Des larmes ont coulé sur les joues lors de la cérémonie de remise du Soulier d'Or, à Ostende. La chaîne de télévision flamande VTM, qui retransmettait l'événement en exclusivité, avait mis les petits plats dans les grands. C'est avec émotion qu'on a pu découvrir des reportages consacrés aux proches d'Ahmed Hassan, de Lucas Biglia, de Marouane Fellaini et de Steven Defour. La famille peut être le socle de la réussite d'un champion sportif. Mais il y a parfois des cassures et des ruptures qui font très mal sur la route du succès. Justine Henin en sait quelque chose, Steven Defour aussi. Si la Dame de Rochefort a cicatrisé ses plaies, il n'en va pas encore de même pour le nouveau Soulier d'or et capitaine du Standard.
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Des larmes ont coulé sur les joues lors de la cérémonie de remise du Soulier d'Or, à Ostende. La chaîne de télévision flamande VTM, qui retransmettait l'événement en exclusivité, avait mis les petits plats dans les grands. C'est avec émotion qu'on a pu découvrir des reportages consacrés aux proches d'Ahmed Hassan, de Lucas Biglia, de Marouane Fellaini et de Steven Defour. La famille peut être le socle de la réussite d'un champion sportif. Mais il y a parfois des cassures et des ruptures qui font très mal sur la route du succès. Justine Henin en sait quelque chose, Steven Defour aussi. Si la Dame de Rochefort a cicatrisé ses plaies, il n'en va pas encore de même pour le nouveau Soulier d'or et capitaine du Standard. Il avait sept ans quand ses parents se sont séparés. A 13 ans, Defour était à l'internat. Douze mois plus tard, il faisait la connaissance d'une famille d'accueil à Genk. Il l'a parfois dit : la chaleur d'un foyer familial lui a manqué mais cela a forgé son caractère. Durant ces moments difficiles et de solitude, il a fait la connaissance de sa compagne, Irène Mbisdikis. Ce fut l'éclaircie, la rencontre de l'amour, de la compréhension, de la chaleur, du soutien, de la solidarité, de la présence des Mbisdikis autour de lui. Quand il exprima l'intention de quitter Genk, ce fut l'enfer. Sa voiture fut incendiée près du domicile de la maison des parents d'Irène. Mais c'est la rupture avec sa maman qui défraya ensuite la chronique. " Elle a noirci Irène et sa famille, ces gens qui m'ont tant aidé ", a-t-il déclaré un jour à la presse. " Et, cela, je ne pouvais pas l'accepter. La rupture était inévitable. Ce fut une décision difficile à prendre mais je ne pouvais pas faire autrement ". Son père était influencé par des racontars et autres bobards se répandant à Genk à propos des soi-disant excès de son fils, des " sombres mafias " dictant ses choix de carrière, etc. Il a pardonné à son père qui lui téléphone dix fois par jour, pas encore à sa maman. Cela pourrait prendre encore un peu de temps. Une réconciliation n'est pas certaine même si sa maman lui a envoyé un SMS de félicitations après son sacre au Soulier d'Or : " Oui, ce message et celui de mon père m'ont fait plaisir. Avec ma mère, cela s'arrangera peut-être un jour. Le contact est rétabli. Mais je préfère ne pas évoquer ces problèmes. Le passé, c'est le passé. Aujourd'hui, tout le monde est heureux, c'est bien ainsi... "A 19 ans, ce petit bout d'homme en or a épaté tout le monde par sa sincérité, son charisme, son intelligence et sa classe. Jeudi passé, devant la presse réunie à l'Académie Robert Louis-Dreyfus, il rayonnait de simplicité. Jacques Defour, son père, aurait été heureux de le voir, rassuré et sympa, face à la meute des journalistes. Son fils fait sa fierté, même si leurs relations ont parfois été tendues ces dernières années. Jacques Defour : Steven appréciait l'école. Lydia Frix, sa belle-mère : Il n'était certainement