On tient la moyenne : huit clubs ont changé d'entraîneur en cours de saison. Le remplacement de Johan Boskamp par Michel Preud'homme au Standard a directement produit des effets positifs spectaculaires. Et l'arrivée au Lierse de Kjetil Rekdal, à la place de René Trost, a aussi relancé l'équipe. Mais ailleurs, les nouveaux coaches n'ont guère fait mieux que leur prédécesseur ou, dans certains cas, ont fait moins bien.
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On tient la moyenne : huit clubs ont changé d'entraîneur en cours de saison. Le remplacement de Johan Boskamp par Michel Preud'homme au Standard a directement produit des effets positifs spectaculaires. Et l'arrivée au Lierse de Kjetil Rekdal, à la place de René Trost, a aussi relancé l'équipe. Mais ailleurs, les nouveaux coaches n'ont guère fait mieux que leur prédécesseur ou, dans certains cas, ont fait moins bien. Dans le bas du classement, quatre équipes ont opté pour la tactique d'un nouveau T1 : St-Trond, Beveren, Lokeren et le Lierse. Comment les coaches concernés jugent-ils leur expérience ? Peter Voets a relayé Henk Houwaart à St-Trond au début du mois d'avril. Voets était adjoint avant cela et il avait déjà assuré deux dépannages dans le passé. St-Trond est un véritable cimetière pour entraîneurs. Depuis le départ de Jacky Mathijssen en avril 2004, on y a vu défiler notamment Marc Wilmots, Herman Vermeulen, Thomas Caers et Houwaart. Voets : " L'équipe s'est battue toute la saison dans le bas du classement, la sauce n'a jamais pris. Caers a été remercié, ensuite Houwaart. Le plus frappant est que St-Trond a souvent pratiqué un jeu intéressant. Il ne manquait qu'un finisseur pour concrétiser les très nombreuses actions offensives. Nous avons Peter Van Houdt, mais c'est à peu près tout. Henri Munyaneza a bien commencé le championnat, puis il a accumulé toutes sortes de problèmes. Mes joueurs voyaient bien que nous n'étions pas plus mauvais que certaines autres équipes menacées, ils ont toujours cru au sauvetage mais les points tardaient à venir. Il manquait surtout une série de cinq ou six bons matches consécutifs. Quand on parvient à les aligner en début de saison, tout se passe généralement bien jusqu'à la fin. Ce fut le cas à l'époque de Mathijssen : un départ réussi assurait une suite tranquille. On n'a jamais paniqué dans le club, que ce soit dans le vestiaire ou dans les bureaux, mais tout le monde était conscient d'une chose avant le match au Cercle Bruges, fin avril : si nous perdions là-bas et si Beveren gagnait au Brussels, ça risquait de sentir méchamment le roussi. J'ai ressenti une certaine crispation tout au long de la semaine. Heureusement, nous avons pris trois points et Beveren a perdu. Subitement, notre ciel se dégageait. Si nous n'étions pas encore sauvés mathématiquement, nous étions certains qu'il ne pouvait plus rien nous arriver de fâcheux. Je ne sais pas encore ce que je ferai la saison prochaine mais mon ambition est de rester longtemps dans ce club. St-Trond m'a donné une chance comme footballeur, ensuite comme adjoint, puis comme entraîneur principal. C'est vraiment le club de mon c£ur et je n'ai pas envie de le quitter. Je suis conscient qu'en restant T1, je mets mon avenir en danger. Quand les résultats ne suivent pas, les joueurs ne font pas leur autocritique et les patrons ne se demandent pas toujours s'il y a un problème de qualité dans le noyau. C'est rare de tenir plus d'un ou deux ans dans le même club. Je n'ai pas envie de vivre en permanence avec cette épée de Damoclès. J'aspire au calme, à la stabilité, au long terme. Il y a d'autres fonctions intéressantes que celle de T1. Redevenir adjoint me conviendrait parfaitement ". Edy De Bolle, qui était adjoint, a pris la place de Walter Meeuws à la fin du mois de mars. Beveren restait alors sur un bilan de 7 points en 14 matches. C'est son deuxième dépannage comme T1 dans ce club. De Bolle : " J'avais déjà fait le coup la saison dernière et ça s'était bien terminé. In extremis, puisque nous nous étions sauvés dans les dernières secondes du championnat. Mais la mission est