Encore un qui est passé par la petite porte et peut remercier le ciel ! " J'aurais dû être à l'aéroport de Zaventem le matin des attentats ", lâche Mbark Boussoufa. " Je devais prendre l'avion pour aller à un rendez-vous de l'équipe nationale à Marrakech. Finalement, je suis parti d'Amsterdam. Pour le même prix... "
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Encore un qui est passé par la petite porte et peut remercier le ciel ! " J'aurais dû être à l'aéroport de Zaventem le matin des attentats ", lâche Mbark Boussoufa. " Je devais prendre l'avion pour aller à un rendez-vous de l'équipe nationale à Marrakech. Finalement, je suis parti d'Amsterdam. Pour le même prix... " Sur le papier, point de vue popularité, palmarès, élégance, talent pur, il a été le transfert de janvier. Ce n'est pas chaque année que notre championnat parvient à rapatrier un footballeur pareil. Prêté pour une demi-saison par le Lokomotiv Moscou à La Gantoise. Boussoufa aime le jeu, la discussion commence donc logiquement sur les thèmes du jeu, de la tactique, des artistes. MBARK BOUSSOUFA : En Europa League, j'ai préféré regarder le match entre le Shakhtar Donetsk et Séville plutôt que celui entre Villareal et Liverpool. C'était plus ouvert. J'aurai toujours un faible pour le football offensif. Donc, je choisis Barcelone ou le Bayern plutôt que l'Atlético Madrid, par exemple. Faire le jeu, dominer, prendre des initiatives, il n'y a rien de plus beau. Il y a beaucoup d'équipes qui préfèrent un jeu prudent, qui attendent une erreur de l'adversaire en espérant qu'elles pourront en profiter. Ça ne me pose pas de problème, tout le monde fait ce qu'il veut ! Mais je suis d'abord un fan de foot et je veux voir des choses jolies à voir ! BOUSSOUFA : On part toujours avec l'intention de jouer. Ça se voit, dans tous nos matches. Ça fait deux ans que cette équipe est dominante et essaie d'être positive. C'est une bonne chose pour le football belge et c'est chouette aussi pour les supporters, ceux de Gand et ceux qui ne supportent pas un club en particulier. C'est très positif, je trouve. Ça montre qu'ici, on en a dans le pantalon. BOUSSOUFA : Tout à fait. Quand tu passes six ans dans un environnement pareil, ça devient une seconde nature. Mais entre-temps, j'ai quand même appris à jouer autrement, à pratiquer un jeu plus défensif, parce que j'ai connu des entraîneurs très différents de ceux de l'Ajax. Lors de mon premier passage à Gand, j'ai eu Georges Leekens. On avait alors une équipe surtout rusée avec Christophe Grégoire, Davy De Beule, Dominic Foley, Wouter Vrancken. On savait attendre le bon moment pour frapper. On le faisait vraiment très bien. Cette efficacité, je l'ai aussi côtoyée à Anzhi avec Guus Hiddink. Et en équipe marocaine avec Roger Lemerre et Eric Gerets. On peut aussi apprendre beaucoup avec des coaches comme eux, c'est aussi ce qui fait la beauté du football. Avoir le ballon, dominer, c'est ce qu'il y a de plus beau. Mais quand José Mourinho met un bus devant son but, pour frapper au bon moment, je peux aussi apprécier. Même si c'est horrible à voir. Ça permet de gagner des trophées, en tout cas. Chaque entraîneur a sa philosophie, il faut respecter ça. A Gand et à Anderlecht, les supporters ont l'habitude de demander un jeu vers l'avant. Et ça, ça ne se renie pas en un claquement de doigts. BOUSSOUFA : Je le savais avant de revenir, évidemment. Depuis la Russie, je continuais à m'intéresser à La Gantoise. Quand j'ai débarqué fin janvier, ça n'a pas été simple tout de suite. J'ai d'abord dû comprendre le système et les lignes de course. Il m'a fallu un peu de temps. BOUSSOUFA : OK mais il faut comprendre les finesses d'un système pareil. Thomas Foket est un exemple parfait. Il sait à tout moment s'il doit partir vers l'avant ou pas. J'ai dû apprendre ça. Et il a fallu que les autres joueurs apprennent à me découvrir. BOUSSOUFA : Il a raison quand il dit ça. Mais son 3-4-3, il faut d'abord le comprendre et c'est un système qui nous oblige à réfléchir pas mal. On peut comparer ça au jeu d'échecs. Tu dois toujours regarder ce que font les coéquipiers qui sont dans ta zone. Ce sont des schémas de jeu comparables à ceux de Barcelone. BOUSSOUFA : Je m'en fous ! (Très sec). Et puis, c'est qui, Eddy Snelders ? Je ne suis quand même pas obligé d'être d'accord avec ce qu'il pense. Je sais pourquoi je suis ici, je sais pourquoi je joue ici. Dans certains matches, ça a très bien fonctionné. Pourtant, il y avait des doutes parce que j'étais resté six mois sans jouer de matches. Et on m'a fait passer pour un gars à problèmes, pour une mauvaise personne avec une mauvaise mentalité. Alors que je n'ai jamais eu de problèmes, nulle part. Mais bon, c'est le genre de trucs qui partent de l'extérieur, de gens qui ne sont pas au courant de la situation. Qui s'amusent à répandre des bruits négatifs, sans raison. BOUSSOUFA : J'étais dans ma dernière année de contrat et le Lokomotiv avait des petits soucis avec le fair-play financier. Ils devaient me vendre. Avec Anderlecht, j'ai été à 80 % d'un