Sclessin ressemble de plus en plus à Fort Knox: il faut montrer patte blanche pour entrer dans le saint des saints. Il est vrai que le stade a de plus en plus fière allure avec le nouveau look de l'entrée principale et des installations de travail dernier cri pour les joueurs.
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Sclessin ressemble de plus en plus à Fort Knox: il faut montrer patte blanche pour entrer dans le saint des saints. Il est vrai que le stade a de plus en plus fière allure avec le nouveau look de l'entrée principale et des installations de travail dernier cri pour les joueurs.Tout cela coûte cher et la direction liégeoise entend protéger son joyau. Mais les grilles, élevées, ne cachent évidemment pas les problèmes d'un groupe détenteur de la lanterne rouge en attendant la visite de Bruges, autoritaire leader du championnat de D1. Secoué, le vieux club principautaire a réagi en allant chercher trois joueurs sur les étals des derniers marchés d'été: Frédéric Söderstöm, Aleksandar Mutavdzic et Fabian Carini. Des joueurs intéressants. Le Suédois a déjà joué, à Mons, où Robert Waseige colmata les brèches après la défaite face à Anderlecht. 48 heures après l'échec hennuyer, le coach des Rouches acceptait le mot crise mais le définissait avec une prudence de Sioux: "C'est une crise de confiance, certes, mais il n'y a pas de quoi en faire une crise de régime: ça, c'est autre chose". Depuis le début de la saison, et certainement après la déconvenue au Stade Tondreau des néophytes montois, le guide de Sclessin s'est beaucoup exposé. Il a pris des coups venus de partout. "Pas grave, j'ai l'habitude depuis quelques années...", précisa-t-il Exact et ce fut, récemment, le cas en équipe nationale où la direction n'avait pas de politique de communication. Il en va de même au Standard où c'est une vieille tradition. Roger Petit n'éprouvait pas souvent le besoin de rencontrer la pressetandis que le légendaire Lucien Levaux, premier véritable "PR" en D1, arrondissait déjà les angles. A cette époque, ce silence officiel était synonyme de force. 20 ans plus tard, c'est un signe de faiblesse ou de manque de compréhension des mécanismes de la communication. AndréDuchêne se méfiait de la presse mais la recevait et, quand cela chauffait, Pierre Delahaye, s'exprimait au nom du club. Toujours pas de gueulards?Officiellement, la direction des Rouches n'a rien dit après Mons. Etonnant? Joseph Simul, l'attaché de presse, règle pas mal de problèmes d'organisation mais il n'est pas la voix du Standard. Le directeur du club, Alphonse Costantin, n'est guère doué pour les échanges. Au point de se décommander à la dernière minute un débat avec Michel Verschueren organisé par un de nos confrères. La veille, le molosse de Sclessin était d'accord: Verschueren fit préparer pour 9 heures une table, des croissants... Pas d'Alph 11 au moment convenu, coup de fil d'excuses de sa secrétaire à 9h 05 (Costantin n'avait plus le temps) et Verschueren, seul, fit la pub de son club sur une page. Une occasion ratée pour les Rouches....Michel Preud'homme, le directeur sportif, a opté pour la discrétion depuis le début de la saison. Il prit récemment des vacances alors que le chantier n'était pas terminé mais fut à la base des premiers contacts avec Aleksandar Mutavdzicil y a deux mois. De même, il connaissait Frederik Söderström grâce à son vécu portugais. Pourtant, lui qui était si cruellement seul la saison passée ne doit-il pas être le coeur de son club? Il est taillé pour cela. Son prestige aurait été utile, un peu pour aider Robert Waseige, bien sûr, mais surtout pour incarner un club dont le président est en Suisse et l'actionnaire principal pris par ses nombreuses activités. Résultat: Robert Waseige est trop seul à l'avant-plan... Luciano D'Onofrio parle peu en public mais il a agi après avoir constaté que son groupe manquait de chefs de file. Via ses relations au top niveau mondial, il a ramené Fabian Carini dans ses filets. Sans D'Ono, ce gardien de but de haut vol ne serait jamais venu au Standard. Maintenant, il faut intégrer, rectifier, revoir, adapter, mettre des leaders au monde. "Peut-être. Il ne conviendrait sans doute pas d'oublier que le Standard a aussi procédé à