Istanbul est fascinante. On y passe de l'Europe à l'Asie pour un euro seulement sur le pont du Bosphore, un ouvrage construit en 1973. La vue des bateaux venant de la Méditerranée et naviguant à travers le Bosphore vers la Mer Noire, est impressionnante. A Ortakoy, depuis le quai, la vue sur la partie asiatique de la ville est idyllique au soleil couchant.
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Istanbul est fascinante. On y passe de l'Europe à l'Asie pour un euro seulement sur le pont du Bosphore, un ouvrage construit en 1973. La vue des bateaux venant de la Méditerranée et naviguant à travers le Bosphore vers la Mer Noire, est impressionnante. A Ortakoy, depuis le quai, la vue sur la partie asiatique de la ville est idyllique au soleil couchant. En plein Bosphore, notre bateau passe un restaurant flottant auquel est annexé une piscine. Le drapeau de Galatasaray y flotte fièrement. Ici, les joueurs, les dirigeants et leurs invités peuvent manger et se baigner dans un endroit calme, car Istanbul est une ville très agitée de 12 millions d'habitants. Davantage que toute la population belge ! Ici, c'est le royaume de la voiture. Traverser au vert pour les piétons n'est pas une garantie de sécurité. Entre les autos, on voit parfois un mouton égaré sur la chaussée... En venant de l'aéroport, le visiteur pénètre d'abord dans la ville médiévale entourée de remparts, anciennement Byzance puis Constantinople. L'ancienne capitale de l'Empire romain d'Orient a été prise par les Ottomans en 1453 et n'est appelée Istanbul que depuis le début du siècle dernier. Lorsqu'en 1923, Kemal Atatürk fit de la Turquie une république laïque, avec séparation de l'Etat et de l'Eglise, il choisit Ankara comme capitale. En termes de foot, par contre, Istanbul domine le reste de la Turquie avec les clubs les plus puissants du pays. Seul Trabzonspor a fait quelque peu concurrence aux trois grands clubs stambouliotes que sont Galatasaray, Fenerbahçe et Besiktas. Ces quatre clubs réunis ont remporté tous les titres de champion. Et seuls les trois grands clubs d'Istanbul figurent encore en D1, puisque Istanbulspor vient d'être rétrogradé en D2 et que Burnu et Sarier militent en D3 depuis un certain temps. Fenerbahçe est le club populaire et Galatasaray le club de l'élite : la rivalité est surtout exacerbée entre eux deux. Lors des derbies, deux ou trois mille agents sont sur le pied de guerre. Ces deux dernières années, Fenerbahçe domine le championnat national. On y retrouve l'ex-défenseur du Standard Onder Turaci sous les ordres de l'Allemand Christoph Daum. Sous l'impulsion de son richissime président, un entrepreneur, le club de la partie asiatique de la ville a raflé les deux derniers titres. C'est de loin le club le plus riche du pays, avec un budget de 100 millions d'euros, soit cinq fois plus que celui de Galatasaray et Besiktas. La capacité du stade était encore de 35.000 places il y a quelques années, elle a été portée à 52.800 avant de passer à 65.000 l'an prochain. Fenerbahçe compte déjà plus de 20.000 abonnés, c'est le double de Besiktas et quatre fois autant que Galatasaray. C'est aussi le moins endetté des clubs : 60 millions d'euros de dettes contre un endettement de 150 millions à Galatasaray, qui pèse très lourd sur le budget et les investissements du club jaune et rouge. De 1997 à 2000, Galatasaray a raflé quatre titres, deux Coupes de Turquie, une Coupe de la Ligue, la Coupe de l'UEFA et la Supercourpe d'Europe en 2000 puis a commis l'erreur de ne pas investir les deniers engrangés tout en attribuant des salaires indécents aux vedettes.... Mais le Gala se rattrape : Istanbul compte déjà 7 fanshops sans compter les 14 autres dans le reste de la Turquie. C'est surtout le potentiel commercial des supporters turcs du club à l'étranger qui ouvre des perspectives. Le stade compte seulement 18.000 places, avec 5.000 abonnés. Les plans prévoient l'agrandissement à 25.000 sièges. Cela paraît peu, mais quelle ambiance. Quand Gheorghe Hagi est arrivé comme joueur, il avait déjà 31 ans mais pendant ses années sur le terrain, Galatasaray a été champion quatre fois de suite. Mais il n'a pas eu de succès comme entraîneur. La direction attend donc qu' Eric Gerets ramène le club au top tout en présentant le beau football exigé par des supporters gâtés. Le centre sportif Florya Metin Oktay est une perle emmurée à 20 km du centre-ville, entre l'aéroport international et la Mer de Marmara. Pénétrer dans l'enceinte n'est pas simple. A l'entame des entraînements, les consignes de sécurité se renforcent, comme