Des stades, des exploits et parfois des drames font partie à jamais de la mémoire collective. Des hommes ont relevé tous les défis pour que les clubs wallons s'offrent eux aussi une énorme richesse sportive aux saveurs historiques, sociales et culturelles. Leur région est une terre de football où, d'hier à aujourd'hui, la passion pour les couleurs, transmise de génération, constitue leur raison d'être.
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Des stades, des exploits et parfois des drames font partie à jamais de la mémoire collective. Des hommes ont relevé tous les défis pour que les clubs wallons s'offrent eux aussi une énorme richesse sportive aux saveurs historiques, sociales et culturelles. Leur région est une terre de football où, d'hier à aujourd'hui, la passion pour les couleurs, transmise de génération, constitue leur raison d'être. Installé à Sclessin depuis 1909, le Standard a vite transformé le stade Maurice Dufrasne (président de 1909 à 1931) en enfer redouté par tous ses adversaires. Modernisé en 1985 et en vue de l'Euro 2000, il réunit régulièrement 25.000 supporters venus des quatre coins du pays qui, avec l'aide du Hell Side, du Kop, des Ultras Inferno et du PHK, créent une ambiance unique en Belgique. Leurs tifos sont de toute beauté. Le projet d'une délocalisation du stade a été abandonné. Né le 27 septembre 1941, décédé en 1982, Roger Claessen incarne l'esprit liégeois, prêt à tout pour défendre la veuve et l'orphelin. A la fois Tchantchès et Robin des Bois, cet attaquant exceptionnel a explosé les défenses belges et européennes pour le compte du Standard de 1958 à 1968. Dieu pour ses fans, démon pour ses adversaires et ceux qui dénonçaient ses frasques, il a été élu Standardman du siècle en 1998 et Vincent Solheid lui a consacré un portait monumental qui orne une colonne de la tribune 1 de Sclessin. Roger-la-Honte (titre d'un film d' André Cayate) est resté dans son stade fétiche. De nombreux coaches ont marqué l'histoire du Standard ( André Riou, Geza Kalocsay, Jean Prouff, Michel Pavic,Robert Waseige, Ernst Happel, Raymond Goethals, ArieHaan, Tomislav Ivic, Michel Preud'homme, Laszlo Bölöni, etc.) mais le plus frappant fut René Hauss (1927-2010) qui a passé cinq saisons à Sclessin (1968 à 1973), gagné trois titres consécutifs (68-69, 69-70, 70-71) et mérité son surnom : le Chef. Joueur de Strasbourg, il entama sa carrière de coach au Standard en y débarquant avec ambition. Le Standard a signé le premier succès européen d'un club belge en 1958 contre les Ecossais de Hearts of Midlothian (5-1 en CE1) avec les Houf, Jadot, Paeschen, Bonga- Bonga, Piters, etc. Malgré de grandes campagnes, il fallut attendre 1982 pour que les Liégeois, coachés par Raymond Goethals, atteignent une finale (CE2) disputée contre le Barça au... Camp Nou (défaite 2-1, but du Standard : Vandersmissen). Les finalistes rouches : Preud'homme ; Gerets, Poel, Meeuws, Plessers ; Vandersmissen, Daerden, Haan, Botteron ; Wendt, Tahamata. Ancien joueur du Standard, Roger Petit (1912-1998) a porté le costume de secrétaire général de son club de 1954 à 1984 avec, à la clé, huit titres nationaux, quatre Coupes, une place de finaliste européen, etc. Le plus grand dirigeant de l'histoire du Standard et du football wallon était un connaisseur redouté pour sa sévérité. En 1984, c'est pourtant un homme brisé et souvent au bord des larmes qui a achevé son règne suite à l'affaire de corruption Standard-Waterschei révélée par le juge Guy Bellemans. L'Académie est la cerise sur le gâteau de Lucien D'Onofrio qui, avec l'apport financier de Robert Louis-Dreyfus, reprit le Standard des mains du duo André Duchêne- Jean Wauters. L'outil était vieillot et LD a bâti un centre de formation à la page avec un QG pour les pros digne de ce qui se voit dans les grands clubs étrangers. C'était une première en Belgique. Le nom de l'Académie est un hommage Louis-Dreyfus mais c'est LD qui a dessiné