Tom Soetaers (20 ans) habite à Wommersom, à la frontière du Brabant et du Limbourg. Les installations du White Star Wommersom, pensionnaire de P3 où il s'est affilié à six ans, sont invisibles... Un monologue.
...

Tom Soetaers (20 ans) habite à Wommersom, à la frontière du Brabant et du Limbourg. Les installations du White Star Wommersom, pensionnaire de P3 où il s'est affilié à six ans, sont invisibles... Un monologue. " Hippolyte Van den Bossche, d'Anderlecht, m'a découvert. Je jouais dans la sélection provinciale des Minimes. St-Trond et le Standard me suivaient mais j'ai toujours été supporter d'Anderlecht. On m'a proposé un contrat de deux ans. La première année a été difficile: quatre entraînements par semaine, à un tout autre niveau, l'obligation de gagner, de jouer le titre. Pour vous dire: le White Star a joué contre Anderlecht avec sa meilleure équipe. Score final: 0-23. Mes parents et mon grand-père se relayaient pour me conduire à Bruxelles. C'était dur et j'ai appris à reconnaître mes vrais amis. Nous avons été champions en Cadets. J'avais marqué 25 buts. Mais les noyaux étaient larges et il fallait faire des transferts. A chaque match, sept ou huit responsables de l'école des jeunes étaient là. Ils ont estimé que je n'étais pas assez bon. Mon père m'a convaincu de rester, pour faire mes preuves, même si je devais jouer en Scolaires provinciaux. Philippe Van Wilder, l'entraîneur des nationaux, m'a repêché. En deuxième année Scolaires, j'ai inscrit 55 buts et à 18 ans, j'ai reçu un contrat professionnel de trois ans. Les scolaires de 1m80 auxquels on prédisait un bel avenir jouent maintenant en Provinciale... Jusqu'en quatrième d'Humanités, tout allait bien mais ensuite, je n'ai plus su étudier. Parfois, je me contentais de mettre mon nom sur la feuille d'examen. Je rentrais à neuf heures du soir et je n'avais plus le courage d'étudier. Je me disais que je deviendrais professionnel et que je n'aurais pas besoin de diplôme. Mon père s'est souvent fâché car jamais je n'avais eu d'examens de passage. J'étais un bon élève. Mon père a une situation importante à la KBC. Il m'expliquait qu'il la devait à ses études. La saison passée, j'ai forcé mon transfert à Roda. J'étais dans le noyau A depuis deux ans, sans enregistrer de progrès. Il était temps que je reçoive ma chance. Anthuenis m'avait dit que j'étais un de ses 24 joueurs. Mais je savais que Goor, Koller et Stoica passaient avant moi. Ils étaient meilleurs mais je me trouvais assez mûr pour jouer une demi-heure de temps en temps. Anderlecht m'a prié de prendre patience mais ne m'a pas fait confiance. Je devais attendre qu'il y ait beaucoup de blessés pour m'asseoir sur le banc". "J'ai haussé le ton et Anthuenis m'a dit que j'avais une grande geule mais que je n'avais encore rien prouvé. Comme Roda a versé 45 millions, ce qui est beaucoup pour un jeune de 19 ans qui n'a rien prouvé, il a accepté mon transfert. J'avais encore un contrat minimum de 42.000 francs mais en apprenant l'intérêt d'autres clubs, le Sporting m'a fait une contre-proposition. Trop tard. Un joueur qui fait partie du noyau A doit être payé comme tel. Anderlecht se plaint que les jeunes partent trop tôt. Qu'il les paie mieux, alors. C'est aussi un gage de confiance. Roda m'a souvent visionné avant de me transférer. Il a une politique claire: nous avons besoin de ça à telle position, nous enrôlons ce jeune joueur pour deux ou trois ans et nous le revendons avec un bénéfice. Je me suis immédiatement senti chez moi à Roda. J'y ai rencontré un entraîneur fantastique, Sef Vergoossen. Il sait nous faire garder les pieds sur terre. L'âge d'un joueur lui importe