QUI A DIT : " WILMOTS VEUT TROP FAIRE PLAISIR À TOUT LE MONDE " ?

" N'importe quel entraîneur rêve de disposer d'un potentiel pareil. Mais... Est-ce que c'est un avantage énorme, finalement ? Je ne veux pas m'immiscer dans les affaires de Marc Wilmots mais j'ai l'impression qu'il veut trop faire plaisir à tous ses meilleurs joueurs en les mettant ensemble sur la pelouse. Quand vous avez deux gars faits pour jouer au même poste, si vous les alignez tous les deux, il n'y a pas de miracle : un des deux doit évoluer à une place qui n'est pas la sienne.
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" N'importe quel entraîneur rêve de disposer d'un potentiel pareil. Mais... Est-ce que c'est un avantage énorme, finalement ? Je ne veux pas m'immiscer dans les affaires de Marc Wilmots mais j'ai l'impression qu'il veut trop faire plaisir à tous ses meilleurs joueurs en les mettant ensemble sur la pelouse. Quand vous avez deux gars faits pour jouer au même poste, si vous les alignez tous les deux, il n'y a pas de miracle : un des deux doit évoluer à une place qui n'est pas la sienne. Kevin De Bruyne était sur un flanc contre l'Italie parce que MarouaneFellaini jouait devant les deux récupérateurs, on a vite vu que ça ne lui convenait pas. Il faut mettre De Bruyne dans l'axe et Eden Hazard à gauche, c'est à ces postes qu'ils sont les plus performants. L'excès nuit en tout, l'abondance peut nuire à une équipe de foot. Il y a des matches où Wilmots ne trouve pas le bon équilibre. Si je compare avec les premiers matches du Pays de Galles, le contraste est frappant. Dans cette équipe, il y a deux ou trois stars, et tous les autres joueurs se mettent à leur service. C'est col-lec-tif. Dans l'équipe belge, il y a des soirs où tout le monde veut jouer sa carte, et c'est rarement payant. Contre l'Italie, les Belges ont le plus souvent essayé de faire la différence sur des actions individuelles, mais dès qu'un joueur offensif avait le ballon avec le risque d'en faire un usage intéressant, il avait deux ou trois adversaires sur le dos. Il aurait fallu que les backs donnent un coup de main, essaient de surprendre des Italiens qui surveillaient trop les médians et les attaquants, mais ils n'étaient pas capables de le faire. La Belgique fait partie des équipes avec le plus gros potentiel et j'attendais autre chose de son premier tour. Maintenant, on est peut-être trop exigeant, mais une deuxième place au ranking FIFA, ça doit se justifier, même en phase de poules. On n'a pas l'habitude de pardonner aux grands pays qui n'entrent que lentement dans le tournoi. Jouer haut, vers l'avant, ça demande énormément d'énergie, de la concentration, du mouvement. Et pour y arriver, il faut avoir des joueurs au top à quelques postes clés. Les Belges essaient toujours de le faire. Parfois, ce serait peut-être mieux d'accepter de subir pour frapper sur des contre-attaques comme ils l'ont fait après avoir marqué leur premier but contre l'Irlande. C'est une philosophie de jeu moins sexy mais elle est plus facile à mettre en place et elle peut être plus efficace. " Claude Puel : coach d'Eden Hazard à Lille " Les Belges ont été paralysés par la pression dans leur match contre l'Italie comme les Bleus ont été bouffés par le stress dans le match d'ouverture. Mais j'ai plus de compréhension pour les Diables parce qu'en face d'eux, il y avait les Italiens. Alors que nous, avec tout mon respect, on n'avait que les Roumains ! Le fait de craquer face au stress peut étonner parce que vos joueurs sont habitués aux très gros rendez-vous avec leur club. Mais, crois-moi, c'est encore autre chose quand tu prends conscience que tu joues pour ton peuple et ton drapeau dans un EURO ou une Coupe du Monde. Emotionnellement, c'est plus fort et ça peut être plus déstabilisant que n'importe quel match de Ligue des Champions. Je suis persuadé que le fait d'être le pays participant le mieux classé au ranking FIFA a aussi joué dans les têtes. Et le fait de commencer directement contre l'autre favori du groupe. Les Belges se sont dit qu'ils ne pouvaient pas se louper... et ils se sont loupés parce qu'ils avaient la tête encombrée. Le jeu collectif, l'impact physique, la maturité, la circulation, les occasions, il vous a tout manqué. J'étais sidéré en voyant des joueurs d'un tel niveau qui n'arrivaient pas à enchaîner trois passes. Dans les tournois, on voit parfois des grosses équipes qui vont dans le