en Italie. Le portail reste fermé, le gardien s'affaire au téléphone jusqu'à ce qu'un agent de sécurité vienne nous ouvrir et veille à une visite dans les règles. A l'intérieur, tout est soigné, vert et frais. Galatasaray est une association omnisports : nous voyons passer des basketteurs. Il y a des terrasses agréables, un jardin, une salle de fitness et un complexe administratif. Un peu passé dix heures, Gerets arrive de bonne humeur dans le hall central, où pend une énorme photo de l'équipe lauréate de la Coupe de l'UEFA en 2000. Il n'a pas d'embarras de circulation puisqu'il loge au complexe d'entraînement jusqu'à ce que sa maison soit prête. Ce matin, il y a un jogging au bois au programme et Gerets accompagne la troupe. Le bus reprend les joueurs et les dépose pour le lunch au restaurant. A 17 heures, la sélection monte sur une pelouse parfaite, derrière une énorme palissade. Une petite tribune abrite un nombre copieux de supporters qui applaudissent lorsque les joueurs terminent leur tour d'échauffement sous la houlette de l'assistant Reinhard Stumpf, ex-joueur de Galatasaray, et amené de Wolfsburg par Gerets. Sous l'£il attentif de quatre équipes TV et de sept photographes, Gerets délimite une aire de jeu puis prend progressivement la direction de l'entraînement, criant de manière enthousiaste dans un mélange successif d'anglais et d'allemand. Lorsque les vaincus d'un petit jeu se soumettent à des abdos, Gerets s'y met aussi. Chaque fois que Hakan Sukür et Hakan Sas touchent le ballon, la tribune applaudit. L'interview prend place dans le bureau spacieux de Gerets. Une terrasse avec vue sur mer, un grand espace de travail, un salon comfortable avec un écran de TV gigantesque. Gerets " Au niveau des installations, c'est ce que j'ai vu de meilleur. Je passe la nuit ici, j'ai une grande chambre à coucher avec une salle de bains. Je n'ai jamais travaillé dans un club où chaque joueur avait son propre lit pour se reposer ". En attendant qu'un employé apporte du café, Gerets allume un cigare cubain. Eric Gerets : A Wolfsburg mon travail n'était pas terminé, je suis parti plus tôt que prévu. Je dois me sentir bien avec les gens avec lesquels je suis amené à travailler au quotidien et ce n'était plus le cas avec tout le monde. Mon départ n'a rien à voir avec les résultats sportifs. Vu le nombre de blessés la saison passée, j'estime avoir tiré le maximum. J'ai été confronté à des problème datant d'avant mon arrivée : le clan des joueurs sud-américains ne s'entendait pas avec les Allemands. J'ai tenté de renverser la vapeur mais cela n'a pas réussi parce que les joueurs ne coopéraient pas. Je ne quitte pas l'Allemagne avec un sentiment négatif. Il s'agissait d'un problème humain et d'une vision divergente entre moi et le nouveau manager sur certains points : l'arrivée de nouveaux joueurs, certaines tâches dont j'estimais qu'il était responsable et des décisions qu'il prenait sans me consulter. Les fans ont protesté contre mon départ lors de la dernière rencontre contre Bielefeld, ce qui est très rare. Le club aussi voulait que je continue. Lors de quelques réunions, deux personnes de la direction ont confirmé qu'ils avaient pleine confiance en moi mais que la collaboration devait être améliorée. Je ne voulais pas les forcer dans un sens, je n'aime pas partir en mauvais termes. Par après, j'ai encore eu une offre de Stuttgart mais trop tard. Si Galatasaray n'était pas venu à la charge, j'aurais peut-être signé chez eux. Oui. Déjà avant mes problèmes à Wolfsburg. J'avais un bon feeling mais Galatasaray est arrivé. C'est un pas dans l'inconnu mais j'avais l'impression de devoir venir ici, en Turquie. Le fait qu'un club ne soit pas européen n'a pas tellement d'importance pour moi. Je ne sais pas si le Standard me fera encore une proposition. Cela a déjà échoué deux fois. Mais il peut toujours m'appeler. Mon objectif est bel et bien de terminer ma carrière à Sclessin mais d'abord, je commence ici pour deux ans, plus une option d'un an. Ils voulaient immédiatement me faire signer trois ans mais j'ai proposé une option pour la troisième. J'ai reçu un coup de fil de l'ancien président de Kaiserslautern qui est un ami. Un agent lui avait demandé mon numéro de téléphone. La Turquie m'attirait, car voici trois ans j'avais déjà reçu une offre de Besiktas. A l'époque, ils attendaient une réponse le soir même mais j'étais encore sous contrat avec le PSV et cela ne s'est pas fait. Sinon je serais certainement parti. L'importance accordée au foot est énorme. Lorsque je suis arrivé à l'aéroport, deux photographes