Flash back. Décembre 1999. Souvenir d'une interview réalisée à Coventry, juste après un match contre Arsenal que les Sky Blues ont remporté 3-2 avec un but de Cédric Roussel. L'attaquant hennuyer, encore international Espoirs à l'époque, vient de rejoindre l'Angleterre en provenance de La Gantoise. Cela plane pour lui, tant sur le terrain où il a d'emblée gagné ses galons de titulaire, que dans la vie privée où il fait la connaissance d'une petite anglaise qui lui donnera un fils, Cameron, en janvier 2001.
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Flash back. Décembre 1999. Souvenir d'une interview réalisée à Coventry, juste après un match contre Arsenal que les Sky Blues ont remporté 3-2 avec un but de Cédric Roussel. L'attaquant hennuyer, encore international Espoirs à l'époque, vient de rejoindre l'Angleterre en provenance de La Gantoise. Cela plane pour lui, tant sur le terrain où il a d'emblée gagné ses galons de titulaire, que dans la vie privée où il fait la connaissance d'une petite anglaise qui lui donnera un fils, Cameron, en janvier 2001. Deux ans et demi plus tard, en juin 2002, nous retrouvons Cédric Roussel sur la Grand-Place de Binche. Il vient de signer à Mons, fraîchement promu en D1 belge, est séparé de sa copine et se dit soulagé d'être rentré au pays. Que s'est-il passé entre ces deux périodes?"Beaucoup de choses, mais la principale est sans doute le fait qu'après une saison en PremierLeague, mon corps a dit stop. J'avais été titulaire pendant 30 matches d'affilée. C'est une compétition exigeante. Les entraînements n'ont rien d'une sinécure non plus. Ils durent en général trois heures. Lorsqu'on en a deux sur la journée, on passe donc six heures sur le terrain. J'arrivais de Gand et c'était un fameux changement de régime. D'autant que je n'étais même pas titulaire chez les Buffalos: je n'entrais au jeu que dans le dernier quart d'heure. Je manquais donc de rythme. Il n'y avait qu'en équipe nationale Espoirs que je demeurais 90 minutes sur la pelouse. Aujourd'hui, je me demande encore comment j'ai pu tenir le coup, physiquement, en Angleterre. Je pense qu'au début, mon envie de jouer et ma motivation me faisaient oublier la fatigue. La saison suivante, j'ai subi le contrecoup. Et les blessures ont suivi. Dès le troisième match de championnat, à Southampton, je suis mal retombé et je me suis blessé au dos. Je ne m'en suis jamais remis. J'ai cravaché pour revenir, mais j'avais à peine rejoué deux matches en équipe Première que je me suis déchiré l'ischio-jambier. J'étais réduit à une nouvelle indisponibilité de trois mois. Entre-temps, Coventry était en chute libre. On a pointé du doigt l'inefficacité de la ligne d'attaque. Il fallait acheter un nouvel attaquant. Pour cela, le club avait besoin d'argent. J'ai été placé sur la liste des transferts alors que, pourtant, je n'avais guère envie de changer d'air. J'ai refusé une première offre de Wimbledon. Puis, Wolverhampton s'est intéressé à moi: un club très ambitieux qui évolue dans un stade extraordinaire. Mon transfert pouvait rapporter 3 millions d'euros à Coventry et j'ai fini par accepter. Je le regrette encore. Je suis arrivé chez les Wolves alors que mon fils Cameron venait de naître. J'ai passé quelques nuits blanches. En outre, les relations se sont détériorées dans mon ménage. Je n'avais plus la tête au football. A 22 ou 23 ans, cette situation était trop dure à supporter. L'entraîneur Dave Jones s'est rendu compte que j'avais des problèmes extra-sportifs. Il m'a conseillé de faire une croix sur la fin de saison et de revenir en pleine forme pour la reprise des entraînements. Ce que j'ai fait. J'ai effectué une très bonne préparation. Je marquais régulièrement lors des matches amicaux. J'ai inscrit trois buts lors des six premiers matches de championnat. L'équipe avait engrangé cinq victoires et un nul. Mais, au septième match, un nouvel attaquant avait été engagé pour 7,5 millions d'euros. Compte tenu de la somme déboursée, il devait forcément jouer et j'ai été relégué sur le banc. Un ressort s'est brisé en moi et les liens qui