mur parce qu'elles ont raté leur entrée. Pour les Belges, ça a été tout le contraire, ils ont assuré dès leur deuxième match. Même si, encore une fois avec tout mon respect... c'était l'Irlande en face. Mais ça veut au moins dire que le coach a su trouver les bons mots et qu'il avait des joueurs réceptifs. " Manuel Amoros : 82 matches avec les Bleus, champion d'Europe 1984 " Belgique - Italie était plus facile pour les Italiens que pour les Belges. Tout le monde attendait les Belges, personne ne misait sur les Italiens. Ça s'est d'abord joué dans les têtes : les Belges n'étaient qu'à 50 % psychologiquement, sans doute un peu tétanisés par leur classement mondial. En face, ils étaient à 101 %. Je constate que c'est difficile de trouver une complémentarité avec autant de grands joueurs. Il y a beaucoup de bonnes formules possibles, et c'est paradoxal, mais c'est emmerdant pour un entraîneur d'avoir beaucoup de bonnes formules. Hazard à gauche ou dans l'axe, avec qui à côté de lui, un Romelu Lukaku qui est terrible. Thibaut Courtois, sans commentaire. Et De Bruyne, et Carrasco, pfft... Je ne sais pas si, en Belgique, vous vous rendez bien compte ? Vous avez du lourd. " Rolland Courbis : coach d'une vingtaine d'équipes, dont Bordeaux et Marseille " On a dit et écrit, après le match contre l'Italie, que c'était une victoire tactique d'AntonioConte. Pour moi, ça veut dire alors que le coach adverse n'a pas été à la hauteur. Je ne suis pas d'accord. Je trouve que la défaite belge s'expliquait surtout par une grosse méforme de quelques joueurs clés. J'en ai parlé avec Marc Wilmots juste avant le match contre l'Irlande. Quelle est sa responsabilité si Eden Hazard, Kevin De Bruyne et Romelu Lukaku sont à côté de leurs pompes au même moment ? Après l'Irlande, j'ai entendu que l'équipe belge était une équipe de contre-attaque, qu'elle devrait peut-être envisager de jouer plus souvent avec cette arme. Je ne suis pas du tout d'accord. Ce serait un terrible gâchis de laisser l'adversaire faire le jeu quand on a autant de qualités offensives. Et c'est de toute façon presque inimaginable dans les matches de poule, où les équipes supposées inférieures ont l'habitude de laisser la possession aux grands. Rien n'a changé après des prestations en demi-teinte dans cet EURO : je suis toujours sous le charme des Diables Rouges. C'est une équipe qui préfère toujours attaquer que défendre, et rien que ça, c'est fort respectable ! Quand on pense aux Belges, on pense à leurs qualités offensives, à un haut pourcentage de possession, à des petits gabarits qui ont une technique remarquable, à des gars qui arrivent à combiner dans des espaces hyper réduits. Quand ça marche, c'est très beau à voir. Vous ne pouvez pas vous contenter d'avoir une équipe de contre-attaque, point à la ligne. Vous devez avoir plus d'ambition que ça ! Vous n'avez pas une équipe pour calculer sur la récupération. Vous avez une équipe pour jouer. Même si c'est très joli aussi quand on voit certaines actions de la deuxième mi-temps contre l'Irlande, avec des actions typiques de contre-attaque. Ça passe à une vitesse folle du rectangle de ThibautCourtois à celui du gardien d'en face. Ce qui me frappe aussi, c'est votre identité en milieu de terrain avec des récupérateurs de niveau mondial comme Radja Nainggolan, Axel Witsel et Mousa Dembélé. En fait, Wilmots a une qualité incroyable à plein de postes. Dans une situation pareille, on sait qu'on ne va pas bien dormir quand on doit annoncer sa sélection ! " Elie Baup : coach de Marc Wilmots à Bordeaux " Quand j'étais sélectionneur des Bleus, j'ai joué plusieurs fois contre les Diables Rouges. Pour nous, ça n'a jamais été une promenade de santé. On les craignait, même quand ils n'étaient pas au top de leur forme. Aujourd'hui, le visage de votre équipe n'est plus du tout le même que de mon temps, quand c'était basé sur la rigueur, l'organisation, le travail défensif. C'est devenu beaucoup plus frivole, plus léger : normal avec les individualités que vous avez. Essayer de pratiquer un football prudent avec un Eden Hazard, un Kevin De Bruyne, un Yannick Carrasco ou un Dries Mertens dans l'équipe, ce serait faire n'importe quoi. Ce serait à la limite un suicide... sportif. Donc, Marc Wilmots les fait jouer vers l'avant, toujours. Mais ça ne permet toujours pas aux Français, même quand ils sont au sommet, de se promener. On l'a vu dans le dernier amical au Stade