Le bilan carolo tiré par le président Abbas Bayat n'est pas satisfaisant. L'homme d'affaires iranien rêve d'atteindre le sommet du football belge et il utilise jour après jour la méthode Coué pour y parvenir. Lorsqu'il lança en début de campagne que son Sporting devait ramener un trophée, tout le monde avait cru à un moment de folie ou à une blague. Pourtant, nombreux furent les sacrifiés sur l'autel des ambitions d'Abbas Bayat. On pouvait se dire que la Coupe était un objectif à la portée des Zèbres mais personne ne pensait au titre.
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Le bilan carolo tiré par le président Abbas Bayat n'est pas satisfaisant. L'homme d'affaires iranien rêve d'atteindre le sommet du football belge et il utilise jour après jour la méthode Coué pour y parvenir. Lorsqu'il lança en début de campagne que son Sporting devait ramener un trophée, tout le monde avait cru à un moment de folie ou à une blague. Pourtant, nombreux furent les sacrifiés sur l'autel des ambitions d'Abbas Bayat. On pouvait se dire que la Coupe était un objectif à la portée des Zèbres mais personne ne pensait au titre. L'ambition est dévorante dans le monde des entreprises. Dans la jungle des affaires, il faut sans cesse grimper au risque de se faire avaler par plus coriace. C'est avec cette mentalité-là qu'Abbas Bayat en a rajouté une couche... en affirmant que le Sporting, une fois éliminé sans gloire de la Coupe, se devait de viser le titre. Il devenait la risée de toute la Belgique mais il poursuivait sa logique en défenestrant Jacky Mathijssen. La logique entrepreneuriale l'emportait une fois de plus. Quand un salarié annonce son départ chez un concurrent, il est logique de s'en débarrasser. Mais une fois de plus, le clan Bayat n'a pas su gérer sa communication. Pourquoi détruire le bilan d'un entraîneur, adulé dans tout le Pays Noir, et soutenu par une presse qui lui reconnaît des talents de tacticien et de meneur d'hommes ? Mathijssen a tout de même transformé une bête de somme aux portes de la relégation en cheval de course luttant pour les places européennes. En fustigeant son bilan, Abbas Bayat devait bien savoir qu'il touchait un point sensible. Depuis une semaine, Abbas Bayat s'est rendu compte de certaines erreurs. Il corrige son image et verse dans la communication, comme un politicien en campagne électorale : " Je suis d'une nature discrète. Je n'aime pas être constamment sur le devant de la scène. Je n'ai pas été éduqué pour cela, mais quand il faut prendre ses responsabilités, je ne me cache pas. Après le licenciement de Mathijssen, la situation requérait ma présence ". Il répond à toutes les sollicitations (même si Sport/Foot Magazine attend toujours une interview), il s'explique devant les supporters (après les avoir provoqués contre Lokeren et à Genk) et surtout, il affine son discours. Mais il manque souvent de clarté et de nuances du fait d'un français trop approximatif. Sur le limogeage de Mathijssen, on sait désormais qu'Abbas Bayat a été fortement déçu du comportement du Limbourgeois. Il a appris de la bouche d'un journaliste que son coach négociait avec Bruges. Ce qui a définitivement rompu le lien de confiance. Néanmoins, c'est Abbas, en tenant des propos incendiaires sur son coach, qui l'a lui-même poussé dans les bras d'une autre fiancée. Il explique aussi mieux sa démarche. Sur les ondes de Vivacité, il lance qu'il veut participer à la Ligue des Champions en 2008-2009, ce qui oblige son club à terminer à l'une des deux premières places lors du prochain championnat. Propos ambitieux et démesurés une nouvelle fois. Pourtant, hors micro, il dit qu'il veut que son équipe montre une volonté de gagner chaque rencontre mais que si cette volonté existe et que le Sporting ne termine que cinquième, il sera satisfait. Pourquoi ne pas parler de la sorte publiquement ? Car il veut choquer et booster son effectif. Car il veut aussi envoyer un signal au staff. " Cette saison, parfois, je n'avais pas l'impression que mes joueurs étaient assez concentrés et voulaient vraiment gagner ". Dans son esprit, c'est donc là qu'intervient l'entraîneur dont le rôle principal est de montrer