A l'exception de l'Euro 2000, lorsque la Squadra Azzurra avait réalisé un neuf sur neuf face à la Turquie, la Belgique et la Suède, les Italiens ont souvent commencé les grands tournois sur un mode mineur. Pour, parfois, les terminer en force et aller jusqu'au bout. On se souvient de la Coupe du Monde 1982, en Espagne, lorsque les Transalpins avaient péniblement réalisé trois partages dans leur groupe, pour finalement remporter le trophée.

Depuis hier soir, vous savez si l'histoire est susceptible de se répéter au Portugal... Mais rien n'était moins sûr. Dans le groupe C, considéré au départ comme le plus facile, l'Italie partait avec la cote du super favori. On a toutefois constaté qu'entre la théorie et la pratique, il y avait souvent de la marge. Les Azzurri ont entamé laborieusement la compétition par deux partages face aux Scandinaves : 0-0 contre le Danemark (premier partage face à cet adversaire après sept victoires et trois défaites) et 1-1 contre la Suède, ce qui les plaçait en position très inconfortable avant d'affronter la Bulgarie.

" Souvent, l'Italie a besoin d'une période de rodage lorsqu'elle aborde un grand tournoi ", relate le journaliste Giuseppe Siragusa, du Giornale de Sicilia. " Elle observe ses adversaires lors des premiers matches et est programmée pour monter en puissance en vue des quarts, demis ou finale. A priori, c'est une qualité, mais cela peut se révéler un jeu dangereux ".

Le premier match face au Danemark fut pauvre en émotions. " Le Danemark était la meilleure équipe en première mi-temps ", a reconnu le coach Giovanni Trapattoni, " mais la seconde fut pour nous. Notre niveau de jeu s'est amélioré et c'est la preuve que, physiquement, nous sommes au point. Nous devrions monter en puissance au fil du tournoi ".

Les Italiens avaient promis du football offensif. " Avec un tel potentiel offensif, ce serait bête de jouer avec le frein à main ", avait annoncé Christian Vieri. Dans ce domaine-là aussi, on a constaté qu'il y avait parfois loin de la coupe aux lèvres. Les intentions étaient là : les Italiens ont aligné de concert, dès le départ, Christian Vieri (en pointe), Alessandro Del Piero (décentré sur la gauche) et Francesco Totti (un peu plus en retrait), mais cela n'a pas permis d'exercer une pression intense. La faute à la chaleur, paraît-il. " Lorsqu'on joue à 17 heures, par des températures pareilles, il est impossible d'accélérer le rythme ", estimait Giovanni Trapattoni.

Effectivement, vendredi face à la Suède, on a vu une tout autre Italie. Obligée de gagner après la victoire du Danemark, une heure plus tôt face à la Bulgarie, la Squadra Azzurra se lança à l'offensive dès le coup d'envoi et pratiqua un jeu parfois brillant. Mais, chassez le naturel, il revient au galop. Après une heure de jeu, alors que son équipe menait 1-0, Giovanni Trapattoni crut bon d'assurer le résultat. Il retira successivement l'attaquant Antonio Cassano au profit du médian Stefano Fiore, puis le médian Gennaro Gattuso au profit du défenseur Giuseppe Favalli et enfin Alessandro Del Piero pour Mauro Camoranesi, moins offensif. Et il recueillit ce qu'il avait semé : une égalisation suédoise, flattée certes, mais réelle.

Le coach plaidait non coupable

" Ce n'était pas une volonté délibérée de reculer ", affirma après coup l'allenatore. Mes joueurs avaient beaucoup donné et étaient fatigués. Et puis, parfois, c'est la pression de l'adversaire qui vous force à reculer ".

L'habitude de calculer est pourtant bien réelle chez les Italiens. " Je suis convaincu que, si le Danemark et la Bulgarie avaient partagé l'enjeu dans le match précédent, Giovanni Trapattoni aurait adopté un dispositif plus prudent ", affirme Giuseppe Siragusa.

