Le Kazakhstan fait-il partie de l'Europe ou de l'Asie ? Au siège de la fédération de football, à Almaty, l'ancienne capitale, le directeur général Sayan Khamitzhanov et le secrétaire Askar Akhmetov contemplent la carte affichée au mur. Géographiquement, l'Europe s'arrête au massif de l'Oural, qui marque, en Russie, le début de la Sibérie. Mais au sud du massif, où se situe la frontière ? Le long de la rivière Oural, qui aboutit dans la mer caspienne, selon Akhmetov : " 10 % du Kazakhstan se trouvent en Europe, ce qui nous a permis de choisir entre l'Asie et l'Europe, contrairement à l'Ouzbékistan et au Turkménistan, par exemple. La population est un mélange des deux mais nous nous sentons européens ". Au nord, les visages sont russes, au sud, les traits sont plus asiatiques. La moitié de la population est musulmane mais on ne voit pas de longues barbes ni de foulards en rue, on sert partout de l'alcool. La bière est délicieuse et la vodka coule à flots.
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Le Kazakhstan fait-il partie de l'Europe ou de l'Asie ? Au siège de la fédération de football, à Almaty, l'ancienne capitale, le directeur général Sayan Khamitzhanov et le secrétaire Askar Akhmetov contemplent la carte affichée au mur. Géographiquement, l'Europe s'arrête au massif de l'Oural, qui marque, en Russie, le début de la Sibérie. Mais au sud du massif, où se situe la frontière ? Le long de la rivière Oural, qui aboutit dans la mer caspienne, selon Akhmetov : " 10 % du Kazakhstan se trouvent en Europe, ce qui nous a permis de choisir entre l'Asie et l'Europe, contrairement à l'Ouzbékistan et au Turkménistan, par exemple. La population est un mélange des deux mais nous nous sentons européens ". Au nord, les visages sont russes, au sud, les traits sont plus asiatiques. La moitié de la population est musulmane mais on ne voit pas de longues barbes ni de foulards en rue, on sert partout de l'alcool. La bière est délicieuse et la vodka coule à flots. Le Kazakhstan s'est d'abord affilié à l'Asie. Akhmetov : " Ce fut une erreur. On ne progresse qu'au contact des meilleurs or le niveau asiatique est faible. L'opinion publique et l'arrivée d'autres dirigeants a provoqué notre déménagement ". Yerik Sadykov et Geniy Toulegenov, journalistes à Prosport, soulignent le rôle de la presse : " Notre journal a organisé un referendum auprès des joueurs, de la presse et du public : 99 % ont choisi l'UEFA. La TV a fait pression et des dirigeants plus jeunes ont fait le reste. Sans cela, le Kazakhstan serait toujours en Asie ". Malgré une succession de revers, le Kazakhstan, qui était numéro 97 en 2001, ne regrette pas ce changement, selon Khamidzhanov : " Mieux vaut être le dernier d'une bonne classe que le premier d'une faible. Dans le premier cas, on peut au moins progresser ". La première campagne de qualification, pour le Mondial, a été dure, dans un groupe avec l'Ukraine, le Danemark, la Grèce et la Turquie. Le pays ne se fait pas d'illusions pour l'EURO 2008, selon Akhmetov. " Nous pouvons peut-être grappiller quelques points à domicile contre l'Arménie ou l'Azerbaïdjan, qui n'ont pas plus de talent ni de moyens que nous. Par contre, ils ont plus d'expérience en Europe ". Le Kazakhstan a enrôlé un sélectionneur néerlandais, Arno Pijpers. Akhmetov : " Il a fait progresser l'Estonie, un petit pays. Il connaît nos adversaires et possède la licence européenne, qu'aucun Kazakh n'a. Il doit nous apprendre à travailler professionnellement ". La vue, depuis les chambres de l'hôtel Otrar, à Almaty, fait oublier les douze heures de vol. Le soleil brille sur la coupole dorée de l'église Zenkov, dans le parc Panfilov, et sur les cimes enneigées du Zailiysky Alatau, qui culminent à plus de 5.000 mètres. A une demi-heure de route du centre, on peut skier la majeure partie de l'année au Shymbulek. En été, on loue des VTT pour des trekkings de plusieurs jours à travers les montagnes. Almaty n'a rien d'asiatique. Ville verte, elle a de larges boulevards. Des buildings soviétiques côtoient des bâtiments modernes. Seules deux constructions en bois datant du fort russe érigé en 1854 ont résisté au tremblement de terre de 1911. Des Mercedes, BMW et Lexus neuves forment des files sur les boulevards. On voit peu de taxis sur les rues, qui ont changé de nom après l'indépendance, mais il suffit de faire un signe et toute auto devient un taxi potentiel. Le temps d'indiquer sa destination, de négocier un peu le prix et on est en route, le long de luxueuses boutiques françaises et italiennes. Amer, Toulegenov constate : " Il y a 160 casinos mais les jeunes footballeurs n'ont pas de terrains convenables ". Le manque d'infrastructures est le principal problème du football et les clubs de D1 n'y échappent pas. L'année passée, seul Kairat a obtenu une licence européenne. Cette année, le vainqueur de la Coupe, le club de la nouvelle capitale, Astana, entraîné par Pijpers, n'en a pas eu et Kairat a pris sa place. Après l'indépendance, tout était simple : celui qui avait de l'argent jouait en D1. 