Ruud Vormer est né à Hoorn, une ville aux allures de village à 40 km au nord d'Amsterdam, d'où ses parents sont originaires. Il commence à jouer au football à l'âge de cinq ans, au HVV Hollandia. Mais c'est au VV De Blokkers qu'il se hisse en sélection de Frise occidentale.
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Ruud Vormer est né à Hoorn, une ville aux allures de village à 40 km au nord d'Amsterdam, d'où ses parents sont originaires. Il commence à jouer au football à l'âge de cinq ans, au HVV Hollandia. Mais c'est au VV De Blokkers qu'il se hisse en sélection de Frise occidentale. Plusieurs clubs s'arrachent alors ses services. Son père voudrait qu'il signe à l'Ajax mais il opte pour AZ. C'est facile d'accès et il ne doit pas vivre en famille d'accueil. Chaque matin, à 7 heures, un minibus s'arrête devant sa porte pour le ramener 12 heures plus tard. Une fois rentré, il travaille son pied gauche. Il a 13 ans, est capitaine et passe sans problème chaque année d'une catégorie à l'autre. Les sélectionneurs nationaux l'ont repéré aussi. En 2005, il décroche la médaille d'argent à l'EURO U17 en Italie. Quelques mois plus tard, il est titulaire dans l'équipe qui se classe troisième au championnat du monde au Pérou. En mai 2006, Louis van Gaal, l'entraîneur de l'époque, appelle Ruud Vormer dans son bureau : " Félicitations ! A partir d'aujourd'hui, tu fais partie de mon groupe ", dit-il au jeune homme, qui va fêter ses 18 ans le lendemain. " Louis était vraiment sous le charme de Ruud ", dit Martin Haar, ex-adjoint. " Il disait qu'il était intelligent. Pourtant, on ne le considérait pas comme un grand talent. Sa taille et son potentiel physique posaient problème. Il n'allait pas au duel et n'était pas très rapide. " Nous lui montrons une photo de Vormer aujourd'hui. " Dix ans ont passé et il a bien changé. Franchement, je pensais qu'il ne jouerait jamais plus haut que dans un club moyen de D1 hollandaise. " Ce qui étonne Haar, c'est la place à laquelle Vormer joue à Bruges : à droite dans l'entrejeu. " Louis avait envisagé de le faire jouer en 10 car il joue bien entre les lignes et lit bien le jeu. Il savait défendre haut, sentait le bon moment pour plonger dans les espaces et marquait facilement. " Mais dans l'entrejeu, la concurrence est rude. " Il jouait trop latéralement alors que Louis voulait de la profondeur. Il n'acceptait pas non plus facilement la critique mais avait des valeurs. Quand les autres joueurs lui disaient quelque chose, il écoutait. De toute façon, ici, les grandes gueules sont vite écartées. " Pour sa deuxième saison, alors qu'il n'a pas encore 20 ans, Vormer est titularisé à 15 reprises. Le club perd le titre lors de la dernière journée et souhaite le conserver mais il signe pour quatre ans à Roda. " Il savait ce qu'il voulait et était prêt à effectuer un pas en arrière. " A Kerkrade, il marche avec les bras écartés, comme s'il avait des ballons sous les aisselles. " Je venais d'AZ, où j'avais travaillé sous les ordres du grand Louis van Gaal. Si quelqu'un me faisait une remarque, je ne l'écoutais même pas ", avoua-t-il plus tard. Avec sa copine, Roos America, étudiante en médecine, il achète une maison à Born, près de Sittard. Un trou perdu à près de trois heures de Hoorn. Le mardi et le jeudi, pour tuer le temps, il entraîne un petit club local. La saison est tourmentée. Raymond Atteveld, l'entraîneur qui l'a fait venir, est rapidement renvoyé. C'est Harm van Veldhoven qui débarque. " Comme Marcel Meeuwis jouait en 6, Ruud évoluait à droite ", dit-il. " Mais j'ai vite compris qu'il fallait le mettre dans l'axe. Nous avons beaucoup travaillé sa vitesse, via des sprints sur 10 mètres. Après la première série de quatre, il était épuisé. Mais après deux ou trois mois, il battait tout le monde. " Après le départ de Meeuwis pour Mönchengladbach, Van Veldhoven aligne Vormer et Willem Janssen dans l'axe. " Ils faisaient des kilomètres et épuisaient l'adversaire. Ruud était parfois hors-position mais il suffisait qu'on lui fasse la remarque pour qu'il comprenne. Comme nous étions en surnombre dans l'entrejeu, il s'infiltrait de plus en plus, sans être très explosif. " Il devient le chouchou des supporters qui adorent son tempérament de battant. " Il avait du charisme, c'était un mauvais perdant ", dit Davy De fauw, qui en était alors à sa 3e saison au Kaalheide. " Même au tennis de table, il voulait toujours gagner. Il avait un bon coup droit mais je jouais tout dans son revers. Il