G eert De Vlieger réside au sud de Manchester, dans le paisible quartier vert d'Altrincham. A proximité, un étang, un terrain de jeux et des chemins de promenade mais aussi un terrain de golf û ce n'est sans doute pas un hasard. " Oh, il y en a tellement qu'il faut se donner du mal pour ne pas habiter tout près d'un green ", rit cet amateur de golf. " Je ne le savais même pas. Après la visite de la maison, j'ai dit à ma femme : -C'est une chouette maison. Quand j'ai aperçu le terrain de golf, j'ai précisé : -C'est une très chouette maison. Dans les mois à venir, il ne sera pourtant question ni de golf, ni de football...

Nous sommes mardi. Le lendemain, Geert De Vlieger est opéré au tendon d'Achille. Le vendredi précédent, il se l'est déchiré dans un match amical contre Wolverhampton. " Sur un centre, j'ai voulu boxer le ballon. L'avant a tenté de le reprendre de la tête mais n'y est pas parvenu et en chutant, il m'a accroché. J'ai voulu le retenir en restant debout et c'est arrivé au moment où je retrouvais le sol. C'est comme si on vous coupait le pied à la hache. Cela a craqué. J'ai eu l'impression que mon pied explosait. J'ai d'abord pensé que je ne pourrais plus jamais me redresser. J'ai saisi mon pied, j'ai senti qu'il était encore là, en entier, mais je savais que j'étais gravement atteint. Le kiné est arrivé en catastrophe, a posé son doigt dessus et a dit : -The achilles is gone. Le tendon d'Achille est rompu. On m'a évacué en civière, on a confirmé le diagnostic et expliqué qu'il faudrait au moins six mois pour guérir et retrouver ma forme ".

C'est un coup dur. " Oui, allongé sur la table de massage avec de la glace sur le pied, j'ai eu une vingtaine de minutes pour réécrire le scénario des prochains mois. L'émotion m'a envahi. J'ai pleuré des larmes de déception. En une fraction de seconde, j'ai dû tourner une page. Il faut à la fois digérer le choc physique et l'aspect mental. Je jouais, je travaillais, tout allait bien et d'un coup, tout a changé ".

C'est arrivé la veille du déménagement, la semaine du match de gala contre la Lazio Rome, lors du premier match dans l'impressionnant City of Manchester Stadium, toujours comble, avec 48.000 supporters qui comptent parmi les meilleurs d'Angleterre. " Tout allait vraiment bien. Les quatre semaines précédentes avaient été excellentes. Mon adaptation avait été bonne mais maintenant, la Premier League, les matches et leur vécu ne figurent plus à mon agenda. Je dois m'adapter le plus vite possible à cette nouvelle donne. C'est dans ma nature : je pense que c'est grave mais qu'il y a encore pire dans la vie. Ce réalisme est très utile.

La motivation qui m'anime vient un peu des semaines précédentes. Jouer ici en vaut vraiment la peine, même si le plus dur reste sans doute à venir. En octobre, novembre, j'aurai déjà vécu une période difficile mais je serai aussi à mi-chemin ".

Il pose son pied sur la table du salon et ôte la protection qui l'entoure : " Posez le doigt ici, vous sentirez qu'il n'y a plus rien. C'est comme un câble qui s'est rompu. C'est à ce moment-là qu'on se rend compte que tout y est raccordé. Je ne peux plus contracter mon mollet, il pend. Je porterai un plâtre pendant huit semaines, avec une bottine qu'on peut ajuster pour accentuer la charge semaine après semaine et accroître l'extension. Après, j'aurai perdu toute la masse musculaire du mollet et de la jambe. Je devrai la reformer par de l'aquatraining. Selon le scénario le plus optimiste, il faut six mois pour que le tendon supporte une charge maximale mais, comme pour un ligament, on a la garantie qu'il est ensuite plus solide qu'avant. Ma motivation cette saison est de rejouer quand même un peu. J'ai vu que la finale de la Cup aurait lieu le 23 mai (il sourit) ".