C'est après l'Euro 2000, qui valut la médaille d'argent aux Italiens, que Trapattoni prit le relais de Dino Zoff sur le petit banc. Il est entré en fonction le 6 juillet 2000 et coache la Squadra dans un deuxième grand tournoi d'affilée, après la Coupe du Monde 2002. C'est l'un des entraîneurs les plus titrés du monde, après avoir été un joueur d'exception. Né le 17 mars 1939 dans la région milanaise, il réalisa quasiment toute sa carrière en Série A sous le maillot de l'AC Milan : 274 matches de 1960 à 1972, avant de terminer par... dix matches avec Varèse. Après avoir remisé les chaussures à crampons, il prit en charge les équipes de jeunes de l'AC Milan et débuta en Série A au cours de la saison 73-74, lorsqu'il succéda à Cesare Maldini pour les six derniers matches. La saison suivante, il fut entraîneur adjoint, et il devint entraîneur principal en 1975. Il dirigea la Juventus de 1976 à 1986, puis l'Inter Milan de 1986 à 1991, avant de retourner à la Juventus. En 1994, il entama sa seule expérience à l'étranger : trois saisons au Bayern Munich, entrecoupées par une aventure malheureuse à Cagliari où il fut limogé après 21 journées en 95-96. De 1998 à 2000, ce fut la Fiorentina, avec laquelle il disputa la Ligue des Champions. Au total, son palmarès en Série A renseigne 689 matches (352 victoires, 210 partages et 127 défaites).

Trapattoni : " Mon objectif a toujours été d'obtenir des résultats, mais je me suis efforcé d'introduire des innovations dans le jeu de mon équipe. C'est parfois un risque : si l'on change et que l'on perd, on est viré. J'essaie d'effectuer des changements en douceur, de proposer plutôt que d'imposer. Je reste prudent, je ne joue pas un football à hauts risques, je ne mets jamais le résultat en danger. C'est toujours un risque calculé ".

Une explication qui ne convainc pas Giuseppe Siragusa : " Je trouve que c'est un entraîneur à l'ancienne, qui a peu évolué. Il est partisan d'une autogestion des joueurs. Il déclare parfois que ce n'est pas lui qui décide de la composition de l'équipe, mais ses joueurs. A quoi sert-il, alors ?". En Italie, les critiques ont été vives. " On lui a difficilement pardonné le fait qu'il soit resté en place après une Coupe du Monde 2002 décevante. Les entraîneurs, après un échec, paient habituellement le prix. Même Dino Zoff, après la finale de l'Euro 2000 qu'il avait perdue aux prolongations, a démissionné. Pas Giovanni Trapattoni, malgré l'élimination face à la Corée ".

Peut-on comparer cette équipe italienne-ci avec ses devancières ? Siragusa : " Elle dispose de quelques grands champions. Le problème, c'est que le jeu qu'elle développe ne correspond nullement au talent qu'elle recèle ". n