accord. Puis il y a eu un peu de friture sur la ligne... La discussion s'est compliquée et Roger Vanden Stock a dit dans la presse que je demandais plus d'argent. Les gens ont lu ça et on en a conclu que j'étais responsable de la situation, de l'échec de mon transfert à Anderlecht. C'est complètement faux. Mais comment expliquer ça au grand public ? Mission impossible. BOUSSOUFA : Ça c'est sûr. Partout, j'ai joué. A Gand, à Anderlecht, à Anzhi, à Moscou. J'ai toujours eu ma place dans l'équipe type, même quand il y avait des stars mondiales dans le noyau. Donc, ça a été très dur de devoir bosser dans l'ombre. J'en ai bavé. Je n'avais qu'une chose à faire : essayer de rester fort. J'y suis arrivé. Ma chance, c'était d'avoir conscience que ça n'avait rien à voir avec mes qualités de footballeur. Ça s'expliquait par des éléments périphériques. Finalement, j'ai dû mordre sur ma chique pendant six mois pour m'en sortir. Mais j'ai toujours assumé, je me suis toujours présenté à l'heure aux entraînements de ce noyau B, j'ai toujours fait ce qu'on me disait de faire. BOUSSOUFA : C'est en moi que j'ai trouvé la force. Quand on me pousse dans les cordes, je finis par revenir plus fort. J'ai toujours réagi comme ça. Quand j'ai l'impression d'être seul contre tous, je me rebelle. Si j'avais connu la même situation à vingt ans, j'aurais eu beaucoup de mal. A trente ans, tu arrives à voir les choses autrement. BOUSSOUFA : La vérité, c'est qu'il était intéressé par mon retour. Je l'ai appelé quand j'ai appris qu'il pensait que je serais de toute façon trop cher ! Je lui ai bien dit qu'on pouvait trouver un arrangement parce que j'en avais discuté avec la direction du Lokomotiv. Ma situation était devenue tellement intenable, j'avais tellement l'impression d'être dans une voie sans issue, que j'étais prêt à tout pour revenir Gand. Qu'on arrête surtout de croire que mon prêt d'une demi-saison coûte un million au club ! De tous les joueurs arrivés en janvier, je suis sans doute le moins cher. Au final, je suis vraiment content d'avoir pris l'initiative de décrocher mon téléphone... BOUSSOUFA : Je savais qu'avec mes qualités, je pouvais lui donner un boost supplémentaire. Je peux encore être important sur un terrain de foot, à ma manière. En tout cas, rejouer au foot, susciter à nouveau le respect des gens en Belgique, ça n'a pas de prix. Tout s'est bien passé dès le début, j'ai été décisif contre Mouscron, j'ai vite été rappelé en équipe nationale où je n'étais plus allé depuis un an. Et on m'a directement titularisé au Maroc. Fantastique ! BOUSSOUFA : Voilà ! Rejouer des petits matches. Je peux te dire que mon premier entraînement ici, je l'ai savouré. Il pleuvait des cordes mais aucune importance... J'étais heureux comme un gosse, j'avais l'impression de revivre. Alors que c'était un bête entraînement. Je rejouais au foot, j'étais à nouveau près de ma famille... top. BOUSSOUFA : L'entraîneur m'a directement dit ce qu'il attendait de moi. Avec mes coéquipiers aussi, ça s'est très bien passé. Avec les supporters, ça a été fantastique. Dès mon premier échauffement, ils se sont levés et ont commencé à scander mon nom. J'en ai eu la chair de poule. Ça s'est prolongé par mon but décisif dans la dernière minute contre Mouscron. Là, j'étais en extase, j'avais rarement ressenti un truc aussi fort. J'étais ailleurs, j'avais l'impression que c'était trop beau pour être réel. Maintenant, pour ce qui est des supporters adverses, ce n'est pas nouveau pour moi d'être sifflé, ce n'est pas nouveau qu'on me crie des trucs quand je reçois le ballon. On s'habitue. Quelque part, c'est bizarre parce que c'est typiquement belge. En Russie, je jouais avec Samuel Eto'o qui était quand même une star mondiale. Mais on ne s'en prenait jamais à lui. Enfin bon, on ne fait ça qu'aux joueurs dangereux. En espérant les déstabiliser. BOUSSOUFA : Sa vision. L'équipe joue comme il a envie qu'elle joue, ses idées sont avec nous ! Pour lui, qu'on affronte Wolfsburg, Lyon ou Roulers, c'est idem pareil. Il ose, il est plein de culot. Son bluff me fait penser à celui des gens d'Amsterdam. C'est comme ça qu'on m'a éduqué : mettre la poitrine en avant, être fier, sûr de ses forces. Pour résumer : On est La Gantoise et on impose notre football. C'est rafraîchissant pour le football belge. Ici, il n'y a pas beaucoup d'entraîneurs qui osent. Et c'est parce que cette équipe ose qu'elle a fait des résultats pareils contre Lyon et Valence. BOUSSOUFA : Anderlecht essaie toujours de produire du football champagne, donc il a le profil pour travailler là-bas. Il a les compétences tactiques, il mise toujours sur les points forts de son équipe, il est rusé. Mais bon, ce n'est pas à l'ordre du jour. Il est à Gand, il fait un boulot fantastique ici. PAR PIERRE DANVOYE ET FRÉDÉRIC VANHEULE - PHOTOS BELGAIMAGE" Mon premier entraînement avec Gand, je l'ai savouré. Il pleuvait des cordes mais aucune importance... " - MBARK BOUSSOUFA " Les entraînements avec le noyau B de Moscou, ça a été la période la plus pénible de ma carrière. " - MBARK BOUSSOUFA