Nordin Jbari (30 ans) a salué les supporters de La Gantoise à sa manière, en inscrivant un tout dernier but pour les Buffalos au premier tour de la Coupe Intertoto, contre les Irlandais de Bohemians. Quelques jours plus tard, il signait à La Louvière. Un club en pleine reconstruction pour un attaquant en perpétuel déménagement. C'est la neuvième fois qu'il change de décor depuis 1995 !
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Nordin Jbari (30 ans) a salué les supporters de La Gantoise à sa manière, en inscrivant un tout dernier but pour les Buffalos au premier tour de la Coupe Intertoto, contre les Irlandais de Bohemians. Quelques jours plus tard, il signait à La Louvière. Un club en pleine reconstruction pour un attaquant en perpétuel déménagement. C'est la neuvième fois qu'il change de décor depuis 1995 ! Nordin Jbari : Pas d'accord avec cette expression. J'ai discuté avec les dirigeants, ils m'ont dit que ce serait mieux de se séparer à l'amiable et j'ai accepté leur raisonnement. De là à dire que j'étais devenu persona non grata... J'ai joué en équipe Première jusqu'au dernier moment : si mon cas avait été grave, grave (sic), on m'aurait mis au mieux sur le banc. Je n'en sais rien. J'ai sans doute payé pour le résultat final décevant. Gand a terminé à la sixième place alors qu'on en attendait mieux, mais surtout, le spectacle a rarement été au rendez-vous. Avec les joueurs qu'il y avait dans le noyau, on aurait dû faire mieux, allier beau football et résultats. Nous l'avons longtemps espérée, mais nos illusions se sont envolées début avril, quand nous avons perdu le match pour la cinquième place à Charleroi. Le Sporting n'a pas été bon ce soir-là alors que nous avons été très mauvais. Il y avait peut-être plus de qualités à Gand qu'à Charleroi, mais plus de plaisir dans le système des Zèbres. Or, l'amusement est souvent un élément indispensable pour obtenir un bon résultat final. Chez nous, tout était très cloisonné. Bien sûr. Un match horrible. Les Loups étaient les plus forts mais nous avons gagné 0-1 en marquant sur un corner. C'était très réaliste de notre part, une fois de plus. C'est chouette de combiner le plaisir et les résultats. Je constate seulement que ce ne fut pas le cas la saison dernière. Et moi, j'ai souvent été la première victime de ce système. Je me sentais frustré, tout seul devant. Je n'ai pas la prétention de remettre le système de Georges Leekens en cause, mais ce n'était pas évident parce que beaucoup de critiques retombaient sur moi. J'étais quand même un grand nom, un gros transfert, alors on attendait évidemment que je fasse de très bonnes choses. J'ai fait mon possible... dans la mesure du possible. J'ai aussi été blessé deux mois, et pour être bon en pointe dans un système pareil, il faut justement être à 100 % physiquement. C'est vrai. Ouais... Je peux seulement dire qu'il n'a pas toujours privilégié un football aussi réaliste. Je garde par exemple le souvenir du Mouscron qu'il faisait jouer avec deux attaquants très bien alimentés. Enfin bon, je ne veux surtout pas polémiquer. Dans le trou, moi ? J'avais marqué 11 buts au Cercle la saison précédente. C'est ça, être dans le trou ? Bah, tu sais, il est un peu spécial. Il observe la lune pour faire le programme de ses entraînements (il rigole). Il avait fait des déclarations qui ne m'avaient pas plu et nos relations s'étaient un peu tendues. Mais tout s'est arrangé entre-temps. J'ai compris qu'il avait dit tout cela pour me booster. Je l'ai revu récemment et nous sommes à nouveau en très bons termes. J'avais signé pour deux ans, je n'y suis resté qu'une saison : donc, c'est vrai, j'en attendais autre chose. Je ne pensais pas changer de club en pleine