trous qui l'enjambe à la sortie de ville. Et pourtant, un projet prévoit un élargissement des arches de ce pont du 13e siècle afin de permettre aux péniches aux plus gros tonnages de passer. Aujourd'hui, Tournai, égayée par son carnaval et sa nuit des intrigues, rime davantage avec culture qu'avec football. Est-ce une des raisons pour lesquelles le RFC Tournai n'a plus côtoyé l'élite du football depuis près de 60 ans ? " Non, même s'il est compliqué de se défaire de cette étiquette bourgeoise, il n'y a pas que la culture ici ", dit l'ancien bourgmestre et président du club, Christian Massy. " Il y a un public capable de s'enflammer et d'autres villes ne s'en sortent pas mal en ayant plusieurs fers au feu. " Et c'est vrai qu'ici, contrairement à Namur, le foot a toujours attiré du monde. Avant la fusion, les derbies entre l'Union (au départ club d'obédience ouvrière laïque) et le Racing (bourgeoisie catholique), vainqueur de la Coupe de Belgique en 1956, généraient parfois 10.000 spectateurs. " Quand on voit le monde des derbies d'antan, il y a clairement un potentiel public ", ajoute l'ancien joueur-entraîneur, Fabien Delbeeke. " Et puis, on pourrait créer un lien entre culture et football pour faire découvrir et rayonner la ville. " Toujours plus proche de la Promotion, Tournai évolue aujourd'hui devant une centaine de supporters. Pourtant, au lieu de réunir toute une ville autour d'un club-phare, la fusion a plutôt anesthésié une ville. Pas dans un premier temps malgré le fait que certains Unionistes ou Racingmen purs et durs avaient clamé haut et fort qu'ils ne mettraient jamais les pieds dans le nouveau stade Luc Varenne, construit en périphérie. Les résultats des premières années, aboutissant à une montée en D2 en 2007, avaient même encouragé la réconciliation. Mais le retrait de la ville de la présidence et le manque d'ambition financière (et sportive) des dernières années ont plongé le club dans une crise existentielle. Les entrepreneurs locaux ont préféré tourner leurs investissements vers Mouscron, Lille et Lens. La gestion de l'actuel président, Jean-Claude Stocman ne convainc plus grand-monde, à tel point que certains craignent (ou attendent) une faillite pour repartir à zéro. Trois projets de reprise pourraient permettre d'éviter ce scénario. " Le club doit avoir un projet sportif et des bases saines, miser sur les jeunes pour attirer de nouveaux sponsors car le nerf de la guerre demeure l'argent ", reconnaît l'ancien gardien de Mouscron, Christophe Martin, impliqué aujourd'hui dans l'école des jeunes. L'ambition de la D1 née après la construction du stade et la montée en D2 est aujourd'hui une chimère. Même le stade fait débat. " Il n'est pas aux normes. La luminosité est de 400 lux alors qu'il en faut 1200 pour la D1 et 1400 pour passer à la télévision ", ajoute Martin. " Le stade a été construit près de l'autoroute, à quelques kilomètres du centre-ville ", relève Delbeeke. " Il est excentré et il n'y a pas assez de transports en commun le samedi soir, jour où nous jouons. Les gens du centre-ville ne peuvent donc pas s'y rendre autrement qu'en voiture. " Certains se demandent même s'il n'a pas été mal conçu, les spectateurs de la tribune principale étant arrosés à chaque fois qu'il pleut ! Depuis le retrait de Christian Massy, les relations entre la ville et le club se sont dégradées. La Régie Autonome qui gère le stade se fait de plus en plus pressante face aux dettes qui s'accumulent. Certains, au sein de la ville, auraient bien voulu accrocher le train lillois qui avait sondé Tournai en vue d'une collaboration mais face à l'intransigeance de Stocman, Lille s'est tournée vers Mouscron. " Il n'y a pas d'argent dans le club ; il est donc impossible de grandir ", affirme Bernard Wattiez, l'ancien trésorier. " Car aujourd'hui, quelle société payerait pour voir un match de D3 ou de Promotion ? S'il n'y a pas de spectacle, il n'y a pas d'intérêt ! A terme, cela me paraît impossible au point de vue financier d'avoir à la fois Mouscron et Tournai au plus haut niveau. La seule solution consiste à conclure un accord de partenariat ou à créer un grand club avec Ath et Mouscron. Mais dans ce cas, que faire du stade qui n'a que 10 ans ? Et puis, faire cohabiter Mouscron et Tournai sous le même toit, il faut le faire. C'est un peu comme Lens et Lille... " " On aurait pu fédérer un club au sein de la Wallonie picarde ", nuance l'ancien bourgmestre, " mais maintenant que Mouscron est en place, je pense que Tournai peut oublier la D1 et viser à devenir un bon club de D2. C'est dommage car une ville de 70.000 