Chouchoune, à Mons, c'est quelque chose. Une masse. Un bon vivant. Un personnage qui ne peut pas faire 20 mètres dans le centre de la ville sans être arrêté, enlacé, embrassé. Dès qu'il s'installe dans un bistrot, il pleut de chopes. Dans la capitale du Hainaut, il y a le singe, le Doudou, le club de foot et Chouchoune. "Je suis plus connu que le maïeur", se marre le bonhomme. "En 2006, je me mets sur les listes pour les communales. Juré"!
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Chouchoune, à Mons, c'est quelque chose. Une masse. Un bon vivant. Un personnage qui ne peut pas faire 20 mètres dans le centre de la ville sans être arrêté, enlacé, embrassé. Dès qu'il s'installe dans un bistrot, il pleut de chopes. Dans la capitale du Hainaut, il y a le singe, le Doudou, le club de foot et Chouchoune. "Je suis plus connu que le maïeur", se marre le bonhomme. "En 2006, je me mets sur les listes pour les communales. Juré"! Tous les 15 jours, Chouchoune est évidemment au Tondreau. Bien en voix et accompagné de son dragon. Le club sait ce qu'il lui doit. En 1995, Chouchoune a créé le premier club de supporters de l'Albert: la Renaissance. "C'est un match à Hekelgem qui a tout déclenché", explique-t-il. "Les supporters flamands nous ont provoqués et cela a failli se terminer par une bagarre générale. Le lendemain, Geo Van Pyperzeele m'a proposé de fonder un club de supporters. C'était une bonne idée". Un deuxième cercle, le Dragons Side, est né le même jour. Son président, Jacky Coquelet, donne le profil de ces deux clubs: "Le Dragons Side attire surtout des jeunes, dont pas mal d'étudiants. Nous assurons le gros de l'ambiance. Les affiliés de la Renaissance ont généralement plus de 35 ans". Le RAEC Mons compte actuellement cinq clubs de supporters officiels: la Renaissane, le Dragons Side, les Monkeys, les Cheminots et les Joyeux Dragons. Cinq autres cercles sont en attente de reconnaissance: la Braise, I Dragoni (au départ, c'était une association culturelle sarde), le Dragon d'Or, les B-Boys et la... Marie-Boulette. Ils sont en phase de parrainage: guidés par un club officiel, ils doivent prouver qu'ils répondent aux critères pour être prochainement reconnus. Tout un programme, car il faut montrer patte blanche. "Nous avons créé le système des parrainages pour éviter que les clubs de supporters poussent comme des champignons", dit Chouchoune. "Nous n'acceptons pas n'importe qui ou n'importe quoi. L'Union Belge a récemment décerné à l'Albert le titre de club le plus fair-play de D1: c'est aussi une récompense pour les supporters. Nous voulons donner une image positive de l'Albert et de la ville. Il y a une espèce d'examen d'entrée chez nous. Nous ne voulons pas de hooligans, les interdits de stade restent sur le trottoir. Il n'y a jamais eu de problèmes dans les gradins de Mons et nous ne voulons pas que cela change. Par rapport à ce qu'on voit dans les autres clubs de D1, il y a peu de forces de l'ordre chez nous. Quand l'Antwerp est venu au Tondreau, ses supporters ont démonté une buvette et cassé pour 12.000 euros. Ils ont aussi lancé des boulons vers notre Espace Jeunes. Mais l'idée de prendre notre revanche au match retour ne nous a jamais effleurés. A Deurne, des policiers nous ont confié que, si tous les supporters étaient comme nous, les forces de l'ordre ne devraient même plus aller au football. Nos cars étaient escortés et il y avait trois combis à chaque carrefour. Dans le stade, nous étions cloisonnés et nous avons dû attendre un bon quart d'heure, après la fin du match, pour qu'on vienne nous ouvrir les grilles. Mais nous sommes restés parfaitement zens". Coquelet confirme: "Nous appliquons la tolérance zéro. Le club qui veut devenir officiel doit nous démontrer qu'il possède une structure et que ses membres sont