Il y a un air d'Otis Reding dans la carrière de Marco Ingrao. Comme le chanteur soul, le Standardman a atteint des sommets intéressants avant de s'effacer brutalement. Il y a 40 ans exactement, le 10 décembre 1967, quelques jours après avoir enregistré son plus grand succès, Sittin' on the Dock of the Bay, le génie de Géorgie à la voix mélancolique s'abîmait à bord de son avion dans les eaux d'un lac du Wisconsin.
...

Il y a un air d'Otis Reding dans la carrière de Marco Ingrao. Comme le chanteur soul, le Standardman a atteint des sommets intéressants avant de s'effacer brutalement. Il y a 40 ans exactement, le 10 décembre 1967, quelques jours après avoir enregistré son plus grand succès, Sittin' on the Dock of the Bay, le génie de Géorgie à la voix mélancolique s'abîmait à bord de son avion dans les eaux d'un lac du Wisconsin. Après son Dock of the bay à lui (une belle moisson de succès à Genk), Ingrao a égaré le plan de vol de sa carrière. Il a traversé des orages et s'est posé mille questions à Mons, à Vicenza en Série B italienne et au Lierse. Ce magnifique pied gauche de 25 ans avait sorti ses plus beaux centres face au Real Madrid, en Ligue des Champions, et il se retrouvait dans un pot de choco à Mons, dans les caves du football de son pays natal et au c£ur de l'effectif d'un Lierse tellement malade qu'il ne fut pas capable d'éviter la chute en D2 à la fin de la saison passée. Le ciel et puis l'enfer. L'espoir justifié de vivre une belle carrière et puis les galères. C'était en quelque sorte : So I'm just go sit on the dock of the bay. Watching the tide roll away... La marée l'a heureusement emmené vers de nouveaux rivages enthousiasmants. Cela lui a donné la force de surmonter un drame. Il y a quelques semaines, sa maman, Giuseppa, succombait suite à une crise d'asthme. Bien soutenu par Michel Preud'homme et tout le club, Ingrao eut le courage de monter au jeu contre le KVSK United en Coupe de Belgique. C'était la meilleure façon de souligner la solidité de sa motivation tout en rendant hommage à un être cher, à toute une famille venue de la magnifique région d'Agrigente, en Sicile. Marco Ingrao : J'adore évidemment cette région splendide. Ma famille a ses racines à San Leone exactement. Là-bas, c'est la mer, le soleil, etc. J'ai opté pour la nationalité belge en 2002 et cela m'avait permis de jouer avec l'équipe nationale Espoirs. La fédération m'avait déjà appelé à rejoindre les sélections nationales des - 16 et des - 17 ans mais j'étais encore italien. Je n'avais que trois ans quand ma mère et mon père ont décidé de se fixer en Belgique. Il le fallait afin de dessiner un avenir pour la famille. J'ai quatre frères : Enzo, Pietro, Lucio et Michele. Mon père, Antonio, a nourri sa famille en exerçant le métier de maçon. Il est pensionné maintenant. J'ai tenté ma chance en Italie, après mon aventure à Mons, et même si j'ai été ému en arrivant à Vicenza, le retour en Belgique fut très important pour ma famille et moi. Plus tard, on verra s'il me sera possible de tenter une deuxième fois ma chance en Italie dans de meilleures conditions. Mais n'oublions pas que pour un Liégeois, revêtir le maillot du Standard, c'est la réalisation d'un rêve. Quand j'ai signé à Sclessin, j'ai été envahi par un grand sentiment de fierté. Mon père habite à Rocourt où j'ai grandi. Le Standard est le club phare de notre région. En équipe de jeunes, j'ai joué au FC Liège et au RTFC Liège avant que Genk ne vienne me chercher en 1999. C'est déjà loin... Ce fut en tout cas une étape, un encouragement, la preuve que j'étais sur le bon chemin tout en étant très lucide. J'avance mais il y a encore du boulot. Avant tout, il y a eu la qualité de l'accueil qui m'a été réservé. Mon nom avait circulé quelques semaines avant la signature de mon contrat. Mon agent, Paul Stefani, m'en avait parlé mais cela traîna un peu. Je n'y croyais plus quand tout se débloqua. J'ai un accord jusqu'en fin de saison avec une option pour une saison de plus. La balle est dans mon camp. Je sais que tout dépend de moi, de mon envie, de mon travail. Je n'ai que 25 ans et j'ai l'intention de retrouver le goût du succès. J'ai été sacré champion de Belgique avec Genk. J'y ai également remporté une Coupe de Belgique et découvert l'ambiance de la Ligue des Champions. Or, le Standard actuel est bien plus fort que le Genk de la belle époque. Contre Charleroi, j'ai fait mon boulot. Je ne me suis pas posé ces questions. Quand un joueur débarque au Standard, il sait que la concurrence est forcément importante. A 25 ans, je connais le football, ses joies et ses problèmes. Il y a beaucoup de fragilités et d'imprévus dans la carrière d'un joueur et une seule chose compte : le travail. Je voulais bosser dans un club doté d'un projet. C'est le cas au Standard et quand tout le groupe adhère au même plan, tout le monde avance. A gauche, il y a du beau monde, c'est certain. Il est possible que le Standard a songé plus spécialement à moi après la blessure de Landry Mulemo. Je ne sais pas mais, de mon côté, il y a Dante, Mulemo, Toama, parfois Witsel ou même Jovanovic qui joue bien sûr plus haut. Moi, que ce soit derrière, ou dans la ligne médiane, je