Eric Gerets n'est plus le dernier capitaine champion avec le Standard. Le successeur du barbu, Steven Defour, vient de connaître la plus belle semaine de sa vie : 20 ans le mardi et dimanche remise du Soulier d'Or des mains de Zinédine Zidane suivie d'un titre. Bombardé capitaine l'été dernier, Defour a vécu un parcours mouvementé, contrarié par trois blessures. Mais chaque fois qu'il était sur la pelouse, il a confirmé ce que beaucoup pensaient : il est probablement le plus élégant et le plus efficace des créatifs du championnat de Belgique. Il revient en détail sur son année très spéciale et le titre liégeois.
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Eric Gerets n'est plus le dernier capitaine champion avec le Standard. Le successeur du barbu, Steven Defour, vient de connaître la plus belle semaine de sa vie : 20 ans le mardi et dimanche remise du Soulier d'Or des mains de Zinédine Zidane suivie d'un titre. Bombardé capitaine l'été dernier, Defour a vécu un parcours mouvementé, contrarié par trois blessures. Mais chaque fois qu'il était sur la pelouse, il a confirmé ce que beaucoup pensaient : il est probablement le plus élégant et le plus efficace des créatifs du championnat de Belgique. Il revient en détail sur son année très spéciale et le titre liégeois. Steven Defour : Pas du tout. Je m'en foutais complètement d'être champion contre Anderlecht ou contre une équipe du bas de classement. Un titre, c'est un titre. Oui, cela aurait été beau. Mais je n'avais pas du tout envie de devoir attendre jusqu'à la dernière journée, avec tous les risques qu'il y aurait eu de se faire coiffer au dernier moment. La confiance était chez nous, plus que chez eux. Qui avait 7 points dans la vue alors qu'il n'en restait que 12 à prendre ? Et qui avait l'avantage de jouer à domicile ? Les Anderlechtois ont essayé de bluffer. Ils ont tenté de mettre la pression parce qu'ils savaient que pour eux, c'était déjà perdu ou presque. Nous savions que même une défaite n'allait pas nous priver du titre. Il y a deux Preud'homme : celui qui stresse énormément pendant les matches et celui qui garde son calme à l'entraînement, dans la préparation des rencontres et après le coup de sifflet final, il est tout ce qu'il y a de plus normal. Jacobs est différent, c'est vrai, mais chacun a sa personnalité. C'est normal : ils ont un noyau plus large et donc des joueurs plus frais. Nous avons joué à un haut niveau pendant les trois quarts de la saison alors qu'ils ont ramé pendant tout le premier tour. Et malgré notre groupe moins étoffé, nous avons continué à être performants depuis cinq ou six semaines, quand tout le monde parlait chaque week-end de match décisif pour le titre. Non, ça me faisait bien rigoler. Beaucoup de gens pensaient ou espéraient que ce club allait retomber dans ses travers, rater ses objectifs dans la dernière ligne droite comme il l'a fait plusieurs fois dans un passé récent. Mais chez nous, ces questions n'existaient pas. Tout le monde était très frais dans sa tête. Cette année, le Standard n'a jamais douté. Parfois, je ne comprenais pas comment il était possible d'accumuler autant de nuls, surtout cette petite dizaine de nuls blancs ! C'est surprenant parce que nous avons des attaquants qui marquent facilement. Dans la plupart de ces matches, nous avons eu beaucoup d'occasions mais nous n'avons pas su les mettre au fond. Je n'ai pas trop souffert moralement de mes deux déchirures à la cuisse. J'étais convaincu que je reviendrais plus fort, que je ne ressentirais plus rien dès que je reprendrais. Ce sont des pépins classiques qui font partie d'une carrière. J'ai eu plus de mal à accepter ma blessure à l'épaule car c'est un problème rare chez les footballeurs et ça guérit lentement. C'était la blessure de trop. J'ai repris le boulot en étant toujours blessé : je ne suis toujours pas à 100 %, je dois m'entraîner et jouer avec une attelle, je ne peux toujours pas respirer normalement, je ne sais pas si je devrai ou non être opéré. L'attelle me permet d'être mieux protégé mais me prive d'une certaine liberté de mouvement. Je ne fais pas