" Fowler, McManaman et Anelka, c'est autre chose que Willem II "

Opération et rééducation s'effectuent en Angleterre. " Il semble qu'il y ait un excellent spécialiste à une heure d'ici. Le club préfère que je sois opéré ici afin que le suivi et la rééducation s'effectuent en collaboration avec le club. J'ai l'intention de conserver la qualité des liens qui se sont tissés entre nous en quelques semaines et je veux prouver au club que je reste animé des mêmes intentions. Je ne souhaite surtout pas foutre en l'air ces quelques semaines positives en repartant quatre ou cinq mois pour devoir tout reprendre à zéro ".

Jusqu'à la blessure, tout se déroulait parfaitement. " Dès la signature, j'ai fait la connaissance du club et tout s'est bien passé, sur le plan humain. Il faut bien travailler mais aussi s'épanouir comme être humain, pouvoir s'insérer socialement. Ce sentiment est venu rapidement, ne serait-ce qu'en voyant l'enthousiasme avec lequel on nous a reçus et aidés à chercher une maison. D'accord, c'est la PremierLeague, c'est un grand club qui a de l'argent, mais on sent qu'il a une âme. Par exemple, le manager, Kevin Keegan, m'a fait personnellement visiter le complexe d'entraînement, il s'est intéressé à l'endroit où nous allions habiter et a même fait en sorte qu'on vienne nous aider pour le déménagement ".

Il a passé les trois premières semaines à l'hôtel. Il est arrivé en voiture le 6 juillet, la veille de la reprise des entraînements. " C'est nouveau. J'ai rencontré des joueurs qui ne sont pas des manches ! (Il rigole). Un Robbie Fowler, un Steve McManaman, un Nicolas Anelka, pour ne citer qu'eux, c'est autre chose que ce qu'on côtoie à Willem II. Mais au fond, ce sont des hommes normaux qui aiment jouer au football. Le fait que je parle anglais et français s'avère un énorme avantage. Cela a facilité mon intégration dans un noyau qui compte quand même quelques Français ".

City n'est pas parti en stage. " Nulle part ailleurs, nous n'aurions les facilités qu'offre notre propre complexe ", commente De Vlieger : " Sept ou huit terrains, un hall, un restaurant, une salle de musculation, un cabinet médical très bien équipé, une piscine pour l'aquatraining. Un paradis pour un footballeur. Pour nous détendre, nous avons fait du rafting et de la randonnée en montagne au Pays de Galles.

L'entraînement des gardiens est identique à celui du continent mais le niveau est supérieur. Il n'est pas question de penser : aujourd'hui, ce sera plus tranquille, on travaille la finition. Pas face à des gars comme Fowler, Anelka et Wanchope... Cela requiert une adaptation. L'entraînement est plus intense, il faut être encore plus affûté, plus concentré, améliorer le temps de réaction.

Une préparation est toujours synonyme de souffrance mais le club a bien dosé nos efforts pendant cette période. La phase initiale ne se limite pas à la seule course. Le préparateur physique, un Colombien, a beaucoup voyagé, il a visité des clubs de tous les continents, suivi des entraînements et établi ainsi sa propre conception. La préparation physique se déroule essentiellement sur tout le terrain, sous forme de matches ou d'exercices avec ballon ".

En concurrence avec David James

Face à Wolverhampton, le quatrième match, il se trouvait dans le but pour la troisième fois. " Ici, on n'affronte pas de petites équipes. On joue d'emblée contre des formations respectables, au niveau anglais, avec les cartes jaunes et rouges et tout ce qui accompagne un match officiel. Dès le début, il y a eu une scène durant laquelle cinq hommes se sont rentrés dedans. L'un d'eux est resté à terre, la jambe ouverte. Dès le premier match amical, il y avait 8.000 supporters, dont 5.000 de City. Tout est vécu avec plus d'intensité qu'en Belgique et aux Pays-Bas.

Un gardien aussi doit se surpasser. Chaque pays, chaque compétition a ses caractéristiques et requiert une certaine adaptation. Aux Pays-Bas, il fallait participer davantage au jeu, alors qu'ici, on demande plus d'agressivité et de force dans les duels. Aux Pays-Bas, il faut prendre le ballon, construire calmement. Ici, on se retrouve fréquemment face à un attaquant lancé en profondeur et il faut l'affronter ".

