Lundi 17 décembre, Karim Belhocine et Gunter Van Handenhoven assistent à la rencontre et à la victoire des U21 d'Anderlecht sur la pelouse de l'Antwerp. Le sourire est plutôt de circonstance malgré le licenciement, la veille, de leur supérieur, HeinVanhaezebrouck. Ce même jour, à Neerpede, l'atmosphère est bon enfant. En coulisses, plusieurs joueurs se félicitent du renvoi de leur ex-mentor, tant l'ambiance était devenue, au fil du temps, bien trop pesante. Le renvoi de Vanhaezebrouck était dans l'air, la défaite au Cercle a fini par actionner la guillotine.
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Lundi 17 décembre, Karim Belhocine et Gunter Van Handenhoven assistent à la rencontre et à la victoire des U21 d'Anderlecht sur la pelouse de l'Antwerp. Le sourire est plutôt de circonstance malgré le licenciement, la veille, de leur supérieur, HeinVanhaezebrouck. Ce même jour, à Neerpede, l'atmosphère est bon enfant. En coulisses, plusieurs joueurs se félicitent du renvoi de leur ex-mentor, tant l'ambiance était devenue, au fil du temps, bien trop pesante. Le renvoi de Vanhaezebrouck était dans l'air, la défaite au Cercle a fini par actionner la guillotine. Jeudi 20 décembre, Anderlecht communique l'arrivée de son nouveau directeur sportif, Frank Arnesen. Une annonce porteuse d'espoir à l'approche des fêtes pour des supporters mauves déboussolés depuis quelques mois. L'ex-milieu de terrain danois fait figure de référence pour le grand public. Un passé d'ancien de la maison mauve (du temps de la grandeur du club), de l'Ajax et du PSV, devenu dirigeant à Chelsea, Tottenham ou Hambourg. Un sacré CV qui détonne par rapport à celui de l'ex-patron sportif, Luc Devroe, rendu responsable de tous les maux. Derrière la venue de Arnesen, il faut voir la patte d'un homme : Michael Verschueren, nouvel homme fort du RSCA, dont l'ambition est de redorer un blason terni par les échecs des dernières années. Mister Michael rêve de marcher sur les traces de son père. Comme lui, il a cette même ambition de donner une dimension internationale à un club qui a trop longtemps vécu sur ses acquis et qui ne fait plus peur à personne au niveau européen, et de moins en moins sur le sol belge. Le challenge est donc immense et bien différent que celui auquel son paternel a dû faire face. L'Anderlecht des années 80 était encore un puissant de la scène européenne alors que celui des dernières années fait figure de parent pauvre. La dernière campagne en date n'a d'ailleurs fait qu'assombrir encore un peu plus l'image du club. Si Michel Verschueren pouvait compter sur la science de Constant Vanden Stock, son fils, Michael a très vite compris qu'il devrait bien s'entourer, Marc Coucke n'étant pas réputé pour être un fin connaisseur du ballon rond. S'il reconnaît lui-même ne pas être un technico-tacticien, Michael Verschueren navigue depuis près de dix ans dans les sphères du foot business, voire plus puisqu'il assistait ado dans le salon familial aux négociations du paternel avec de nombreux joueurs mauves. Ces dernières années, Verschueren junior se faisait de plus en plus rare à Neerpede et se concentrait surtout sur son job à l'European Club Association (ECA), un groupe de réflexion et de lobbying qui représente les grands clubs européens et dont il préside le Financial Group. Un rôle de l'ombre qui lui a permis de réseauter et de se lier avec de nombreux décideurs du foot international, comme Edwin van der Sar (Ajax Amsterdam) ou Ed Woodward (Manchester United). Aujourd'hui, afin de renforcer un noyau qui manque cruellement de qualité, le nouveau patron sportif d'Anderlecht songe à des transferts ou des locations de joueurs superflus au sein des plus grands clubs européens. Ce bientôt quinqua est, à l'image de son père, un infatigable bosseur et un ambitieux. Homme d'affaires passé par le marketing, l'immobilier, l'incubation, on le dit sûr de lui en toutes circonstances et habile sur de nombreux terrains. La communication est d'ailleurs essentielle à son programme. Les arrivées d'anciennes gloires comme Frank Arnesen ou Pär Zetterberg ont pour ambition de rappeler la grandeur d'un club qui a rarement connu une crise d'une telle envergure. Ces derniers mois, Michael Verschueren a régulièrement rencontré les supporters du club afin de comprendre leur colère et leurs envies. Une façon aussi de se rapprocher de la base et ne pas enfiler le costume de dirigeant distant que portait Herman Van Holsbeeck ces dernières années. Michael Verschueren saisit parfaitement la puissance de la vox populi, à l'image de son père qui n'hésitait pas à rencontrer dans les cafés autour du stade les fans les plus chauds et revendicateurs avant une rencontre au sommet. Tel père tel fils, suite : l'ambition internationale. " Anderlecht gagne très peu d'argent à l'étranger. Mais des grands clubs comme Barcelone, la Juventus ou l'AC Milan génèrent respectivement 65%, 60% et 45% de leurs revenus en dehors de leurs frontières ", a-t-il rappelé lors de la conférence de presse qui présentait son plan " RSCA International ". Les Diables Rouges squattent le haut du classement FIFA et huit joueurs du noyau de l'équipe nationale ont été