un dégraissage", précise Robert Waseige. Par les temps actuels, cela demande pas mal d'efforts car les clubs ne sont pas à l'achat. David Brocken fut cédé à Lommel, Liviu Ciobotariu à Mons , Manu Godfroid au Rapid de Bucarest, Laurent Wuillot à Ajaccio, Georges Blay à Malines tandis que Robert Spehar rentrait en Croatie et RégisGenaux à Udine. "Un groupe et un coach ne se découvrent pas en deux coups de cuillère à pot", affirme Robert Waseige. "Il faut en faire le tour, cela prend du temps et c'est une alchimie complexe. Il y a des cultures, des écoles et des influences différentes qui en font sa beauté mais aussi sa fragilité. Il y a 20 ans, un entraîneur pouvait pousser un coup de gueule et c'était reparti pour six semaines. Tout est désormais plus délicat avec, en prime, les exigences des médias et du public. Un groupe doit parfois être secoué avec responsabilisation de chacun à l'appui afin de susciter la réflexion, la prise de conscience et la réaction. Cela prend du temps et j'ai découvert un groupe fragilisé, pas prêt pour les grands combats". Autrement dit, il fut beaucoup question de dialogue la semaine passée. Lundi, le coach est revenu sur les leçons de la défaite sur les terres montoises. Un échange qui dura près de 45 minutes. La suite fut plus classique avec, régulièrement, travail physique, technique, tactique, etc. Le coach avait affirmé dans la presse que le groupe manquait de...gueulards. Aucun joueur n'a demandé d'explications. "C'était un constat mais il y a tout de même des joueurs qui ont compris, pas tous.", affirme Robert Waseige. "La vraie valeur, c'est répondre à l'attente du public quand cela va mal".Une vieille rengaine.Söderström rééquilibre la ligne médianeAli Lukunku n'aurait-il pas pu devenir un leader comme Ivica Dragutinovic? Probablement mais ses blessures à répétition et ses problèmes, avec le public d'abord, la direction ensuite, ont généré un phénomène de repli sur soi: dommage vu la personnalité du gaillard. Mardi, l'accent fut mis sur le fonds de jeu, le démarquage, les exercices à quatre contre quatre ou à trois contre trois sur de petites surfaces en une touche de balle. Le but était d'obliger les joueurs à lever la tête et à réagir très vite. Explosivité et vivacité étaient au centre des séances de travail. Le lendemain, mercredi, le Standard se déplaça à l'Olympic de Charleroi afin de participer à un match, contre les Dogues, en faveur de l'oeuvre Jour après Jour, qui aide les enfants atteints d'un cancer. Les Liégeois ont joué gratuitement. Et ils se sont présentés à la Neuville avec leur noyau A au complet, sans leurs internationaux: Turaci, Afolabi et Dragutinovic. Un magnifique geste d'autant plus apprécié que le Standard a évidemment pas mal de soucis pour le moment. La recette de la soirée permettra à l'oeuvre de payer quelques enseignantes. C'était aussi le moment de voir les trois nouveaux à l'oeuvre. Le match ne fut pas grandiose, loin de là (succès liégeois: 0-4, buts de Blanpain contre son camp, deux fois Van Dooren et Aarst) mais les enseignements furent intéressants. Les Standardmen alignèrent l'équipe suivante: Carini; Enakharire, Okpara, VanMeir, Mutavdzic; Söderström, Meyssen(46' Dimvula); Walem; Moreira (46' El Yamani), Aarst et Van Dooren. Avec la présence de Söderström au sein de la ligne médiane, l'équipe est plus équilibrée et le problème de la récupération des ballons est en voie de résolution. La ligne arrière peut se placer plus facilement. A Mons, le Suédois avait déjà démontré ses qualités. Cette fois, il joua plus aux côtés d'Harald Meyssen et Johan Walem assuma une fonction de distributeur dans l'axe. Une bonne .chose pour le lutin d'Ecaussinnes qui était naturellement dans l'hésitation plus à droite. "Tout le monde évoque ce problème du médian droit mais nous étions paré en début de saison", avance Robert Waseige. "Nous pouvions compter sur Joseph Enakahrarie, Onder Turaci, Moreira et surtout Jonathan Walasiak qui était assurément notre coming man dans ce secteur. Jeune, il ne se posait pas de questions existentielles et avait surmonté pas mal de problèmes et dépouillé son jeu. Il pouvait être l'élément droit de notre triangle médian. Hélas, il se blessa vite". Légèrement blessé, Michaël