habitants, capitale de la Wallonie picarde est digne d'avoir un bon club, à l'instar de La Louvière à une époque ou de Seraing actuellement. " Les Tournaisiens ne vont donc plus au stade et préfèrent vibrer devant les résultats de leur club de handball, 3e en D1 belge, ou de waterpolo. Ou profiter de cette cathédrale au cinq clochers, classée au Patrimoine Mondial de l'Unesco. Avec l'espoir d'un jour voir l'esprit festif si caractéristique de la ville s'exprimer de nouveau dans les travées du club de foot. A l'autre bout de la Wallonie, Verviers sommeille dans la vallée de la Vesdre. Nous sommes ici à moins de 30 kilomètres des frontières allemande et néerlandaise, dans une position stratégique, qui en fit un carrefour de la révolution industrielle au 19e siècle, source de la fortune et du malheur de la cité. Prospérité d'abord lorsque les eaux particulièrement douces de la Vesdre furent choisies pour le traitement des laines de l'industrie textile et que des grands industriels anglais, comme la famille Cockerill choisirent d'élire domicile à Verviers. Déclin ensuite lorsqu'après la guerre, on n'eut plus besoin d'eau douce naturelle. Et si aujourd'hui, le club de football local, le RCS Verviétois, végète en D3, bouclant chaque saison un peu plus difficilement son budget (au point d'avoir dû renoncer au tour final de D3 la saison passée après avoir pourtant terminé son championnat à la 2e place), elle le doit certainement, en partie, au déclin de sa force industrielle. " Verviers a connu la crise économique avant les autres bassins économiques wallons puisque le textile a d'abord souffert dans les années 60 et 70 ", explique Philippe Collette, actuel président de l'école des jeunes de Verviers. " Or, c'est d'abord au textile que Verviers a dû sa prospérité. Les barons de la laine se sont retirés et n'ont pu soutenir de la même manière le club de Verviers dont ils étaient les principaux bailleurs de fonds. " Et voilà comment un des clubs vénérables de notre pays, matricule 8, septième plus vieux club encore en fonction, déclina petit à petit. Aux années de gloire en D1 de 1956 à 1961, avec au passage une finale de Coupe de Belgique face à... Tournai, succédèrent une longue et infinie traversée du désert, avec des années en D2 jusqu'en 1972, puis des passages en D3, Promotion et P1. Depuis 2005, Verviers tente de survivre en D3. " Mais il faut bien le reconnaître : on fait de la corde raide ", dit Collette. L'année passée, Verviers, au bord du gouffre, a cherché de l'argent frais, envisageant même la cession de son matricule à Seraing ou Boussu, avant de faire marche arrière. Finalement, une des deux ASBL qui chapeaute le club a été mise en liquidation et le club est reparti avec un noyau plus jeune, les joueurs ne recevant plus de contrat fixe et n'étant plus payés que par primes. " Depuis des années, le club a des soucis financiers ", explique Ronald Foguenne, ancien joueur pro du FC Liège et de Charleroi, qui travaille au service des sports de la commune de Verviers. " Il y a également un manque de stabilité à la tête du club puisqu'on y a vu se succéder de nombreux présidents. Cela manque de vision à long terme mais également d'une vision réaliste, sans vivre au-dessus de ses moyens. " Oui mais voilà, pas facile de créer quelque chose de fort, stable et ambitieux dans une ville en plein désert économique. Même le club de basket de Pepinster, si populaire pendant des années, a souffert et a dû repartir de zéro. " Malgré ses problèmes, Pepinster est toujours en D1. Et pourquoi ce qui est possible pour le basket ne le serait pas pour le football ?", se demande Foguenne. On en revient au contexte économique. " C'est exclu de miser sur le seul potentiel économique de la ville de Verviers. On doit donc élargir à la région liégeoise ", assure Collette. Et là, Verviers rentre en concurrence avec d'autres clubs (Eupen, FC Liège, Seraing) et le mastodonte qu'est le Standard. Résultat : " Il n'y a actuellement aucune ambition de rejoindre la D1 à moyen terme faute d'infrastructures et de moyens financiers suffisants ", conclut Collette. Juste l'espoir de sauver sa peau. L'Union Belge vient d'ailleurs de mettre en demeure le club de régler ses dettes vis-à-vis de deux anciens joueurs et s'élevant à 38.000 euros. Le club espérait pouvoir les étaler jusqu'en juin 2016. Reste que Verviers pourrait espérer mieux. Si on prend les trois communes environnantes (Dison et Pepinster), il y a un potentiel de 75.000 habitants. Et ici, tout le monde se souvient encore des affluences qu'il y avait en D2. Aujourd'hui, seule une poignée de