Son concurrent n'est autre que David James, le portier de l'équipe nationale anglaise. " Il est plus puissant et athlétique que moi, mais sa technique est moins bonne. Chacun joue en fonction de ses qualités. Sans doute a-t-il besoin de moins de technique pour être bon à sa façon et ai-je besoin de moins de force que lui pour mon style de jeu. L'objectif était de jouer le plus de matches possible. Hélas, la concurrence a déjà disparu. Je pense qu'en Angleterre, on ne présente pas les choses en termes aussi crus que : un tel est titulaire et pas celui-là. L'opinion générale, c'est plutôt : nous sommes à autant, je peux jouer autant et celui-là autant. Au sein d'un groupe de 24 ou 25 footballeurs, il y a une rotation, ne serait-ce qu'à cause du grand nombre de matches qu'on joue en Angleterre.

Là, je parle un peu dans le vide. J'ai dû tourner une page. Avant, tout ça me tracassait énormément, y compris à l'entraînement. Je voulais me montrer à mon avantage. Depuis quelques jours, me voilà obligé de changer de mentalité. J'essaie surtout de trouver des réponses à d'autres questions, style : ne serait-il pas bon, pour ma rééducation, que mon frère m'apporte mon vélo quand il viendra me rendre visite ?" (Il éclate de rire).

Mais quoi encore ? Sur le plan culinaire, l'Angleterre ne jouit pas d'une excellente réputation. " Philippe Clement m'a prévenu qu'il ne fallait rien en attendre de bon ", sourit Geert De Vlieger. " Apparemment, je suis bien tombé car je n'ai encore rencontré aucun problème. On trouve même davantage de produits que chez nous, à Lebbeke ". Sauf, explique Madame De Vlieger depuis la cuisine, le pain d'épices préféré de Thibaut. Thibaut va bientôt entrer en deuxième maternelle, Pauline en première primaire. " L'école constitue un pas important ", commente Geert. " Cependant, tout le monde m'affirme qu'en deux ou trois mois, elle parlera anglais. J'ai téléphoné à Philippe Clement à ce sujet. Miguel avait le même âge que Pauline quand il a été transféré à Coventry. Il m'a dit qu'il fallait un temps d'adaptation mais qu'il était vraiment bref. La saison passée, Michael Tarnat, un Allemand qui a rejoint Hanovre, jouait ici. Sa fille était tellement dépitée de quitter l'Angleterre qu'elle ne voulait pas entendre parler d'une école allemande. Il l'a inscrite dans un établissement international qui dispense les cours en anglais. Des Allemands en Allemagne ! "

Pauline est occupée à tester l'anglais de Thibaut. Comment dit-on rouge ? Red ! Et orange ? Geert : " Nous jouons le jeu. Nous leur avons déjà appris les noms des couleurs et Pauline compte jusqu'à 20 en anglais ". Elle l'interrompt : " Jusqu'à dix ". Il poursuit, amusé : " Hier, elle jouait déjà dans la rue avec un gamin du voisinage. Nous allons aussi l'inscrire rapidement dans un club sportif, une école de tennis, peut-être, afin qu'elle noue des contacts avant même le début de l'année scolaire ".

Tout se passe bien. " On pousse les hauts cris en Belgique mais vous verrez, nous nous en tirerons bien. Ce n'est pas comme si, après les quatre premières semaines, rien ne s'était bien passé et que je me demandais ce que je fais ici. C'est tout le contraire : les prochains mois ne vont sans doute pas être faciles mais je sais pourquoi je vais serrer les dents et me battre pour revenir ".

Pour l'argent, notamment. Au terme de sa carrière, il ne devra plus travailler. " Disons que je ne devrai sans doute pas travailler à temps plein mais je suis certain que je voudrai quand même le faire ".

Il aura 33 ans en novembre. Il vient d'entamer sa 16e saison professionnelle et s'est occasionné sa première grave blessure. Il conclut : " Au fond, j'ai eu de la chance que tout se soit si bien déroulé jusqu'à présent car mon sport n'est pas sans risques ".