ont failli se blesser, ils étaient là à 30 ou 40 en train de se pousser. Le public est très critique, mais lorsque cela va bien ils sont très heureux aussi. Je suis venu dans ce pays assez souvent en tant que joueur et entraîneur pour savoir l'ambiance qu'ils peuvent mettre dans un stade. Au Gala, cela ne s'appelle pas l'Enfer pour rien. Même si Fenerbahçe est le club numéro un pour le moment. Oui. J'ai discuté en tout et pour tout cinq heures avec le directeur. Cela s'est tellement bien passé qu'il a barré les autres noms de sa liste : Ronald Koeman et un Yougoslave. Si c'était le cas, j'aurais eu sous mes ordres une excellente équipe. A présent, j'ai sous la main une très bonne équipe à laquelle je dois encore faire certaines retouches. Trouver un meneur de jeu est important mais je cherche aussi quelqu'un à gauche. Peter Van der Heyden eût été le pion idéal mais il s'en tirera très bien à Wolfsburg, même sans moi. Nous en avons discuté. Thomas Buffel était intouchable, les Rangers ne voulaient pas le lâcher. Avec Bart Goor nous verrons bien... J'ai soumis ma liste, mais ils en avaient également une. Il a fallu trancher. Je n'allais pas travailler avec 50 éléments, mais je ne voulais pas partir en stage avec un noyau incomplet. Je savais que le frein financier serait là avant de venir. C'est pour cela que j'ai sélectionné certains talents de l'école de formation qui viennent de disputer le championnat du monde des -20 ans aux Pays-Bas. Dieu sait s'ils ont du talent. On ne m'a pas demandé de jouer la carte de la jeunesse, c'est ma décision. Ces joueurs sont ravis, évidemment. Il faut savoir que Galatasaray compte au total 83 internationaux dans toutes les catégories d'âge ! Un trophée évidemment. De préférence le titre, puisqu'il vient de remporter la Coupe mais ce trophée n'est pas considéré comme très important. Le championnat domine les débats, je n'ai donc pas le choix ! On attend aussi du beau football. C'est important ici, ai-je appris. Si nous avons le meneur de jeu et le joueur de flanc que nous voulons, nous y parviendrons. Et si les résultats sont bons dès le départ, nous pourrions très rapidement nous remettre à table pour parler prolongation de contrat. Je veux qu'ils sentent que je ne suis pas venu ici pour amasser un maximum de pognon en un minimum de temps mais que le challenge du club m'intéresse. Sur les cinq heures passées avec le président, nous avons discuté 4 h 45 de la Turquie et du foot et seulement 15 minutes d'argent. La saison dernière, tout le monde ici a reçu son dû de la part du club. Je suis agréablement surpris du niveau de la compétition. Il y a quatre clubs du top et quatre autres du subtop livrant un foot de qualité. Même les équipes moins fortes pratiquent un foot technique, le jeu de position est bon voire même très bon. C'est beaucoup plus discipliné que ce à quoi je m'attendais. Cela dépend des lignes de conduite définies par l'entraîneur. Si je veux rester distant, je peux le faire. Si je suis plus proche du groupe, ils se sentiront mal à l'aise. La discipline et le respect à l'égard de l'entraîneur sont plus marqués qu'en Allemagne. On m'a déjà dit ici que je devais être sévère, même avec le serveur qui apporte le café. Mais ce n'est pas dans mon caractère. Ces dernières semaines, j'ai surpris ainsi plusieurs personnes qui étaient habituées à recevoir des ordres. Désolé, lorsqu'on me sert un café, je dirai toujours merci. On trouve cela bizarre ici. Même en étant dur, ils font tout pour toi. Là ne sont pas mes intentions. J'ai refusé l'assistant qu'on me proposait et j'ai emmené Stumpf car cela colle vraiment bien entre nous et il a joué ici. Je lui apprends à mieux communiquer avec le groupe et lui que je ne dois pas trop rapidement être coulant avec les garçons au niveau du travail. Il est beaucoup plus sévère que moi. L'autre assistant, un Turc, a joué ici et à Dortmund, là aussi nous nous entendons bien. J'ai seulement conservé l'entraîneur des gardiens. De la presse ! Je ne peux pas me rendre quelque part sans avoir cinq photographes et une poignée de caméramen sur le dos. Celui qui veut travailler ici doit apprendre à vivre avec cette réalité médiatique. C'est une des raisons pour lesquelles le football est également vécu de manière plus intense ici. Istanbul est une ville importante au niveau mondial. Un peu chaotique, mais cela n'est pas fait pour me déplaire. Je suis aussi assez chaotique. Geert Foutré, envoyé spécial à Istanbul" Terminer ma carrière AU STANDARD demeure mon objectif " " Istanbul est un peu chaotique, c'est COMME MOI "