20 équipes ont obtenu la licence, la première saison. Il suffisait d'offrir aux joueurs un salaire mensuel de minimum 200 dollars et de maximum 1.000 dollars. Le salaire mensuel moyen a atteint ce seuil. Primes comprises, un joueur moyen gagne 30.000 euros par an, bien plus qu'un simple travailleur. La Fédération va bientôt organiser ses matches dans le stade flambant neuf du FC Aktobe, le plus proche de l'Europe, mais les Diables Rouges découvriront sans doute l'atmosphère de la cosmopolite Almaty. Le stade central offre sans doute la plus belle vue au monde, avec les montagnes enneigées. Il a été construit en 1958 et peut accueillir 26.000 personnes. Il était comble pour le derby contre l'Ukraine mais 13.000 personnes seulement se sont déplacées pour le Danemark. C'est beaucoup comparé à l'assistance des clubs. Seul le FC Tobol a une moyenne de 8.000 fans. Il est le seul club kazakh à avoir franchi un tour en Coupe d'Europe. Le FC Alma Aty et Kairat, qui se produisent dans ce stade, ont décidé cette année de laisser entrer les gens gratuitement. La moyenne est passée de 3.000 à 5.500 fans mais pour le deuxième match, Kairat a demandé 200 tenge, soit 1,4 euro. Kairat, le club des chemins de fer, est un club de tradition. Il a le plus gros budget. Il est le seul à avoir évolué quelques saisons en D1 soviétique, pour la première fois en 1960. Il a obtenu sa meilleure place, la septième, en 1986. Il était en D2 lors de la chute de l'URSS, de même que Shakhtar Karanganda et Traktor Pavlodar (rebaptisé Yirish Pavlodar). Le deuxième club d'Almaty, le FC Alma Ata, est avec Kairat et le champion, Pavlodar, un des trois clubs de D1 sponsorisés par le privé. Il a une école des jeunes où les gosses combinent foot et études et un coach hollandais. Anthonis Joor forme la garde étrangère, avec Pijpers et le coach russe qui a conduit le FC Aktobe au titre en automne. Chef de l'école des jeunes d'ADO La Haye, il a reçu la visite d'une délégation du Kazakhstan en mai 2005. " Les Néerlandais sont des aventuriers... Le problème du football ici est son manque d'organisation et de discipline sur le terrain. Beaucoup d'équipes courent après le ballon alors que nous essayons de le faire circuler. Les jeunes ne manquent pas de talent, ils sont ambitieux mais il faut leur offrir les bons exercices pour qu'ils progressent. Ils considèrent la modestie de leur football national comme un défi : ils veulent changer les choses. Ce pays veut aller de l'avant. Le football en profite, même si un gouffre sépare les clubs. L'un a les moyens, l'autre mendie ". L'immensité du pays impose de longs déplacements, parfois 17 à 32 heures de train. Le record est détenu par Kairat quand il doit rallier Petropavlovsk : 40 heures. Tout Kazakh de plus de 30 ans se souvient de l'arbitre qui a dirigé le match Belgique - URSS au Mondial 1986 : le Suédois Frederiksson. " Il a volé l'URSS en accordant deux buts sur hors-jeu à la Belgique ". Il n'y aura pas de revanche la semaine prochaine. Le Kazakhstan va son chemin sans hâte, même s'il reste tourné vers la Russie. A Petropavlovsk, la ville natale du cycliste Alexander Vinokourov, le prix du train est indiqué en roubles et l'horloge indique l'heure à Moscou. Au Sports Bar San Siro d'Almaty, un écran géant qui retransmet un match de D1 russe attire l'attention. Dans une arrière-salle, une seule personne s'intéresse à Blackburn - Liverpool. Parmi le choix de bières, Heineken, Budweiser, la Blanche de Bruxelles et la Leffe ! Shamat Shimakov (28 ans), joueur de l'année, est le médian droit de Kairat et de l'équipe nationale : " Je suis heureux de jouer contre des Européens. C'est plus dur mais plus intéressant. Nous apprenons. Nous avons trop tardé à rejoindre l'UEFA. Nous accusons dix ans de retard, certainement pour la formation des jeunes. Gagner un match sera difficile. Nous jouons pour apprendre ". Une fracture de la jambe l'a bloqué à Rostov, en D2 russe, mais il rêve toujours de retourner à l'étranger. GEERT FOUTRÉ, ENVOYÉ SPÉCIAL AU KAZAKHSTAN