peux apporter ce que je sais, ma polyvalence, et ma spécialité, je crois : mes centres. Je suis là pour rendre service où que ce soit. Je me suis bien amusé contre les Zèbres, c'est certain. Mais j'ai cerné aussi ce qui ne fut pas parfait. J'ai été à la base du deuxième but d'Igor de Camargo et c'était chouette d'avoir été au bout de mon effort, dans le rectangle des Carolos avant de centrer en retrait. Mais je n'oublie pas que j'ai dû me gérer car le moteur est monté dans le rouge. J'ai pompé pour tenir la distance au back gauche à la place de Dante qui était suspendu. J'étais fier d'avoir rendu service. Mais, c'est mon job. Ma fille Serena a deux ans et demi : elle est née quand je jouais à Mons. J'ai une famille et je dois me battre pour elle. J'ai quitté le Limbourg en 2004. Avant cela, en 2003, j'avais eu des contacts avec Roda et Pérouse. Genk tenait à me garder. J'étais bien mais en fin 2003-2004, la donne avait changé pour moi. C'était la fin de l'ère Sef Vergoossen. Il avait même été démis en cours de saison. Je ne jouais plus assez souvent et j'ai préféré m'en aller. Quand René Vandereycken est arrivé, mes idées n'étaient plus à Genk et j'ai trouvé une solution à Mons. C'est ce que je croyais. J'imaginais autre chose. Mons s'était sauvé de justesse et j'imaginais que ce serait chouette avec Sergio Brio qui avait quand même tout connu à la Juventus. Il est resté dans sa stratosphère et n'est jamais descendu sur la planète belge. Brio avait du charisme, était décidé mais l'écart entre lui et le groupe était énorme. Il aurait gagné au change en étant plus proche de nous. La D1, c'est pas le Calcio. L'incident du choco le prouve. Brio a bien interdit à Olivier Suray d'en manger. Il aurait plus intéressant de lui adresser des reproches sans exploser. La crise était permanente. Jos Daerden a pris sa succession. J'étais ravi car j'avais travaillé avec lui à Genk où il fut l'adjoint de Vergoossen. Daerden me connaissait bien. Les résultats furent intéressants avant que le climat ne se détériore entre le coach et le président. Dominique Leone a mis la pression. Pour Daerden, c'était intenable. Suray et Michel Wintacq ont pris sa place. C'était une erreur. Si Daerden n'avait pas été démis, Mons n'aurait pas plongé en D2. Leone le sait parfaitement. Mons voulait que je reste. Je devais aider les Dragons à remonter. Mais la D2, ça ne m'intéressait pas du tout. Je l'ai dit au nouveau coach, José Riga. Je n'entretenais pas de bonnes relations avec les dirigeants. A la première occasion, je me suis barré et j'ai passé des tests à l'étranger. Leeds voulait m'embrigader mais je me suis blessé durant le test. Une chance s'envolait. Je me suis ensuite retrouvé en Norvège à Valerenga mais Mons réclama finalement pas mal de sous. Tout capota. J'ai un peu joué en D2 avec Mons et je suis finalement arrivé à Vicenza en cours de saison via mon agent, Franco Iovino. J'avais été recruté par le club mais, curieusement, le coach ne comptait pas sur moi. Tiens, je ne connais même plus son nom... Non, c'était tellement catastrophique que je l'ai totalement oublié. Je ne jouais presque pas en Série B. Genoa s'est cependant intéressé à moi. Au Lierse ? J'étais heureux de retrouver une chance en Belgique. René Trost était un entraîneur de qualité. Il cernait bien les potentialités de son groupe. J'ai vécu la même chose qu'à Mons qui avait eu tort d'évincer Daerden. Le Lierse s'est jeté sur Kjetil Rekdal. C'est l'entraîneur le plus mauvais de ma carrière. Jamais vu cela. A son premier regard vers moi, j'ai compris : - Avec ce mec-là, je ne jouerai jamais. C'est David Brocken qui l'avait amené au Lisp. Le Norvégien fut son coach à Valerenga en Norvège. Rekdal ignorait son groupe, était distant, suffisant, etc. Une catastrophe pour le Lierse... La page est heureusement tournée. C'est évident mais j'ai quand même appris pas mal de choses lors de ces moments pas évidents à vivre. Je n'ai jamais eu peur pour la suite de ma carrière. A 17ans, j'étais en D1. Un peu plus tard, je jouais contre le Real Madrid. Une jeune peut croire que c'est le top du top. Ce fut peut-être mon cas. J'ai voyagé après cela. J'ai eu des problèmes et je me suis endurci. On peut se dire que ce fut du temps perdu. Il y a du vrai là-dedans mais il y autre chose de plus positif : j'ai tenu le coup, je me suis bonifié et cela m'a apporté la maturité. Cela n'aurait peut-être pas été le cas si tout avait coulé de source. Je me suis inscrit dans la patience, c'est certain. Mes galères m'ont aidé à le faire et je retiendrai cette leçon. Oui. C'est lui qui est venu me chercher chez les jeunes de Genk en 2000. Il aimait bien la qualité de mes centres. En mai de cette année-là, je n'avais que 17 ans lors de mes débuts contre Malines. Ce sont des moments qu'on ne peut pas oublier. Boskamp parlait beaucoup aux joueurs et ce fut le cas aussi de Vergoossen. Ce dernier m'a beaucoup aidé. J'étais fougueux, il m'a calmé. Avec lui, j'ai reculé et j'ai appris à soigner mon jeu défensif. J'espère, le Standard m'apporte ce que j'attendais : la stabilité. Je n'ai jamais travaillé dans d'aussi bonnes conditions. par pierre bilic - photos : reporters/ hamers