Algérie

Dans la maison de jeunes JOC De Nartist, sur l'avenue Clemens De Landtsheer, à Tamise, les membres du Temst Jupporters Belgium, le club de supporters officiel des Diables rouges au Pays de Waes, sont rivés devant leur écran à 18 heures, heure belge. Jan Vertonghen est leur parrain et personne ne veut louper ses débuts en Coupe du monde.
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Dans la maison de jeunes JOC De Nartist, sur l'avenue Clemens De Landtsheer, à Tamise, les membres du Temst Jupporters Belgium, le club de supporters officiel des Diables rouges au Pays de Waes, sont rivés devant leur écran à 18 heures, heure belge. Jan Vertonghen est leur parrain et personne ne veut louper ses débuts en Coupe du monde. Au club de tennis de Tamise, on se presse également devant la télévision. Après avoir allumé une bougie, la mère de Jan, Ria, a pris place nerveusement aux côtés d'autres personnes afin de suivre son fils. Mais le vrai " Café Vertonghen " est situé dans le quartier Rivieren, à Amsterdam, où le Café Goos a été rebaptisé de façon ludique pour l'occasion. Vertonghen le fréquentait régulièrement à l'époque de l'Ajax, pour manger un morceau ou pour discuter NBA avec son propriétaire, Len van der Meij. C'est le premier grand tournoi auquel l'équipe nationale belge participe depuis douze ans. Cette qualification constitue un tel événement qu'un Airbus 330 aux couleurs belges et orné du trident a été mis à la disposition de la délégation. Les Diables se sont préparés pour leur premier match au Paradise Golf & Lake Resort à Mogi das Cruzes, la ville de naissance de Neymar, dans la région de São Paulo. Pour son premier match du groupe H, la Belgique affronte l'Algérie et Jan Vertonghen est titularisé à l'arrière gauche. Son récent transfert, de l'Ajax à Tottenham, a accru ses chances de jouer. Car le sélectionneur Marc Wilmots estime qu'à l'Ajax, il avait tendance à se complaire dans une certaine facilité. Avec ses capacités physiques, il devrait pouvoir faire mieux que ce qu'il a montré jusqu'à présent. Selon Wilmots, qui est devenu un Kampfschwein ( cochon de combat en VF, ndlr) en Allemagne, il doit apprendre à aller jusqu'au bout de lui-même. En passant à Tottenham, Vertonghen sera obligé de changer, lui aussi. Vertonghen joue l'intégralité du match contre l'Algérie, mais ne se montre pas sous son meilleur jour. Après 25 minutes, il se troue sur un centre que, pense-t-il, Vincent Kompany pourra dégager de la tête. Mais lorsque Kompany laisse passer le ballon, Vertonghen est trop surpris pour réagir de façon adéquate. Au grand désappointement de Kompany, il commet une faute dans le rectangle sur Sofiane Feghouli. Ses discussions avec l'arbitre Marco Rodríguez n'y changent rien. Feghouli se charge lui-même de convertir le penalty. Heureusement, Marouane Fellaini et Dries Mertens parviendront encore à renverser la situation. Un soulagement pour Vertonghen qui, mentalement, a souffert pendant les trois quarts de la rencontre. Sa passe vers Eden Hazard, qui a amené le deuxième but, lui a fait du bien. À la maison de jeunes JOC De Nartist, on laisse éclater sa joie, tout comme au club de tennis de Tamise, mais les sentiments sont mitigés. La mère de Vertonghen n'a plus été aussi nerveuse depuis 2011, lorsque son fils pouvait devenir champion pour la première fois avec l'Ajax lors de la dernière journée de championnat. Deux buts inscrits par des partenaires ont évité à Vertonghen de devenir la risée de l'équipe nationale, contre l'équipe considérée comme la plus faible du groupe. Durant les 94 minutes et quarante secondes qu'a duré le match, il a parcouru 8.521 mètres et a réussi 90% de ses passes. Cela n'a pas empêché certains commentateurs francophones de le considérer comme le joueur le plus faible sur la pelouse. Sa faute, sur le penalty, pèse lourd dans la balance. Le journal Het Laatste Nieuws ne l'épargne pas non plus dans son jugement : " En milieu de première mi-temps, Vertonghen a été complètement dépassé par Feghouli, qui n'était pas surveillé d'assez près. Il n'a rien trouvé de mieux à faire que de s'accrocher à son adversaire, en commettant un penalty indiscutable. Par la suite, sa prestation fut à l'image de sa préparation. Il ne s'est pas montré sous son meilleur jour. " Dans son édito, publié dans le même journal, Hugo Camps n'est pas tendre