pas un enfant difficile. Jacques : Quand il rentrait, nous lui demandions s'il avait des devoirs. Il répondait : -Oui, mais je les ai déjà faits. Il s'emparait d'un ballon et allait jouer dehors. Lydia : J'ai toujours veillé à ce que les enfants fassent d'abord leurs devoirs. Ensuite, ils étaient libres de jouer aussi longtemps qu'ils le voulaient. Steven avait sept ans quand j'ai rejoint sa famille. Nous avons laissé les choses suivre leur cours, sans les forcer. Lydia : Très bien. Le dimanche qui a suivi mon arrivée, nous sommes allés à Vilvorde. Jacques y jouait en Vétérans et les deux petits nous accompagnaient. Steven bougeait tout le temps, allait voir le match de près, de temps en temps, mais il revenait aussi souvent à côté de moi. Sa s£ur est restée avec moi tout le temps. Nous n'avons jamais eu de problèmes. J'ai peut-être eu le mauvais rôle car je refusais par exemple qu'ils mangent des granulés de chocolat. Je voulais qu'ils aient un petit-déjeuner sain... Jacques : Oui, jusqu'à mon premier infarctus, au marché de Vilvorde. Je me sentais mal. Un moment donné, je ne pouvais plus tenir mes mains en l'air. C'était en 1995. Lydia : Plutôt en 1994, puisque j'avais emménagé une semaine auparavant. Jacques : J'ai débuté à Schaerbeek. J'ai rejoint Anderlecht en Scolaires. Gille Van Binst et Werner Deraeve étaient mes coéquipiers. Il y avait aussi Johnny Velkeneers. L'aventure a duré deux ou trois ans. Je n'étais pas assez sérieux. Le football était un jeu, pour moi. J'ai été transféré au Crossing. Je me suis déchiré les ligaments croisés dans un match avec les Juniors. A l'époque, cette blessure signifiait la fin d'une carrière... Jacques : Pas plus que moi il ne supporte la défaite. Il l'avoue, d'ailleurs : il est de mauvaise humeur quand il perd. J'avais un bon bagage technique mais Steven me surpasse. Il est aussi beaucoup plus rapide que moi. Actuellement, les jeunes footballeurs s'entraînent quatre fois par semaine. Jacques : Un jour, Steven a déclaré qu'il voulait s'entraîner à Hombeek. C'était spontané. Je ne lui ai jamais posé de questions. Je ne savais même pas où se trouvait le terrain. Des copains y jouaient. Dans l'auto, je l'ai prévenu : s'il commençait, il devrait persévérer. Il s'est exécuté. Je pense qu'il n'a jamais raté un entraînement. Nous n'habitions pas loin d'un petit terrain équipé de deux buts. Les jeunes du quartier y jouaient, petits et grands. Ceux-ci défiaient Steven : -Essaie ça et ça. Je lui ai dit que son pied gauche était faible. Il a commencé à l'exercer contre un mur. Lydia : Steven a passé une mauvaise année, là ! L'entraînement ne s'arrêtait pas au club, si vous voyez ce que je veux dire. Ce n'était agréable ni pour Steven ni pour le reste de la famille. Jacques : Il était un des meilleurs mais je ne le lui ai jamais dit. Au contraire, j'étais sévère, même si les remarques des gens m'emplissaient de fierté. Il pleurait parfois quand je le remplaçais. Jacques : Il a effectué des tests au Lierse et à Malines, du temps de Frankie Vercauteren. A Anderlecht aussi mais il m'a dit : -Je ne reviens plus ici. Ils ne parlent pas néerlandais. De fait, l'entraîneur s'était constamment exprimé en français. Lydia : Steven restait en retrait, ce qui n'était pas dans ses habitudes. Mon franc est tombé. Il avait sept ou huit ans seulement. Il ne comprenait que oui et non. Jacques : Quand Anderlecht a compris que Malines allait faire faillite, il a multiplié les coups de fil, pour savoir si Steven ne voulait pas les rejoindre. J'ai répondu que la décision lui revenait mais je pensais bien que ce serait non. Le responsable du scouting a vérifié ce qui s'était passé lors du test mais c'était trop tard : Steven ne voulait plus mettre un pied