J oaquin Villalba n'est pas près d'oublier le café Chez Rose. Normal: il y a toujours trouvé le réconfort dont il avait besoin. Et notamment en 2006, alors qu'il est en train d'enterrer ses derniers rêves de carrière professionnelle. Originaire de la province de Buenos Aires, en Argentine, le gaillard a pourtant évolué trois saisons en jeunes au grand Boca Juniors. " À 19 ans, j'étais très bien ", débute-t-il, un thé à la main. " Puis mon entourage m'a convaincu que je devais absolument jouer. L'entraîneur me disait d'attendre: il y avait devant moi des stars comme Martin Palermo, qui avaient tout gagné. Avec le recul, je sais que je n'aurais pas pu les bouger. Mais là, la situation m'a poussé à quitter le club, trop impatient. " Joaqu...

J oaquin Villalba n'est pas près d'oublier le café Chez Rose. Normal: il y a toujours trouvé le réconfort dont il avait besoin. Et notamment en 2006, alors qu'il est en train d'enterrer ses derniers rêves de carrière professionnelle. Originaire de la province de Buenos Aires, en Argentine, le gaillard a pourtant évolué trois saisons en jeunes au grand Boca Juniors. " À 19 ans, j'étais très bien ", débute-t-il, un thé à la main. " Puis mon entourage m'a convaincu que je devais absolument jouer. L'entraîneur me disait d'attendre: il y avait devant moi des stars comme Martin Palermo, qui avaient tout gagné. Avec le recul, je sais que je n'aurais pas pu les bouger. Mais là, la situation m'a poussé à quitter le club, trop impatient. " Joaquin se perd ensuite au Mexique, puis est envoyé en Belgique par Marcos Romero, un ancien joueur de Bertrix. Il vit sa première semaine à l'hôtel, où il ne fait que dormir et manger sans savoir ce qui l'attend, avant d'être testé au Brussels. L'Argentin est censé remplacer De Camargo, en partance pour le Standard. Il n'en sera rien. Blessé en amical, il n'entre plus dans les plans du club. " Je gardais malgré tout espoir: j'allais m'entraîner seul deux-trois fois par jour, j'avais même trouvé un ballon dégonflé. J'étais certain que ça allait arriver, mais c'était très dur à vivre. Je n'avais pas un balle, il m'est arrivé de ne rien manger pendant plusieurs jours. Lors d'un test à Couillet, le coach m'a même invité dans sa pizzeria pour que j'aie quelque chose dans le ventre. " L'agent Romero trouve finalement une solution dans le sud du pays, à Bertrix. Le club accepte de l'affilier pour six mois en Promotion en lui refourguant un faux contrat de garçon au pair. " Mon but, c'était l'Europe. Et là, j'y étais. Je voulais tout faire pour y réussir et si un jour on me disait de rentrer chez moi pêcher, je l'aurais fait. " À la place, l'attaquant se marie, devient rapidement papa et se fait plein d'amis. Sa vie est désormais en Belgique. Il exècre cependant les longues journées à la maison à attendre l'entraînement du soir. Chez Rose, on lui conseille alors de se présenter auprès d'un jardinier de Bercheux. " J'ai débarqué là-bas avec mes cheveux jusqu'aux épaules en lui disant que je ne savais pas comment tenir une pelle. Mais que je voulais bien essayer. " L'entrepreneur est convaincu et l'embauche. Il ignore alors que ce grand mec souriant deviendra plus tard son successeur à la tête de la société de parcs et jardins. En parallèle, l'Argentin se familiarise difficilement au foot très physique de la Province de Luxembourg. " Je suis arrivé en hiver, j'ai eu beaucoup de mal à m'adapter au froid et à ces terrains en herbe. Au premier entraînement, j'avais de la boue jusqu'aux chevilles, je n'étais pas bien. " Forcément, il lui faut donc quelques mois pour commencer à faire la différence. Après Bertrix, il transite notamment par Bièvre, Givry et l'Argentine. À son retour en Belgique, c'est à nouveau le petit café de Rose qui trace sa destinée puisque ses amis l'y convainquent de signer au club du village, à Bercheux, en P2. " S'il y a bien quelque chose auquel j'ai directement accroché, c'est la troisième mi-temps. Avec ou sans bière, j'adore cette volonté de passer du temps ensemble, à parler de tout et de rien. En Argentine, qu'on soit professionnel ou amateur, ça n'existe pas: on s'en va dès la fin de l'entraînement ou du match. Ça m'a permis de créer de nombreuses amitiés. " À bientôt 37 ans, l'attaquant continue de tracasser les défenses de P1 avec Libramont. Plus de boire un coup chez Rose, en revanche: le café a fermé.