En nous offrant la scène d'une reprise du club en la présence de l'acheteur et du vendeur, le Standard a en quelque sorte innové et voulu insister sur la transition en douceur et amicale entre Roland Duchâtelet et Bruno Venanzi. Une passation de pouvoirs mais pas vraiment une continuité. Rarement deux personnes ayant travaillé main dans la main ces huit derniers moins n'ont présenté un profil aussi différent. Il suffisait d'assister à la conférence de presse d'officialisation pour s'en convaincre.
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En nous offrant la scène d'une reprise du club en la présence de l'acheteur et du vendeur, le Standard a en quelque sorte innové et voulu insister sur la transition en douceur et amicale entre Roland Duchâtelet et Bruno Venanzi. Une passation de pouvoirs mais pas vraiment une continuité. Rarement deux personnes ayant travaillé main dans la main ces huit derniers moins n'ont présenté un profil aussi différent. Il suffisait d'assister à la conférence de presse d'officialisation pour s'en convaincre. Le contraste entre les deux visages marquait bien plus que la différence d'âge, il trahissait la différence d'approche vis-à-vis du football en général et du Standard en particulier. Autant l'un le voyait comme un business comme un autre, autant l'autre le vit, tout en émotion, les yeux scintillants. Autant l'un n'a jamais accroché à ce club et à sa région, autant l'autre est viscéralement attaché (et désormais associé) à l'un comme à l'autre. Et Venanzi eut beaucoup de mérite d'expliquer ses projets, de traduire en mots son émotion et son amour du Standard tout en respectant le bilan de son prédécesseur qu'il aurait été si facile de noircir. Pourtant, il suffisait de voir Duchâtelet s'éloigner, seul, vers sa Citroën et de comparer cette image avec la nuée de journalistes s'accrochant, au même moment, au moindre mot de Bruno Venanzi pour se rendre compte que le pouvoir avait changé de main. Le co-fondateur de l'entreprise énergétique Lampiris a racheté le Standard et s'est donc emparé du vaisseau liégeois comme un homme politique conquiert une grande sélection. Dans l'allégresse, l'insouciance et en bénéficiant de l'état de grâce de ceux qui jouissent d'un large soutien populaire. Il l'a dit : il a sondé les hommes politiques de tous bords (ses amis, Jean-Michel Javaux, Jean-Claude Marcourt et Willy Demeyer, le bourgmestre de Liège, en tête) qui lui ont témoigné leur soutien et leur joie de voir débarquer un Liégeois à la tête du club phare de la ville. Par contre, il n'avait pas besoin de dire qu'il partait à l'assaut de son plus grand défi, porté par les supporters avec lesquels il n'a cessé d'échanger durant ces huit derniers mois. Mais comment celui dont le monde du foot ne connaissait même pas le nom il y a moins d'un an s'est-il emparé du pouvoir ? Certainement pas par hasard, ni sur un coup de tête. Nous sommes en 2013. Sclessin a grondé durant tout le mois de juin. De haine vis-à-vis de son président, coupable d'avoir retiré 20 millions de dividendes des caisses du club, et d'avoir viré Mircea Rednic. C'est dans cette ambiance de chaos que le Standard part au bout de l'Europe, en Islande, disputer son premier tour préliminaire d'Europa League. Dans l'avion, Bruno Venanzi participe à son premier voyage européen. Bien que passionné du club, et même s'il dispose d'une loge au nom de sa société, il n'est pas sponsor à proprement parler, le club liégeois étant sponsorisé par son concurrent Electrabel. Pourtant, pour ce déplacement en Islande, et comme il dispose de quelques jours de temps libre, il répond favorablement à l'appel de Bob Claes, le directeur commercial avec qui il s'entend bien et qu'il devrait nommer prochainement au poste de directeur général. Déjà, à l'époque, il a une liberté de ton et une analyse de la situation particulièrement pointue. Ce voyage et les soirs de match dans les business seats lui ont déjà fait comprendre que même si Duchâtelet a bonne presse auprès des sponsors, il manque d'empathie auprès de l'opinion publique et des supporters. Il lui fait part de quelques remarques et insiste sur la nécessité de combler le fossé entre la direction et la Famille des Rouches. Duchâtelet, avec lequel il est associé dans une affaire de call-center, l'écoute attentivement. Entre les deux hommes existe un vrai respect, sans doute raffermi par la réussite de chacun dans le monde de l'entreprise. Duchâtelet se rend compte également que Venanzi dispose du carnet d'adresses sur Liège qu'il recherche. De plus, il possède une qualité que lui-même n'a pas : Venanzi plaît à beaucoup, hommes politiques comme chefs d'entreprises. Son humour et son style simple tout en étant réfléchi passent auprès de tout un chacun. Tout le contraire du président du Standard, parfois froid et cassant. Très différents, les deux hommes n'en sont pas moins complémentaires. Quand Duchâtelet l'appelle, Venanzi le conseille et ne manque pas de le sonder sur ses intentions, lui qui a annoncé qu'il mettrait en route le processus de reprise dans les mois suivant la gronde du mois de juin. Venanzi est intéressé. Lui comme d'autres (notamment François Fornieri, patron de l'entreprise pharmaceutique Mithra)reçoit la plaquette de présentation que Duchâtelet réserve aux hommes qu'il juge intéressés par la reprise du club. Mais la politique de l'ancien sénateur est difficilement déchiffrable. Bien qu'il lance tout le processus devant aboutir à une reprise et qu'il confie à la Banque Rothschildle soin soit de dénicher et