Depuis l'été 2008, on ne le voit et on ne l'entend plus commencer le JT de RTL-TVI par un " Avant toute chose, ce drame atroce " ou une bonne nouvelle. Pendant 11 ans, Laurent Haulotte a tenu le crachoir dans la grand-messe de 19 heures sur la chaîne privée. L'insolente course en tête de cette station sur le terrain de l'info, il y a bien contribué. Il a aussi présenté les soirées de Ligue des Champions au début des années 2000 ainsi que d'autres émissions-phares, en politique notamment. Aujourd'hui, il est directeur de la rédaction ( RTL-TVI, Bel-RTL, rtlinfo.be, RadioContact) et chef des sports de RTL. Voici ses confidences sur l'implication de la chaîne dans le sport, et surtout le foot. International de préférence.
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Depuis l'été 2008, on ne le voit et on ne l'entend plus commencer le JT de RTL-TVI par un " Avant toute chose, ce drame atroce " ou une bonne nouvelle. Pendant 11 ans, Laurent Haulotte a tenu le crachoir dans la grand-messe de 19 heures sur la chaîne privée. L'insolente course en tête de cette station sur le terrain de l'info, il y a bien contribué. Il a aussi présenté les soirées de Ligue des Champions au début des années 2000 ainsi que d'autres émissions-phares, en politique notamment. Aujourd'hui, il est directeur de la rédaction ( RTL-TVI, Bel-RTL, rtlinfo.be, RadioContact) et chef des sports de RTL. Voici ses confidences sur l'implication de la chaîne dans le sport, et surtout le foot. International de préférence. Au moment de réaliser cette interview, on vient d'apprendre le rachat du Standard par Roland Duchâtelet... Laurent Haulotte : Un Open VLD qui reprend un monument wallon, c'est quand même étonnant ! Mais c'est aussi rassurant car Duchâtelet a déjà bien prouvé ses capacités de gestionnaire. Les supporters du Standard et tout le foot belge peuvent dormir tranquilles. Il a une vision entrepreneuriale des choses, il n'en fait pas une affaire purement financière. Ce qu'on pouvait craindre avec les Hollandais de Value8. Duchâtelet vient pour faire grandir le club. Pour les chaînes qui diffusent potentiellement des matches du Standard, c'est aussi une bonne chose. Oui, mais le produit Ligue des Champions fonctionne de toute façon très bien sur RTL, qu'il y ait des clubs belges ou pas. Simplement, si nous avons un qualifié, cela nous garantit au moins six soirées exceptionnelles sur les 34 de la saison. Dès que nous passons un match d'un club belge, on arrive aux audiences des plus grands rendez-vous des Diables Rouges. Un match " normal ", c'est en moyenne 250.000 téléspectateurs. Avec le Standard par exemple, ça grimpe à 600.000, voire 700.000. On est alors dans l'exceptionnel. Standard-Liverpool aux tours préliminaires avait fait 37 % de parts de marché. Mais encore une fois, nous savons de toute façon que nous achetons du foot de grande qualité. La Ligue des Champions, c'est une marque très connue. Et des rendez-vous immuables : le mardi et le mercredi à 20 h 45. C'est aussi immuable que Desperate Housewives ou Les Experts. La Ligue des Champions, c'est l'événement que tout le monde veut avoir. Quand le Standard est allé pour la première fois dans ce tournoi, il a fait aussi bien que l'Anderlecht qui avait réussi un parcours historique au début des années 2000. Dans les deux cas, le phénomène d'attente a joué. On attendait qu'Anderlecht refasse quelque chose au niveau européen. Et on attendait que le Standard se produise enfin en Ligue des Champions. Dès qu'il y est allé, tout le monde s'est senti concerné. Le supporter a regardé les matches avec sa femme, sa belle-s£ur, etc. De façon plus générale, le Standard performe bien en télé depuis quelques saisons. La RTBF vient d'en faire l'expérience en Coupe de Belgique. ... oui, depuis la fameuse saison où Anderlecht avait battu les plus grands. Nous avons eu un bol de fou. Chaque fois que je croisais Constant Vanden Stock, il me le faisait remarquer. En plus, nous avions obtenu les droits presque par un concours de circonstances. Les dirigeants de RTL se sont engouffrés quand ils ont vu que la RTBF traînait dans les négociations. Et