Il a toujours les yeux marron et le regard aussi généreux que les paysages de la Sicile natale de ses parents : Enzo Scifo, se porte comme un charme. Même si une pluie de petits et gros pépins sportifs et financiers (blessures, départs de gros contrats, problèmes de budget, relations tendues entre la direction et l'ancien président Jean-Pierre Detremmerie, etc.) ne devrait pas permettre à Mouscron de confirmer son excellent premier tour de championnat, l'homme est motivé et même serein.
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Il a toujours les yeux marron et le regard aussi généreux que les paysages de la Sicile natale de ses parents : Enzo Scifo, se porte comme un charme. Même si une pluie de petits et gros pépins sportifs et financiers (blessures, départs de gros contrats, problèmes de budget, relations tendues entre la direction et l'ancien président Jean-Pierre Detremmerie, etc.) ne devrait pas permettre à Mouscron de confirmer son excellent premier tour de championnat, l'homme est motivé et même serein. A Gand, il n'était pourtant pas du tout satisfait de la performance de ses hommes invisibles en zone de vérité et dominés dans les duels par des Buffalos qui devaient encore avoir les fatigues d'un match de Coupe de Belgique dans les jambes. Les Mouscronnois ne rappellent plus le fringant team auteur d'un neuf unités sur neuf en début de saison et qui fut un leader surprenant mais plein de mérites de la D1. La mise à feu du deuxième tour est nettement moins brillante avec une collecte de deux points sur douze. Malgré ce gros souci, le citoyen de Lillois se sent bien dans ses pompes chez les Hurlus et restera peut-être au Canonnier au-delà de ce championnat et a répété plusieurs fois au cours d'un entretien de trois heures qu'il ne " lâcherait rien ". Enzo Scifo : Les Gantois ont mérité leur succès. Par rapport à cela, notre première mi-temps fut intéressante, la deuxième pas. A mon avis, tout se tient et si Mouscron n'a pas pu percuter après le repos, c'est aussi dû au déficit en bons ballons devant la défense de Gand. Notre adversaire a fait preuve de plus d'engagement que nous et a émergé dans les duels d'homme à homme. Je n'ai pas envie de me plaindre. Je connais les qualités et les insuffisances de mon effectif. En début de saison, on nous a pris pour des cons. La presse rangea l'Excel dans le bas du tableau à l'heure des pronostics. J'ai affiché ces prévisions dans notre vestiaire. J'étais convaincu que le groupe avait des atouts, pas pour le top 5 mais la colonne de gauche était dans nos cordes. Par rapport à septembre ou à octobre, j'ai entamé le deuxième tour sans six joueurs en vue : Custovic et Mohammed Oussalah (transférés à Gand et à Courtrai), Gonzague Vandooren blessé (douleur à la cuisse due à un problème dentaire), Jonathan Walasiak (opéré au genou), Christophe Lepoint suspendu. Les salaires de Custo et de Momo étaient intenables. Sans cela, ils joueraient encore chez nous. Adnan n'a pas été cédé à Gand pour deux Snickers. Il n'avait d'ailleurs pas à dire cela : son salaire à Gand lui convient et le reste est l'affaire des clubs. Il estimait probablement valoir plus que les 250.000 euros cités pour ce transfert. Il avait raison mais cela ne le concernait pas. Ah, oui, je ne le nie évidemment pas : c'est une grosse perte sportive. Il ne faut pas que les attaquants se disent : - Sans Custo, on ne marquera plus. C'est faux, on va travailler et on y arrivera avec Jaycee, Ouali, Sakanoko, Deranja, des jeunes, etc. Jaycee a des qualités évidentes. Deranja est un bon joueur doté d'une remarquable mentalité. C'est un homme de rectangle qui ne cherche pas la profondeur et cela explique son peu de temps de jeu. Cela peut changer. Ouali a encore besoin de temps. A Charleroi, j'avais dit la même chose pour Eduardo. Personne n'y croyait mais je l'ai protégé et il a bien bossé avant de réussir. Ouali a beaucoup plus de qualités qu'Eduardo. Je dois être patient et dur avec lui car il a une mentalité un peu olé-olé. Oussalah n'est pas parti suite à un article de presse qui mettait en doute nos options tactiques. Je suis persuadé que cela ne reflétait pas son opinion. Je lui avais dit à un moment que j'attendais autre chose de lui. C'est tout et on en a fait tout un plat. Momo se