Goossens ne joua pas à l'Olympic. Il occupe la droite du triangle offensif. Lukunku ne s'est pas entraîné à fond la semaine passée en raison de douleurs dans le bas du dos. Waseige le regrettait car Ali est important mais un pépin plus grave serait gênant dans la mesure où Ole-Martin Aarst passe par des hauts et des bas après avoir tant donné sur le chemin du retour. Le but qu'il a marquéà l'Olympic lui aura certainement fait le plus grand bien. Carini fait grosse impressionRobert Waseige en restera-il à son 4-3-3 variable ou se tournera-t-il bientôt vers un 4-4-2 plus rigide? Réponse face à Bruges même si le 4-3-3 tient toujours la corde. "Söderström nous fait du bien car, en bon joueur suédois, simple et sérieux, il pense d'abord àl'équipe, affiche une excellente lecture tactique du jeu.",lance Robert Waseige. "Il remplit les cases désertées, prévoit bien le comportement adverse et anticipe. C'est évidemment très important.Sérieux, on voit que c'est un bon pro qui sait trouver l'équilibre entre le défensif et l'offensif. Son secteur de jeu est plus harmonieux. Södeström est un gaucher mais je ne vois pas où se situe le problème: l'essentiel est d'avoir de bons joueurs". En l'absence d'Ivica Dragutinovic, Aleksandar Mutavdzic fut aligné au back gauche à la Neuville. Bon match de l'ancien sociétaire du GBA. Rapide, intelligent dans son replacement, il a bien soigné sa production. "Pour moi, c'est une bonne pioche...", avance Robert Waseige. "Il peut miser, me semble-t-il, sur un excellent mental. D'humeur égale, il est prêt à donner beaucoup au Standard. C'est important car c'est la principale exigence du public de Sclessin. C'est un infiltreur très rapide, qui est en mesure de dépanner au back gauche, c'est bon à savoir". Mais la grande attraction du match, ce fut avant tout Fabian Carini. Luciano D'Onofrio: "Il a été acheté définitivement avec un contrat de trois ans à la clef". Fabian Carini vaut cinq millions d'euros et c'est le transfert le plus cher de l'histoire du football belge. Même si Robert Louis-Dreyfus peut se payer bien plus que cela, s'il en a envie, ce joueur est trop cher pour une trésorerie comme celle du Standard. Luciano D'Onofrio est malin comme un singe. Le joueur a son contrat mais le montant du transfert devrait être échelonné ou payé plus tard quand Fabian Carini aura pris son envol. Par exemple pour remplacer VedranRunje, excellent en France, et qui ne restera pas toute sa vie à Marseille. Luciano D'Onofrio jongle avec ces données internationales, est l'ami de LucianoMoggi, le directeur général de la Juventus, et le Standard en profite. Le staff technique liégeois ne condamne pas les titulaires précédents. Excellent à l'entraînement, Filip Susnjara est trop gentil et crispé en match, selon le staff du Standard. On notera cependant sa prestation intéressante à Mons. Susnjara et Fouhami seront probablement placés sur le marché des transferts fin décembre et le Standard continuera la route avec Carini et Dimitri Habran très heureux avec son statut de réserviste et toujours prêt à dépanner sans avoir le moindre état d'âme. Carini est vif, dirige sa défense, de relève très vite quand il est au sol. Les prises de balles de Carini sont nettes. A 23 ans (26-12-79), comme le souligne ChristianPiot, l'Uruguayen a déjà un fameux bagage, 38 sélections internationales avec la Celeste, des matches de Ligue des Champions et de Coupe d'Italie avec la Juventus où il était cependant barré par Buffon. Son impact sur la défense est déjà évident. Sa jeunesse est rayonnante. "Je retiens évidemment des sensations positives au vu de son match à l'Olympic", commente Robert Waseige. "Un grand gardien peut donner une autre dimension à son équipe. C'est la base de tout".On en connaît un bout sur le sujet au Standard (dont la défense a foiré depuis le début de la saison). Pourquoi alors avoir attendu aussi longtemps? C'était alors une preuve de confiance à l'égard de Filip Susnjara qui reste très digne dans l'adversité. Fabian Carini défendra donc les filets du Standard face à Bruges ce vendredi... 13 septembre.Pierre Bilic"Crise de confiance, oui mais pas crise de régime" (Robert Waseige)"Il y a des joueurs qui ont compris, pas tous" (Robert Waseige)