non plus : " Que se passe-t-il avec Jan Vertonghen ? Je comprends qu'il soit frustré de ne pas évoluer à son meilleur niveau. Mais de là à se traîner pendant nonante minutes sur le terrain avec le regard d'un condamné à mort, il y a de la marge. Qui parviendra à faire apparaître un sourire sur ses lèvres ? Une nouvelle femme, une courtisane brésilienne, sa dulcinée ou sa mère ? Pour moi, peu importe, pourvu qu'il se comporte normalement. Qu'il laisse apparaître un tant soit peu de joie de vivre. Son air hautain et son allure d'intellectuel ne donnent pas envie de beaucoup lui pardonner. Offrons-lui une peau, dans laquelle il se sentira mieux et qui le rendra plus chaleureux. " Sur Facebook, une page ludique est créée après sa bourde. Elle s'intitule " Vertonghen, la poule mouillée ", par analogie avec une citation du président Balthazar Boma dans la série flamande F.C. De Kampioenen. Les likes s'accumulent. Dans les alentours de Knesselare et d'Ursel, la région d'où la mère de Vertonghen est originaire et où habite encore une partie de la famille, on attend avec impatience de voir Jan à l'oeuvre contre la Russie. Le jour de la Fête des Pères, il s'était encore rendu chez ses grands-parents pour une fête de famille, pour jouer au football avec les enfants et distribuer des auto-collants de footballeurs. À l'étalage du fleuriste 't Florentijntje, géré par des membres de la famille éloignée, une banderole est déployée avec l'inscription " Jan, you can ". Tout le monde se sent concerné. Le match contre la Russie permettra-t-il à l'idole locale de rétablir son honneur ? Dans le groupe des Diables rouges, c'est la grogne. Le lieu de retraite est assimilé à une prison dorée. Un sentiment encore renforcé par les longs entraînements monotones auxquels ils doivent se soumettre. Là où les générations précédentes passaient le temps à jouer aux cartes, les joueurs actuels préfèrent les jeux vidéo et les jeux de société. Dans le lobby de leur hôtel, un écran de télévision géant est à leur disposition. Ils y regardent des films ou jouent aux Colons de Catane. L'adrénaline devra leur être transmise par les supporters, c'est du moins l'impression qu'ils donnent. Le stade dans lequel les Diables sont amenés à évoluer contre la Russie est cependant chargé d'histoire et exercera sans doute une certaine pression. L'ambiance est particulière au Maracanã, à Rio de Janeiro. C'est l'un des plus grands stades du monde. C'est ici que s'est déroulé, le 16 juillet 1950, le match que l'on a baptisé Maracanaço, et qui a provoqué un véritable traumatisme dans la population : la finale de la Coupe du monde entre le Brésil et l'Uruguay, qui a vu l'équipe locale s'incliner 1-2 après avoir pourtant mené 1-0. La veille du match, Vertonghen a appris qu'il ne serait pas titularisé. Marc Wilmots préfère aligner Thomas Vermaelen à l'arrière gauche. Pas pour punir Vertonghen pour sa faute qui a provoqué le penalty contre l'Algérie, explique le sélectionneur aux journalistes présents. Mais parce que, selon Wilmots, il est important d'assurer ses arrières face à un adversaire comme la Russie. Mais Vermaelen se blesse après une demi-heure de jeu et Vertonghen, qui se considère lui-même comme " incapable de s'asseoir sur un banc ", est donc malgré tout appelé au jeu. La saison a été longue pour tout le monde, et lors de cette Coupe du monde qui oblige les joueurs à puiser dans leurs réserves, Vermaelen apparaît une nouvelle fois très fragile. Vertonghen remporte directement son premier duel, mais lors d'une reprise de la tête d' Aleksandr Kokorin, sur laquelle il se loupe, il peut s'estimer heureux de ne pas être, une fois encore, le dindon de la farce. Le Roi Philippe et la Reine Mathilde, qui ont fait le déplacement pour assister au match, ont tout de même des raisons de se réjouir lorsqu'ils vont saluer personnellement les joueurs après le match, grâce à un but de Divock Origi. Grâce à cette victoire, la Belgique est assurée de disputer le prochain tour, et le match suivant, contre la Corée du Sud, revêt du coup moins d'importance. Pendant l'entraînement, deux jours avant le match contre la Corée du Sud, le sélectionneur a une discussion animée avec Fellaini dans le rond central, et avec Vertonghen également. Avec des mots et des gestes de soutien, Wilmots explique ce qu'il attend d'un défenseur pour éviter des