Samedi, Pepinster accueille Wevelgem. Un match entre deux équipes géographiquement situées aux deux extrêmes du pays et sportivement calfeutrées dans le ventre mou du classement. Depuis que les playoffs ont ouvert leurs portes à huit équipes, cette saison, cela signifie toutefois qu'elles pourraient se disputer l'une des dernières places qualificatives pour le tour final.
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Samedi, Pepinster accueille Wevelgem. Un match entre deux équipes géographiquement situées aux deux extrêmes du pays et sportivement calfeutrées dans le ventre mou du classement. Depuis que les playoffs ont ouvert leurs portes à huit équipes, cette saison, cela signifie toutefois qu'elles pourraient se disputer l'une des dernières places qualificatives pour le tour final.Pepinster et Wevelgem ont la particularité d'être dirigés par deux coaches de l'Est: le Croate Niksa Bavcevic (qui, en dehors de son pays, a aussi entraîné en Suisse, en Autriche et en Pologne) et le Yougoslave Rajko Toroman (également actif en Grèce et en Pologne précédemment). En marge du duel qu'ils se livreront au Hall du Paire, nous leur avons demandé de jeter un regard global sur le basket belge à partir de leur point de vue de techniciens formés dans des pays où le ballon orange est un objet de culte.Que pensez-vous du niveau du championnat de Belgique?Bavcevic : Personnellement, je n'ai pas été surpris par la qualité de la compétition. Avant même que j'arrive, il était visible de l'extérieur que le niveau du championnat était très bon. Ce niveau s'est encore élevé de 15 à 20% cette saison-ci. Les résultats obtenus par les clubs belges sur la scène européenne le démontrent. Lorsque j'avais déclaré, voici quelque temps, que le championnat de Belgique était en ordre d'importance le sixième en Europe, certains journalistes avaient souri. Je persiste et signe: la France, l'Espagne, l'Italie, la Grèce et la Turquie sont d'un niveau supérieur, mais à part cela? La Pologne? Le championnat n'est pas aussi bien structuré qu'ici. L'Allemagne? Lors des confrontrations directes, les clubs belges prennent régulièrement le meilleur sur les clubs allemands. La Russie? Eventuellement, mais ce pays est confronté à l'exode régulier de ses joueurs. La Belgique dépasse tous ces pays sur le plan qualificatif, mais également au niveau de l'intérêt du public. Toroman : Avant d'arriver, je connaissais Ostende et Charleroi. Je découvre aujourd'hui que d'autres clubs sont également très performants. La seule chose qui fait défaut à la Belgique, c'est une équipe nationale forte. Je ne comprends pas pourquoi elle ne s'est plus qualifiée pour un Championnat d'Europe depuis 1993. En vertu de la qualité des joueurs, c'est anormal. Le jour où le succès sera au rendez-vous, la fédération éprouvera plus de facilités pour dénicher des sponsors et aura alors les moyens d'engager un coach professionnel. Vous entraînez tous les deux une équipe de milieu de classement. Comment pouvez-vous la faire progresser?Bavcevic : En travaillant deux fois plus que les autres. Pepinster et Wevelgem sont limités budgétairement. Si l'on tient compte des moyens financiers, une place en milieu de classement est déjà un succès. Toroman : Pepinster et Wevelgem sont deux équipes qui pratiquent un excellent basket. Nous espérons chacun accrocher la 8e place afin de participer aux playoffs, mais dans le cas de Wevelgem, ce ne sera pas simple. La défaite contre Hasselt risque de faire mal. Pepinster et Liège seront nos deux rivaux les plus sérieux. Je trouve ma satisfaction dans le fait que nous sommes en train de bâtir une équipe très jeune. Si nous pouvons la conserver au cours des saisons à venir, Wevelgem aura son mot à dire. Autre similitude: Pepinster et Wevelgem alignent peu de joueurs belges.Toroman : Je ne suis pas d'accord avec cette affirmation. A Wevelgem, nous avons cinq jeunes joueurs belges. Ils ne figurent pas dans le cinq de base? Cela dépend des matches. Parfois, j'ai deux Belges sur le terrain au coup d'envoi. J'accorde une chance réelle aux joueurs belges. La saison dernière, j'avais très bien travaillé avec Wouter Dewilde. Cela lui a valu un transfert à Charleroi. Cette saison, j'essaye de lancer Tom Van de Keere. Il commence à percer : en janvier, Tony Van Den Bosch l'avait invité aux entraînements de l'équipe nationale. Il n'a pas le même style que Wouter Dewilde, mais c'est un très bon joueur également. Bavcevic : Je suis très conscient du problème lié au nombre excessif d'étrangers. La situation était déjà préoccupante lorsque je suis arrivé, la saison dernière. Cet été, j'ai donc demandé