plus compliquée cette fois. Quand j'ai repris l'équipe l'an passé, il nous restait neuf matches dont cinq à domicile. Cette saison, il y avait encore huit rencontres dont cinq déplacements, avec des matches au Standard, à Gand et à Anderlecht. Difficile de faire plus costaud ! Le gros problème de Beveren est son manque d'efficacité. Nous avons eu 23 occasions de but contre Roulers ! Mais ça s'est terminé sur un 2-2. Au Brussels, nous avons construit 17 actions offensives qui auraient pu se terminer dans le goal mais nous avons été battus 2-0. Nous prenons aussi des buts stupides et la réussite est rarement de notre côté. Revoyez le but de Zola Matumona, du Brussels : un tir des 25 mètres dans la lucarne, il peut le recommencer 100 fois, ça ne rentrera plus jamais. Contre nous, c'est rentré. Quand j'ai repris le noyau, je n'ai pas voulu démolir le travail qui avait été fait avec Meeuws mais j'ai mis d'autres accents. Nous avons beaucoup travaillé la vivacité, par exemple. Je connaissais bien les joueurs et j'estimais qu'il y avait certaines choses à changer dans la méthode de travail. Je savais que ce serait compliqué. Au contraire d'autres candidats au maintien, Beveren n'a pas eu les moyens de se renforcer au mercato. Quand Jean-Marc Guillou était ici, chaque départ en janvier était directement compensé par une arrivée de son Académie. Les nouveaux joueurs avaient généralement besoin d'un temps d'adaptation mais c'étaient quand même des renforts. Ce système est terminé. Alors que l'équipe était dans de très sales draps fin décembre, nous n'avons vu arriver que Robert Giacomi et Ibrahim Savaneh. Le premier ne devait être que le gardien numéro 3, il a subitement été bombardé numéro 2 quand Davino Verhulst est parti à Genk. Et il a carrément dû jouer à Anderlecht vu la suspension de Copa Boubacar. Giacomi n'était pas prêt pour cette promotion. L'autre transfert, Savaneh, ce n'est qu'un pari sur l'avenir, certainement pas un renfort immédiat. Quel que soit le verdict, je ne resterai pas entraîneur principal. Il y a quelques années, j'ai décidé de me cantonner dans l'ombre, et je ne changerai pas d'avis ". Slavo Muslin est à Lokeren depuis début décembre, quand il a pris la place de RudiCossey, qui avait lui-même succédé à Ariel Jacobs peu de temps auparavant. Le Serbe avait fait flamber le Sporting au premier tour de la saison passée, jusqu'à son départ pour le Lokomotiv Moscou. Muslin : " Je savais que j'acceptais une mission difficile quand je suis revenu en décembre mais je n'imaginais quand même pas que ce serait compliqué à ce point. Depuis le début du deuxième tour, nous avons rarement eu de la chance et plusieurs erreurs d'arbitrage nous ont coûté des points, mais je ne veux pas jouer sur ces seules excuses : le bilan n'est pas bon, point à la ligne. Lokeren naviguait dans le fond du classement depuis le début du championnat et j'ai découvert des joueurs pas du tout en confiance. Malgré notre mauvaise position, tout le monde a toujours continué à dire que ça allait venir, que la roue allait tourner. Mais elle n'a finalement jamais tourné dans le bon sens. Il ne faut pas se voiler la face, cette équipe souffre d'un manque de qualité. On ne peut certainement pas dire que c'est un problème d'entraîneur à partir du moment où trois hommes différents n'ont rien su faire de valable avec ce groupe. Et on voit où ce manque de qualité a mené Lokeren. On ne fait jamais partie des moins bonnes équipes du championnat par hasard. Quand je compare cette expérience avec mon premier passage, je vois peu de points communs. La saison dernière, j'étais arrivé dès le début de l'été, j'avais pu façonner le noyau et le préparer pour le championnat. Nous avons directement signé de bons matches et le train était lancé, les joueurs étaient en pleine confiance. Alors que quand le départ est mauvais, on en traîne souvent les séquelles pendant plusieurs mois, voire toute la saison. Tout le monde voit aussi que j'avais plus de talent dans le groupe à l'époque. Zvonko Milosevic était un des très bons gardiens de D1, Arnar Vidarsson était un joueur très