erreurs de jugement comme il en a commises contre l'Algérie et la Russie. Le sélectionneur renvoie Vertonghen avec une grosse tape sur l'épaule. Pour la première fois, durant ce Mondial, les Diables ont disputé un petit match pendant l'entraînement, pendant lequel on pouvait marquer dans trois buts. L'objectif était d'améliorer les automatismes, de faciliter les reconversions rapides et de proposer des solutions. Comme Vermaelen est toujours blessé aux ischios, Vertonghen est de nouveau aligné à l'arrière gauche contre la Corée du Sud. Et comme Kompany doit également déclarer forfait, il porte même le brassard de capitaine. Retrouver le terrain avec le brassard après avoir été renvoyé sur le banc : c'est ça, Super Jan. Après un quart d'heure de jeu en deuxième mi-temps, il réussit un tacle appuyé, mais correct, sur le Sud-Coréen Son Heung-min, du Bayer Leverkusen. Plus tôt, juste avant la mi-temps, Steven Defour avait été exclu pour s'être essuyé les crampons sur le tibia d'un adversaire. Defour avait rejoint les vestiaires sous les coups de sifflet d'une poignée de supporters belges, entre autres. Avec son tacle, Vertonghen a démontré que la Belgique, même réduite à dix, ne se laisserait pas faire. Il en apporte une nouvelle preuve à la 78e, lorsqu'il récupère le ballon dans son propre camp et lance Origi. Celui-ci se heurte au gardien coréen, mais Vertonghen, qui a bien suivi, parvient à propulser le ballon dans les filets. Il fête son but en mimant un selfie, par lequel il veut remercier les préposés au matériel et les kinés de l'équipe. " Je pense que l'entraîneur m'aurait sorti du terrain si j'avais encore loupé cette occasion ", rigole-t-il pendant la conférence de presse. " Le fait d'avoir pu marquer avec le brassard de capitaine me procure un sentiment particulier. C'est déjà spécial de pouvoir défendre les couleurs de son pays en tant que capitaine pendant une Coupe du monde. Alors, vous pouvez imaginer à quel point je savoure ce but. " Il n'y a pas que pour Vertonghen que ce but est particulier. Il l'est également pour l'équipe nationale, car c'est le cinquantième but inscrit par la Belgique lors d'une Coupe du monde, et aussi le 136e marqué dans la phase de poules de ce tournoi, ce qui permet de battre le record de buts inscrits durant les poules d'un Mondial. C'est aussi la première fois que les Diables rouges réalisent un neuf sur neuf en phase de poules lors du grand bal mondial. Mais, malgré les sept changements apportés par Wilmots dans le onze de base, la presse reste critique sur le niveau de jeu atteint par l'équipe. Vertonghen est élu Homme du Match et embrasse le maillot porté pendant cette rencontre spéciale pour lui. Dans sa rubrique publiée dans le quotidien amstellodamois Het Parool, l'éditorialiste Henk Spaan s'épanche sur des sportifs qui se sont illustrés de l'une ou l'autre manière. Après Belgique-Corée du Sud, c'est au tour de Vertonghen. " Heureusement, nous avons enfin vu le vrai Vertonghen. On a l'impression qu'il a repris les choses en mains. Lors du premier match, il a joué avec un double frein à main, paralysé par un coach qui veut tout contrôler et qui s'est permis de le reléguer sur le banc contre la Russie après une seule erreur de sa part. Jeudi, Jan a pris les initiatives qui font de lui l'une des défenseurs les plus dangereux du monde. C'est lorsqu'il arpente le terrain, ballon aux pieds, ou lorsqu'il demande sans cesse le ballon, qu'il se montre sous son meilleur jour. En réalité, Vertonghen devrait être un arrière gauche assorti d'un rôle libre. C'est alors qu'il atteint son meilleur rendement. Mais Wilmots a horreur de ce type de joueurs. Ce qu'il préfère, ce sont des milieux de terrain qui reprennent le ballon de la tête. À l'image de Fellaini. " " Beaucoup d'entraîneurs pensent que j'ai besoin d'être piqué dans mon orgueil pour prester ", explique Vertonghen à un journaliste du Telegraaf. " Je ne pense pas que ce soit le cas. Ce n'est pas ma faute, si je donne parfois l'impression d'être nonchalant. Certains joueurs ont parfois besoin d'une piqûre de rappel, d'autres trouvent la motivation eux-mêmes. L'entraîneur estimera sans doute qu'en titularisant Thomas, il m'a piqué au vif. Le fait est que j'ai mieux joué contre la Corée du Sud que contre l'Algérie. " Après une saison difficile à Tottenham, où sa cheville lui a