préparation. J'ai vu arriver de nouveaux attaquants mais ça ne me tracassait vraiment pas. J'étais gonflé à bloc pour affronter cette concurrence. Je n'avais peur de personne. Mais j'ai subitement changé mon fusil d'épaule quand La Louvière s'est manifestée. J'avais d'un côté un club qui me désirait à fond, et de l'autre une équipe où on ne cherchait vraiment pas à me retenir. Il n'y avait donc pas à hésiter. Le fait que ce club était entraîné par Emilio Ferrera a aussi joué un grand rôle. Et j'avais enfin l'occasion de jouer dans un club wallon. Un cadeau d'adieu ? Il ne faut pas exagérer : c'était un match d'Intertoto, pas une finale de Coupe du Monde, hein (il se marre). Malédiction, c'est peut-être un grand mot. J'ai connu une moins bonne saison, ça arrive à tout le monde. Même si j'estime qu'un total de 6 buts en ayant joué toute la saison seul devant, ce n'est pas si mauvais. Que voulait-on ? Que j'en mette 20 ou 25 au fond ? Ce qui est arrivé à Ali Lukunku est beaucoup plus grave. Il se pète le genou et on en profite pour le virer. Non. Ce n'était plus la même ambiance, il n'y avait plus la même chaleur humaine. Le club est entre-temps devenu plus ambitieux : ceci explique sans doute cela. Ouais... (Il marque une pause). Mais qu'est-ce que tu attends ? Que je démolisse Gand et Leekens ? Excuse-moi, je l'aurais peut-être fait à 18 ans, mais à 30, on ne parle plus de la même façon. Si on parlait enfin de La Louvière ? Je sais. C'était n'importe quoi. Il n'y a jamais eu de négociations. Roland Louf me connaît et m'apprécie, mais je suppose que Geert Broeckaert n'avait pas envie que j'y aille. En attendant, on a écrit dans la presse flamande que Nordin Jbari était un joueur capricieux qui avait eu le culot de refuser une offre de Mouscron. Filippo Gaone a dit qu'il avait fait un gros effort financier pour que je signe ici. Arrêtons de rire. On gagne très bien sa vie à Bruges, à Genk, à Anderlecht et au Standard. Pas à La Louvière. Mon contrat n'a d'ailleurs rien à voir avec celui que j'avais à Gand. Ce qui a permis d'accorder nos violons, c'est l'enveloppe que j'ai reçue de La Gantoise pour partir avant le terme de mon contrat. Cela se fait partout avec les joueurs qui ne prestent pas leur contrat jusqu'au bout, et c'est comme ça que j'ai pu me contenter de ce qu'on m'offrait ici. Et maintenant, qu'on arrête de dire que je suis cher parce que ça m'énerve. J'ai découvert un groupe jeune mais avec une faim énorme, beaucoup de vivacité, une vitesse d'exécution élevée et pas mal de belle technique. Si le physique et le mental suivent, surtout dans les matches en déplacement, on pourra faire de très bonnes choses. Il faudra aussi éviter de tomber dans le piège qui guette tous les jeunes : faire deux très bons matches, puis enchaîner par un troisième très mauvais. Ce sera le job du staff de gérer cette recherche de la régularité dans la performance. C'est aux jeunes de jouer. Ils doivent prendre conscience qu'ils reçoivent une chance inespérée de s'affirmer en D1. Il y a dix ans, je n'ai pas eu ce bonheur à Anderlecht. Non, j'ai fait mon chemin ailleurs. A l'époque, Anderlecht ne lançait pas facilement ses jeunes qui promettaient. J'ai joué en équipes d'âge avec des gars qui ont dû se rabattre sur la D2, voire la D3 ou la Promotion. Ceux-là, ils ont des raisons d'avoir des regrets parce qu'ils avaient sans aucun doute le niveau pour s'imposer en première division. On va encore dire que c'est un petit club, sans doute ? Je constate seulement que son palmarès n'est pas vierge. La RAAL n'a pas gagné une Coupe de Belgique ? La réalité économique est passée par là. La Louvière est un bon club mais ce n'est pas Anderlecht. Je ne m'inquiète pas : si le temps