sympathisants (300 tout au plus) afflue encore au stade de Bielmont qui ne dégage décidément pas le charme de l'ancien Panorama. La D1, la Louvière y a goûté il n'y a pas si longtemps encore. En 2003, les Loups remportaient d'ailleurs leur première (et unique) Coupe de Belgique, disputant dans la foulée un match de Coupe d'Europe face à Benfica. L'affaire Ye a eu raison du club de la région du Centre. Une fatalité ? Une erreur de parcours ? Pas vraiment. Le président Filippo Gaone avait porté à bout de bras son club, créant une sorte de miroir déformant. L'engouement s'était vite tassé et le Tivoli avait fini par sonner creux, à tel point que durant quelques années, les habitants de La Louvière se sont même demandé s'ils méritaient un club de haut niveau. L'affaire des matches truqués allait régler la question, les Loups échouant en D3 pour débuter leur traversée du désert. Ce qui a sauvé La Louvière de l'oubli ces dernières saisons, ce sont clairement les installations : la ville ne pouvait pas laisser ce stade sans résident. En dix ans, les Loups se sont vus accolés des Pierrots et de fusion en déménagements, la RAAL est devenue l'URLC (Union Royale La Louvière Centre). La descente et l'affaire des matches truqués ont clairement terni l'image du club, les repreneurs locaux devant composer avec cela. " Plus personne ne voulait donner un coup de main, comme si la RAAL était devenue un pestiféré ", nous confiait Bruno Sita, qui avait repris le club en 2006 et ne put éviter la mise en liquidation en juin 2009. Pourtant, un rapport provincial avait clairement indiqué que, dans le Hainaut, deux clubs possédaient un réel potentiel en termes économique et de supporters : Charleroi et La Louvière. " Il y a un vrai public à La Louvière qui est davantage une ville de foot que Mons ", explique Emmanuel Demolder, journaliste à Sud Presse. Mais à force de courtiser tout le monde pour prendre la place de La Louvière (on fera même venir Couillet au Tivoli), la ville et ses habitants n'ont plus trop adhéré au projet. L'arrivée de l'US Centre qui a repris les symboles de l'ancienne RAAL n'a pas plu. La greffe n'a pas pris. En cause, notamment, la personnalité controversée du président Murat Tacal, blanchi récemment dans une affaire de faux et usage de faux, mais qui a fait fuir certains investisseurs potentiels qui ne voulaient pas s'associer à son image. Les supporters des Loups sont rentrés en rébellion contre lui, au point de le pousser vers la sortie, lui qui a annoncé son retrait. Mais alors que des investisseurs emmenés par l'agent David Lasaracina semblaient constituer l'avenir du club, ils ont jeté le gant dans les derniers jours de 2014. Voilà Tacal obligé de trouver de nouvelles sources financières. Pas de quoi calmer le conflit entre le club et ses supporters bouillants qui ont déjà conduit l'URLC à écoper de deux matches à huis clos (chose rarissime dans le foot belge) à cause de débordements. Reste qu'au centre d'une région sinistrée (sans doute le plus grand désert économique de la Wallonie), et malgré un potentiel public indéniable, difficile d'imaginer un avenir ambitieux pour La Louvière. Le départ de Duferco, sponsor important du club pendant des années, a laissé un vide. A cela s'ajoute l'ambition dévorante des dirigeants qui ont mis la charrue avant les boeufs, construisant une équipe de D2 avant d'y être. Résultat : l'URLC a raté la montée. Aujourd'hui, à cause de la crise économique laissant la ville exsangue, le club sait qu'il ne doit plus compter uniquement sur les forces vives de la ville mais voir plus loin. Alain Battard, ancien de Boussu Dour, est allé récupérer quelques sponsors là-bas, suite au rachat du matricule boussutois par Seraing. Mais même lui ne sait plus s'il doit encore investir son temps dans un club sans gouvernail et sans argent. De plus, l'URLC devra peut-être cohabiter dans son stade avec un autre club, Lasaracina planchant désormais sur le rachat d'un matricule d'un club de D2 qui changerait de nom et viendrait investir le Tivoli. Si ce scénario se concrétise, quel avenir aurait encore un URLC aux abois financièrement et dont une partie des supporters ne manquerait pas de filer vers le voisin plus ambitieux ? Comme à Verviers et à Tournai, on sera donc déjà content de voir 2015. PAR STÉPHANE VANDE VELDE" Tournai peut oublier l'élite. Dommage, car une ville de 70.000 habitants, capitale de la Wallonie picarde, serait digne d'avoir un club en D1. " Christian Massy, ancien bourgmestre Quel avenir pour l'Union Royale La Louvière Centre si un nouveau club devait investir le Tivoli ?