Il a encore dû mettre le veston. Peu importe la moiteur du jour. Comme les USA jouent en blanc, il n'a pas eu le choix. Il a l'air détendu. Avant le début du match, il va même faire une longue accolade à son ami mais ennemi du jour, Jurgen Klinsmann. Puis débute le match. L'intermède du streaker ne lui plaît pas. Son regard devient agressif. Au fil des occasions, le sourire fait place à la nervosité. 25 tirs et aucun ne veut rentrer au fond. Il n'ose repenser à 1990. Il avait dit qu'il ne maîtrisait pas tout, qu'un arbitre, un fait de match, une exclusion pouvaient tout changer. Alors, il redoute ce scénario. " Il est resté calme à la mi-temps. Il était persuadé que les occasions rentreraient. C'est le discours qu'il a tenu au groupe ", confie son adjoint, Vital Borkelmans avant d'ajouter : " Il faut dire qu'il est aidé par la mentalité de ce groupe. "
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Il a encore dû mettre le veston. Peu importe la moiteur du jour. Comme les USA jouent en blanc, il n'a pas eu le choix. Il a l'air détendu. Avant le début du match, il va même faire une longue accolade à son ami mais ennemi du jour, Jurgen Klinsmann. Puis débute le match. L'intermède du streaker ne lui plaît pas. Son regard devient agressif. Au fil des occasions, le sourire fait place à la nervosité. 25 tirs et aucun ne veut rentrer au fond. Il n'ose repenser à 1990. Il avait dit qu'il ne maîtrisait pas tout, qu'un arbitre, un fait de match, une exclusion pouvaient tout changer. Alors, il redoute ce scénario. " Il est resté calme à la mi-temps. Il était persuadé que les occasions rentreraient. C'est le discours qu'il a tenu au groupe ", confie son adjoint, Vital Borkelmans avant d'ajouter : " Il faut dire qu'il est aidé par la mentalité de ce groupe. " Au début des prolongations, il décide de redonner une chance à Romelu Lukaku et son coaching paie directement. Comme Kevin Mirallas, Lukaku pèse d'entrée mais contrairement à son coéquipier, lui, est décisif. On le voit alors exploser, courir sur la pelouse, puis s'arrêter net et se retourner vers son staff pour communier avec lui. Débute alors un long chemin de croix. Les minutes s'égrènent. Il prend une bouteille, boit une gorgée, la rejette. Les Américains ont réduit le score, son équipe recule. Il se sent complètement impuissant. Lorsque le coup de sifflet final retentit, c'est l'explosion. " Pour mon coeur, il ne m'en faut pas trop, des matches comme cela. On a 15 occasions, c'est nous qui faisons le jeu et le match. Je crois que c'est mérité. " Il a rempli son contrat : son équipe a enfin produit du jeu et le voilà en quart de finale de la Coupe du Monde. Il a également répondu à ceux, presse étrangère en tête, qui attendaient davantage. C'est une petite revanche qu'il savoure comme il se doit. Il a transpiré, a donné de la voix mais ne semble pas fatigué. On n'abat pas un Wilmots. Surtout quand il est en quart de finale ! Une phrase nous revient d'ailleurs en mémoire. Lorsqu'on lui demandait s'il craignait que les joueurs sous la menace d'une seconde carte se retiennent, il avait lâché : " Oh que non, vas-y à fond mon ami. Surtout ne te retiens pas ! Tel serait mon conseil. " La victoire en huitième de finale trouve certainement son inspiration dans ce genre de conseil... 24 juin. Il est venu le lendemain d'une victoire. Une entorse à son règlement. Quand nous lui demandons ce que nous vaut sa présence, il répond très franchement : " Parce qu'on me l'a demandé. Les journalistes voulaient me voir ", lâche-t-il. Pourtant, il ne s'attendait sans doute pas à être reçu si froidement par certains. Il a quand même gagné la veille ! " On n'a pas remporté de prix de beauté mais l'Espagne, l'Angleterre et l'Italie sont dehors ". Cela se sent. L'euphorie a beau avoir gagné la Belgique, certains n'en sont pas touchés et restent sur leur faim. Cela avait déjà dégainé la veille de Belgique-Russie lorsqu'on l'avait interrogé sur certains manquements tactiques. Il avait vivement répliqué : " Qui dit cela ? " Cela a continué le lendemain du six sur six. Pas malin comme timing pourtant. Mais cela le pique. " Les Russes ont couru 118 km ; nous 108. Cela prouve que nous les avons fait courir. Cela n'a rien à voir avec de la tactique. D'ailleurs nous