une fixation sur mon épaule quand je suis sur le terrain, mais j'y pense quand même toujours un peu. Il y a en permanence, dans un coin de ma tête, la peur de la mauvaise chute qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Il est fort possible que mes blessures à la cuisse proviennent d'une surcharge. Le Standard, l'équipe nationale avec de longs voyages, c'est vrai que ça faisait beaucoup. On verra. Mais j'ai un peu peur quand on parle de jouer en championnat à Noël car ça ne fera qu'alourdir le programme. Il faudra absolument renforcer l'effectif en largeur s'il n'y a plus de trêve hivernale. Au moins, tout était clair : tout le monde a vu que ce n'était pas un seul joueur qui faisait tourner cette équipe. Notre noyau n'est pas aussi large que celui d'Anderlecht mais nous avions quand même de chouettes solutions de rechange. Chez nous, personne n'a douté quand je me suis déchiré la cuisse puis abîmé l'épaule. D'ailleurs, c'est révélateur de l'état d'esprit qui a régné dans notre vestiaire d'un bout à l'autre de la saison. C'est une arme supplémentaire quand une équipe est capable de varier ses systèmes. Il y avait une bonne solution de rechange quand j'étais blessé. J'adore répondre aux critiques. J'avais des objectifs, notamment liés à ce brassard, et je les ai atteints. Je suis content de ce que j'ai fait comme capitaine. J'ai surtout progressé en dehors du terrain en ayant plus de responsabilités. Je raisonne beaucoup plus en termes d'équipe. Et je suis devenu plus diplomate. J'ai dû prendre la parole deux ou trois fois avant des matches importants, et nous les avons tous bien gérés. 9 sur 10. Aucun. Ce n'est pas parce que je suis le capitaine que je suis le seul patron, le type qui donne continuellement des ordres à tout le monde. Officiellement, je suis capitaine, mais il y en a six dans le groupe : Onyewu, Igor de Camargo, Sarr, Siramana Dembélé, Dante Bonfim et moi. Je donnerais même une mention toute particulière à Dembélé : c'est à lui que je m'adresse quand j'ai des questions. Oui. Sans aucun doute. Notre victoire au Club Bruges en championnat et notre qualification en Coupe, à domicile contre le Cercle. C'étaient les moments les plus délicats. Notre succès au Club a provoqué une motivation exceptionnelle. Avant, tout le monde disait que les Brugeois étaient déjà champions. Nous avons gagné et nous sommes revenus plus forts de ce déplacement. Et avant le retour en Coupe, plus personne ne nous donnait la plus petite chance. Nous traversions soi-disant une période creuse, nous venions de faire des nuls à domicile contre La Gantoise et Roulers, il avait suffi de cela pour qu'on nous condamne. Il n'a fait que nous stimuler encore plus, c'est clair. Pas pour moi. Le titre est dans la poche, c'est parfait. Le reste... Il faut tout remettre dans le contexte : 1. nous n'avons pas joué avec notre meilleure équipe, 2. le match contre Anderlecht nous semblait 100 fois plus important, 3. c'était à Gand et pas chez nous. C'est au match aller que nous avons laissé filer la qualification pour la finale. Le lendemain du 4-0, Michel Preud'homme a dit ce qu'il avait à dire, mais il n'en a pas fait tout un foin : son discours n'a duré que 10 minutes. Tout le monde pensait déjà à Anderlecht. C'est dommage que ce match de Coupe soit tombé en plein milieu de notre semaine de vérité, mais il n'y avait pas d'autre choix : quelques titulaires avaient besoin de souffler. Si nous avions joué à notre niveau, nous aurions pu les mettre en difficulté, même avec notre équipe remaniée. Il aurait fallu tenir le 0-0 jusqu'à la mi-temps : les Gantois auraient alors douté et nous aurions essayé de marquer dès la reprise. Mais en scorant à la 45e minute, ils avaient fait le plus dur. C'est clair. On a bien vu quels problèmes nous avons rencontrés à Gand au niveau offensif. de Camargo était malade, Milan Jovanovic blessé, Dieumerci Mbokani suspendu : nous n'avions plus d'attaquants. En début de saison, nous avions deux cartouches en plus : Edouard Kabamba et Ali Lukunku. Mais le premier est blessé et le deuxième est parti en janvier. J'ai toujours dit