" Le demi défensif actuel du Standard me fait beaucoup penser à un des meilleurs joueurs de l'histoire du Standard et du football belge : Wilfried Van Moer (68 ans). A la place de William Vainqueur, ce compliment, mérité, me ferait grand plaisir. Dès 1968, en provenance de l'Antwerp qui le repéra à Beveren, Van Moer donna tout de suite une autre allure, un nouveau format, à la ligne médiane du Standard. Bien soutenu par Louis Pilot, qui faisait le ménage devant la défense, Wilfried savait tout faire : exercer une grosse pres...

" Le demi défensif actuel du Standard me fait beaucoup penser à un des meilleurs joueurs de l'histoire du Standard et du football belge : Wilfried Van Moer (68 ans). A la place de William Vainqueur, ce compliment, mérité, me ferait grand plaisir. Dès 1968, en provenance de l'Antwerp qui le repéra à Beveren, Van Moer donna tout de suite une autre allure, un nouveau format, à la ligne médiane du Standard. Bien soutenu par Louis Pilot, qui faisait le ménage devant la défense, Wilfried savait tout faire : exercer une grosse pression sur le porteur du ballon, récupérer, construire, marquer. Ses tacles étaient des chefs-d'oeuvre car il ne touchait jamais son adversaire. Pas très grand, Kitchie, comme l'avait surnommé l'avant et buteur hongrois Antal Nagy (ce qui signifiait " Petit " en hongrois), prenait le ballon, se relevait et repartait instantanément. C'était propre, bien fait. Son abattage et sa technique haut de gamme affolaient les adversaires. Van Moer était un des meilleurs milieux de terrain d'Europe et cette réputation lui coûta trois fractures de la jambe, dont celle infligée par Mario Bertini de l'Inter Milan lors d'un Belgique-Italie. Sans ces blessures graves, ce chef d'orchestre aurait obtenu bien plus que 57 caps en équipe nationale. Vainqueur possède aussi ce geste défensif, même si ses interventions sont parfois plus dangereuses que celles de Van Moer. Comme Wilfried autrefois, William trouve des voies inattendues dans des forêts de jambes. J'ai eu l'honneur de jouer durant des années avec Kitchie en équipe nationale. Je déboulais sur le flanc droit sans me poser la moindre question : Van Moer expédiait toujours un bon ballon dans ma foulée. Cet artiste évoluait plus haut que Vainqueur et marquait régulièrement son but. Avec le recul, je ne comprends pas pourquoi Nantes a laissé filer un joueur pareil. Jean-François de Sart a réussi un coup fumant en allant chercher ce joueur élégant et efficace en France. Tous les bons clubs européens sont toujours intéressés par des joueurs qui ont un gros abattage mis au service d'une technique sans faille. Le stratège français est le Van Moer d'aujourd'hui mais, avant de le certifier définitivement, j'aimerais le voir plus haut sur l'échiquier des Rouches, éventuellement dans un 4-3-3 avec son pote Yoni Buyens derrière lui, dans un rôle de femme de ménage qui traque le moindre grain de poussière. Vainqueur est capable de se distinguer dans ce rôle qui procura trois titres (1969, 1970 ? 1971) et trois Souliers d'Or (1966, 1969, 1970) à Kitchie : Vainqueur (24 ans) n'en est pas encore là mais son avenir est prometteur. " PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE BILIC