Christian Vandenabeele

" C'est comme si UNE HACHE M'AVAIT TRANCHÉ LE PIED "

G eert De Vlieger réside au sud de Manchester, dans le paisible quartier vert d'Altrincham. A proximité, un étang, un terrain de jeux et des chemins de promenade mais aussi un terrain de golf û ce n'est sans doute pas un hasard. " Oh, il y en a tellement qu'il faut se donner du mal pour ne pas habiter tout près d'un green ", rit cet amateur de golf. " Je ne le savais même pas. Après la visite de la maison, j'ai dit à ma femme : -C'est une chouette maison. Quand j'ai aperçu le terrain de golf, j'ai précisé : -C'est une très chouette maison. Dans les mois à venir, il ne sera pourtant question ni de golf, ni de football... Nous sommes mardi. Le lendemain, Geert De Vlieger est opéré au tendon d'Achille. Le vendredi précédent, il se l'est déchiré dans un match amical contre Wolverhampton. " Sur un centre, j'ai voulu boxer le ballon. L'avant a tenté de le reprendre de la tête mais n'y est pas parvenu et en chutant, il m'a accroché. J'ai voulu le retenir en restant debout et c'est arrivé au moment où je retrouvais le sol. C'est comme si on vous coupait le pied à la hache. Cela a craqué. J'ai eu l'impression que mon pied explosait. J'ai d'abord pensé que je ne pourrais plus jamais me redresser. J'ai saisi mon pied, j'ai senti qu'il était encore là, en entier, mais je savais que j'étais gravement atteint. Le kiné est arrivé en catastrophe, a posé son doigt dessus et a dit : -The achilles is gone. Le tendon d'Achille est rompu. On m'a évacué en civière, on a confirmé le diagnostic et expliqué qu'il faudrait au moins six mois pour guérir et retrouver ma forme ". C'est un coup dur. " Oui, allongé sur la table de massage avec de la glace sur le pied, j'ai eu une vingtaine de minutes pour réécrire le scénario des prochains mois. L'émotion m'a envahi. J'ai pleuré des larmes de déception. En une fraction de seconde, j'ai dû tourner une page. Il faut à la fois digérer le choc physique et l'aspect mental. Je jouais, je travaillais, tout allait bien et d'un coup, tout a changé ". C'est arrivé la veille du déménagement, la semaine du match de gala contre la Lazio Rome, lors du premier match dans l'impressionnant City of Manchester Stadium, toujours comble, avec 48.000 supporters qui comptent parmi les meilleurs d'Angleterre. " Tout allait vraiment bien. Les quatre semaines précédentes avaient été excellentes. Mon adaptation avait été bonne mais maintenant, la Premier League, les matches et leur vécu ne figurent plus à mon agenda. Je dois m'adapter le plus vite possible à cette nouvelle donne. C'est dans ma nature : je pense que c'est grave mais qu'il y a encore pire dans la vie. Ce réalisme est très utile. La motivation qui m'anime vient un peu des semaines précédentes. Jouer ici en vaut vraiment la peine, même si le plus dur reste sans doute à venir. En octobre, novembre, j'aurai déjà vécu une période difficile mais je serai aussi à mi-chemin ". Il pose son pied sur la table du salon et ôte la protection qui l'entoure : " Posez le doigt ici, vous sentirez qu'il n'y a plus rien. C'est comme un câble qui s'est rompu. C'est à ce moment-là qu'on se rend compte que tout y est raccordé. Je ne peux plus contracter mon mollet, il pend. Je porterai un plâtre pendant huit semaines, avec une bottine qu'on peut ajuster pour accentuer la charge semaine après semaine et accroître l'extension. Après, j'aurai perdu toute la masse musculaire du mollet et de la jambe. Je devrai la reformer par de l'aquatraining. Selon le scénario le plus optimiste, il faut six mois pour que le tendon supporte une charge maximale mais, comme pour un ligament, on a la garantie qu'il est ensuite plus solide qu'avant. Ma motivation cette saison est de rejouer quand même un peu. J'ai vu que la finale de la Cup aurait lieu le 23 mai (il sourit) ". Opération et rééducation s'effectuent en Angleterre. " Il semble qu'il y ait un excellent