m'unissaient à mon entraîneur se sont rompus. Je n'ai même plus pu m'entraîner avec l'équipe Première. Je devais me contenter du noyau B. Je n'avais d'autre alternative que de me chercher un autre club". "J'ai cru rêver"Outre les blessures, un autre élément a sans doute précipité la baisse de rendement de Cédric Roussel à Coventry: le départ de Robbie Keane, avec qui il formait une paire d'attaquants très complémentaire et un duo indissociable en dehors du terrain. "Je me souviens toujours du jour où, à l'entraînement, Robbie s'est approché de moi pour me dire: -Cédric, je dois t'annoncer une mauvaise nouvelle: je pars à l'Inter Milan! Je lui ai répondu: -Pour toi, c'est plutôt une bonne nouvelle, mais moi je ressentirai un vide immense. Effectivement, je n'ai plus jamais retrouvé, avec les nouveaux attaquants qui sont arrivés à Coventry, la complicité qui m'unissait à Keane. Lui et moi, nous nous trouvions les yeux fermés. Lorsque je déviais un ballon de la tête, il se trouvait instinctivement à la réception. Aujourd'hui, lorsqueje le vois jouer avec l'Irlande ou avec Leeds, j'ai encore la nostalgie de l'époque où nous étions associés". A Coventry, Cédric Roussel jouissait aussi de la totale confiance de l'entraîneur Gordon Strachan. "Je le vois encore régulièrement. Je le considère presque comme un deuxième père et j'ai noué de solides liens d'amitié avec son fils David, que j'ai d'ailleurs affronté lorsqu'il évoluait avec les Espoirs écossais. Il n'était pas d'accord de me laisser partir, mais il a dû s'incliner devant les considérations financières des dirigeants". Cédric Roussel n'a jamais oublié Coventry, et apparemment, c'est réciproque. "Lorsque je suis retourné jouer là-bas avec Wolverhampton, j'ai eu les larmes aux yeux. La réception fut extraordinaire. A quelques minutes de la fin, l'entraîneur m'a rappelé sur la touche. J'ai eu droit à une standing ovation de la part du public local alors que, pourtant, les Wolves menaient 0-1. Je suis d'ailleurs retourné voir jouer Coventry à chaque fois que j'en avais l'occasion. J'ai toujours été bien accueilli". Les Sky Blues conserveront éternellement une place à part dans son coeur. "Ce que j'ai vécu lors de ma première saison à Coventry, on ne pourra jamais me l'enlever. Ce fut la plus belle période de ma vie. J'ai fait la connaissance de gens extraordinaires et d'un... pays extraordinaire. Car on se fait une fausse idée de l'Angleterre. J'ai pu évoluer aux côtés de joueurs d'un niveau européen. J'ai joué dans des stades mythiques, où le public voue une passion invétérée au football. Lorsqu'on se trouve dans le couloir d'Old Trafford ou d'Highbury, et qu'en se retournant on croise le regard de David Beckham ou de Thierry Henry, on se dit qu'on rêve. J'ai parfois été élu homme du match alors qu'il y avait des personnages pareils sur la pelouse: incroyable! J'ai inscrit 15 buts en 35 matches de Premier League. J'ai progressé, surtout sur le plan mental, mais aussi sur le plan physique et technique. On a beau dire que les joueurs anglais n'on pas de technique: c'est complètement faux. La technique est indispensable pour évoluer à un tel rythme. Cette expérience en Angleterre m'a transformé: je ne suis plus le même homme que lorsque je suis parti". Après sa première saison à Coventry, Cédric Roussel était courtisé par les plus grands clubs du Royaume-Uni. "Je pouvais partir à Leeds, à Sunderland, à Tottenham. Peut-être même à Arsenal, si je confirmais: Arsène Wenger me suivait déjà d'un oeil. Aston Villa, le grand rival régional de Coventry, s'était également renseigné. Je pouvais gagner trois fois plus. J'ai refusé: je n'ai pas voulu trahir des gens qui m'avaient fait confiance. Si j'avais su..." Au lieu de cela, Cédric Roussel s'est retrouvé à l'étage inférieur, chez les Wolves: d'autres Loups que ceux qu'il avait connus en Belgique. "Par rapport à la Premier League, la First Division est beaucoup plus virile. Cela tackle à tout bout de champ. C'est peut-être ce qui a coûté la montée à Wolverhampton: nous avons voulu trop bien jouer au football, et au décompte final, il