à Anderlecht. Lydia : Son transfert à Malines ne s'est pas fait en un jour. Vercauteren avait téléphoné quand il avait sept ans mais il était encore trop jeune. Jacques : A neuf ans, après un match à Heffen, il m'a déclaré : -Jen'apprends rien ici. Je veux aller à Malines. Il n'avait encore joué que trois matches avec Hombeek. Jacques : Pour le Lierse, oui. Lydia : Vercauteren avait aussi évoqué sa petite taille dans son évaluation. Jacques : En effet. Mais où sont les footballeurs qui affrontaient jadis Steven ? Lydia : Il faut leur laisser le temps de grandir. De toute façon, des joueurs de petite taille ont réussi. Jacques : Van Moer, Ronaldinho... Lydia : Gerd Müller. Les entraîneurs connaissent mieux le football que moi mais cet argument me paraissait faible. Jacques : Steven ne jouait pas au numéro dix comme maintenant mais plutôt au sept, sur le flanc droit. Il a changé de position l'année de la faillite de Malines. Jacques : Il était obligé de jouer dans un club de D1 pour rester dans son école de sport de haut niveau. Il fréquentait un établissement de Louvain et effectuait les navettes à Malines en bus. Ensuite, quelqu'un est venu le chercher à l'école pour le conduire à Genk. Tant qu'il s'entraînait le soir, ce n'était pas un problème. Puis Ronny Van Geneugden l'a repris en Espoirs. Ceux-ci s'entraînaient deux fois par jour. Le Racing nous a téléphoné pour expliquer qu'il serait préférable que Steven fréquente une école à Genk, pour s'éviter la fatigue des déplacements. Je travaillais encore à temps plein et ne me voyais pas aller tous les jours à Genk. Le club a proposé de le placer dans une famille d'accueil. Lydia : Nous avons laissé le choix à Steven. Quand il a parlé de Genk, j'ai eu un frisson, à cause de la distance. Anderlecht, le Lierse, le Beerschot étaient plus proches. Steven n'avait que 15 ans. Sans cette faillite, il n'aurait jamais quitté les équipes d'âge de Malines. Cela a bouleversé notre vie. Jacques : Je continue à suivre Malines. Steve, le petit ami de notre fille, y joue aussi. Alors qu'il n'a que 16 ans, il joue déjà en -19 ans. Il a du talent mais n'affiche pas le même caractère que Steven à son âge. Jacques : Il sait ce qu'il veut. Lydia : Et quand il veut quelque chose, il l'obtient. Le tatouage de son bras n'est pas là par hasard. Jacques : Il est ainsi fait. Il commence déjà à parler de départ l'année prochaine. J'espère que non. Amsterdam, ça irait encore mais... Lydia : Madrid est loin ! Jacques : Je n'irais pas toutes les semaines. Jacques : Il revenait ici le samedi soir après son match et il repartait le dimanche soir. Parfois, il demandait la permission de rester à Genk, quand un copain organisait une fête. Lorsqu'il a fait la connaissance de son amie, il n'a plus voulu revenir. Il a mené sa propre vie à un âge très tendre. Lydia : J'en ai discuté avec d'autres mères. Moi-même, j'ai vécu en internat. Je savais donc que nous l'avions perdu. Nous n'avions plus de contrôle. Nous demandions comment ça allait mais il répondait toujours : -Bien. Puis un jour, on reçoit une lettre ou on apprend des choses lors d'une réunion de parents à l'école. Là, on a des regrets. Jacques : N'en parlons pas, nous avons eu assez de discussions comme ça. Restons-en au football car nos liens sont encore fragiles. Disons que maintenant, Steven et moi nous nous comprenons. La formation de Genk est très bonne. Van Geneugden est très exigeant. En peu de temps, Steven a progressé de 20 %. Le reste lui vient d'un entraîneur de Malines, Vinnie Stevens, sans oublier les séances individuelles que lui dispensait de temps en temps Zivica Kanacki là-bas aussi. Jacques : Sa technique. Il joue en un temps, il recherche toujours la solution la plus