J'ignore qui c'est vraiment, mais votez pour lui, foncez sur le site de la FIFA ! Nous, les internautes, avons jusqu'au 30 novembre pour élire le Prix Puskas de 2015 : c'est-à-dire, parmi 10 présélectionnés, l'auteur du plus beau but de l'année. Je sais, vous préféreriez élire le Ballon d'Or, lui aussi décerné le 11 janvier prochain, mais ça, bernique, c'est chasse gardée pour environ 600 privilégiés : le coach, le capitaine et un journaliste de chaque nation élisent le meilleur joueur de l'année parmi 23 présélectionnés.
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J'ignore qui c'est vraiment, mais votez pour lui, foncez sur le site de la FIFA ! Nous, les internautes, avons jusqu'au 30 novembre pour élire le Prix Puskas de 2015 : c'est-à-dire, parmi 10 présélectionnés, l'auteur du plus beau but de l'année. Je sais, vous préféreriez élire le Ballon d'Or, lui aussi décerné le 11 janvier prochain, mais ça, bernique, c'est chasse gardée pour environ 600 privilégiés : le coach, le capitaine et un journaliste de chaque nation élisent le meilleur joueur de l'année parmi 23 présélectionnés. J'aimerais y voir émerger un Andres Iniesta ou un Thomas Müller, mais je crains bien qu'on y assistera (lassés ?) à un 8e duel Lionel Messi - Cristiano Ronaldo... Et Karim Benzema frôlera à nouveau la 23e place, lui qui est nominé pour la 6e fois alors que bien d'autres gars aussi fortiches que lui n'ont jamais eu cet honneur : quand les présélectionneurs de France Football, hebdo créateur du trophée en 1956, arriveront-ils à se désengluer de ce chauvinisme goudronneux ? Mais revenons au but de l'année. Pourquoi l'appeler Puskas d'abord ? Hommage posthume à un géant n'ayant jamais eu le bonheur de décrocher ce Ballon d'Or ? Sans doute. Et aussi parce qu'il fallait un buteur de légende, et qu'une légende morte est plus légendaire : le trophée a été créé en 2009, Ferenc Puskas était décédé en 2006, Alfredo Di Stefano et Eusebio vivaient encore... tandis que Pelé est immortel ! Ensuite, un trophée individuel subjectif de plus, dans notre sport pourtant collectif, était-ce bien nécessaire ? Sûrement pas et j'aurais davantage apprécié la création d'un Prix Yachine pour récompenser les gardiens, si rarement préférés aux attaquants... voire un Prix Sangsue pour enfin valoriser les grands arracheurs de ballons ! Mais bon, le Prix Puskas existe désormais, et le plus regrettable est peut-être qu'il soit attribué à un individu - en l'occurrence le buteur - plutôt qu'à son équipe : car quel que soit celui qui ponctue l'action, et même s'il la ponctue fort joliment, un but est toujours inscrit par une équipe. Reste la question basique : qu'est-ce qu'un beau but ? Là, je n'ai qu'une réponse sommaire : c'est un but qui fait faire Wouaaawww quand on n'est pas supporter ! La Commission/Football de la FIFA en a présélectionné dix... et je n'arrive pas à comprendre qu'elle ait pu le faire, quand je pense aux centaines de wouaaawwws disponibles à la télé sur un an ! Ainsi, perso, le récent but de Michy Batshuayi contre l'Italie m'a-t-il paru tout aussi beau que les 10 nominés du Prix Puskas : et j'ai senti qu'il était très beau pour avoir de suite ressenti comme très moche le fait que Michy, hurleur narcissique au lieu d'aller illico étreindre Yannick Ferreira-Carrasco pour son offrande (y'a pas d'autre mot), s'est affiché héros exclusif... En choisissant 10 buts, les experts de la FIFA ne se sont pas creusé les nénettes. Comme d'hab dans ce genre de top, ce sont des buts spectaculaires à deux caractères récurrents : soit des frappes hors grand rectangle (la volée de Philippe Mexès, le long lob de Carly Lloyd ou d'Alessandro Florenzi...), soit de longue chevauchées dribbleuses et victorieuses (Carlos Tevez, Messi). C'est presque à en conclure que la caractéristique du beau but serait l'individualisme de l'exploit, l'absence de collectif ou de construction, l'interdiction de banalité dans la toute dernière frappe... Je conteste et vous invite donc à voter comme moi pour le but de Wendell Lira, illustre inconnu, buteur pour Goianesia, club brésilien de D3 ou D4 ! D'abord parce que cela rappelle que les top-buts ne sont pas l'apanage du top-niveau, loin de là. Et surtout parce que c'est le seul des 10 buts qui, avant la spectacularité d'un retourné final acrobatique, révèle une construction un tant soit peu élaborée : un une-deux bien propre, puis un contrôle en deux temps pour une jolie p'tite passe lobée au buteur de service. Allez voir et votez, c'est mignon tout plein ! Quoique mon orteil me dise que le vainqueur sera Florenzi, pour son lob excentré d'environ 50m dans la cage du Barça : exploit strictement individuel, mais but plus réellement rarissime que les 9 autres... si Florenzi l'a fait exprès ! Pas sûr, mais probable. PAR BERNARD JEUNEJEAN