Depuis le 24 septembre, Mike Origi a tourné la plus belle page de sa carrière. Depuis le début de la saison, le grand Kényan devait en effet se contenter d'une place sur le banc des réservistes à Genk. Ne voyant guère l'opportunité, sinon au compte-gouttes, de s'y extraire, il a choisi de quitter le Phenixstadion pour rejoindre un stade Machtens où le RWDM compte sur lui pour booster son potentiel offensif. Les souvenirs limbourgeois ne s'effaceront jamais de sa mémoire mais il espère rapidement les substituer par de bons moments à Bruxelles.
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Depuis le 24 septembre, Mike Origi a tourné la plus belle page de sa carrière. Depuis le début de la saison, le grand Kényan devait en effet se contenter d'une place sur le banc des réservistes à Genk. Ne voyant guère l'opportunité, sinon au compte-gouttes, de s'y extraire, il a choisi de quitter le Phenixstadion pour rejoindre un stade Machtens où le RWDM compte sur lui pour booster son potentiel offensif. Les souvenirs limbourgeois ne s'effaceront jamais de sa mémoire mais il espère rapidement les substituer par de bons moments à Bruxelles. Le grand Kényan et Patrick Thairet n'ont guère eu l'occasion de faire conaissance. A peine arrivé, il est aligné contre Westerlo. Malgré une prestation honorable où son absence de rythme a été palpable, il n'a pas pu empêcher la sixième défaite en sept matches du second club de la capitale. L'échec de trop pour l'entraîneur du RWDM qui fut prié de rendre son tablier à Emilio Ferrera... deux jours après avoir pourtant été confirmé dans ses fonctions. Drôle de méthode. Mike Origi a évidemment suivi cet épisode avec circonspection et fatalisme. "Je n'étais pas présent lors des six premiers matches pour connaître les responsabilités", dit-il. "Au premier abord, Patrick Thairet effectuait bien son boulot mais ce sont les dirigeants qui décident. Moi, j'avais besoin de retrouver mes sensations de match et je m'y suis appliqué durant les entraînements. C'est ce qui me manque depuis le début de la saison mais ce feeling va revenir très vite". Il y a intérêt car, désormais, il y a vraiment urgence pour le RWDM. Le départ catastrophique sur le plan purement chiffré ne peut perdurer sous peine d'hypothéquer déjà fortement les chances de maintien. Après de nombreuses hésitations et des tests souvent ridicules, la direction molenbeekoise a opté pour Mike Origi afin de soutenir le Russe galopant Alexandre Kolotilko à la pointe de l'attaque. Il est d'ailleurs plus que probable qu'un renfort offensif supplémentaire soit encore acquis afin d'offrir à l'entraîneur une réelle force de frappe. Mike Origi constitue-t-il la pièce qui manquait au puzzle? Il est trop tôt pour le dire. D'autant que, ces dernières années, il n'a que rarement été aligné en tant qu'attaquant pur. Il a eu tendance à glisser sur le flanc droit de l'entrejeu. "Il est exact que ces deux dernières années, j'ai été amené à reculer dans le jeu. Mais faut-il vous rappeler que Genk alignait la paire offensive la plus impressionnante du championnat avec Souleymane Oulare et Branko Strupar? Il aurait été suicidaire de ma part de réclamer la place de l'un ou de l'autre. La saison dernière, le club avait acquis des attaquants censés faire oublier les deux anciennes stars. Je n'étais pas le premier choix en tant qu'avant de pointe". "L'instinct de l'attaquant ne meurt jamais"Mike Origi n'est plus de première jeunesse. Il va sous peu fêter ses 34 ans. Ce qui, dans le milieu très privé des attaquants, peut paraître quasiment comme un âge de... péremption. "Je ne suis pas d'accord avec cette analyse. Un attaquant reste un attaquant. Cela doit être de l'instinct. Il peut ne pas être utilisé ou plutôt être sous-utilisé pendant une période plus ou moins longue, mais il revient rapidement dès que l'on fait appel à lui". Pourquoi dès lors de ne pas avoir tenté de le remettre en vedette à Genk où l'arrivée d'un nouvel entraîneur, le Néerlandais Sef Vergoossen, pouvait modifier les données du jeu? "Il possède une méthode très personnelle pour gérer un groupe. En début de saison, il a demandé aux joueurs quelle était leur position favorite sur le terrain. Je n'ai pas hésité à écrire: attaquant. C'est donc un choix personnel. Stratégiquement, j'aurais peut-être dû dire entrejeu droit, mais cela n'aurait pas correspondu à mes envies. Ensuite, il a opté pour un