ce bijou en s'inspirant de ce qu'il avait vu dans les grands clubs européens. De grands noms ont essayé mais, de 1983 à 2008, il aura fallu patienter 25 ans pour qu'un coach réunisse toutes les énergies, surmonte tous les problèmes et gagne le 9e titre de l'histoire du Standard : Michel Preud'homme. Une incroyable explosion de joie déferla sur la Cité ardente. MPH avait réglé à la perfection tous les mécanismes d'une belle équipe qu'il remit à Laszlo Bölöni. L'ancien gardien de but mit ensuite le cap avec brio vers d'autres horizons (Gand, Twente, Al Shabab) mais a marqué l'histoire du Standard à plus d'un titre. Bâti en 1920 et détruit en 1997, remplacé par le Kinepolis, le stade Oscar Fleisch (puis Jules George) a vibré avec les Sang et Marine, d' Anoul, Carré et leurs amis à de Sart et Sljivo en passant par Wégria père et fils ou Waseige senior et junior. Dès janvier 1995, il ne fut plus question de fête mais bien de démolition car le stade ne répondait plus aux impératifs de sécurité. Les Sang et Marine devinrent les SDF du football belge et évoluent dé-sormais au Stade du Pairay. Grâce à des dirigeants comme les Plateus et surtout Gérald Blaton, Seraing a effectué deux passages en D1 (1982-87, 1993-96) et disputa un tour en CE3. Au Pairay, où les Métallos s'installèrent en 1903, Yves Baré et Georges Heylens, surtout, prônèrent le beau jeu. Veuf du FC Sérésien, absorbé par le Standard en 96, le Pairay accueillit le RTFCL et Seraing RUL. Le stade Hubert Freson abrite pour le moment deux " appellations " ressuscitées : le FC Liège coaché par Christophe Kinet et le FC Sérésien entraîné par Philippe Derwa. Ces deux clubs évoluent en Promotion D. En 1960, Tilleur quitte le Pont d'Ougrée, où son stade a été démoli, pour s'installer à Buraufosse, endroit redouté quand les clubs de D1 y rencontraient les troupes dirigées par un coach plein d'idées : Jo Pannaye. Tilleur quitta la D1 pour de bon en 1967. Ce fut le début de la traversée du désert avec des fusions, des problèmes, etc. Devenu le RFC Tilleur-Saint-Gilles au fil des ans, le club présidé par Michel Digneffe joue à Buraufosse (P1) et est coaché aujourd'hui par Gilbert Bodart dont le papa, Jean, évolua en D1 avec le P'tits Bleus du temps des Colonval, Delchambre, etc. Construit en 1920, le stade de la Neuville a connu les beaux moments de l'Olympic (surnommé Flaminpic en 1935 quand son président, le Docteur José Gianolla recruta quatre internationaux à Berchem) en D1 où on ne le vit plus après 1975. Ce stade historique subit en vain quelques liftings mais n'est plus de son temps comme ce fut le cas de celui de Rocourt. Cette saison, les Dogues y ont été foudroyés par leurs soucis financiers. Le FC Charleroi y évolue (Promotion B) mais la Neuville semble promise à la pioche des démolisseurs, surtout si le projet d'un grand stade carolo (que partagerait le Sporting et le FC Charleroi, ex-Couillet) devenait réalité. L'histoire du stade du Pays de Charleroi (ex-Mambourg) vaut les BD les plus folles de Spirou. Bâti en 1939, modernisé pour l'Euro 2000, son look colle à la tradition industrielle de la région. C'est joli mais les décideurs de la région ont manipulé les permis de bâtir sans vergogne. Il est aussi condamné à disparaître. Relégué en D2 en 2010-2011, après 26 ans de présence parmi l'élite, le Sporting d' Abbas Bayat espère revivre au plus vite l'ambiance de la D1. Au paradis, Jean-Paul Spaute (dirigeant légendaire) doit râler car, autrefois pétillant, le stade est désormais triste en attendant les successeurs des Bertoncello, Bissot, Zetterberg, Albert, Van Buyten, Zetterberg, Brogno, etc. Inauguré en 1932, le Canonnier doit probablement son nom à cette pièce d'artillerie utilisée par l'armée belge pour bombarder les lignes ennemies durant la Première Guerre mondiale. Quand l'Excelsior de Mouscron accéda à la D1 en 1996, le bourgmestre Jean-Pierre Detremmerie entama de vastes travaux de modernisation et cet