spécialiste à une heure d'ici. Le club préfère que je sois opéré ici afin que le suivi et la rééducation s'effectuent en collaboration avec le club. J'ai l'intention de conserver la qualité des liens qui se sont tissés entre nous en quelques semaines et je veux prouver au club que je reste animé des mêmes intentions. Je ne souhaite surtout pas foutre en l'air ces quelques semaines positives en repartant quatre ou cinq mois pour devoir tout reprendre à zéro ". Jusqu'à la blessure, tout se déroulait parfaitement. " Dès la signature, j'ai fait la connaissance du club et tout s'est bien passé, sur le plan humain. Il faut bien travailler mais aussi s'épanouir comme être humain, pouvoir s'insérer socialement. Ce sentiment est venu rapidement, ne serait-ce qu'en voyant l'enthousiasme avec lequel on nous a reçus et aidés à chercher une maison. D'accord, c'est la PremierLeague, c'est un grand club qui a de l'argent, mais on sent qu'il a une âme. Par exemple, le manager, Kevin Keegan, m'a fait personnellement visiter le complexe d'entraînement, il s'est intéressé à l'endroit où nous allions habiter et a même fait en sorte qu'on vienne nous aider pour le déménagement ". Il a passé les trois premières semaines à l'hôtel. Il est arrivé en voiture le 6 juillet, la veille de la reprise des entraînements. " C'est nouveau. J'ai rencontré des joueurs qui ne sont pas des manches ! (Il rigole). Un Robbie Fowler, un Steve McManaman, un Nicolas Anelka, pour ne citer qu'eux, c'est autre chose que ce qu'on côtoie à Willem II. Mais au fond, ce sont des hommes normaux qui aiment jouer au football. Le fait que je parle anglais et français s'avère un énorme avantage. Cela a facilité mon intégration dans un noyau qui compte quand même quelques Français ". City n'est pas parti en stage. " Nulle part ailleurs, nous n'aurions les facilités qu'offre notre propre complexe ", commente De Vlieger : " Sept ou huit terrains, un hall, un restaurant, une salle de musculation, un cabinet médical très bien équipé, une piscine pour l'aquatraining. Un paradis pour un footballeur. Pour nous détendre, nous avons fait du rafting et de la randonnée en montagne au Pays de Galles. L'entraînement des gardiens est identique à celui du continent mais le niveau est supérieur. Il n'est pas question de penser : aujourd'hui, ce sera plus tranquille, on travaille la finition. Pas face à des gars comme Fowler, Anelka et Wanchope... Cela requiert une adaptation. L'entraînement est plus intense, il faut être encore plus affûté, plus concentré, améliorer le temps de réaction. Une préparation est toujours synonyme de souffrance mais le club a bien dosé nos efforts pendant cette période. La phase initiale ne se limite pas à la seule course. Le préparateur physique, un Colombien, a beaucoup voyagé, il a visité des clubs de tous les continents, suivi des entraînements et établi ainsi sa propre conception. La préparation physique se déroule essentiellement sur tout le terrain, sous forme de matches ou d'exercices avec ballon ". Face à Wolverhampton, le quatrième match, il se trouvait dans le but pour la troisième fois. " Ici, on n'affronte pas de petites équipes. On joue d'emblée contre des formations respectables, au niveau anglais, avec les cartes jaunes et rouges et tout ce qui accompagne un match officiel. Dès le début, il y a eu une scène durant laquelle cinq hommes se sont rentrés dedans. L'un d'eux est resté à terre, la jambe ouverte. Dès le premier match amical, il y avait 8.000 supporters, dont 5.000 de City. Tout est vécu avec plus d'intensité qu'en Belgique et aux Pays-Bas. Un gardien aussi doit se surpasser. Chaque pays, chaque compétition a ses caractéristiques et requiert une certaine adaptation. Aux Pays-Bas, il fallait participer davantage au jeu, alors qu'ici, on demande plus d'agressivité et de force dans les duels. Aux Pays-Bas, il faut prendre le ballon, construire calmement. Ici, on se retrouve