devenait fou. L'entraînement n'avait pas encore commencé qu'il transpirait déjà. " Il est titulaire indiscutable mais en 2011, lorsqu'il reçoit le Soulier de Bronze, seul Manisaspor s'intéresse à lui. " La Turquie, c'est bien pour les vacances, pas pour jouer au football ", dit-il. Douze mois plus tard, il signe pour trois ans à Feyenoord, même si Vitesse lui propose 100.000 euros de plus. Le public du Kuip est exigeant. " Certains joueurs ne résistent pas à cette pression ", dit Bas van Noortwijk, le team manager. " Ils sont très bons à l'entraînement mais n'en touchent pas une le dimanche. Ruud n'a pas eu trop de problèmes à ce niveau. Tout le monde voyait qu'il savait jouer au football. " Martin van Geel, le directeur technique, l'avait connu à Alkmaar. " A l'époque, je lui disais qu'il était trop gras (il rit). Mais il était assidu, ambitieux et passionné. Lorsque nous avons eu l'occasion de le transférer gratuitement, j'ai demandé à plusieurs personnes de l'observer : beaucoup le voulaient. " Lors de la journée portes ouvertes, le speaker du stade le présente en disant qu'il avait déjà exprimé à plusieurs reprises son désir de porter le maillot de Feyenoord. Les supporters l'adoptent immédiatement. Il est titulaire aux côtés de Jordy Clasie mais, après la naissance de Valente, son premier fils, Ronald Koeman modifie la composition de son triangle et Vormer ne joue plus que les matches de coupe. " Il était en concurrence avec Clasie, un pitbull ", dit Van Noortwijk. " Ruud mordait aussi, mais moins fort (il rit). Il n'avait pas envie de courir derrière son homme pendant tout un match. " Au cours de sa deuxième saison, rien ne change. " Il m'envoyait souvent des SMS pour me dire qu'il était temps qu'il joue car il stagnait ", dit Van Veldhoven. " Je trouve bizarre qu'on ne l'ait pas aligné plus souvent aux côtés de Clasie. " Van Geel : " Je me souviens du dernier match avant la trêve, contre PEC. Ils avaient joué tous les deux et Ruud avait été fantastique mais il s'était occasionné une déchirure à la cuisse. Normalement, il n'aurait pas dû partir en vacances afin de venir faire les soins au stade mais il est venu me supplier dans mon bureau : J'ai réservé un voyage à Dubaï et je veux demander ma copine en mariage. Je ne pouvais pas refuser. " (il rit). A la fin de la saison, Koeman s'en va et cède sa place à Fred Rutten mais Vormer dit à Van Geel qu'il veut partir aussi. " D'autant que nous avions récupéré Karim El Ahmadi, un international marocain d'Aston Villa. Ruud savait que ce serait difficile pour lui. J'étais pourtant certain qu'il avait du talent et j'aurais voulu qu'il reste. " Le 1er septembre, Ruud Vormer signe un contrat de trois ans au Club Bruges. Quand son agent lui a parlé de l'intérêt du Club, trois jours plus tôt, il a consulté ses parents, sa femme, Ryan Donk et Davy De fauw. " Je lui ai dit que les Brugeois l'aimeraient bien ", dit ce dernier. " Franky Van der Elst, Gert Verheyen et Lorenzo Staelens n'étaient pas les plus grands techniciens mais des battants. " Preud'homme lui avait dit qu'il alignerait Vormer en huit. " Ça ne m'étonne pas ", dit Harm van Veldhoven. " Lorsque Michel entraînait Twente, Roda l'avait fait souffrir à deux reprises. " Vormer estime aussi qu'il est davantage qu'un simple médian défensif. " Beaucoup de joueurs ont des difficultés à comprendre le système de Michel ", ajoute De fauw, avec qui il partageait sa chambre lors des mises au vert. " Il s'est adapté plus vite que je le pensais mais je ne suis pas surpris. " Après sa première saison, marquée par une victoire en Coupe de Belgique, il épouse Roos, devenue médecin urgentiste aux Pays-Bas. L'été dernier, il est papa pour la deuxième fois (d'une petite Julie) et, après le titre, les supporters brugeois lui décernent le Soulier Bleu. Il a déjà rempilé jusqu'en 2020 et plus personne ne doute de lui. " Au fil du temps, il a pris confiance et s'est mis à coacher les autres ", dit De fauw. " Par son assiduité, sa mentalité et sa passion, il me fait penser à TimmySimons, qui venait à l'entraînement de Lommel dans la camionnette de son père alors que les autres roulaient en BMW ", dit Van Veldhoven. " Ils s'entendent bien et ça ne m'étonne pas. Ce sont deux joueurs qui connaissent leurs limites, qui font passer l'intérêt du club avant le leur et qui ont une vie privée stable. De bons pères de famille qui répondent présent chaque semaine et qu'il faut même parfois freiner. " PAR CHRIS TETAERT - PHOTOS BELGAIMAGE