à mon président d'engager Thomas Van Den Spiegel, Yves Dupont, Wouter Dewilde et Dimitri Lauwers. Vous souriez? Je vous comprends. Mon président a souri également. C'était impossible pour des raisons financières. Pepinster a donc engagé Vulic, Vujic, Samanic et Karhimanovic. Nous avons prospecté le marché de l'Est parce que c'est un marché que je connais bien. On a parlé de la légion étrangère de Pepinster. Je suis le premier à regretter cette invasion. La Belgique devrait former des joueurs belges auxquels les jeunes pourraient s'identifier. Eric Struelens est une légende, mais il faut se rendre en Espagne pour le voir jouer. On devrait avoir des légendes dans le championnat de Belgique. Au rythme où l'on va, les jeunes Belges devront bientôt s'identifier à Roger Huggins plutôt qu'à Eric Struelens. Ces dernières semaines, à Pepinster, David Kalut et Benoît Rasquin ont régulièrement figuré dans le cinq de base. Mais, pour accentuer la tendance, il faudra du temps. C'est la raison pour laquelle nous avons lancé l'idée de créer le Centre de Formation Pierre Raskin. Cela commence à porter ses fruits. Des Cadets et des Juniors sont progressivement introduits en équipe-fanion. Ils ne jouent pas encore un rôle majeur, mais patience! La saison prochaine, on pourra inscrire douze joueurs au lieu de dix sur la feuille de match, et nos jeunes auront de plus en plus droit au chapitre. D'autres équipes ont plus de joueurs étrangers que Pepinster.Pourquoi trouve-t-on aussi peu de joueurs belges?Bavcevic : L'impatience des dirigeants et des sponsors, qui veulent des résultats immédiats, est une explication. Une autre réside dans le fait qu'il n'y a pas de système de formation organisé. On ne travaille pas assez individuellement avec les jeunes joueurs. Les entraînements sont trop basés sur le collectif. J'essayerai d'appliquer en Belgique les principes de formation qui m'ont été enseignés dans mon pays. Le Centre de Formation Pierre Raskin est censé devenir le plus important de Wallonie. La province de Liège a toujours produit énormément de jeunes talents. La sélection liégeoise remporte régulièrement le championnat inter-provinces dans les catégories d'âge. Le potentiel existe. Reste à mieux l'exploiter. J'ai été engagé comme coach de l'équipe Première, mais j'ai très envie de m'impliquer dans le travail avec les jeunes.Toroman : A Wevelgem, il n'existe malheureusement pas un tel projet en matière de formation des jeunes. Nos jeunes s'entraînent trois fois par semaine, durant une heure et demie. C'est insuffisant. C'est de la récréation, pas de la formation. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner que les jeunes Belges atteignent tout juste un niveau suffisant pour évoluer en D3 ou en D4. J'ai vu les jeunes de Pepinster à l'oeuvre, lorsqu'ils sont venus jouer à Ypres, et j'envie franchement mon collègue Niksa Bavcevic. Les jeunes de Wevelgem sont encore loin de ce niveau-là : dans l'état actuel, je n'en vois pas un seul à qui je pourrais promettre un bel avenir en D1. Il faudrait effectuer un meilleur scouting, mais avec la concurrence toute proche d'Ypres et d'Ostende, c'est difficile d'attirer les jeunes les plus prometteurs à Wevelgem. La ville est trop petite, le club également. Il faudrait aussi trouver une salle où nos jeunes pourraient s'entraîner le matin, avant d'aller à l'école, mais ce n'est pas évident. En outre, le niveau de vie très élevé que l'on connaît en Belgique n'incite pas les jeunes à fournir beaucoup d'efforts. Les distractions sont nombreuses et la réussite dans le basket n'est pas une question de survie.Bavcevic : A Pepinster, nous essayons d'instaurer cinq entraînements par semaine de plus de deux heures, pour les jeunes. C'est un premier pas. Les études demeurent prioritaires -et c'est le cas dans tous les pays- mais la différence est trop flagrante par rapport avec l'étranger. La réintroduction d'un championnat d'Espoirs pourrait-elle apporter partiellement la solution?Toroman : Ce serait une bonne idée. Les jeunes doivent jouer plus souvent, et surtout participer à des compétitions plus relevées, afin qu'ils ne tombent pas dans la facilité. Bavcevic : J'espère que, la saison prochaine, la fédération acceptera enfin le système de la double affiliation, qui permettrait à des jeunes de prendre place sur le banc en D1 et de jouer en D2 ou en D3. En Croatie, il est interdit à un joueur de plus de 25 ans de disputer le championnat de D2. C'est sans doute excessif, mais je ne comprends pas qu'en Belgique, des gars de 40 ou 45 ans puissent barrer le chemin à des jeunes qui ont besoin de se faire les dents. Daniel Devos