" Même s'il a déjà 85 ans, Vital Loraux n'a pas été oublié par les connaisseurs du football : cet arbitre carolo, c'était la classe mondiale. Comme mon ami Alex Ponnet, avec qui j'ai joué en Scolaires Provinciaux à Anderlecht, Loraux a changé d'aiguillage très jeune. Il a joué dans un club qui n'existe plus depuis longtemps (le Daring de Charleroi, repris par l'Olympic) avant d'être victime d'une blessure au genou : à 17 ans, ses rêves de joueur s'envolaient. Ce gentleman s'es...

" Même s'il a déjà 85 ans, Vital Loraux n'a pas été oublié par les connaisseurs du football : cet arbitre carolo, c'était la classe mondiale. Comme mon ami Alex Ponnet, avec qui j'ai joué en Scolaires Provinciaux à Anderlecht, Loraux a changé d'aiguillage très jeune. Il a joué dans un club qui n'existe plus depuis longtemps (le Daring de Charleroi, repris par l'Olympic) avant d'être victime d'une blessure au genou : à 17 ans, ses rêves de joueur s'envolaient. Ce gentleman s'est tourné progressivement vers l'arbitrage avant d'arriver en D1 en 1963. C'était Monsieur Sourire mais, attention, il vivait son arbitrage au coeur de l'action. Loraux dégageait une autorité naturelle renforcée par son intelligence et son sens du dialogue. Il connaissait la plupart des joueurs de l'élite par leur prénom. Vital maniait la carotte et le bâton pour que tout se passe le mieux possible. Je n'étais pas un technicien comme les Paul Van Himst, Pierre Hanon ou Jef Jurion et je me nourrissais de débordements, de travail, de vitesse, d'engagement. Quand je mettais trop la gomme, Loraux me mettait en garde : - Georges, mon garçon, maintenant ça suffit. Loraux comprenait et voyait tout. Enfin, presque tout. J'ai été exclu deux fois au cours de ma carrière. En 1968, j'ai été renvoyé au vestiaire par un arbitre tchèque Jozef Krnavek, après m'être frotté à Dragan Dzajic lors d'un Belgique-Yougoslavie (3-0). Loraux, lui, m'a montré du rouge à l'Antwerp : - Ce tacle était inadmissible, Georges. Or, je n'étais pas l'auteur de cette intervention fautive. Je le lui ai signalé poliment. Il ne changea pas de décision : -C'est rouge Georges, tu sors. Anderlecht démontra images à l'appui que je n'y étais pour rien et cela en resta là. J'en ai ri plus tard avec Loraux. Un arbitre peut aussi se tromper. Le Carolo était apprécié dans le monde entier et arbitra une collection de matches européens, de rencontres entre équipes nationales, etc. Il est le seul Belge qui a réussi son Mundial 70. Les Diables Rouges y sont passés lamentablement à côté de leur sujet, pas lui. Loraux a même été désigné arbitre réserve de la finale Brésil-Italie, il me semble. En quarts de finale, il avait arbitré avec doigté un Brésil-Pérou (4-2) disputé dans la fournaise à Guadalajara. L'ambiance était tendue entre les deux pays mais grâce à sa fermeté et à sa psychologie, ce fut un des plus grands matches de cette magnifique Coupe du Monde. Peléle félicita à la fin de la rencontre et lui donna l'accolade. Loraux affirme que c'est le plus beau souvenir de sa carrière : je peux le comprendre. " PIERRE BILIC