Si l'union entre Thomas Chatelle et Anderlecht a été entérinée récemment, la première tentative de séduction entre les deux parties remonte à près de dix ans déjà, époque où le médian bruxellois venait de rallier La Gantoise après avoir fourbi ses armes auprès de la jeunesse malinoise sous les ordres d'un certain... Frankie Vercauteren.
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Si l'union entre Thomas Chatelle et Anderlecht a été entérinée récemment, la première tentative de séduction entre les deux parties remonte à près de dix ans déjà, époque où le médian bruxellois venait de rallier La Gantoise après avoir fourbi ses armes auprès de la jeunesse malinoise sous les ordres d'un certain... Frankie Vercauteren. Thomas Chatelle : " A la maison, j'avais reçu un beau jour la visite de deux émissaires du Sporting : Philippe Collin et Emile Servranckx. Ils désiraient savoir si j'étais favorable à un passage au RSCA. Supporter des Mauves depuis mon plus jeune âge, il va sans dire que je n'étais pas réfractaire du tout à cette perspective. Malheureusement, la direction des Buffalos ne l'entendait pas de cette oreille et le dossier est resté sans suite. Si je n'ai pas rallié le Parc Astrid, je n'en suis pas moins resté un suiveur très attentif de l'équipe. Quand l'occasion m'en était donnée, je me rendais d'ailleurs à ses matches à domicile. Une habitude que j'avais cultivée dès le début de mon adolescence car dès les années '90, j'ai assisté à des rencontres au stade Constant Vanden Stock. " Thomas Chatelle : Vu mon inclination offensive, je n'avais d'yeux que pour les attaquants : Luc Nilis, bien sûr, Johnny Bosman, Luis Oliveira. Mais mon joueur-fétiche était Marc Degryse. Il m'a permis de vivre pas mal de moments d'exaltants. Comme cette victoire contre le Standard décisive dans la course au titre en 1994. Je suis bien placé pour le savoir car mon père a toujours été un partisan acharné des Rouches ( il rit). Une consolation quand même pour lui : en tant que féru d'Anderlecht, j'ai eu mon lot de malheurs aussi. Comme cette soirée maudite où les Sportingmen, dirigés par Johan Boskamp, furent étrillés 5-3 par le Werder Brême. J'en avais les larmes aux yeux. C'est vrai. J'ai vécu la dernière année de mon idole à Gentbrugge et c'est Bossie qui m'a lancé là-bas. J'avais toutefois eu droit, au préalable, à une toute bonne préparation car en l'espace de cinq ans, à Malines, j'ai été formé par un coach hors-pair chez les jeunes, à savoir Frankie Vercauteren. Même si je me félicite de retrouver dans mon tout nouvel entourage Ariel Jacobs, que j'ai connu comme directeur technique au Racing Genk, je regrette quand même d'avoir loupé de peu mon ancien mentor chez les Sang et Or. Car c'est lui, sans conteste, qui a fait de moi le footballeur pro que je suis. Plus d'une fois, je l'ai maudit car j'en ai bavé avec lui. Mais avec le recul, je lui suis reconnaissant d'avoir été aussi exigeant avec moi. Il m'a endurci et, grâce à lui, je me suis forgé une carapace. D'un côté, c'est bien, parce qu'il connaît évidemment mes qualités. Mais ce n'est pas en raison d'un vécu commun dans le Limbourg que je dois m'attendre à un traitement de faveur de sa part. Il me l'a dit et répété au téléphone au moment de ma signature : pour lui, au deuxième tour, tout le monde, sans exception, repart de zéro. Ce sera moi, et moi seul, qui déterminerai mon avenir au Parc Astrid. Le groupe avait forcément moins de contacts avec lui qu'avec l'entraîneur. Il n'empêche que les fois où il nous adressait la parole, tout le monde était tout ouïe. Ariel Jacobs est un homme de peu de mots mais chacun d'entre eux est précis. Ses propos n'en ont que plus de poids. J'ai cru comprendre, à travers mes premiers contacts au Sporting, qu'il n'avait pas changé de ce point de vue. Son aura non plus, manifestement. On sent beaucoup d'estime pour lui ici. Honnêtement, la situation ne peut qu'aller mieux au deuxième tour. Lors des matches aller, on ne peut pas vraiment dire que le ballon a roulé pour Anderlecht. Si une équipe peut se plaindre de ne pas avoir récolté suffisamment de points par rapport à certaines séquences de jeu déployées, c'est le Sporting. Personnellement, j'ai vécu de très près son match contre nous, au stade du Phénix. Ce soir-là, les Mauves n'auraient pas usurpé la victoire. Des cas pareils, les Bruxellois en ont connu d'autres tout au long du premier volet de la compétition. Semblable poisse n'a qu'un temps. Il est inconcevable qu'elle s'éternise. C'est pourquoi je crois fermement en une réhabilitation lors de la seconde tranche. Anderlecht ne peut que remonter la pente. Et ce constat est d'application pour Genk aussi. En réalité, il y a pas mal de similitudes entre les deux clubs cette saison. Le Racing aussi, sans mal jouer, n'a pas toujours été récompensé de