Rarement les avis sur un champion du monde ont été aussi partagés. Dimanche, Alejandro Valverde a été récompensé, après douze tentatives et six podiums. Il est le dernier survivant d'une génération salie. Pour certains, le coureur de 38 ans, qui n'a jamais avoué s'être dopé, malgré sa suspension, n'est pas crédible. Et donc, son titre mondial est une mauvaise affaire pour le cyclisme. Un journaliste anglais a twitté, caustique, à propos de la joie de Valverde une fois la ligne franchie : " Il n'est pas ému, il sait qu'il a une lourde dette envers le diable. "
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Rarement les avis sur un champion du monde ont été aussi partagés. Dimanche, Alejandro Valverde a été récompensé, après douze tentatives et six podiums. Il est le dernier survivant d'une génération salie. Pour certains, le coureur de 38 ans, qui n'a jamais avoué s'être dopé, malgré sa suspension, n'est pas crédible. Et donc, son titre mondial est une mauvaise affaire pour le cyclisme. Un journaliste anglais a twitté, caustique, à propos de la joie de Valverde une fois la ligne franchie : " Il n'est pas ému, il sait qu'il a une lourde dette envers le diable. " Le sacre de Valverde n'a rien changé : ceux qui doutent de sa propreté persistent, comme Tom Dumoulin et Tim Wellens, qui ont toutefois mesuré leurs propos dimanche. Ceux qui croient en sa pureté et vantent son sérieux professionnel et son esprit offensif ont aussi exprimé leurs sentiments. Comme Peter Sagan, le champion flashy et le visage de la nouvelle génération, plus propre, qui a insisté auprès de l'UCI pour pouvoir remettre son maillot au presque chauve Valverde. Le contraste ne pouvait être plus saisissant. Valverde suscitera toujours la discussion mais peu d'observateurs peuvent contester sa position au classement des meilleurs coureurs du 21e siècle, comme l'a souligné Tom Boonen. À 38 ans, El Imbatido a perdu plus de cheveux que de courses. Son palmarès comporte 122 victoires, un nombre phénoménal pour un coureur qui n'est pas un sprinteur. Au 21e siècle, seuls André Greipel (155), Alessandro Petacchi (154), Erik Zabel (149) et Mark Cavendish (146) ont engrangé plus de succès. Il n'y a même pas photo quant à la qualité. Les statistiques le révèlent aussi. Valverde a 5.575 points sur base d'un système de points, basé sur les victoires et les podiums que notre magazine a mis au point il y a quelques années pour établir le top 50 des meilleurs coureurs belges de tous les temps. Il fait moins bien que l'inaccessible Eddy Merckx (10.205) mais nettement mieux que Roger De Vlaeminck (4.450), Rik Van Looy (4.190), Freddy Maertens (3.750), Tom Boonen (2.840), Philippe Gilbert (2.510) et Johan Museeuw (2.365). D'autres coureurs étrangers marquants des deux dernières décennies sont loin de Valverde, comme Peter Sagan (3.270), Vincenzo Nibali (3.015), Alberto Contador (2.885), Chris Froome (2.800) et Fabian Cancellara (2.630). Le plus bel exploit de Valverde réside dans sa faculté à combiner les succès dans les grandes courses d'un jour avec les victoires ou les places d'honneur dans les tours, petits et grands. Il est unique en la matière. Il ne s'offre pas le moindre relâchement, que ce soit à l'entraînement ou en course. La dernière fois qu'il a terminé au-delà du top 50 d'une course ? Le 7 mai 2016, durant la deuxième étape du Giro : il était 73e d'un sprint massif. Depuis, le coureur Movistar a terminé parmi les 50 premiers 189 fois d'affilée... Vous pouvez déjà parier votre maison que samedi, au Tour de Lombardie, il va prolonger cette série. Dans la forme qu'il détient, il y a même de fortes chances qu'il comble aussi ce hiatus à son palmarès (après deux deuxièmes places). Pour le plus grand dépit de ceux qui le jalousent.