parfois joué des tours, un début compliqué à la Coupe du monde et un poste d'arrière gauche auquel il n'était plus habitué, le but, la victoire et le brassard de capitaine par lequel l'entraîneur lui a manifesté sa confiance, ont constitué un tournant pour la popularité de Vertonghen en équipe nationale. En Belgique, les animateurs radio Siska Schoeters et Stijn Van de Voorde ont lancé sur Studio Brussel, sur un ton ludique, la Jan Vertonghen Fietsroute, une balade cycliste autour de son village natal de Tielrode. Schoeters habite tout près de Tamise et Van de Voorde est un ancien compagnon de classe de Vertonghen. Les réseaux sociaux se déchaînent également. Après la page Facebook " Vertonghen, la poule mouillée " , qui avait été créée après le match contre l'Algérie, une nouvelle page est créée sous le nom de " Vertonghen, nos excuses, tu n'es pas une poule mouillée ". Le nombre de membres de cette deuxième page dépasse largement celui de la première. Pratiquement tous les Diables sont passés chez le coiffeur et ont posté, sur leur compte Instagram, des selfies et des photos de leur nouvelle coupe de cheveux. L'ambiance est détendue, mais la victoire contre la Corée du Sud ne peut pas être fêtée trop longtemps. Car maintenant que la phase de poules est derrière, il n'y a plus droit à l'erreur : c'est la phase par élimination directe qui commence. Avec, si besoin, des prolongations et des tirs au but. On s'exerce donc à cette éventualité à l'entraînement. Jan Vertonghen est l'un des tireurs désignés par le sélectionneur, si l'on en arrivait là. Comme Kevin De Bruyne et Nicolas Lombaerts, il reste plus longtemps à s'exercer à tirer dans le but défendu par le gardien réserviste Sammy Bossut. Comme les Diables se sont imposés dans les dernières minutes lors des matches précédents, ils sont convaincus que leur condition physique est optimale et qu'elle leur permettra de passer sans encombre le cap des prolongations, et si nécessaire, l'épreuve des tirs au but. On joue depuis un bon quart d'heure contre les États-Unis lorsqu'un homme déguisé en Superman fait son apparition sur la pelouse, avec un message demandant de sauver les enfants des favelas et Ciro Vive. Il faut près d'une demi-minute pour que les stewards réagissent et parviennent à lui faire quitter le terrain. En passant, il donne encore une tape dans la main de Kevin De Bruyne. On apprendra qu'il s'agit d'un Italien qui, malgré l'attention qu'il porte aux enfants brésiliens dans la misère, veut également raviver le souvenir de Ciro Esposito, ce supporter de Naples âgé de 29 ans qui avait été abattu avant la finale de la Coupe d'Italie. Les États-Unis donnent de l'espace à l'adversaire, ce qui réjouit Marc Wilmots : il demande d'éviter le jeu lent et en largeur, mais au contraire de privilégier le jeu rapide et en profondeur. Les occasions se multiplient, mais l'efficacité fait défaut chez les Belges, qui ne parviennent pas à plier le match avant le terme des nonante minutes. Vertonghen réussit, en se portant à bon escient vers l'avant, à placer De Bruyne et Origi en position de tir favorable. Lui-même parvient aussi à se montrer dangereux devant le but. Comme les autres Diables, il fait preuve d'audace et cause bien du souci aux Américains, coachés par l'ancienne vedette de Tottenham, Jürgen Klinsmann. Le match exige une grande dépense d'énergie. Alors que Kevin De Bruyne et Axel Witsel souffrent de crampes, Vertonghen pose les mains sur les cuisses à l'entame de la première prolongation, prêt à vomir. Trop d'efforts fournis dans cette chaleur et trop d'eau ingurgitée. Mais, face aux États-Unis, Vertonghen livre l'une de ses meilleures prestations sous le maillot diabolique. Il faut attendre la première prolongation pour que des buts tombent : Kevin De Bruyne ouvre la marque, puis Romelu Lukaku, qui a remplacé Origi, double le score à la 105e minute. On pense que le match est joué, mais deux minutes plus tard, les Américains reviennent à 2-1 grâce à Julian Green. Les Diables parviennent malgré tout à conserver leur avantage dans une fin de match stressante. Ce fut un véritable thriller, à l'issue duquel chacun a dû reprendre son souffle. Vertonghen n'a pas volé ses surnoms de Jan Spier (Jan Muscle) et Super Jan : à l'index de performance Castrol, les statistiques officielles sponsorisées de la FIFA, il apparaît en