boum, directement, Anderlecht a cartonné. C'est ce qui nous a véritablement lancés dans le monde du sport. En 2002, nous avons obtenu les droits des Diables Rouges. Il y a aussi eu le Moto GP, le tennis, les 24 Heures de Francorchamps, un peu de NBA, la Coupe des Confédérations en 2005, etc. Certainement pas. Il y avait une volonté stratégique : renforcer notre deuxième chaîne, Club RTL. Avant ça, elle se destinait surtout aux enfants le matin, et à un jeune public masculin le reste de la journée. Nous nous sommes demandé ce que nous pourrions proposer de nouveau. Et le sport a émergé. Je dirais plutôt qu'il a fallu bousculer certaines habitudes. Les téléspectateurs n'aiment pas trop le changement. Ils peuvent être perturbés dès qu'il y a un nouveau présentateur ou quand on modifie un décor. Pendant près de 30 ans, la RTBF avait eu le monopole du sport. Nous sommes arrivés et cela a créé un choc. Par exemple pour tous les gens qui avaient une espèce de lien affectif avec des commentateurs comme Roger Laboureur ou Frank Baudoncq. Nous avons eu deux semaines pour nous préparer. Fin août, RTL obtenait les droits de la Ligue des Champions. Début septembre, j'étais à Manchester pour commenter le match contre Anderlecht. Oui. Notre objectif est de rendre le foot accessible au plus grand nombre. Nous ne voulons pas que nos émissions soient réservées aux mordus, nous ne visons pas un public très spécifique. Pour nous, le football est plus un truc qu'on doit avoir envie de regarder en famille ou avec des copains. Au début, nous avons peut-être un peu trop mis l'accent sur cet aspect. Puis, nous nous sommes dit : -Il y a quand même un minimum. Nous nous sommes remis en question parce que nous avons entendu un peu de tout. Par exemple : ils sont trop rigolos sur RTL. Je ne vais pas dire qu'on saute de joie quand on rencontre, autour des stades, des gens à moitié bourrés qui nous attaquent. Mais quand on fait un métier public, on finit par se blinder. Pour moi, 70 % des critiques n'étaient pas trop fondées. Il y a aussi eu des réactions intéressantes. Nous ne nous sommes jamais martyrisés mais nous ne sommes pas restés sourds non plus. Par exemple, nous avons estimé que Georges Grün n'était pas trop à sa place à la présentation des soirées de Ligue des Champions. Mais nous avions envie de continuer avec lui et nous avons alors décidé de le mettre dans ce qu'il fait de mieux : l'analyse. Ça vaut le coup de revoir sa prestation lors du récent Belgique-Turquie, par exemple : c'est du haut niveau, tout ce qu'il dit est extrêmement pertinent. Et accessible, toujours dans la logique de la chaîne. Les commentaires de Grün, ce n'est pas du subliminal ! Et en termes de crédibilité, pardon... Quand on a joué une demi-finale de Coupe du Monde, tout est dit. C'est vrai. C'est notamment dû au fait que nous nous concentrons essentiellement sur les événements, le live, 40 soirées de foot en direct chaque saison avec la Ligue des Champions et l'équipe nationale. Nous avons volontairement gommé l'aspect magazine, que nous réservons plutôt à notre site et à Bel-RTL. Nous estimons que le sport, c'est le direct. C'est sympa de se réunir à six autour d'une table, de discuter et de donner son avis sur tout pendant trois heures, mais j'estime que ce n'est pas hyper intéressant pour la télé. C'est du talk. Nous le faisons le lundi en radio dans Va y avoir du sport. Là, c'est plus le café du commerce. Dans nos émissions de Ligue des Champions, il n'y a pas d'espace pour la polémique : nous nous concentrons sur une analyse à chaud, avant le coup d'envoi, à la mi-temps et après le match. Vous n'entendrez jamais chez nous : -Lionel Messi a joué comme une semelle. Nous ne voulons pas de discours agressifs. Euh... Pour la télé ? Pas particulièrement... Non. Mais j'aime beaucoup ce que fait la VRT le lundi soir. On y va mais ce n'est pas le show pour le show. L'agression pour l'agression, ça ne m'a jamais amusé. Mais il ne faut pas tomber dans l'excès inverse : la brosse à reluire, ce n'est pas non plus pour nous. ... et nous sommes plus que jamais candidats pour prolonger. Les négociations commenceront en fin d'année, ou au