motivés et calmes. Nous n'autorisons aucun drapeau communautaire et nous sommes attentifs aux insultes racistes. Si un supporter de l'Albert traite un joueur flamand de paysan, on le met dehors. Nous savons ce que nous devons aux footballeurs du nord du pays. Il y a aujourd'hui De Vreese et Van de Putte, mais nous avons déjà eu quelques bons Flamands avant eux". Nouveau stade et Saint-ThomasLes clubs de supporters sont regroupés au sein de l'ACSA (Association des Clubs de Supporters de l'Albert), qui a fixé les règles du jeu. Les cinq clubs officiels et les quatre autres qui attendent d'être reconnus regroupent un petit millier de membres, mais la Renaissance (350 affiliés) et le Dragons Side (270) se taillent la part du lion. Leurs présidents sont des vrais. Pas des supporters de la victoire ou de la D1. "Nous étions aussi heureux en D3 et en D2", signale Jacky Coquelet. "Mons n'est pas Mouscron, qui s'est soudainement découvert 7.000 ou 8.000 supporters après la montée en D1. L'Albert a parfois joué devant 8.000 personnes en D3. Quand nous avons affronté le Standard en Coupe, nous avons déplacé 6.500 supporters à Sclessin. Et il y a au moins 600 Montois lors de chaque match en déplacement. Pour vous donner une idée, on a compté 22 Mouscronnois à Westerlo".Les Montois aiment le foot, mais avec certaines nuances. "Il n'y a pas beaucoup d'habitants de Mons au stade", signale Chouchoune. "Ceux-la viennent quand l'Albert gagne, mais ils restent chez eux après trois défaites d'affilée. Nous recrutons plutôt en périphérie. Et nous sommes fiers d'avoir, dans nos affiliés, quelques Français, quelques gars de Coxyde, de Vielsalm, de Durbuy, etc. Mais le manque de confort de notre stade décourage pas mal de gens. Les supporters purs et durs ne demandent pas de places assises, mais un minimum de protection contre les intempéries. Passer deux heures les pieds dans l'eau, ce n'est pas agréable. On a abattu trop vite la vieille tribune où nous nous regroupions. Là, le club n'a pas pensé à nous". Le nouveau stade, dont la construction doit débuter en mai, mettra fin à ces conditions précaires. Quoique... "Nous sommes comme Saint-Thomas", dit le président du Dragons Side. "Il y a des années qu'on nous fait de belles promesses. Mais rien n'a changé jusqu'ici. Même quand on posera symboliquement la première pierre du nouveau stade, nous n'y croirons pas encore. Il faudra que les murs commencent vraiment à monter. La capitale du Hainaut devrait quand même avoir depuis longtemps un stade de foot digne de ce nom. Le potentiel public est là mais il faut pouvoir l'accueillir de façon décente. Je suis certain que l'Albert peut attirer 10.000 personnes à chaque match dans un stade confortable. Pour une ville de 100.000 habitants, c'est une très bonne moyenne".L'affront suprême: le dragon ne salue pas les joueursPositifs dans l'âme, les supporters de Mons ne s'en sont jamais pris à leurs joueurs. Il existe une vraie complicité entre les deux parties. Les fans ont évidemment leurs préférés: les gars qui ont amené le club en D1 ( Thaddée Gorniak, Mustapha Douai, Olivier Berquemanne), mais aussi Cédric Roussel, Liviu Ciobotariu et Jean-Pierre La Placa. Les supporters aimeraient que les contacts avec tout le noyau soient encore plus chaleureux, mais la démarche doit venir des joueurs. "Certains restent assez distants", affirme Chouchoune. "Comme s'ils craignaient de faire un pas dans notre direction. Nous n'attendons pourtant que ça. Ils ont sans doute peur que les relations deviennent trop chaleureuses et qu'on commence à les déranger sans arrêt. Ce n'est pas notre style. Nous avons du respect pour l'intimité de chaque joueur". Coquelet ajoute: "Pour quelques joueurs, notre chaleur et notre spontanéité sont peut-être difficiles à vivre. Nous sommes des