savait en partance et a peut-être été peu attentif lors d'une interview. Je ne lui en voulais pas du tout. Il y a eu des impératifs financiers qui ont fait pencher la balance. Mais il n'était pas question d'aller plus loin. Ce n'est pas évident, même si je comprends aussi les obligations de la direction. Mouscron a peut-être de problèmes mais tout le monde est payé. Il y a eu une fois quatre jours de retard, c'est tout. Evidemment. Pour moi, le dossier Lepoint a été bien géré. Sans lui, tout serait devenu très problématique. Il a fait son choix, jouera à Gand la saison prochaine et cela nous donne six mois pour lui trouver un successeur. J'ai supplié la direction de tout mettre en oeuvre pour qu'elle opte pour cette solution. J'ai poussé un gros ouf de soulagement quand on m'a annoncé que c'était O.K. Sans lui, l'équipe aurait été totalement déséquilibrée. Ces départs ne plaisent pas mais Mouscron ne pouvait pas faire autrement. Et je me battrai pour ce club. Les Hurlus m'ont exprimé leur confiance en me confiant leur équipe. La direction ne veut rien laisser tomber et tant qu'il en sera ainsi, je ne lâcherai rien. Les patrons du club savent évidemment que l'équipe sera moins compétitive qu'au premier tour. Je n'ai pas encore de baguette magique. Cela ne signifie pas du tout que le combat sera moins intéressant. Ce sera difficile mais je ne jetterai jamais l'éponge. Si les joueurs le veulent, notre équipe tiendra la route même si le début de deuxième tour n'a pas rapporté beaucoup de points. Je n'ai peur de personne même si l'ambiance négative qui règne à Mouscron a percolé jusque dans le vestiaire. Après Gand, Mouscron devra se mesurer à Westerlo, Genk et Anderlecht. Ce n'est pas le moment de baisser la tête. Notre bon premier tour était la suite méritée d'une analyse, d'une redéfinition, d'un mercato réfléchi en janvier 2008. L'effectif et le staff technique mesuraient que le club n'attendrait pas ses objectifs sans une grosse charge de travail dans le chef de chacun. Il y a eu des départs et des arrivées qui ont donné un autre profil à l'équipe. Mouscron a alors accueilli des joueurs à la recherche de temps de jeu et de nouvelles motivations : Walter Bassegio, Vandooren, Asanda Shihuba, Alin Stoica, Walasiak, Deranja, Jan Slovenciak, etc. Je voulais un jeu plus varié et technique, moins prévisible et je ne dis pas que tout fut parfait, ou que l'un ou l'autre renfort n'a pas déçu, mais, globalement, ce sang neuf nous a permis d'avancer dans une nouvelle direction. Je ne prétends pas que ce fut facile car, dans le fond, on jetait les bases d'une nouvelle équipe. En général, il faut trois ans avant que tout soit bien au point. Je suis le T1 de l'Excel depuis janvier 2008. En une année civile (12 mois) et 34 matches de championnat répartis équitablement sur deux saisons (2e tour 2007-08, 1er tour 2008-09), Mouscron a obtenu 47 points. C'est un bilan chiffré intéressant même si nous avons parfois eu un peu de chance. Je savais où j'allais fin 2007-2008. Quand je me suis séparé de Bertin Tomou, certains ont sursauté. Je savais que notre jeu dépendait trop de lui. Quand il était en forme, Mouscron en tirait profit mais notre système patinait et ne présentait pas d'alternatives quand Tomou n'était pas dans son assiette. Je voulais plus de mouvement et de percussion dans les espaces bien libérés par Baseggio. J'appréciais ce joueur et il n'y a pas eu de lézards entre nous. Il a des qualités qui conviennent mieux à d'autres occupations du terrain. Ce n'est pas la priorité pour le moment. La volonté du président est de donner une suite à ce que nous vivons pour le moment. Moi aussi et ce ne sera pas un problème. Je n'y pense pas. Si je signe maintenant, qu'est-ce que cela changera ? Je suis un peu inquiet, le président aussi mais il y a un désir commun de continuer ensemble. Si je peux rester à Mouscron, je signe des deux mains. Je me sens bien dans mon rôle et j'apprécie le soutien, l'engagement et le savoir-faire du staff. Je n'ai pas encore terminé mon travail ici. Aujourd'hui, je ne m'emballe plus, je vis au jour le jour. J'ai changé, je suis plus confiant qu'avant. Je ne suis pas ailleurs dans ma tête. C'est ce que certains imaginent. Je suis motivé à un point qu'il est difficile d'imaginer. Je ne me