Ce n'est pas un hasard si Miguel Indurain, son idole de jeunesse, a envoyé ses félicitations à Bradley Wiggins : celui-ci a gagné le Tour à la Indurain, en pulvérisant ses adversaires dans les contre-la-montre et en contrôlant les cols, avec l'aide de valets de haut rang tels Edvald Boasson Hagen, Richie Porte et Michael Rogers. L'équipe s'est exercée à Ténériffe et au Dauphiné à rouler en montagne comme si elle disputait un contre-la-montre par équipes, à 400, voire 450 watts. Elle a imposé sa cadence dès le premier col, pour ôter toute envie d'attaquer aux autres et les étouffer.
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Ce n'est pas un hasard si Miguel Indurain, son idole de jeunesse, a envoyé ses félicitations à Bradley Wiggins : celui-ci a gagné le Tour à la Indurain, en pulvérisant ses adversaires dans les contre-la-montre et en contrôlant les cols, avec l'aide de valets de haut rang tels Edvald Boasson Hagen, Richie Porte et Michael Rogers. L'équipe s'est exercée à Ténériffe et au Dauphiné à rouler en montagne comme si elle disputait un contre-la-montre par équipes, à 400, voire 450 watts. Elle a imposé sa cadence dès le premier col, pour ôter toute envie d'attaquer aux autres et les étouffer. Les étapes plates vers Pau ( Pierrick Fedrigo) et Brive-la-Gaillarde ( Mark Cavendish) ont donc été plus attractives que les rares étapes de montagne, où Vincenzo Nibali et Jurgen Van den Broek ne sont pas parvenus à déstabiliser le train Sky. Hormis à La Toussuire, jamais Wiggins n'a perdu de temps en montagne, même s'il ne s'est pas distingué. Seul Chris Froome a éveillé le sentiment que son leader n'était pas invincible, même si nous ne saurons jamais quel avantage il aurait pu prendre sur lui grâce à ses accélérations. Ses demi-attaques et ses gestes théâtraux ont en tout cas mis un peu d'animation dans les étapes de montagne. Pour conférer un visage humain à la machine bien huilée de Sky, l'équipe aurait dû lui accorder sa liberté à Peyragudes, quand le maillot jaune n'était plus en danger. Cependant, ni les réticences de Froome ni les tweets de sa copine n'ont entamé l'amitié entretenue pendant des semaines de stage. Sky n'a jamais dérogé à son plan minutieux. A leur retour dans le bus, les coureurs recevaient un aperçu de leur wattage. En hiver, on a mesuré leur transpiration dans une cabine spéciale. Mesurer, c'est savoir. Cela va attrister les romantiques mais c'est le cyclisme de l'avenir. Dave Brailsford, le patron de Sky, ne cesse d'innover. " Vingt fois 0,1 %, ça fait 2 %. " Il cherche des idées dans tous les sports. L'argent n'est pas tout : c'est lui qui a imaginé faire pédaler ses coureurs sur des home-trainers pendant une heure, après la course, pour stimuler leur récupération. Wiggins n'est pas un petit vainqueur : ces dernières années, combien de coureurs se sont adjugé Paris-Nice, le Tour de Romandie et le Dauphiné avant de triompher au Tour ? Ancien alcoolique, il s'est écarté de la piste, il a surmonté ses échecs aux tours 2010 et 2011 et a mené une vie de moine. Maladroit face aux insinuations de dopage, il s'est ressaisi dans une superbe lettre ouverte. Sky a, avant même le Tour, montré à Christian Prudhomme toutes les données médicales et sportives de Wiggins, pour le convaincre de sa propreté. Reste une question : qu'adviendra-t-il de Chris Froome au prochain Tour ? Le natif du Kenya, leader de la prochaine Vuelta, a déjà déclaré que le profil du Tour suivant lui convenait mieux qu'à Wiggins, car il compte moins de contre-la-montre et plus d'arrivées en montagne. Wiggins a aussi affirmé qu'il aiderait un jour ses coéquipiers à s'imposer. Un jour car s'il n'est pas blessé ou en méforme l'année prochaine, il y a peu de chances qu'il se coule dans le rôle d'un valet. Triple champion olympique, premier vainqueur britannique du Tour et certainement anobli dans les mois à venir, Wiggins est commercialement plus intéressant que Froome. Allez expliquer aux Britanniques, patriotes mais peu férus de cyclisme, que le tenant du Tour va sacrifier ses chances pour un Africain blanc... Froome peut tout au plus espérer que Wiggins s'effondre et puisse reprendre le flambeau. Ou alors, il doit rompre son contrat de trois ans et partir. Les intéressés à gros capital ne manquent pas. Brailsford l'a répété : " Celui qui pense ne pas pouvoir réaliser ses ambitions chez Sky doit aller ailleurs. " D'autre part, Sky sait que s'il laisse partir Froome, Wiggins sera flanqué d'un rival de gabarit, en plus d' Alberto Contador et d' Andy Schleck. Reste à voir comment il presterait s'il devait porter seul le poids de son équipe et la pression médiatique. Mais, pour l'intérêt de la prochaine édition, on espère que Froome va prendre ce risque... JONAS CRETEUR