outil ultramoderne (10.800 spectateurs), un peu à l'étroit dans ce quartier résidentiel, est aujourd'hui utilisé par le Royal Mouscron-Peruwelz (D3 coaché par Philippe Saint-Jean). Ce nouveau club a remplacé l'Excelsior, coulé en 2009 par ses soucis d'argent et ses rêves de grandeur. Lille aide le nouveau club qui espère revenir en D1 avec des idées plus prudentes. Centre d'entraînement du Royal Mouscron-Peruwelz, le Futurosport est né en 1997 quand les jeunes de l'Excelsior s'installent sur le site de la Ferme de la Malcense (21 hectares) où les promesses du club sont formées et suivent leur cursus scolaire. Dans un environnement moderne et performant, les jeunes se réalisent via les études et les plus doués percent en D1 : Blondel, Yulu-Matondo,Sanchez, Hempte, Van Gijseghem, Lestienne, François, etc. Même si Benfica fut reçu avec tous les égards au Mambourg (CE2), c'est bel et bien au Tivoli que les Loups d' Ariel Jacobs s'arrachèrent pour arriver en finale de la Coupe de Belgique, remportée contre Saint-Trond : 3-1, en 2003. Inauguré en février 1972 contre le Sporting de Charleroi devant la grande foule, le stade de La Louvière vivait ses plus belles heures de gloire. Emporté par des " chinoiseries " en 2009, la RAAL de Filippo Gaone est actuellement remplacée par l'Union Royale La Louvière Centre (D3A). Au Tivoli, on rêve d'un retour en D1 moins houleux que les autres : 75-76 (14e mais descente à la place de Beringen suite à une affaire de corruption avec Jef Jurion en " vedette "), 77 à 79 (17e et descendant avec Courtrai malgré l'apport des Wintacq,Dardenne, etc..), 2000 à 2006 (dernier et miné par l'affaire Ye). Pas mal de coaches ont laissé un bon souvenir au Tivoli : Léon Semmeling, Marc Grosjean, Jacobs, Daniel Leclercq, Albert Cartier. L'AFC Tubize a modernisé le stade Leburton lors de son bref passage en D1 (2008-2009). C'est à Tubize que l'Union belge a installé le Centre national Euro 2000. Les années ont filé et il serait grand temps de le terminer pour que les Diables Rouges puissent s'y installer et travailler dans des conditions confortables. Auteur d'un long parcours comme coach de club (Winterslag, Standard, Lokeren, Liège, Charleroi, Sporting Portugal, Brussels), Robert Waseige (né en 1939), dernier chef à succès des Diables Rouges, est le meilleur entraîneur de l'histoire du football wallon. Elu trois fois Coach de l'année, il gagne la Coupe avec Liège en 1990 contre Ekeren (2-1), dernier trophée des Sang et Marine (Matricule 4, champion en 1896, 1898, 1899, 1952, 1953) Le stade de Mons porte le nom d'un des fondateurs de l'Albert : Charles Tondreau. Mais si le Matricule 44 est monté en D1 pour la troisième fois de son histoire en 2011 (1er séjour de 2002 à 2005, 2e de 2006 à 2009), c'est grâce à son président actuel Dominique Leone qui a modernisé le stade. La vie n'y a pas toujours été un fleuve tranquille (surtout à l'époque de Sergio Brio) mais c'est le passé et Dennis van Wijk y gère bien son groupe. 10 juin 1956 : cette date est historique car le Racing Tournai (D2) bat le CS Verviers (D2) en finale de la Coupe de Belgique (2-1) : c'est la seule fois jusqu'à présent que ce sacre a échappé à un club de l'élite. Cette saison-là, les Rats accompagnent Beringen en D1 où ils ne resteront qu'un an. Le finaliste malheureux a connu plusieurs séjours en D1, quittée définitivement en 1961. Le Racing a fusionné avec l'Union en 2002 pour former le FC Tournai (D3, cher à Jean-Claude Stocman, coaché par Michel Wintacq), installé au Stade Luc Varenne. Le 15 décembre 1995, Jean-Marc Bosman (ex-Standard, Liège) gagne son procès devant la Cour de justice des Communautés européennes. Les footballeurs en fin de contrat sont désormais libres de choisir leur nouvel employeur. Les quotas de joueurs communautaires sont annulés. Un petit footballeur wallon a osé défendre ses droits et défié l'UEFA. Sa victoire a changé l'histoire du football mondial. PAR PIERRE BILIC