n'avons pas concédé beaucoup d'occasions. " Il a raison. Le jeu offensif n'est peut-être pas très bon mais l'organisation défensive est rarement prise en défaut. Cela fait maintenant trois semaines que ça dure et qu'il doit se défendre de la pauvreté du jeu de ses Belges. Les médias internationaux, enfumés par notre bilan comptable en qualification et les noms de notre effectif, ne tiennent pas compte du jeu déployé en qualifications (ils n'ont sans doute jamais vu la Belgique) et ont une grosse attente. " Les critiques ? Je n'en ai rien à foutre. Tu crois que ça me touche encore ? Si on n'arrive pas à passer à côté de cela et si on doit faire attention à tout ce qui se dit, on n'est pas sorti de l'auberge. " Et pourtant, on sent que ça ne lui plaît pas et, au fil des jours, il peaufine sa défense. " Quand tu es jeune, tu vas souvent à la faute. C'est notre boulot de garder le calme et de ne pas aller trop vers l'avant en cherchant le beau jeu. Le beau jeu nous renverrait à la maison. Tout le monde s'enflamme sur un petit pont. Moi, cela ne me fait pas rire. Passer le ballon entre les jambes, je veux bien. Debout la galerie ! Mais ce n'est pas pour le top niveau. Sauf si c'est efficace. " Son analyse est simple : d'abord veiller à l'organisation, ensuite au jeu. " Si on ne produit pas du jeu, c'est peut-être parce que chacun fournit son boulot défensif... " Ce jour-là, la question est vite évacuée. On passe à autre chose. Il en remet cependant une dernière couche en parlant de Daniel Van Buyten qui a réalisé le sprint le plus rapide du match, " pour ceux qui croient qu'il est vieux et lent ". " Oui, moi ", répond un journaliste du Het Laatste Nieuws, grisé d'être au centre du débat. " Ah, ben, ce n'est pas le cas ! Il va encore très vite ", rétorque benoîtement Wilmots qui sait qu'il a remporté un round. Pourtant, s'il peut se montrer content d'avoir remis les points sur les i, il sait aussi que cela dénote un climat. La victoire est belle mais c'est également dans ces moments-là que les couteaux s'aiguisent. Il sait désormais que rien ne lui sera épargné dans cette Coupe du Monde. Pas de problème. La posture du guerrier esseulé, il la maîtrise. Il a la carrure pour faire face. D'ailleurs, il a même prévu un clash éventuel avec les médias. Pourtant, il y a d'autres batailles plus importantes qui l'attendent avant cela. Et des petites guéguerres. Notamment régler le cas Romelu Lukaku. Il a été si exigeant avec ses hommes qu'on s'attend à une sanction. Pourtant, il botte en touche, explique qu'il n'a pas encore eu le temps de parler avec Lukaku. On le sent un peu embêté, sans savoir que faire. Ne rien faire reviendrait à perdre une partie de son autorité et à prôner le mauvais exemple. Trop en faire, du moins publiquement, pourrait plonger Lukaku en plein désarroi. Or, il sait qu'il n'a que deux attaquants en magasin et il ne peut pas tout miser sur un jeune de 19 ans qui fête ses premières sélections. Il a encore besoin de Lukaku qui, à un moment ou un autre, peut rendre de précieux services. " Si nous devons parler, nous le ferons. Mais sa tête doit être libre de toute pensée. Parfois se taire est préférable. " Il n'en dira pas plus. La presse, si pointilleuse sur les questions tactiques, ne le bouscule pas plus que cela sur le sujet. Elle a vu que Wilmots ne savait pas encore quelle position adopter avec l'attaquant d'Everton. Le coach attend le lendemain avant de parler à Lukaku. Il ne le tance pas trop, le rassure et lui dit - Aujourd'hui, tu es celui que tout le monde tue mais en huitième ou en quart, tu seras peut-être le héros qui sera porté au pinacle. Devant la presse, il le protège. " Je défendrai toujours mes joueurs. Un à un. Je leur parle entre-quatre-z-yeux. Et la recette n'est pas si mauvaise que cela puisque ça fonctionne. " Cette dernière phrase n'est pas anodine. Il n'a pas aimé que la presse du nord du pays se demande si Wilmots n'aurait pas dû emmener avec lui un psychologue. Il ne croit pas en la psychologie et n'a jamais aimé que la presse lui suggère le comportement à adopter ou les décisions à prendre. Le lendemain, à ceux qui n'ont pas compris son message, il parle de son cours de psychologie lors de son diplôme d'entraîneur à Cologne. " Le plus intéressant des cours ", lâche-t-il. Cependant, s'il tient à protéger Lukaku, ses réponses sur... Divock Origi donnent déjà une indication sur ce qu'il pense sur le début de Coupe du Monde de l'attaquant d'Everton. " Il a compris que j'attends que tout le monde soit disponible. Il ne faut pas penser à soi-même mais au groupe. Et quand tu fais cela, tu as moyen de réussir dans une Coupe du Monde. " Or, ce qui vaut pour Origi doit valoir aussi pour Lukaku. Pourtant, il n'a pas envie que la suite de la Coupe du Monde soit pourrie par une dualité Lukaku/Origi. Alors, contre la Corée, il décide de ne pas décider. Ni Origi, ni Lukaku ne sont titulaires, même si quand il s'agit de faire un remplacement, c'est Origi qui rentre. Lukaku ne bronche pas. Dans la zone mixte, après la rencontre, il décline toute interview avec politesse et grand sourire. " Je dirai tout dans 15 jours ", rigole-t-il. Il n'en aura pas besoin. Wilmots le lui avait prédit : " Ta chance viendra ". Il le lance au début des prolongations. Et directement sa puissance fait mouche. Une première occasion, un déboulé puis un assist sur le premier but, avant de conclure lui-même une passe de Kevin De Bruyne. On le voit sauter, courir, écarter des mains ses coéquipiers venus le féliciter pour filer vers la caméra. Le message est beau : " Je t'aime, papa. " Dans la zone mixte, Wilmots jubile. Son coaching est gagnant et ses talents de remotivateur ont encore fonctionné. Qui a dit qu'il avait besoin d'un psy ? Il a parfois des doutes. Parfois beaucoup moins. Là où certains l'auraient vu calculer pour ne pas rencontrer l'Allemagne, il est fidèle à sa réputation de fonceur. " Il faudra bien un jour rencontrer les grandes équipes. L'Allemagne maintenant ou plus tard, ça ne change rien. " Preuve également qu'il a de l'ambition et qu'il aimerait pourquoi pas rencontrer ce pays qu'il aime tant, où il a écrit les plus belles pages de sa carrière de joueur, et où il aimerait tant déposer son CV. " Je ne calcule pas. Que ce soit clair. Tu crois que je vais changer ma préparation en fonction du classement de l'Allemagne dans le groupe ? On tombe contre l'Allemagne ? C'est bien. Un autre ? C'est bien aussi. Dans le bus, les joueurs regardaient Portugal-USA et à chaque but, ils changeaient d'avis. Moi, le calcul ne fait pas partie de mon vocabulaire ". Pourtant, qui dit conquérant ne dit pas nécessairement calculateur. Il doit veiller à garder ses troupes fraîches surtout qu'en cas de première place, les Belges filent découvrir la moiteur de Salvador de Bahia. Ainsi, lui qui ne veut pas parler d'équipe B, fait sept changements contre la Corée. Dès la qualification acquise contre la Russie, il l'annonce à ses hommes : il fera tourner. Deux jours avant ce troisième match, lui qui d'habitude ne donne sa composition que le matin même du match (voire la veille au soir si le match se joue à 13h), prévient déjà quelques joueurs qu'ils doivent se tenir prêts à être titulaires. Il surprend encore en se passant d'un attaquant spécifique et en faisant débuter Adnan Januzaj. Il surprend toujours en plaçant Januzaj à droite et Dries Mertens à gauche. Et au bout toujours une victoire. La presse étrangère n'est toujours pas convaincue par le jeu mais loue le sens tactique de Wilmots qui a utilisé 20 joueurs sans altérer le rendement de son équipe. Cerise sur le gâteau : il a réussi à complètement relancer Jan Vertonghen. Preuve à ses yeux qu'il n'a vraiment pas besoin de psychologue ! La fraîcheur devient le nouveau thème de campagne. Plusieurs fois, il explique que le tournoi peut être long. " C'est un avantage que notre troisième match n'ait pas été décisif. Nous n'avons pas dû puiser dans nos réserves. " Mais d'autres sujets viennent parasiter la préparation pour les huitièmes de finale. Les blessures commencent petit à petit à tomber. La défense est décimée et le capitaine Vincent Kompany ne se montre plus. Pourtant, pas question de tergiverser. " A chaque blessé, il y a une solution. Je n'alignerai Kompany que s'il est à 100 % ". La remarque vaut aussi pour Vermaelen, écarté définitivement la veille du huitième de finale. ?PAR STÉPHANE VANDE VELDE À SALVADOR DE BAHIALa presse étrangère loue le sens tactique de Wilmots qui a utilisé 20 joueurs sans altérer le rendement de l'équipe.