simple, sans tenter de dribbler six hommes. Il préfère une passe qui arrive à un dribble. Sa technique est comparable à celle de Wilfried Van Moer mais je pense que la vitesse d'exécution de Steven est supérieure. Jacques : Parler... Après un match au Standard, je le vois dix minutes au foyer des joueurs. Je n'aime pas rester trop tard. De retour à la maison, je lui téléphone parfois pour lui dire ce que je pense de son match mais ce n'est pas un must. J'aimerais aller boire un verre avec lui mais il a peu de temps. Il est très demandé et il essaie aussi de se reposer. L'essentiel est qu'il soit heureux. Jacques : Non. Il a atteint ce que j'espérais. Il joue à un trop haut niveau pour que je le critique. C'est Michel Preud'homme qu'il doit écouter, désormais. Jacques : Non. J'en ai été supporter car c'est un club fantastique mais je n'ai pas apprécié la manière dont le transfert s'est déroulé et pour être franc, j'ai eu peur. Le Standard alignait de vieux renards, comme Rapaic, Conceiçao, Sa Pinto. Comment Steven allait-il être accueilli ? Ses débuts ont été durs. Il a fait banquette lors des trois premiers matches de Preud'homme. Ensuite, il a montré ce qu'il valait et bouté Rapaic hors de l'équipe. Et puis Conceiçao a déclaré que Steven mérite le brassard... N'oubliez pas qu'il n'a encore que 19 ans. J'espère qu'il va continuer sur sa lancée. Tout peut basculer tellement vite... Je pense à une blessure car les huées ne désarçonnent pas Steven. Au contraire, la provocation lui donne des ailes. Lydia : Il était dominant, même si sa s£ur ne se laissait pas faire. Jacques : Ils étaient comme chien et chat. Maintenant, ils s'entendent bien. Jessie est fière de son frère. Lydia : Si Steven s'était mis en tête que le living devait être peint en bleu avec des fleurs orange... Jacques : Il insistait jusqu'à ce qu'il obtienne satisfaction. Lydia : Fais ci, fais ça. Il commandait sa s£ur. Il jouait au chef. Nous n'avions qu'un poste de télévision. Quand Steven voulait voir un programme, c'était celui-là, même si sa s£ur appuyait vingt fois sur une autre touche. Pareil avec l'ordinateur. Jacques : Il vivait déjà pour le football. C'est pour ça que je suis si heureux qu'il en soit arrivé là. Nous l'avons aidé mais c'est lui qui a joué. Lydia : Nous avons quand même dû nous effacer. Quand je repense à notre organisation... Aller chercher Steven, le conduire, Jessie qui devait nous accompagner, étant trop jeune pour rester seule. Puis courir à la gare chercher Jacques, retourner préparer le repas, puis aller rechercher Steven à l'entraînement. Jessie s'est plainte, estimant que tout tournait autour de Steven. C'était plutôt autour du football. Nous avons déménagé à Malines pour qu'il puisse aller en vélo au club. Jacques : J'ai dû faire des heures supplémentaires pour tout payer : l'essence, les chaussures de football, l'abonnement, l'école de sport de haut niveau. Mais je sais maintenant que je n'ai pas fait ces sacrifices pour rien. Jacques : Aujourd'hui, Steven déclare toujours dans des interviews : - Je m'en vais quand je n'apprends plus rien. Sportivement, il a de quoi être heureux : il est capitaine du Standard, presque indispensable à l'équipe nationale, Soulier d'Or... Qu'espérer de plus à 19 ans ? Je pensais à l'Ajax et il rêve du Real. Il en est fou depuis qu'il a commencé à shooter dans un ballon. Les gens le savaient et lui offraient parfois un maillot ou un essuie du Real. Lydia : J'ai conservé une rédaction écrite en cinquième primaire. Le thème était : " Que veux-tu devenir ?" Footballeur professionnel, a-t-il écrit. " Les belles filles, les belles autos... " Jacques : Chapeau pour ce qu'il a accompli ! par peter t'kint et pierre bilic - photos: reporters/ mossiat