duo offensif Moumouni Dagano- Wesley Sonck. Je devais me contenter d'une place sur le banc. Ce qui, à la lumière du début de saison des deux compères offensifs, ne me choque pas. Néanmoins, il faut me comprendre. Moi, je voulais jouer, mais l'entraîneur n'avait pas de place pour moi". Fortement attaché à Genk, Mike Origi s'est dans un premier temps accroché en pensant sans doute que tout pouvait changer très vite. Malheureusement pour lui, la roue de la fortune, qui avait boudé Genk l'an dernier, a recommencé à tourner dans le bon sens. "En début de saison, j'avais eu des touches avec plusieurs clubs belges dont je préfère taire le nom, mais aussi avec Omonia Nicosie, l'équipe chypriote entraînée par Henk Houwaart. J'ai préféré refuser. Il y a trois semaines, la situation avait évolué. Je n'étais pas prêt à quitter Genk mais je ne voulais pas non plus rester toute la saison sur le banc. Je suis trop vieux pour être réserviste". "Je suis parti à Genk grâce à Houwaart"C'est donc presque la mort dans l'âme qu'il a accepté de tourner la page limbourgeoise pour ouvrir le chapitre bruxellois. Déjà le quatrième en Belgique, puisqu'avant Genk et le RWDM, il y a eu Ostende et Harelbeke. "On fait souvent le parallèle entre le club molenbeekois et les Côtiers, qui ont basculé en D2 lorsque j'y étais. Moi, je dis, même seulement après quelques jours à Bruxelles, que la situation est fondamentalement différente. A Ostende, personne, du président aux joueurs, n'était prêt à tout donner pour conserver sa place parmi l'élite. Au RWDM, je sens un enthousiasme très fort et une envie farouche d'y arriver. Mentalement, l'approche est à l'opposé. A Harelbeke, j'ai connu un entraîneur très important pour moi: Henk Houwaart. Autant Urbain Haesaert à Ostende misait sur la défense, autant le Hollandais y allait gaiement sur le plan offensif. C'est probablement à lui que je dois mon passage à Genk où j'ai côtoyé un autre coach essentiel dans ma carrière: Aimé Anthuenis. C'est lui qui m'a fait admettre que je pouvais être performant sur le flanc droit. La première année, nous avons été champions et, la seconde, nous avons raflé la Coupe de Belgique. C'est gravé à tout jamais dans ma mémoire". Si, à Genk, le Kényan, qui compte plus de septante sélections en équipe nationale, n'était qu'une pièce d'un ensemble, au RWDM, il a été accueilli comme le sauveur. Celui qui doit marquer les buts. "Jamais, je ne vais dire que je suis l'élément le plus important d'une équipe. Je connais trop l'importance de la force collective. Néanmoins, chacun possède une mission. Je sais pourquoi le club m'a engagé. Je suis ici pour faire la différence et je vais m'y atteler. Je ne peux évidemment rien promettre car tout dépend des circonstances mais, depuis mon arrivée en Belgique il y a neuf ans, je marque entre 10 et 15 buts. Du moins lorsque je suis aligné comme attaquant". Entre Genk qui roule sur l'or depuis plusieurs années et qui peut compter sur plus de 15.000 supporters, et le RWDM où il faut se serrer la ceinture pour y arriver, Mike a dû subir un choc des cultures. "L'environnement est très différent. Au niveau financier évidemment mais aussi en ce qui concerne les infrastructures et l'organisation. Néanmoins, c'est surtout dans ma tête que le déclic s'est produit. Depuis le début de la saison, je m'entraînais très durement à Genk, sans véritable but. Je savais que, le week-end, je devrais me contenter d'une place sur le banc. Aujourd'hui, je sue avec un objectif: jouer le match suivant. C'est une approche des événements très différente. C'est la raison pour laquelle je refuse de parler d'un pas en arrière. Entre être réserviste dans un club qui veut jouer l'Europe et évoluer dans une équipe qui doit se battre pour le maintien, mon choix est vite fait. Evidemment, il faudra trimer jusqu'à la fin de la saison, mais il ne faut surtout pas que le trou s'agrandisse. Je sens bien sûr un doute planer sur le groupe mais il n'y a qu'un remède pour rétablir la confiance: gagner". A bientôt 34 ans, Mike Origi a probablement paraphé son ultime contrat en Belgique. "Tant que je tiendrai le coup physiquement, je continuerai. Quant à mon avenir, il pourrait bien être toujours dans votre pays. J'habite à Zutendael et mes trois enfants vont à l'école en néerlandais. Si cela ne tenait qu'à moi, je retournerais au Kenya. Mais je n'ai pas envie de les déraciner".Jean-Marc Ghéraille