gens familiers. Les supporters de Mons ne sont pas ceux de Monaco. Les joueurs qui sont arrivés du PSG, par exemple, semblent plus craintifs. A Paris, ils vivaient dans l'anonymat. Ici, tout le monde les connaît".On n'a jamais enregistré le moindre incident, à Mons, entre supporters et joueurs. On est si proche mais à la fois si loin de Charleroi et de Sclessin. Dans les gradins, Chouchoune fait la loi: "Je suis attentif, et si un supporter ose critiquer un joueur, je le remets à sa place. Je lui demande de ne plus venir pour le match suivant. Il y en a qui continuent à faire remarquer sans arrêt qu'ils dépensent 15 euros pour venir au match et qu'ils ont alors le droit d'exiger des victoires: des fossiles qui n'ont pas évolué et qui ne comprennent pas que tout est plus difficile en D1. Nous applaudissons aussi après les défaites. A condition d'avoir vu des lions sur le terrain et de constater que les joueurs sont aussi déçus que nous. Après le match contre Bruges, Roussel pleurait dans le rond central: cela mérite tout notre respect. Par contre, nous avons montré de quel bois nous nous chauffions après les défaites à Beveren et contre La Louvière. A notre manière. Il n'y a pas eu une insulte, pas une remarque négative. Mais un silence qui voulait dire beaucoup de choses. Et l'affront suprême: ces soirs-là, le dragon n'a pas salué les joueurs. Il ne faut pas leur faire un dessin: si je ne lève pas bien haut mon dragon au coup de sifflet final, les joueurs savent directement ce que nous pensons de leur match". Ce duel face à La Louvière, les supporters de Mons y accordaient une attention toute particulière. Entre les cercles de supporters des deux clubs, la rivalité est très saine. La preuve: le Wolf Side et le Dragons Side organisent ensemble une journée d'activités au profit du Télévie, le 29 mars. Il n'empêche que les habitués du Tondreau étaient obsédés par l'envie de voir leur équipe battre les Loups. "On préfère être battus par Lommel que par La Louvière", avoue Chouchoune. "Quand la suprématie régionale est en jeu, nous ne sommes plus à prendre avec des pincettes".Pister vite oubliéEntre la direction de l'Albert et ses supporters, il y a parfois de petites divergences de vues mais la collaboration est globalement bonne. Les fans ont suivi à distance les remous qui ont secoué le club au cours des dernières années. La guerre ouverte entre Maurice Lafosse et Elio Di Rupo les a évidemment interpellés. "A ce moment-là, le club a pensé politique au lieu de penser sport", signale Chouchoune. Le conflit entre Marc Grosjean et Michel Wintacq a aussi été interprété par les supporters. "Wintacq était assis entre deux chaises: il devait assurer la succession de Thierry Pister en sachant qu'un nouvel entraîneur allait arriver", affirme Coquelet. "Il a très bien mené cet intérim. Je ne serai pas aussi élogieux à propos de Pister. Celui-là, il nous a carrément laissé tomber. Il a prétexté des problèmes relationnels avec la direction pour filer à Beveren. Personne ne l'a chassé mais il a essayé de faire croire qu'on ne voulait plus de lui. L'équipe gagnait: pourquoi l'aurait-on poussé vers la sortie? La vérité, c'est qu'il ne croyait pas lui-même à la montée de l'Albert. Il a dû s'en mordre les doigts entre-temps. De toute façon, il a été vite oublié ici, tout comme nous avons balayé de notre mémoire les relations difficiles entre Wintacq et Grosjean. éa se passe tellement bien avec le coach actuel qu'on fait facilement abstraction des petits problèmes du passé. Grosjean a le profil idéal pour Mons. Dès qu'il est arrivé, il a demandé à être présenté aux clubs de supporters: sa démarche a été fort appréciée. Il est simple et discret: pour nous, il représente énormément". Pierre DanvoyeLes drapeaux communautaires sont interdits au Tondreau