Derrière le Tournoi des Six Nations où s'affrontent l'Angleterre, l'Ecosse, le Pays de Galles, l'Irlande, la France et l'Italie, l'Europe du rugby trace sa route à travers divers tournois. A l'image de la Nations League en football, c'est sous forme de divisions que ceux-ci s'organisent. Pour la Belgique, 12e nation européenne au ranking mondial, c'est en D2 que cela se passe, dans le VI Nations B.
...

Derrière le Tournoi des Six Nations où s'affrontent l'Angleterre, l'Ecosse, le Pays de Galles, l'Irlande, la France et l'Italie, l'Europe du rugby trace sa route à travers divers tournois. A l'image de la Nations League en football, c'est sous forme de divisions que ceux-ci s'organisent. Pour la Belgique, 12e nation européenne au ranking mondial, c'est en D2 que cela se passe, dans le VI Nations B. Les Diables Noirs ont démarré leur tournoi samedi au Petit Heysel contre l'Allemagne par une jolie victoire suer la marque de 29 à 22. Ce match était particulièrement important dans l'optique du maintien car, avec nos voisins, la Belgique fait office d'outsider de la division. Jusqu'à la mi-mars, notre équipe nationale disputera quatre autres rencontres face à la Russie, la Géorgie, l'Espagne et la Roumanie. Que peut espérer notre équipe nationale dans cette mini-compétition ? L'an dernier, elle avait terminé ce tournoi à la quatrième place avec -1 point... En 2018, le VI Nations B, a fait couler beaucoup d'encre. Qualificatif pour la Coupe du monde 2019, ses enjeux allaient donc bien au-delà du simple titre de champion et de la lutte pour le maintien. L'organisation a cependant été fort critiquée, notamment lors du dernier match décisif entre la Belgique et l'Espagne. Le 18 mars 2018, pour arbitrer cette rencontre, c'est un arbitre roumain, Vlad Iordachescu, qui est désigné. Or, la Roumanie est le principal concurrent de l'Espagne pour obtenir le second ticket qualificatif direct pour le mondial japonais. Au terme d'un match polémique où l'arbitrage d'Iordachescu est pointé du doigt, les Belges s'imposent 18 à 10. Scandalisés, les Espagnols décident de porter réclamation. Le World Rugby (la fédération mondiale) mène son enquête et conclut à un non-lieu, le match ne sera pas rejoué. En revanche, elle met en évidence d'autres problèmes : trois nations ont visiblement aligné des joueurs non-éligibles : la Belgique, la Roumanie et l'Espagne. Le World Rugby sévit et retire, sur les trois dernières années, 5 points par match durant lequel des joueurs non autorisés ont été alignés : - 30 pour la Belgique et la Roumanie, - 40 pour l'Espagne. Elle décide, en outre, d'exclure les trois pays fautifs de la Coupe du monde 2019. " En ce qui concerne la Belgique, il s'agit d'une interprétation erronée du règlement, et qui s'est reproduite à 5 reprises au cours des 3 dernières saisons, et ce sans qu'aucun Commissaire de Match ne s'en aperçoive ", expliquait à l'époque la fédération belge dans un communiqué. Ce problème ayant été relevé au terme du tournoi de 2018, les sanctions n'ont été appliquées que pour celui-ci. Résultat des courses : les 9 points gagnés par les Belges se sont transformés en -1 point. Les Espagnols ont, eux, terminé avec - 7 points et les Roumains avec - 11 points. Les conséquences ont été terribles. Si, pour la Belgique, cela n'a finalement pas changé grand-chose, l'Espagne et la Roumanie ont dû faire une croix sur le Mondial alors que leur classement théorique leur aurait permis de se qualifier ou de disputer les barrages. Malgré ce couac administratif, le tournoi belge est une réussite avec deux victoires et un bonus offensif. Le jour et la nuit avec le tournoi de 2017 où les Diables Noirs n'avaient gagné aucun match et récolté seulement 2 points en bonus défensif. " C'étaient de grands moments ", se remémore Guillaume Ajac, le sélectionneur des Diables Noirs. " On a vécu quelque chose de fort avec, sur le plan sportif, les deux premières victoires à ce niveau. Et on a aussi eu de bons moments humains. " " On peut parler de petit exploit en ce qui nous concerne ", assure Thomas Brouillard, du RFC Liège, international belge actuellement blessé. " Nous sommes des amateurs alors que les autres nations ont des joueurs pros ou au moins semi-pros. " L'évolution affichée entre 2017 et 2018 montre que le rugby belge progresse doucement mais sûrement. Il y a deux ans, les Belges avaient entamé le tournoi en pointant à la 26e place mondiale, ce qui faisait d'elle l'équipe la moins bien classée des six. En 2019, c'est à la 25e place que nos Diables Noirs émergent, juste devant l'Allemagne. Il y a encore 15 ans, les Diables Noirs n'étaient que 55e au classement mondial mais, depuis 2010, ils ont durablement intégré le top 30. Depuis quelques années, le rugby belge a bien progressé au point de faire partie des douze meilleures nations européennes. " On est sur une progression linéaire ", explique Thomas Brouillard. " Il y a 4 ans, Guillaume Ajac a repris l'équipe et on a bien évolué en continuant sur les bases de Richard McClintock, le coach précédent. " " On a eu la chance d'avoir un bel effet Coupe du monde en 2007, après le Mondial français avec plus 35 % d'affiliés, ce qui nous a donné de la profondeur. On avait 7000 licenciés, on