ses efforts. Du coup, le doute s'installe et les joueurs sont alors taraudés par la peur de mal faire. Il suffit toutefois d'un déclic pour repartir du bon pied. Et je suis persuadé qu'il ne saurait tarder, tant pour mes anciens coéquipiers que pour mon nouveau club. La direction du Racing m'a effectivement soumis une prolongation de bail, avant et après mon opération. C'était un beau geste de la part de mon employeur mais il tombe sous le sens qu'il était en position de force à ce moment-là, ce qui ne valait pas pour moi. De ce fait, les tractations ont traîné en longueur pour arriver finalement à un point de non-retour. Ce fut une déchirure émotionnelle, qui m'a d'ailleurs valu de subir les foudres de l'une ou l'autre personnes là-bas mais qu'y puis-je si le nouveau contrat proposé ne recueillait pas vraiment mon adhésion ? J'ai toujours soutenu qu'en cas de dé- part du Limbourg, j'opterais pour un club du top-3 en Belgique ou pour l'étranger. L'opportunité s'est en définitive présentée puisque le RSCA m'a fait un appel du pied. Certains diront, bien sûr, que le Sporting n'émarge pas, pour l'heure au sommet du football belge. Mais sa position actuelle, au septième rang, n'est que temporaire. Pour moi, Anderlecht est et reste le sommet. Même si cette saison, il sera très difficile de gravir tous les échelons qui mènent à la première place. Au contraire, j'y étais préparé, tant sportivement que mentalement. Mon épouse n'était pas opposée non plus à un séjour hors-frontières. A condition, bien sûr, que l'offre nous agrée sur tous les plans. Contrairement à d'autres, qui n'hésitent pas à s'expatrier n'importe où dès l'instant où le jeu en vaut la chandelle, je ne me vois pas jouer dans des pays comme la Turquie, la Grèce ou Chypre. Puisque les contacts étaient vagues dans des championnats qui avaient mes faveurs, comme la France par exemple, j'ai préféré jouer la carte des Mauves, qui ont été les premiers à se manifester. Le Standard et le Club Bruges lui ont emboîté le pas, mais l'approche était plus vague. De toute façon, à offre égale, j'aurais privilégié le Sporting pour les raisons que j'ai évoquées. J'ai vraiment besoin de challenges pour avancer, sans quoi je verse dans la facilité et la monotonie. C'est peut-être la raison pour laquelle j'avais besoin de quitter Genk avec qui j'avais connu le summum : un titre de champion en 2002 et la participation à la Ligue des Champions la saison suivante. Je ne pouvais espérer davantage là-bas. Aussi, pour ne pas me reposer sur mes lauriers, un nouveau défi était-il sans doute souhaitable. Le Sporting en est un car je vise à m'imposer là-bas. Vous avez signé un contrat de 4,5 ans. Qu'espérez-vous atteindre ou obtenir durant cette période ? Je souhaite contribuer à la matérialisation de quelques objectifs : le titre, bien sûr, mais pourquoi pas la coupe de Belgique dans quelques mois ? Le Sporting n'a plus connu le succès final dans cette épreuve depuis 1994. C'est long pour un club de cette envergure. Dès lors, pourquoi le Sporting n'irait-il pas au bout de cette ambition cette année ? Je ne pense pas que le fait d'évoluer à Genk ou Anderlecht change grand-chose pour le coach national. Les Diables Rouges, c'est quasiment un aboutissement logique pour ceux qui se signalent dans leur club respectif. Au Racing, j'ai été trop souvent freiné par les blessures pour m'inscrire dans la durée en sélection. J'ose espérer que je serai plus chanceux au RSCA. Si on m'avait proposé le 13, j'aurais peut-être réfléchi (il rit). Mais le 12, non. Je ne suis pas superstitieux. Les accidents de parcours, je les attribue à une poisse insigne, qui n'est sûrement pas liée au numéro que je porte. Ils m'ont indéniablement fait mûrir en même temps qu'ils m'ont coûté quelques mois précieux dans ma carrière. Ils ont contribué à ce que je ne sois mû que par un seul désir : rattraper le temps perdu. Chaque fois que j'ai été sur le flanc, j'ai toujours eu l'envie de revenir plus fort qu'avant, histoire de prouver que j'avais des ressources morales insoupçonnées. Je pense y être invariablement parvenu. Il est vrai que je ne me suis jamais posé trop de questions quant à tous ces pépins. Il s'agissait de quatre blessures différentes, complètement indépendantes les unes des autres. Peut-être ma réaction eut-elle été tout autre si j'avais fait des rechutes. Mais comme ce n'est pas le cas, je ne me suis jamais mis martel en tête. Sous l'angle collectif, j'ai à c£ur de redresser la barre avec le Sporting. Je n'imagine pas le club privé d'une 44e participation européenne de rang. D'un point de vue personnel, j'espère être délivré de tout tourment physique afin d'être pleinement opérationnel pour mes couleurs au cours des mois à venir. Si ces deux v£ux sont exaucés, j'aurai de quoi être amplement satisfait. par bruno govers