important, Runar Kristinsson avait deux ans de moins, Aristide Bance transformait chaque bon ballon en but, Goran Drulic savait aussi marquer, Hakim Bouchouari était en pleine explosion. Quand je suis revenu en décembre, le niveau n'était plus le même, mais je pensais quand même que c'était meilleur que ce que j'ai vu entre-temps. Notre mercato d'hiver n'a pas été mauvais. Grégory Dufer, Mohamed Armoumen et Marcel Mbayo apportent quelque chose. A côté de cela, il y a deux échecs : Ivan Jovanovic et Serhiy Kovalenko ne se sont jamais adaptés à notre système. Mais bon, si on ne s'en tient qu'aux résultats, on voit que Lokeren ne prend pas plus de points qu'au premier tour malgré trois renforts. Le gros point positif, c'est que ma relation avec le président Roger Lambrecht est toujours aussi bonne. Il est inquiet et exprime parfois son mécontentement, mais je cerne bien le personnage et je sais qu'il voit la réalité en face : je ne suis pas moins bon qu'il y a un an. Je ne regrette pas d'avoir accepté ce défi. C'est la première fois depuis que j'ai commencé à entraîner, à la fin des années 80, que je dois me battre jusqu'en fin de championnat pour ne pas basculer. Mais des expériences pareilles contribuent à vous faire mûrir et progresser. Je vis sereinement ce qui m'arrive. C'est plus difficile pour mon fils Marko, qui connaît une saison très difficile avec le Lierse : il est jeune et n'arrive pas à prendre le même recul... Je ferai le point avec le président en fin de saison. Je suis encore sous contrat pour deux ans mais nous nous mettrons à table. Revivre un championnat pareil ne m'intéresse pas. Si Lokeren ne me suit pas dans mon envie de construire quelque chose de solide, nous nous quitterons comme de bons amis ". Kjetil Rekdal a connu les années dorées du Lierse comme joueur. Ce monument du foot norvégien a succédé au Néerlandais René Trost en novembre. Depuis qu'il est là, ce club a remonté très progressivement. Trop progressivement pour parvenir à décrocher la 17e place ? Rekdal : " Je n'ai pas changé de discours depuis mon arrivée. Aussi longtemps qu'il reste un espoir mathématique, on doit s'y accrocher. Quand j'ai repris cette équipe, on parlait de mission impossible. Le Lierse avait pris 2 points sur 36 ! Près de six mois plus tard, mon équipe maintient du suspense dans le bas du classement. Nous n'arriverons pas aux 32 points que j'avais secrètement en tête, mais rien n'est joué. J'estime que c'est déjà un fameux exploit. Analysez les performances du deuxième tour. Nous avons pris plus de points que Roulers, Lokeren, Beveren, St-Trond, Zulte Waregem. Nous avons fait aussi bien que le Cercle... et que le Club Bruges ! C'est pas beau, ça ? D'accord, le Club est en pleine crise mais je préfère voir les choses sous un angle positif et dire bravo. Si nous jouons le tour final avec les équipes de D2, nous aurons nos chances. Mes joueurs ont eu de gros moments de découragement. Je retiens surtout la déception après le match à domicile contre St-Trond : nous n'avons pas su faire mieux qu'un nul blanc. Il y a aussi eu le déplacement au Standard. Perdre 3-2 dans les arrêts de jeu, passer si près d'un exploit auquel personne ne s'attendait, ça fait mal. Mais globalement, ils y ont toujours cru et se sont motivés chaque week-end comme s'ils devaient jouer un match de coupe. Les transferts de janvier nous ont fait du bien. Jan Moons a apporté son expérience dans le but, Chris Janssens a vite retrouvé ses marques après des mois difficiles à Zulte Waregem. Et il y a Sven Kums, évidemment. La toute bonne surprise du mercato. Chapeau pour ce qu'il fait à un âge aussi précoce. Si j'avais pu avoir ce noyau dès le début de la saison, nous aurions connu un championnat très tranquille. Quoi qu'il arrive, le Lierse sera confronté à un défi : retrouver de la stabilité. Ce club doit avoir consommé près de 60 joueurs en deux saisons : ce n'est pas normal. Il y a aussi la stabilité financière à reconquérir. Il faudra tirer des leçons. Avec moi ? Si le club reste en D1, je pourrais être tenté de prolonger. Je m'amuse bien ici ". par pierre danvoye