fréquemment face à un attaquant lancé en profondeur et il faut l'affronter ". Son concurrent n'est autre que David James, le portier de l'équipe nationale anglaise. " Il est plus puissant et athlétique que moi, mais sa technique est moins bonne. Chacun joue en fonction de ses qualités. Sans doute a-t-il besoin de moins de technique pour être bon à sa façon et ai-je besoin de moins de force que lui pour mon style de jeu. L'objectif était de jouer le plus de matches possible. Hélas, la concurrence a déjà disparu. Je pense qu'en Angleterre, on ne présente pas les choses en termes aussi crus que : un tel est titulaire et pas celui-là. L'opinion générale, c'est plutôt : nous sommes à autant, je peux jouer autant et celui-là autant. Au sein d'un groupe de 24 ou 25 footballeurs, il y a une rotation, ne serait-ce qu'à cause du grand nombre de matches qu'on joue en Angleterre. Là, je parle un peu dans le vide. J'ai dû tourner une page. Avant, tout ça me tracassait énormément, y compris à l'entraînement. Je voulais me montrer à mon avantage. Depuis quelques jours, me voilà obligé de changer de mentalité. J'essaie surtout de trouver des réponses à d'autres questions, style : ne serait-il pas bon, pour ma rééducation, que mon frère m'apporte mon vélo quand il viendra me rendre visite ?" (Il éclate de rire). Mais quoi encore ? Sur le plan culinaire, l'Angleterre ne jouit pas d'une excellente réputation. " Philippe Clement m'a prévenu qu'il ne fallait rien en attendre de bon ", sourit Geert De Vlieger. " Apparemment, je suis bien tombé car je n'ai encore rencontré aucun problème. On trouve même davantage de produits que chez nous, à Lebbeke ". Sauf, explique Madame De Vlieger depuis la cuisine, le pain d'épices préféré de Thibaut. Thibaut va bientôt entrer en deuxième maternelle, Pauline en première primaire. " L'école constitue un pas important ", commente Geert. " Cependant, tout le monde m'affirme qu'en deux ou trois mois, elle parlera anglais. J'ai téléphoné à Philippe Clement à ce sujet. Miguel avait le même âge que Pauline quand il a été transféré à Coventry. Il m'a dit qu'il fallait un temps d'adaptation mais qu'il était vraiment bref. La saison passée, Michael Tarnat, un Allemand qui a rejoint Hanovre, jouait ici. Sa fille était tellement dépitée de quitter l'Angleterre qu'elle ne voulait pas entendre parler d'une école allemande. Il l'a inscrite dans un établissement international qui dispense les cours en anglais. Des Allemands en Allemagne ! " Pauline est occupée à tester l'anglais de Thibaut. Comment dit-on rouge ? Red ! Et orange ? Geert : " Nous jouons le jeu. Nous leur avons déjà appris les noms des couleurs et Pauline compte jusqu'à 20 en anglais ". Elle l'interrompt : " Jusqu'à dix ". Il poursuit, amusé : " Hier, elle jouait déjà dans la rue avec un gamin du voisinage. Nous allons aussi l'inscrire rapidement dans un club sportif, une école de tennis, peut-être, afin qu'elle noue des contacts avant même le début de l'année scolaire ". Tout se passe bien. " On pousse les hauts cris en Belgique mais vous verrez, nous nous en tirerons bien. Ce n'est pas comme si, après les quatre premières semaines, rien ne s'était bien passé et que je me demandais ce que je fais ici. C'est tout le contraire : les prochains mois ne vont sans doute pas être faciles mais je sais pourquoi je vais serrer les dents et me battre pour revenir ". Pour l'argent, notamment. Au terme de sa carrière, il ne devra plus travailler. " Disons que je ne devrai sans doute pas travailler à temps plein mais je suis certain que je voudrai quand même le faire ". Il aura 33 ans en novembre. Il vient d'entamer sa 16e saison professionnelle et s'est occasionné sa première grave blessure. Il conclut : " Au fond, j'ai eu de la chance que tout se soit si bien déroulé jusqu'à présent car mon sport n'est pas sans risques ". Christian Vandenabeele" C'est comme si UNE HACHE M'AVAIT TRANCHÉ LE PIED "