Début décembre 1991, il ne nous faut pas plus d'une heure, arrivé à Trabzon, pour réaliser qu'on va vivre des journées de folie. Le directeur de l'aéroport nous attend au bas de l'avion et nous conduit en compagnie de notre photographe dans une salle où nous attendent Urbain Braems et son épouse Eliane. Dans le hall des arrivées, des dizaines de Turcs scandent: "Ur-bain, Ur-bain!"
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Début décembre 1991, il ne nous faut pas plus d'une heure, arrivé à Trabzon, pour réaliser qu'on va vivre des journées de folie. Le directeur de l'aéroport nous attend au bas de l'avion et nous conduit en compagnie de notre photographe dans une salle où nous attendent Urbain Braems et son épouse Eliane. Dans le hall des arrivées, des dizaines de Turcs scandent: "Ur-bain, Ur-bain!" Plus tard, nous avons du mal à nous frayer un chemin en nous baladant en rue. Des centaines de Turcs scandent à nouveau le prénom de Braems, lui tapent sur l'épaule. Nous mettons plus d'une heure à parcourir le kilomètre de cette artère commerçante. "Savez-vous ce qui est le plus difficile pour moi?", demande l'entraîneur. "De payer quelque chose de ma poche. On règle tout pour moi." Il nous invite à un long dîner dans un restaurant chic de la ville. Une fois de plus, il ne peut pas payer. Après sa première année au bord de la Mer Noire, le président a proposé un nouveau contrat à Braems. Il pouvait en remplir le montant lui-même. L'entraîneur a plongé tout le monde dans le désespoir en annonçant qu'il ne pouvait rester, son congé sans solde étant arrivé à terme. Après une opération à Louvain, la direction de Trabzon s'est réunie autour de son lit. Avec un nouveau contrat. Son dernier. Braems a terminé en beauté, en remportant la Coupe de Turquie. Il a rapidement découvert qu'il possédait une autorité naturelle et la faculté de gérer les gens. Stimuler les footballeurs et les gérer constituait sa priorité, ce qui ne l'empêchait pas d'aligner une bonne équipe. "Trouver les bons joueurs afin de rehausser le niveau de l'équipe a toujours été à mes yeux un des aspects les plus passionnants du métier. Je savais exactement comment tel joueur allait s'adapter et je me dirigeais souvent vers l'étranger pour combler les lacunes de mon équipe. Je trouvais des footballeurs bon marché, auxquels les autres ne s'intéressaient pas. Encore fallait-il que le club me suive. Au Cercle, il ne me manquait qu'un pion pour rivaliser avec le Club Bruges: un attaquant doté du sens du but. J'en connaissais un, Dick van Dijk, qui jouait à l'Ajax, mais il était trop cher." À Beveren, il a lancé les jeunes arrières latéraux Eddy Jaspers et Marc Baecke, lequel avait refusé une première convocation, car il avait une fête la veille. Heinz Schönberger, inconnu, s'est épanoui dans l'entrejeu sous sa direction. Pour Filip De Wilde, tout a commencé grâce à Braems. "Quand Beveren a annoncé le transfert de Jean-Marie Pfaff au Bayern, il a déclaré: Eh bien, je vais aligner De Wilde, il est prêt. Il faut le faire: Titulariser dans le but un gamin de 17 ans pour remplacer un monument et lui insuffler confiance!" De Wilde se souvient en particulier du titre 1984, alors que Beveren était encore semi-amateur. "Nous avons disputé toute la saison avec quinze hommes. Personne ne s'est blessé. Ses séances étaient bien dosées." De temps à autres, Braems dispensait une séance privée à De Wilde, comme à d'autres footballeurs. À l'exception du Standard, Braems a toujours eu de bons rapports avec les dirigeants. Il savait donc quand le moment de partir était venu, quand il sentait que la direction n'allait plus le suivre. "Quand il a quitté Beveren, il m'a dit: Ne t'étonne pas si Anderlecht te contacte d'ici quelques semaines. Peu après, le téléphone a sonné. Anderlecht était en ligne", rembobine De Wilde. Braems n'aimait pas les risques. Il combinait le football, sa passion, avec la certitude apportée par un poste d'enseignant en éducation physique. Il a un jour refusé le poste d'entraîneur du Club pour ne pas devoir renoncer à l'enseignement. Devenu coach d'Anderlecht, il avait continué à donner cours à temps partiel. Il n'a pris un congé sans solde qu'à 52 ans, et a entraîné Panionos, en Grèce, pendant trois ans. En 1992, après une seconde saison à Trabzon, il a mis un terme à un parcours de trente ans. Il ne s'est disputé avec quelqu'un qu'une seule fois durant cette carrière: avec le manager, Roger Henrotay, pendant la préparation de sa deuxième saison au Standard. Braems est un des entraîneurs belges qui a connu le plus de succès avec deux titres nationaux (un avec Anderlecht, un avec Beveren) et quatre Coupes (une avec les Mauves, deux avec Beveren et une avec Trabzon).