début de l'année prochaine. Dès qu'il y a un grand pays en face, comme l'Espagne, la Turquie ou l'Allemagne, les audiences sont exceptionnelles. Belgique-Turquie, ça fait 750.000 Belges devant leur télé ! A un moment, il a fallu faire un choix budgétaire. Quand il faut compter ses sous, c'est difficile de défendre l'achat des droits pour un match qui se joue à 17 heures en Azerbaïdjan... Et les rendez-vous à domicile marchent toujours mieux en termes d'audience. Un Belgique-Turquie scorera toujours mieux qu'un Turquie-Belgique. En plus, quand ça se joue ici, nous sommes maîtres de la captation, nous habillons les images comme nous le souhaitons. C'est important. Et quand le contexte est difficile, nous préférons toujours donner notre argent à l'Union belge plutôt qu'à des intermédiaires étrangers. C'est aussi une question de fidélité. Quand La Louvière a gagné, c'était sympa. Quand le Standard a joué la finale contre Bruges, c'était bien aussi. En dehors de ça... Avec tout mon respect pour Lommel et compagnie... La Coupe nous a surtout apporté un ancrage, une présence dans une compétition nationale. Mais nous ne nous sommes pas accrochés à ces droits-là. C'était une façon de montrer qu'ils voulaient plus d'argent. Et l'argent, c'est le problème majeur de la Coupe de Belgique. Vous jouez des matches mais ça vous coûte à plusieurs niveaux : il y a l'aspect purement financier, l'énergie, les blessures, etc. Il faut se souvenir qu'au début, les clubs regardaient aussi bizarrement la Ligue des Champions. Mais leur regard a très vite changé, dès qu'ils ont compris tout ce que ça pouvait leur rapporter. Le foot professionnel, ce n'est pas non plus le cercle des poètes disparus ! Non... Nous n'avons même pas demandé le cahier des charges. Nous l'avions fait il y a trois ans, mais ce n'était qu'un vague intérêt. Capter et diffuser en direct plus de 300 matches par saison, ce n'est pas faisable pour une chaîne généraliste gratuite. Et quand je vois les montants dépensés, je me dis que nous ne jouons pas dans la même pièce que Belgacom ou Telenet. Nous donnons quelques images de matches de D1 dans le JT le plus regardé en Belgique francophone, ça nous suffit. Ces images, nous les payons d'ailleurs au prix fort. Surtout que 75 % de nos téléspectateurs s'en foutent un peu de savoir ce que le Standard ou Anderlecht a fait la veille. Pas du tout. En tout cas, ce n'est pas notre point de vue. La Coupe du Monde, j'avoue que nous nous y intéressons chaque fois, que nous étudions la question, que nous en parlons. Mais nous préférons toujours une compétition qui s'étale sur toute la saison à un événement qui ne dure pas plus d'un mois et ne revient que tous les quatre ans. C'est notre raisonnement quand il est question de l'EURO aussi bien que du Mondial. Et les Jeux, ce n'est pas pour nous. Définitivement. Parce qu'on doit acheter beaucoup pour diffuser peu. Qu'est-ce que les gens regardent en Belgique, à part la natation et l'athlétisme ? Nous ne sommes pas comme les Américains qui ont deux participants à chaque finale ! En plus, il y a toujours ces horaires un peu bizarres, le fait que ce soit difficile à suivre. Nous cherchons des produits plus simples, plus visibles. Nous ne sommes pas satisfaits de cette émission, mais Mbo Mpenza n'y est pour rien. Le concept de l'émission était peut-être trop ambitieux, trop magazine. Pourtant, c'était intéressant. Mbo qui appelle ses potes, qui téléphone à Vincent Kompany ou à Silvio Proto quand il fête le titre d'Anderlecht dans le car, c'était chouette. Mais ce côté très insider n'a pas fonctionné, ce n'est pas ce qu'attendent les gens qui écoutent Bel-RTL en rentrant de la mer ou des Ardennes... Parce que ce n'est pas sur ce terrain-là qu'on nous attend. Nous réfléchissons à un autre format. L'émission telle quelle disparaît mais Mbo sera intégré dans un autre concept. Il reste en télé et fera peut-être autre chose en radio. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS: RTL" La Ligue des Champions, c'est aussi immuable que Desperate Housewives ou Les Experts. "" Club Mbo disparaît. Le concept était chouette mais pas adapté à nos auditeurs. "