peu. Thomas Chatelle ne peut rêver meilleur entraîneur. S'il peut jouer toute la saison, il va éclater et il sera international d'ici trois ou quatre ans. Une fois par semaine, Vergoossen me convoquait pour un entretien d'une heure, voire plus. Il soigne tout dans les moindres détails, y compris en-dehors du terrain. Nous avons des activités de relations publiques. Toutes les deux semaines, nous devons donner une conférence dans une école, sur nous-même ou sur Roda et signer des autographes. Vergoossen s'intéresse à tout et à tout le monde. Genk a besoin d'un homme pareil. Serais-je aussi loin si j'étais resté à Anderlecht? Jouer le vendredi avec la Réserve devant cinquante personnes ne vous offre guère de satisfactions. Je ne suis pas devenu footballeur pour ça. Je viens de disputer trente matches aux Pays-Bas, au plus haut niveau. Jouer le plus simplement possible, exploiter ce que je maîtrise bien et à éviter le reste. En Belgique, on insiste surtout sur les points à bonifier. Aux Pays-Bas, on tente d'améliorer vos atouts. Ajax, Ipswich, et même Arsenal se seraient intéressés à moi. Tottenham a offert 180 millions...J'ai livré de bons matches avec les Espoirs. Durant la semaine qui a suivi le match en Ecosse, sept ou huit managers d'Angleterre, des Pays-Bas et de Belgique se sont déplacés. J'ai alors précisé que je ne souhaitais pas discuter d'un transfert, que je voulais d'abord achever ma saison à Roda.Nols Hendriks a déclaré que je ne partirais pas pour moins de 500 millions... Ça veut simplement dire que je ne peux pas partir. Je souhaite rester à Roda deux ou trois ans. Je m'y sens bien et j'ai encore beaucoup à apprendre. A Anderlecht, je disais que je voulais jouer. Quel sens cela aurait-il de quitter Roda pour faire banquette ailleurs? Les supporters m'ont élu meilleur joueur de l'année, ex aequo avec Anastasiou. Je suis si populaire parce que je récupère le ballon et que je dribble. C'est pour ça que les gens viennent au stade. Je veux leur offrir un spectacle, pendant nonante minutes durant lesquelles je ne ménage pas mes efforts. Je suis chargé de réaliser une action et la dernière passe, Anastasiou de mettre le ballon au fond des filets". "Le fait d'être convoité par tant de grands clubs agi comme un stimulant. Mais on me reconnaît plus souvent quand je vais boire un verre à Louvain ou à Tirlemont. Dommage qu'il faille s'expatrier pour être reconnu à sa juste valeur en Belgique. Il est triste pour le football belge que certains talents s'étiolent. On a vu des jeunes se manifester à Alost, quand ils ont obtenu leur chance. Comme Tim Reigel ou Bjorn Dewilde. Ou Di Gregorio à Genk. Mais seuls les clubs qui manquent d'argent ou qui ont raté leurs transferts offrent une chance aux jeunes. Aux Pays-Bas, les clubs achètent des jeunes, les alignent, parce que ces jeunes sont bons. Sinon, ils ne les auraient pas achetés. Ici, on achète un joueur et on garde le jeune sous la main. Evidemment, Anderlecht peut se permettre d'acheter des joueurs qui apportent une plus-value à l'équipe, comme Yves Vanderhaeghe, mais ce n'est pas le cas de la plupart des autres et pourtant, ils s'acharnent. Alors que la Belgique recèle autant, voire plus de talents que les Pays-Bas. Revenir un jour à Anderlecht? Je l'espère, mais comme transfert, pour jouer. Il ne peut racheter 400 millions un joueur qu'il vient de vendre pour 45. Je suppose que Michel Verschueren a mal au coeur, quand il entend ce que des clubs proposent pour moi maintenant. D'ailleurs, si on fait le compte des jeunes d'Anderlecht qui ont vécu la même situation, on doit arriver au milliard". PHOTO NEWS/VEREECKENChristian Vandenabeele