d'adaptation n'est pas trop long, cette équipe peut réussir de bonnes choses. Un mois de préparation, un bon stage, des matches amicaux : cela doit suffire. Les gens me connaissent : si j'avais eu des doutes, je n'aurais pas signé. Il faut toujours une première fois. Comme dans tout (il se marre). Et on a la chance de bosser avec un entraîneur qui a l'habitude de devoir faire des résultats dans un club où il y a énormément de boulot. Je le connais parce que nous sommes de vrais Bruxellois. Je connais aussi ses frères. C'est vrai que nous nous sommes perdus de vue pendant un long moment. Je ne l'ai plus côtoyé que quand mon club affrontait le sien. Mais j'ai un très bon feeling. Il ne faut pas nécessairement se voir tous les jours pour bien s'entendre. Et attention : nous ne sommes pas des amis. Emilio est l'entraîneur et je ne suis qu'un de ses joueurs. Il a dit qu'il avait besoin d'un joueur expérimenté, capable de tirer l'équipe vers le haut, de montrer l'exemple et de mettre des ballons au fond. Dans tous les clubs où j'ai joué, j'ai été un des leaders. Même quand j'étais encore très jeune. A Gand, quand Frédéric Herpoel ne jouait pas, c'était Wouter Vrancken qui devenait capitaine, mais c'est à moi que Georges Leekens demandait de prendre la parole dans le vestiaire. Je ne suis pas venu à La Louvière pour expliquer le foot aux jeunes, pour les emmerder ou pour ruer dans les brancards, mais j'essayerai d'être là quand ils auront un coup au moral. On joue au foot, ici. C'est simple. OK, ce n'est pas le Brésil, ce n'est pas ici qu'il faut venir pour voir des talonnades, mais c'est quand même un club qui a l'habitude d'essayer de poser son jeu dans le camp adverse. Ça joue, ça centre, ça ne dégage pas loin devant. Je n'en sais rien. J'avais été deux fois en contact avec Charleroi : la première quand Luka Peruzovic y était entraîneur, la deuxième à l'époque d'Enzo Scifo. Mais les discussions n'étaient pas allées très loin. Quelques semaines avant de quitter le Cercle, il a été question de mon transfert à Mouscron : Leekens me voulait là-bas, il ne savait pas encore qu'il allait partir. Et quand il a signé à La Gantoise, il m'a logiquement attiré dans ce club. Oui. Je suis bruxellois, mais plus francophone que néerlandophone. Je n'ai pas d'explication. Il y a des joueurs qui planifient tout ; je ne me chauffe pas de ce bois-là. Et je ne regrette jamais rien. Si, peut-être un : je n'aurais pas dû quitter le Club Bruges après deux ans alors que j'avais signé pour quatre saisons. Toutes les conditions étaient réunies pour que ma troisième année là-bas soit très bonne, il n'y avait plus beaucoup d'attaquants, mais j'ai choisi de partir à Troyes. Quand on est jeune, on a parfois des coups de tête. Du jour où je suis devenu Diable Rouge. J'ai été le premier Maghrébin de l'histoire de l'équipe nationale belge. Pas mal, hein ? Tu sais, c'est beaucoup plus difficile pour un Marocain que pour un Congolais, par exemple. Parce qu'on n'a pas bonne réputation, tiens ! Oui. Ça me dérange qu'on paye pour les gars qui disent qu'il faut tuer des gens au nom de l'islam. Déjà avant les attentats, les Marocains n'avaient pas une bonne presse en Europe, mais maintenant, c'est la totale. Je laisse aux autres le soin de juger si je suis ou non un vrai buteur. J'ai mes certitudes. Je sais que je ne suis pas mal comme attaquant ! Je ne suis pas Josip Weber mais j'ai des qualités. Je ne fais jamais ce genre de pronostics. Mon objectif, c'est de jouer plein de matches, de prendre plein de points et de faire le plein de plaisir. Pierre Danvoye" De quoi je suis le plus fier ? D'avoir été le PREMIER MAGHRÉBIN DE L'HISTOIRE DES DIABLES " " J'ATTENDAIS AUTRE CHOSE de mon retour à Gand "