Daniel Devos, envoyé spécial au Portugal

A l'exception de l'Euro 2000, lorsque la Squadra Azzurra avait réalisé un neuf sur neuf face à la Turquie, la Belgique et la Suède, les Italiens ont souvent commencé les grands tournois sur un mode mineur. Pour, parfois, les terminer en force et aller jusqu'au bout. On se souvient de la Coupe du Monde 1982, en Espagne, lorsque les Transalpins avaient péniblement réalisé trois partages dans leur groupe, pour finalement remporter le trophée. Depuis hier soir, vous savez si l'histoire est susceptible de se répéter au Portugal... Mais rien n'était moins sûr. Dans le groupe C, considéré au départ comme le plus facile, l'Italie partait avec la cote du super favori. On a toutefois constaté qu'entre la théorie et la pratique, il y avait souvent de la marge. Les Azzurri ont entamé laborieusement la compétition par deux partages face aux Scandinaves : 0-0 contre le Danemark (premier partage face à cet adversaire après sept victoires et trois défaites) et 1-1 contre la Suède, ce qui les plaçait en position très inconfortable avant d'affronter la Bulgarie. " Souvent, l'Italie a besoin d'une période de rodage lorsqu'elle aborde un grand tournoi ", relate le journaliste Giuseppe Siragusa, du Giornale de Sicilia. " Elle observe ses adversaires lors des premiers matches et est programmée pour monter en puissance en vue des quarts, demis ou finale. A priori, c'est une qualité, mais cela peut se révéler un jeu dangereux ". Le premier match face au Danemark fut pauvre en émotions. " Le Danemark était la meilleure équipe en première mi-temps ", a reconnu le coach Giovanni Trapattoni, " mais la seconde fut pour nous. Notre niveau de jeu s'est amélioré et c'est la preuve que, physiquement, nous sommes au point. Nous devrions monter en puissance au fil du tournoi ". Les Italiens avaient promis du football offensif. " Avec un tel potentiel offensif, ce serait bête de jouer avec le frein à main ", avait annoncé Christian Vieri. Dans ce domaine-là aussi, on a constaté qu'il y avait parfois loin de la coupe aux lèvres. Les intentions étaient là : les Italiens ont aligné de concert, dès le départ, Christian Vieri (en pointe), Alessandro Del Piero (décentré sur la gauche) et Francesco Totti (un peu plus en retrait), mais cela n'a pas permis d'exercer une pression intense. La faute à la chaleur, paraît-il. " Lorsqu'on joue à 17 heures, par des températures pareilles, il est impossible d'accélérer le rythme ", estimait Giovanni Trapattoni. Effectivement, vendredi face à la Suède, on a vu une tout autre Italie. Obligée de gagner après la victoire du Danemark, une heure plus tôt face à la Bulgarie, la Squadra Azzurra se lança à l'offensive dès le coup d'envoi et pratiqua un jeu parfois brillant. Mais, chassez le naturel, il revient au galop. Après une heure de jeu, alors que son équipe menait 1-0, Giovanni Trapattoni crut bon d'assurer le résultat. Il retira successivement l'attaquant Antonio Cassano au profit du médian Stefano Fiore, puis le médian Gennaro Gattuso au profit du défenseur Giuseppe Favalli et enfin Alessandro Del Piero pour Mauro Camoranesi, moins offensif. Et il recueillit ce qu'il avait semé : une égalisation suédoise, flattée certes, mais réelle. " Ce n'était pas une volonté délibérée de reculer ", affirma après coup l'allenatore. Mes joueurs avaient beaucoup donné et étaient fatigués. Et puis, parfois, c'est la pression de l'adversaire qui vous force à reculer ". L'habitude de calculer est pourtant bien réelle chez les Italiens. " Je suis convaincu que, si le Danemark et la Bulgarie avaient partagé l'enjeu dans le match précédent, Giovanni Trapattoni aurait adopté un dispositif plus prudent ", affirme Giuseppe Siragusa. C'est après l'Euro 2000, qui valut la médaille d'argent aux Italiens, que Trapattoni prit le relais de Dino Zoff sur le petit banc. Il est entré en fonction le 6 juillet 2000 et coache la Squadra dans un deuxième grand tournoi d'affilée, après la Coupe du Monde 2002. C'est l'un des entraîneurs les plus titrés du monde, après avoir été un joueur d'exception. Né le 17 mars 1939 dans la région milanaise, il réalisa quasiment toute sa carrière en Série A sous le maillot de l'AC Milan : 274 matches de 1960 à 1972, avant de terminer par... dix matches avec Varèse. Après avoir remisé les chaussures à crampons, il prit en charge les équipes de jeunes de l'AC Milan et débuta en Série A au cours de la saison 73-74, lorsqu'il succéda à Cesare Maldini pour les six derniers matches. La saison suivante, il fut entraîneur adjoint, et il devint entraîneur principal en 1975. Il dirigea la Juventus de 1976 à 1986, puis l'Inter Milan de 1986 à 1991, avant de retourner à la Juventus. En 1994, il entama sa seule expérience à l'étranger : trois saisons au Bayern Munich, entrecoupées par une aventure malheureuse à Cagliari où il fut limogé après 21 journées en 95-96. De 1998 à 2000, ce fut la Fiorentina, avec laquelle il disputa la Ligue des Champions. Au total, son palmarès en Série A renseigne 689 matches (352 victoires, 210 partages et 127 défaites). Trapattoni : " Mon objectif a toujours été d'obtenir des résultats, mais je me suis efforcé d'introduire des innovations dans le jeu de mon équipe. C'est parfois un risque : si l'on change et que l'on perd, on est viré. J'essaie d'effectuer des changements en douceur, de proposer plutôt que d'imposer. Je reste prudent, je ne joue pas un football à hauts risques, je ne mets jamais le résultat en danger. C'est toujours un risque calculé ". Une explication qui ne convainc pas Giuseppe Siragusa : " Je trouve que c'est un entraîneur à l'ancienne, qui a peu évolué. Il est partisan d'une autogestion des joueurs. Il déclare parfois que ce n'est pas lui qui décide de la composition de l'équipe, mais ses joueurs. A quoi sert-il, alors ?". En Italie, les critiques ont été vives. " On lui a difficilement pardonné le fait qu'il soit resté en place après une Coupe du Monde 2002 décevante. Les entraîneurs, après un échec, paient habituellement le prix. Même Dino Zoff, après la finale de l'Euro 2000 qu'il avait perdue aux prolongations, a démissionné. Pas Giovanni Trapattoni, malgré l'élimination face à la Corée ". Peut-on comparer cette équipe italienne-ci avec ses devancières ? Siragusa : " Elle dispose de quelques grands champions. Le problème, c'est que le jeu qu'elle développe ne correspond nullement au talent qu'elle recèle ". n Daniel Devos, envoyé spécial au Portugal