en a maintenant 12.500 ", explique Salvatore Zandonà, le président de la fédération. " Certains ont eu la possibilité de s'expatrier, d'autres d'évoluer en Belgique en même temps que les structures nationales. Cette génération de joueurs, douze ans après, on la retrouve maintenant. " Cependant, le chemin est encore long avant de pouvoir viser une qualification en Coupe du monde. Mais les matchs de Rugby Europe Championship ne peuvent que faire grandir notre pays et l'aider à croire en son rêve ultime. " C'est loin d'être impossible ", assure Zandonà. " Ce sera très compliqué, c'est une grosse marche à franchir. On a eu, à un moment donné, l'objectif 2019. Si les règles n'avaient pas changé entre-temps, la Géorgie aurait été qualifiée d'office et c'est le 4e du VI Nations B qui serait allé aux barrages, donc nous. Pour 2023, cela devrait être le cas. Alors... " Lors des deux dernières éditions, les Diables Noirs ont lutté pour leur maintien. En 2017, bons derniers, ils ont disputé et remporté un barrage contre le Portugal. L'an dernier, une confortable 4e place leur a permis d'être tranquilles. Cette année, le maintien sera évidemment l'objectif principal. " Nous ne pouvons pas viser mieux ", glisse Thomas Brouillard. " Il ne faut pas se baser sur le classement de la saison passée. Ici, la hiérarchie devrait être respectée. " Le T1 va, lui, plus loin : " On a envie, maintenant qu'on a goûté aux émotions de la victoire face à ces grandes nations, de recommencer. On sait que ce sera difficile, surtout que le calendrier est un peu plus compliqué. On reçoit des grosses nations et on va se déplacer chez des nations comme l'Espagne qu'on avait battu l'an dernier. On peut essayer d'accrocher certains matchs pour revivre les émotions de l'an dernier. " " Le maintien, c'est le minimum ", confirme Jens Torfs. " Mais le but, c'est de grandir pour viser une participation future à la Coupe du monde. On doit prendre de l'expérience car on est un groupe jeune dans un projet jeune. Il nous faut du temps pour grandir avant de, pourquoi pas, viser plus haut. " On sent que le capitaine a confiance dans le groupe des Diables Noirs. " Notre force, c'est qu'on a bon groupe qui vit bien ensemble. Sur le terrain, on est prêt à tout donner l'un pour l'autre. Ça se ressent dans le jeu, dans les impacts qu'on donne. " " La différence par rapport à l'an dernier, c'est que je reviens dans une sélection qui sait gagner ", ajoute Ajac. " Aujourd'hui, on sait qu'on est capable de gagner. Les joueurs ont pris conscience qu'ils pouvaient battre ces nations et, dans la préparation du tournoi, c'est différent. " La Belgique reste tout de même le petit poucet du groupe et l'Allemagne, qui a perdu un barrage contre le Canada en novembre en vue du Mondial au Japon, est son principal concurrent pour éviter le 6e place, synonyme de barrage. A ce titre, la victoire inaugurale contre les Allemands, samedi dernier, place les Belges dans une position favorable, sachant qu'on ne rencontre ces adversaires qu'à une seule reprise. " On est bien lancé ", sourit le coach, " mais le calendrier fait qu'une victoire, ce ne sera peut-être pas suffisant. Cela étant dit, cette victoire nous met bien, on ne va pas se le cacher. " Le week-end prochain, notre équipe nationale se déplacera en Russie, un adversaire qui disputera dans quelques mois le Mondial japonais. " Ils voudront se préparer pour la CM et prouver qu'ils y ont leur place. Pour nous, c'est une occasion supplémentaire de connaître ce niveau, de grandir dans cette compétition ", juge le capitaine. " Ils ont profité du couac administratif qui a touché plusieurs équipes pour se qualifier mais, sur le papier, c'est une équipe à notre portée, même en jouant à l'extérieur ", assure de son côté Thomas Brouillard. Selon le Liégeois, l'Espagne est également un adversaire contre qui la Belgique peut espérer prendre des points, peut-être décisifs dans la course au maintien. S'il y a bien deux nations contre qui la Belgique ne risque pas de prendre beaucoup de points, c'est la Géorgie et la Roumanie. Sans être défaitiste, ces deux pays sont clairement au-dessus du lot et devraient se disputer la victoire finale. Pour preuve, on évoque régulièrement la possibilité que l'une de ces nations intègre un jour le Tournoi des Six Nations, comme l'Italie en 2000. " Ce sont des vraies nations de rugby, avec un grand championnat et des joueurs pros ", affirme Thomas Brouillard. " Contre eux, c'est impossible d'espérer quelque-chose. " " La Géorgie mériterait de se frotter à un niveau plus haut ", glisse le président, qui tempère de suite. " Mais cela ne nous ouvrirait pas spécialement des portes car cela voudrait dire que l'Italie descendrait. Ce serait bien qu'il y ait un système de montée/descente susceptible de donner de l'inspiration à tout le monde. Le rugby est encore assez traditionnel dans les structures de compétitions. " " L'ogre de la compétition, c'est la Géorgie et elle mérite d'aller jouer dans une autre compétition ", confirme Ajac. " Mais on va tout faire pour rivaliser et passer un bon moment car on n'a rien à perdre sur un match pareil. La Roumanie, ce sera le dernier match, donc on verra où on en sera et eux aussi. "