nous a manqué un point. Les autres équipes ne s'embarrassaient pas de fioritures: elles n'hésitaient pas à dégager dans la tribune s'il le fallait. West Bromwich Albion, qui a terminé 2e, a encaissé 22 buts en 46 matches. La taille moyenne des défenseurs était de 1m92. Cette équipe a remporté 19 matches sur le score de 1-0. Birmingham City, qui est monté via les playoffs, jouait aussi un kick and rush typiquement britannique. Ce n'était pas le cas de Manchester City. Avec des joueurs comme Ali Benarbia, cette formation était au-dessus du lot. Mais c'était l'exception qui confirme la règle". Le choix du coeur Aujourd'hui, Cédric Roussel appartient toujours à Wolverhampton, mais le club anglais l'a prêté à Mons en payant la moitié de son salaire. "En février, La Louvière s'était informé pour un prêt jusqu'en fin de saison. Les Loups s'en sont sortis sans moi et ne sont plus revenus à la charge ces mois-ci. J'ai eu d'autres contacts. L'un d'eux émanait du club norvégien de Lilleström, qui participe au tour préliminaire de la Ligue des Champions. Le problème est qu'en Norvège, on dispute un championnat d'été. Il fallait commencer tout de suite, et en octobre, j'aurais dû retourner à Wolverhampton. Je n'avais pas envie d'être prêté deux mois par-ci, trois mois par-là, comme les Anglais le font parfois. Heerenveen était décidé à m'acheter. Le club néerlandais cherchait un successeur à l'attaquant suédois Marcus Allbäck. Son entraîneur, qui est l'ancien sélectionneur de l'équipe des -21 ans des Pays-Bas que j'avais affrontée autrefois, s'est souvenu de moi. Strasbourg s'est également informé. Son directeur technique, Marc Keller, a joué à West Ham et avait eu l'occasion de m'apprécier. Des émissaires de Bari, sans doute tuyautés par Jean-François Gillet, s'étaient déplacés pour me voir jouer en Réserve. Mais un retour en Belgique avait ma préférence. Depuis un mois et demi, les dirigeants montois venaient aux nouvelles quasiment tous les jours auprès de mon manager. J'étais surpris, car je n'imaginais pas que l' Albert puisse avoir les moyens financiers de m'attirer au stade Tondreau. Le tour final a commencé avec un point sur neuf, et comme je n'étais intéressé qu'en cas de montée, je me préparais déjà à oublier l'affaire. A mon retour de vacances, je me trouvais encore à l'aéroport de Birmingham lorsque la sonnerie de mon GSM a retenti. C'était mon agent : -Tu connais la nouvelle? Mons est en D1! J'ai faim de football à en crever. Cela se verra dès les premiers entraînements. En plus, je retrouve ma région: c'est une double motivation. Les gens affirmeront que je reste sur un échec à Wolverhampton. Je suis le premier à le regretter. J'avais fixé beaucoup d'espoirs sur la saison qui vient de s'achever, car la Coupe du Monde se profilait à l'horizon. Si je m'étais imposé dans la First Division, je pense que j'aurais pu entrer en ligne de compte pour la sélection de Robert Waseige. On m'a planté un couteau dans le dos. Je suis avide de revanche. Je suis certain qu'à Mons, j'accomplirai un super boulot. J'ai gardé de très bons contacts avec le manager Jean-Claude Verbist, que j'avais connu à La Louvière. Je n'ai, en revanche, pas côtoyé Marc Grosjean au Tivoli, mais je connais ses qualités. Si les transferts envisagés se concrétisent, Mons n'aura rien d'un petit Poucet". Dans ce transfert, le coeur a parlé également. "Je suis né à Mons. Beaucoup de gens, cependant, me considèrent comme un Louviérois. Quand j'ai quitté mon petit club de Bray, j'avais le choix entre les Loups et les Dragons, et j'ai opté pour les premiers, qui avaient été les plus prompts à se manifester. On n'a d'ailleurs pas manqué de me le rappeler au moment où j'ai apposé ma signature à l' Albert, la semaine dernière: -Tu te rends compte, quelle équipe nous aurions pu avoir à l'époque? Nous avons loupé Cédric Roussel et les frères Mpenza lorsqu'il étaient à Mesvin!Cette saison, le dernier match de championnat opposera Mons à La Louvière. J'espère qu'aucune des deux équipes n'aura encore besoin de points!" Daniel Devos"J'ai faim de football à en crever"