vois donc pas ailleurs. J'ai souvent le président Philippe Dufermont au téléphone. Si on me demande de signer en mettant des moyens très réduits à ma disposition, ça n'ira pas. Je n'aime pas parler de moi. Je progresse car le contexte me permet de le faire. Je suis dans mon élément. J'ai été un joueur en vue et ce n'est pas toujours un avantage. Si j'ai réussi comme joueur, c'est parce que j'avais de la rigueur. J'en ai aussi dans mes fonctions actuelles. Quand on dit que je suis trop honnête et trop gentil, ça ne tient pas la route. Je suis bien éduqué mais je peux aussi frapper du poing sur la table. Je bosse dur et je ne me suis jamais senti seul à Mouscron où je peux compter sur mon adjoint, Geert Broeckaert, le staff, le directeur technique, Gil Vandenbrouck, etc. Si je progresse, c'est aussi grâce à eux. C'est une référence, un compliment. J'ignore ce qui s'est passé au Club Bruges. Je ne veux pas le savoir. A Westerlo, Caje est compris et soutenu. Les résultats suivent. Je sais que certains se moquent de lui et... Je sais, c'est scandaleux. J'en ai déjà entendu des trucs. Il faut arrêter, c'est un manque de respect. Je vous invite à examiner les classements de Westerlo en fin de chaque saison : chapeau ! Jan pourrait entraîner une équipe du top sans problème. Il me fait penser à Guy Thys qui, sans faire de bruit, était un rassembleur. Avec tout le respect dû, je n'aurais pas aimé bosser avec José Mourinho en tant joueur. Je préfère le style calme et posé d'Arsène Wenger qui ne fait pas de cinéma... J'ai acquis du vécu. Donc, c'est un plus. On parlait de Ceulemans. C'est le même à Westerlo qu'à Bruges mais ses traversées du désert l'ont façonné. Moi aussi. Quand Philippe Dufermont m'a contacté, il... Non, il faut arrêter, c'est une légende. Philippe Dufermont avait déjà songé à moi avant d'opter pour Marc Brys. Plus tard, il a repensé à moi et m'a demandé si j'étais motivé. Je l'étais à 1.000 % et je le suis encore plus. Mouscron, c'est une bénédiction pour moi. J'avais besoin de ce club tranquille. Je suis un footeux. Je veux être jugé sur ce que j'aime, pas en tant que " people " du foot. Je n'aime pas cette médiatisation-là du foot. Entre 18 et 25 ans, je ne me sentais pas bien. J'étais préparé pour jouer, pas pour ces autres épreuves médiatiques. Je suis plus à l'aise maintenant. Je n'ai jamais su me vendre et on joue là-dessus. A Charleroi, dit-on, cela ne s'est pas bien passé. Mais non : le bilan était bon. Je ne l'ai jamais dit. Je fuyais un peu les explications car on manquait d'objectivité à mon égard. Je devais plus m'exposer. Maintenant, je fais face en ne jouant pas la comédie. Il y en a qui peuvent le faire, moi pas. Sans aucun doute, j'en suis certain. Je n'ai que 42 ans, je suis animé par cette ambition d'arriver au sommet sans brûler les étapes. Tous les coaches de D1 peuvent entraîner un des grands de Belgique. Le football belge doute trop de lui. Il ne faut pas comparer ce qui n'est pas comparable : les moyens financiers ne sont pas les mêmes. Ici, la technique, c'est pas le top mais il reste l'engagement. Les moyens ne sont pas les mêmes et je songe entre autres à l'état des terrains. Là, il y a un écart par rapport à l'étranger qui doit être résorbé au plus vite. Ce championnat décrié a quand même engendré le Standard actuel qui séduit sur la scène européenne : c'est une référence positive. Les Liégeois ont un bon outil, nous aussi. Il faut que tous les clubs travaillent dans de bonnes conditions. Je suis un adepte de la formation et il faut lancer des jeunes mais on parle de cette problématique depuis 20 ans sans que cela change. Les clubs sont dans l'impossibilité de protéger et de garder leurs meilleurs jeunes. Mais pour autant, je suis opposé à l'intention de l'UEFA de limiter à cinq le nombre de joueurs étrangers par équipe : ce n'est pas la solution. Les jeunes ont créé un magnifique appel d'air. Les Jeux Olympiques ont été un détonateur. Avant, c'était différent. Il y a du potentiel. Cette équipe doit ambitionner la qualification pour l'Afrique du Sud. Elle peut battre de grandes formations. Il y a de la qualité et on en reparlera. Energie, c'est la marque... Exact : il en faudra de l'énergie. J'en ai : je ne lâcherai rien.par pierre bilic - photos: reporters/ hamers