formés par Anderlecht. Ce label mauve, il faut l'exploiter et exporter ce savoir-faire en matière de formation. Les Mauves comptent ouvrir une académie aux États-Unis dans les 18 mois et devraient signer un accord avec un grand club chinois dans les deux ans. Ce sont là deux grands marchés émergents en matière de foot : les États-Unis accueilleront la Coupe du monde en 2026, alors que la Chine rêve de le faire en 2030. Anderlecht souhaite s'imbriquer dans le développement footballistique de ces deux puissances mondiales. L'arrivée d'un directeur technique de renom ou du moins disposant d'un réseau conséquent au niveau international était indispensable, voire prioritaire pour espérer sortir le club de l'ornière. Il fallait mettre fin aux magouilles belgo-belges et penser plus grand. Parmi les compétences requises pour remplir ce poste de directeur technique, Mister Michael avait pointé : profil étranger, anglophone, jeune et dynamique (pas plus de 50 ans), et disposant d'une belle expérience et d'un solide réseau. Frank Arnesen remplit tous ces critères à l'exception de celui de l'âge. Car, dans un premier temps, Verschueren misait sur un profil bien plus jeune qu'Arnesen (62 ans) et en a d'ailleurs contacté plusieurs. Seulement, le nouveau bras droit de Marc Coucke a très vite pu se rendre compte que le RSCA d'aujourd'hui n'a plus le même attrait que celui de son paternel. Après avoir essuyé un premier refus à la fin du mois de novembre, et se rendant compte que le profil ciblé et rêvé était difficilement réalisable, Michael Verschueren a retenté sa chance auprès de Frank Arnesen, alors que celui-ci était en vacances à Miami. Au vu de l'insistance et des nombreux appels du fils de Mister Michel, Arnesen a finalement accepté une mission qui le sort du cocon dans lequel il se trouvait au PSV, où il faisait partie du comité de direction. " On se réunissait huit fois par an mais le vrai boulot me manquait. Je me sentais encore trop jeune pour travailler aussi peu. Transférer des joueurs et participer à leur développement, c'est mon truc. La fonction que m'offre Anderlecht me convient parfaitement ", a-t-il confié à la DH dès l'annonce de son arrivée. Une arrivée qui a un coût. La direction anderlechtoise s'est montrée particulièrement généreuse pour attirer l'ancien dirigeant de Tottenham et de Chelsea, puisque les 1,5 millions prévus pour la fonction ont largement été dépassés. Lors de l'enrôlement du nouveau coach, par ailleurs, Anderlecht a une nouvelle fois été confronté à ses limites. Phillip Cocu, ciblé prioritairement, était trop cher. Pour le Danois Kasper Hjulmand, qui recueillait les faveurs d'Arnesen, c'est le prix de sa libération par Nordsjælland (1,5 million d'euros) qui a fait capoter l'affaire. Fred Rutten, au même titre que FrankVercauteren, ne faisait donc pas figure de premier choix. Le communiqué de presse laconique du club suite à cet embrigadement (" Nous nous engageons dans un partenariat avec Rutten afin d'obtenir de grands succès cette saison et les prochaines saisons ") n'est déjà pas sans poser question sur les intentions réelles de part et d'autre, puisque le Holladais a signé un contrat à durée indéterminée. Au-delà de l'arrivée du nouveau coach, le duo Verschueren-Arnesen va devoir s'atteler à attirer du qualitatif. Autrement dit, des joueurs qui peuvent faire la différence sur une action individuelle, ce dont ne dispose plus ou presque le Sporting. " Anderlecht, c'est synonyme de classe. Les joueurs qui signent un contrat là-bas doivent savoir dès le départ que les supporters exigent du spectacle et qu'une défaite ne sera jamais acceptée facilement ", rappelait Pär Zetterberg dans nos colonnes. " Le football a fort changé par rapport à ce qu'il était il y a 20 ans. Mais un club doit essayer de conserver ses principes, on ne peut pas jeter comme ça son ADN. J'ai vu le match contre Genk, l'équipe la plus avancée en Belgique en ce moment pour ce qui est du jeu pratiqué et du recrutement. La différence entre Genk et Anderlecht n'était pas énorme. Mais à Genk, tu as un Pozuelo, un Trossard ou un Malinovskyi. " Aujourd'hui, la nouvelle direction est prête à casser sa tirelire pour attirer Alejandro Pozuelo (27 ans), qui dispose d'une clause libératoire à huit millions d'euros. Reste à voir si Anderlecht est suffisamment attractif pour le créateur espagnol qui trône avec Genk en tête du championnat. Si le club est enfin décidé à transférer des éléments de haut vol, il doit aussi faire face à la volonté de ses meilleurs éléments de quitter le club au plus vite, après la sinistrose des derniers mois. " Le défi devant lequel se trouve aujourd'hui Michael Verschueren me fait penser à celui devant lequel se trouvait Bart Verhaeghe quand il a repris le Club Bruges en févier 2011 ", pointe Jesse De Preter, ex-dirigeant du Club pendant quelques mois, aujourd'hui agent de joueurs. " Je connais Michael et je sais qu'il a les qualités et la force de travail pour relever un tel défi. " Les prochaines semaines nous donneront déjà un aperçu de la nouvelle ligne directrice impulsée par les deux hommes forts d'une maison mauve à laquelle il faut donner un fameux coup de pinceau.