la même ambition que le patron et de préparer son groupe comme s'il allait au combat. " Un entraîneur qui va dans le bureau du président en disant qu'il veut être champion sera de suite engagé par Abbas Bayat ", nous confirme-t-on. Quelles que soient les qualités tactiques ou l'expérience de l'entraîneur en question. Pour Bayat, Mathijssen n'a pas su insuffler à son groupe cette rage de vaincre perpétuelle et cette ambition démesurée. Or, sur ce point-là, on ne peut que donner tort à Abbas Bayat. Le Limbourgeois a toujours su trouver les mots adéquats capables de réveiller et de motiver ses hommes. Parfois, c'est vrai, les Zèbres sont passés à côté de leur rencontre. Sans doute à cause d'une certaine lassitude physique et mentale. A cause aussi d'un noyau étriqué. Certains éléments n'avaient pas le niveau. Par son système organisé, Mathijssen avait forgé un collectif dans lequel les individualités fortes ou les hommes en forme du moment parvenaient à compenser les faiblesses des autres. Et une fois que ces individualités ne tournaient pas, la défaite surgissait. C'est donc tout naturel qu'Abbas Bayat fasse confiance à Philippe Vande Walle. Le citoyen de Gozée possède la hargne, il est ambitieux (le président a été séduit par le fait que Vande Walle ait pour but de devenir entraîneur des gardiens du Bayern Munich) et sait être colérique (avec ses origines orientales, Bayat s'est toujours montré distant d'un Mathijssen, souvent réfléchi et taiseux). Pourtant, l'homme d'affaires iranien s'est ménagé une porte de sortie. Il n'a pas voulu dévoiler la durée du contrat qu'il avait offert à Vande Walle. Cela ressemble à un contrat à durée indéterminée mais cela n'en est pas un. Il s'agirait plutôt d'un contrat basé sur la performance. " Fais tes preuves et on verra... ". Car Vande Walle ne jouit pas d'une confiance sans limites. " Je n'attendrai pas de perdre les dix premiers matches de la prochaine saison pour le mettre dehors ", a claironné Bayat. Reste désormais le problème du noyau. Quand on soulève la question d'un noyau trop faible pour concurrencer sur la longueur Gand, Genk, Bruges, le Standard et Anderlecht, il la balaie d'un revers de la main : " Ce qui compte, c'est l'entraîneur. C'est lui qui fera d'un groupe moyen une équipe championne ". Le modèle de Bayat, c'est Manchester United. Il veut quelqu'un avec le charisme de Sir Alex Ferguson. Ambitieux et colérique ; teigneux et visionnaire. Pourtant, il devrait savoir qu'avant de remporter des trophées avec Manchester, Ferguson a dû construire son projet. Si l'Ecossais est arrivé en 1986 à Manchester, il n'a gagné son premier trophée qu'en 1990 et son premier titre en 1993. Et surtout que Sir Alex choisit lui-même ses joueurs. " En trois ans, Mathijssen n'a rien apporté au Sporting. De plus, quand on analyse les statistiques, on voit bien que cette formation n'était pas assez offensive. Elle ne frappait pas assez au but en comparaison avec les autres ténors du championnat ", lance Bayat. Mathijssen trop défensif ? Si lors de la première saison, c'était bien le cas, on ne peut plus raisonner de la sorte depuis un an et demi. Charleroi avait un jeu chatoyant. Mais la réputation de Mathijssen était faite et son surnom de Mourinhobelge n'allait certainement pas l'aider. Or, ce que voulait Abbas, ce n'était pas un JoséMourinho mais un Ferguson... Pourtant, si on voit mal Manchester se séparer de ses joyaux, Charleroi devra laisser partir Badou Kere, Majid Oulmers (en négociation avec le Standard et de plus en plus en marge du discours carolo), Fabien Camus (qui ne masque pas son impatience de départ), et Izzet Akgül. Comment dès lors revendiquer le titre ? Abbas Bayat compte sur le retour de Bertrand Laquait mais celui-ci préfère ne pas revenir. Sur ce dossier-là, Bayat joue également la méthode Coué : sûr de son coup, il a laissé partir Patrice Luzi. Mais si Laquait déniche de l'embauche dans un autre pays, Charleroi se retrouve sans gardien. " Je doute que Luzi trouve un employeur tout de suite. Si le dossier Laquait capote, on pourra toujours reprendre le Corse ". Le football, c'est si simple... par stéphane vande velde - photo: belga/lefour