de France. Ce soir-là, je me suis souvenu que c'était un adversaire que je n'aimais pas jouer. De tous temps, les Belges ont eu des qualités spécifiques qui faisaient un peu peur, qui nous emmerdaient. " Michel Hidalgo : sélectionneur des Bleus de 1976 à 1984, champion d'Europe 1984 " Je ne me suis pas inquiété après avoir vu les matches un peu poussifs contre l'Italie et même l'Irlande. Je me suis dit : -Les meilleures équipes sont celles qui grandissent en cours de tournoi et les Belges ont le profil pour y arriver. Il faut arrêter de se faire peur dès qu'un pays n'est pas directement au niveau qu'on en attend. J'ai repensé à la Coupe du Monde 1986, où on avait d'ailleurs joué contre la Belgique dans le match pour la troisième place. Là-bas, les Soviétiques avaient tout explosé en phase de poules. Puis, ils se sont retrouvés face aux Belges et ils se sont écroulés. Ils avaient été en forme trop tôt. Et je pourrais citer d'autres exemples du même style. Avant le début de l'EURO, les Diables Rouges m'inspiraient une grosse confiance. Je ne les plaçais pas sur le même pied que les Allemands ou les Espagnols, mais je ne les estimais pas moins costauds que les Français, par exemple. Evidemment, le public français était déçu, même incrédule, quand il a vu l'Eden Hazard contre les Italiens, comparé à celui qui survolait la Ligue 1 avec Lille. S'il y a bien un Belge dans lequel on place des attentes énormes, c'est lui. Son début d'EURO a finalement été dans la continuité de sa saison triste avec Chelsea. Entre-temps, ça a vachement mieux tourné pour lui ! " Yannick Stopyra : 33 matches avec les Bleus " La Belgique m'a un peu déçu en phase de poules mais je fais le même constat pour toutes les autres grosses équipes. Tout le monde s'est enflammé sur les Hongrois mais il faut rester calme : on s'est enflammé seulement parce qu'ils n'étaient pas attendus au tournant. Dans le cas des Belges, on sentait que l'ensemble n'était pas huilé. Le problème était collectif. C'était trop lent. Un problème d'osmose. Evidemment, on attendait plus d'Eden Hazard. Il a un statut de star, il sait faire des choses incroyables avec son club, mais en sélection... Un peu comme Antoine Griezmann avec les Bleus à ses débuts dans cette compéition. Et je pourrais citer d'autres exemples. Je pense qu'il lui manque, derrière lui, un arrière gauche plus joueur, qui puisse prendre la profondeur pour l'aider à déstabiliser les défenses. Jan Vertonghen n'est pas un latéral, c'est ça le souci. Et c'est quand même criant que Hazard a un problème avec De Bruyne. Ils se marchent dessus, ils ne jouent pas ensemble. Il y en a d'autres qui m'ont déçu en début de tournoi. Nainggolan, dont je suis pourtant fan, mais qui s'est rachété ensuite. Et Dembélé qui réussit aussi des gros trucs avec son club. " Bruno Cheyrou : 3 matches avec les Bleus " Quand on a dit que les Belges faisaient partie des favoris, j'étais sûr que ce n'était pas exact. Ils n'ont pas encore assez d'expérience des grandes compétitions, ça se ressent. Ils n'ont qu'une Coupe du Monde dans les jambes et dans la tête, c'est trop peu. Une vraie expérience ne s'acquiert pas en une fois x semaines ensemble mais en x fois x semaines ensemble ! J'ai toujours des interrogations sur cette équipe. Je trouve qu'elle est souvent entre deux eaux, comme si elle ne savait pas comment elle doit s'y prendre. Elle navigue entre la volonté d'aller vers l'avant et la peur de trop s'exposer. Après cet EURO, avec un peu de recul, on pourra déjà mieux dire dans quelle catégorie les Belges pourront boxer au cours des prochaines années, lors des prochains tournois. Un groupe s'est formé, il doit maintenant afficher ses vraies qualités et montrer ses ambitions. Pour le moment, ils sont dans la catégorie des Français, des Anglais, éventuellement des Croates. Mais pas encore au niveau des Espagnols et des Allemands. " Youri Djorkaeff : 82 matches avec les Bleus, champion du monde 1998, champion d'Europe 2000 PAR PIERRE DANVOYE À BORDEAUX - PHOTOS IMAGEGLOBE" Quand vous avez deux gars faits pour jouer au même poste, si vous les alignez tous les deux, il n'y a pas de miracle : un des deux doit évoluer à une place qui n'est pas la sienne. " CLAUDE PUEL " L'équipe belge est souvent entre deux eaux, comme si elle ne savait pas comment elle doit s'y prendre. Elle navigue entre la volonté d'aller vers l'avant et la peur de trop s'exposer. " YOURI DJORKAEFF