d'informer, soit d'écarter les candidats acquéreurs, il ne montre aucun empressement à vendre. Entre-temps, suite à la prolongation de contrat de tous les cadres et à l'accumulation des bons résultats sous la houlette de Guy Luzon, le Standard est premier, l'atmosphère, pourtant électrique quelques mois plus tôt, s'est apaisée, et Duchâtelet commence à douter de son départ. Venanzi s'en rend compte. Pourtant intéressé par le club, il comprend vite que Duchâtelet ne vendra pas, à moins d'une nouvelle révolte populaire. En février 2014, il sonde pourtant Duchâtelet, lui proposant un montage financier original, après avoir épluché les comptes financiers. Il est prêt à racheter le club pour... 0 euro. Projet fou ? Non ! Derrière cette proposition insensée, se cache un deal étonnant. Il est prêt à laisser au président Duchâtelet la jouissance des bâtiments de l'Académie et également le fruit des transferts à venir. A l'époque, tout le monde sait que Michy Batshuayi et William Vainqueur vont rapporter une sacrée somme d'argent. Le président du Standard a même affirmé que Batshuayi ne partirait pas en dessous de 15 millions d'euros. Selon le plan de Venanzi, cette somme lui reviendrait intégralement. Duchâtelet n'est pas convaincu par cette idée, Venanzi le sent et décide au dernier moment de ne pas remettre d'offre officielle de rachat à la banque Rothschild. Venanzi ne s'est pas lancé dans l'aventure mais ce n'est que partie remise. Duchâtelet lui a prêté une oreille attentive et il sait que les offres ne se bousculent pas. La saison 2014-2015 va réveiller les vieux démons et Duchâtelet est confronté à son impopularité irrémédiable à Sclessin. L'issue est inéluctable : il doit et veut partir ! Il lui faut trouver une porte de sortie honorable. C'est ce que lui propose Venanzi. Les deux hommes se revoient et parlent d'une collaboration. Duchâtelet voudrait rester propriétaire mais plus président ; Venanzi lorgne lui sur le club. Finalement, il accepte un poste de vice-président. Une façon d'investir la place, d'avoir une vue sur tous les comptes et donc de préparer une offre de reprise. En huit mois, il étudie le fonctionnement quotidien. Avec Axel Lawarée, il se fait les dents lors du mercato de janvier, montant au créneau sur certains dossiers. Avec les supporters, il trouve les mots justes et explique la politique du club. Ce n'est pas tout à fait la sienne mais elle en prend les accents. Reste alors à respecter le timing. Sortir du bois au bon moment, tout en ne se faisant pas griller par la concurrence. Il a la parole de Duchâtelet qui doit le tenir au courant des offres de reprise éventuelles. C'est ce qui se passe en juin. Le président du Standard l'informe d'une réunion avec le groupe d'investissement néerlandais, Value8. Il omet cependant de lui dire qu'il reçoit une offre concrète - mais non-contraignante - de 34 millions d'euros de Value8 le 15 juin. Il ne dit rien à Venanzi pour la simple et bonne raison que le 17 juin, il a éconduit les Néerlandais par mail se bornant à écrire - merci pour votre offre mais cela ne sert à rien d'aller plus loin. De son côté, Venanzi a décidé d'accélérer et aimerait conclure le rachat en juin. Il ne veut pas que le président du Standard pilote les transferts. Or, c'est la dernière prérogative à laquelle Duchâtelet s'accroche. En vrai homme d'affaires, il prend du plaisir aux négociations de transfert. Pourtant, ses idées ne sont pas celles de Venanzi ni de Lawarée qui veulent arrêter de changer le noyau chaque saison ; ils visent à plus de stabilité. Venanzi a plus d'ambitions pour son club. Il ne veut pas que le club se sépare des bijoux de famille. Mehdi Carcela est déjà parti et il a peur que le mercato d'été tourne une nouvelle fois en eau de boudin et déclenche une nouvelle grogne populaire. Il lui faut accélérer son audit financier et convaincre Duchâtelet qu'il est temps de se retirer. C'est au cours de ces deux dernières années que Bruno Venanzi a décidé de se lancer seul dans l'aventure. Mais cela, il ne le peut qu'à une condition : que le prix de vente soit nettement inférieur à ce qu'il était en 2011. Une seule solution : retirer de la somme voulue par Duchâtelet les 20 millions de dividendes qu'il s'est octroyés. A 13 millions d'euros, Venanzi peut commencer à négocier. Lui qui a vendu une partie de ses actions Lampiris à la société elle-même il y a cinq ans (pour pouvoir proposer des actions au personnel) et à la SRIW et GIMV il y a deux ans, (à une époque où Lampiris était valorisé à plus de 120 millions d'euros et alors qu'il détenait encore 50 % des actions de la société), il a la capacité d'y aller seul, à condition que Duchâtelet accepte de revoir ses prétentions à la baisse. Il arrive à le convaincre en lui disant qu'il a déjà assez retiré d'argent du club (dividendes + salaire) et lui propose donc de racheter le club pour une somme entre 13 et 16 millions d'euros. A cela, il ajoute un droit de préemption sur les joueurs du réseau Duchâtelet, le Standard payant au patron de Melexis une redevance afin d'avoir une priorité sur des joueurs comme Igor Vetokele ou Darwin Andrade. Duchâtelet accepte, convaincu qu'il a fait son temps et qu'il ne pourra jamais se faire aimer. Nous sommes le mardi 22 juin. Bruno Venanzi devient le nouvel homme fort de Sclessin. PAR STÉPHANE VANDE VELDEBob Claes devrait être nommé prochainement au poste de directeur général. En février 2014, Venanzi veut racheter le club sans les bâtiments de l'Académie et en laissant le fruit des transferts ultérieurs à Duchâtelet.