cinquième position dans la liste des meilleurs joueurs du tournoi, avec un score de 9,62. Il n'est devancé que par Arjen Robben (9,66), Karim Benzema (9,70), James Rodriguez (9,74) et David Luiz (9,79). Trois Diables sont repris dans le onze des huitièmes de finale : Vertonghen, De Bruyne et Lukaku. Le meilleur gardien de cette Coupe du monde est Tim Howard. Il joue pour les États-Unis, ce qui rehausse encore la prestation de la Belgique. Howard, qui défend les buts d'Everton, a réalisé quinze arrêts contre les Diables. Ce qui, selon les statisticiens, constitue un record depuis l'édition 1966. L'Airbus tricolore de Brussels Airlines, dont le personnel se tenait prêt à aller rechercher les Diables rouges au Brésil, attendra encore un peu avant de décoller. Alors que les Diables fêtent leur qualification et se concentrent déjà sur les quarts de finale, où ils affronteront l'Argentine de Lionel Messi, dix mille supporters et supportrices ont suivi le match contre les États-Unis sur la Grand-Place de Bruxelles. L'une d'entre eux s'appelle Camille De Bie et elle a 17 ans. Elle est originaire d'Elversele et ne passe pas inaperçue dans la foule, car au contraire des autres personnes, elle ne porte pas un maillot des Diables, mais de l'Ajax, l'ancien club de Vertonghen. Cette jeune habitante de Tielrode avait reçu un maillot dédicacé de Vertonghen lors de sa communion solennelle, et depuis lors, elle est devenue l'une de ses plus fidèles supportrices. Lors de la conférence de presse qui précède le quart de finale contre l'Argentine, on demande à Vertonghen ce qu'il pense de cette confrontation contre des attaquants du calibre de Gonzalo Higuaín, Ángel Di María et Lionel Messi, sélectionné en attaque dans l'équipe-type des huitièmes de finale aux côtés de Lukaku. " Comme vous avez déjà pu le voir, nous ne doutons de rien. Nous jouerons avec nos qualités et je pense que nous pouvons réussir ", répond-il. " Nous sommes en quart de finale, mais nous ne voulons pas nous arrêter en aussi bon chemin. Nous nous sentons forts, physiquement et mentalement. Je pense que nous ne devons avoir peur de personne. Ces dernières années, nous avons travaillé dur avec un objectif en tête : disputer des matches comme celui-ci. Nous n'avons pas l'intention d'en rester là. Nous sommes prêts pour le combat contre les Argentins, mais nous voulons encore disputer des matches après celui-ci. Nous savons qu'avec Messi, Lavezzi, Agüero, Higuaín et Di María, ils disposent de nombreuses armes offensives, mais je suis convaincu que nous pouvons les arrêter. Il faudra contenir Messi collectivement. S'il parvient à passer un homme, un deuxième se dressera sur son chemin, puis un troisième. " On ne joue que depuis huit minutes lorsque Vincent Kompany perd le ballon. De Bruyne et Fellaini se concentrent sur Messi, qui voit Di María isolé sur sa droite. Lorsque celui-ci veut prolonger le ballon vers Pablo Zabaleta, qui s'est infiltré, Vertonghen parvient à s'interposer, mais il dévie malencontreusement le ballon en direction d'Higuaín, qui le reprend en un temps et trompe Thibaut Courtois. C'est déjà 1-0 et il reste 81 minutes à jouer. Vertonghen, aligné au poste d'arrière gauche, se porte à l'offensive et expédie de bons centres depuis le flanc, mais il souffre défensivement face à Di María, remplacé après 33 minutes, et à Messi. La Belgique ne parviendra pas à revenir au score. Quatre victoires et une défaite, la seule en match officiel depuis deux ans et demi : voilà le bilan des Diables rouges durant cette Coupe du monde. Ils formaient l'équipe la plus jeune des huit dernières encore en lice. Ils peuvent s'enorgueillir d'un bon tournoi, même si la défaite contre l'Argentine et la pauvreté du jeu fourni laissent un goût amer. 27 jours après avoir quitté la Belgique pour se rendre au Brésil, les Diables se retrouvent au balcon de l'hôtel de Ville, sur la Grand-Place de Bruxelles. Le Premier ministre Elio Di Rupo est venu les accueillir à l'aéroport de Melsbroek, et ils ont pu se rafraîchir rapidement au Crown Plaza de Diegem, avant d'être reçus au Palais Royal. Ils accueillent avec plaisir les félicitations des 4.000 supporters qui se sont déplacés, au son de Ta fête, la chanson de Stromae. Même si les joueurs sont déçus d'avoir été éliminés par l'Argentine, les supporters ne leur en veulent pas et font la fête.