que j'étais d'accord pour partager, pour contenter tout le monde. Mais il y a une chose importante qu'on ne peut pas oublier : c'est le Standard qui me paye, pas l'Union Belge. En plus, nous avons bossé comme des fous pendant une saison complète pour pouvoir participer aux tours préliminaires de la Ligue des Champions, puis on me priverait de la fête ? C'est clair que les Jeux peuvent être une superbe expérience, mais il n'y a pas que cela. Je me sens beaucoup moins concerné par les Espoirs que par le Standard car je n'ai joué qu'un seul match avec l'équipe qui ira aux Jeux. C'est vrai que ça doit être une expérience très spéciale, extraordinaire. Mais le timing n'est pas bon. Ce n'est pas moi qui vais dire aux Chinois ce qu'ils doivent faire. De toute façon, d'autres sportifs ont déjà donné leur avis, et qu'est-ce que ça a changé ? Milan veut partir. Mais presque tout le reste du noyau sera toujours ici la saison prochaine. Pour la Ligue des Champions, tout dépendra du tirage. De toute façon, il n'y aura pas de miracle : nous hériterons d'un gros morceau vu que le Standard ne sera pas tête de série. Sarr et Marouane Fellaini. A leurs postes, ils n'ont pas de concurrence dans le championnat de Belgique. Ils sont les deux joueurs phares de la saison. Fellaini est le futur Soulier d'Or, cela ne fait aucun doute. En attendant, il mérite déjà d'être Footballeur Pro de l'Année en mai. Au niveau du positionnement, il a encore marqué des points. Et il a appris à garder son calme. La saison dernière, il fallait encore qu'on se découvre, qu'il comprenne ce que j'étais capable de faire et vice-versa. Cette année, ça s'est encore beaucoup mieux passé. Je trouve que notre cohabitation est vraiment impressionnante. Ma zone d'influence, c'est l'axe de l'entrejeu. Je suis un distributeur et un créatif avant tout, pas un buteur ou un donneur de passes décisives. Je ne peux pas être partout. Dans les moments difficiles, quand il faut envoyer un médian au feu pour aider la ligne d'attaque, c'est Fellaini qui monte et je reste en retrait. Je suis productif d'une autre manière que via les buts ou les assists. Je me considère comme l'avant-dernier passeur de l'équipe. La dernière passe est plutôt réservée à Marouane, à Milan ou à Dieumerci. Le Standard n'a pas besoin de mes assists pour bien tourner. Evidemment, ça me ferait plaisir de pouvoir inscrire tel nombre de buts et tel nombre de passes décisives sur ma carte de visite, mais ce n'est pas l'essentiel. Mon pied gauche ? Tout va bien, il tient à la jambe. (Il se marre). C'est clair que je dois encore l'améliorer. C'était un de mes buts, en début de saison. Je l'ai déjà pas mal travaillé, puis j'ai dû arrêter de me concentrer là-dessus parce que j'avais d'autres missions plus urgentes : revenir dans le coup après mes blessures. (Il rigole). Tant mieux pour lui, mais qui est champion ? J'ai été plus décisif que lui, je suis sûr de ce que je dis. Je suis un des deux moteurs du Standard, avec Fellaini. Hassan a un autre rôle quand il est dans l'équipe d'Anderlecht. Je suis Defour et je joue au Standard. Lui, c'est Hassan et il joue à Anderlecht. A chacun sa carrière. Je n'ai pas du tout pensé à une quelconque rivalité avec Hassan en recevant mon trophée. Je n'avais pas à réagir. Je comprenais sa déception, je n'en ai pas fait tout un foin. Complètement. S'il y a bien une chose qui ne me préoccupe pas, c'est mon avenir à long terme. Mon prochain objectif est de réussir d'autres grands résultats avec le Standard. Encore au moins un titre avec ce club, puis il sera sans doute temps de penser à d'autres choses. Si je progresse, en tout cas, je ne resterai sûrement pas en Belgique jusqu'en 2013. On peut toujours s'améliorer. Maintenant, c'est clair que les possibilités de progrès sont moins élevées quand on évolue en Belgique que quand on joue à un bon niveau en Ligue des Champions ou quand on fait partie d'un club d'un meilleur championnat. Je suis en tout cas sûr d'une chose : pour jouer dans un championnat plus relevé, il faudra encore que je m'améliore physiquement. par pierre danvoye - photos: reporters