1. Arsenal, révélation des huitièmes de finale de la Ligue des Champions.

Les grands rendez-vous européens permettent de cerner les avancées et les problèmes des ténors de la scène internationale. L'étude de ce baromètre révèle l'indiscutable montée en puissance d'Arsenal. Le club d'Arsène Wenger est passé à la vitesse supérieure et a pratiqué le meilleur football des huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Différents paramètres expliquent la courbe de progression des Londoniens :
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Les grands rendez-vous européens permettent de cerner les avancées et les problèmes des ténors de la scène internationale. L'étude de ce baromètre révèle l'indiscutable montée en puissance d'Arsenal. Le club d'Arsène Wenger est passé à la vitesse supérieure et a pratiqué le meilleur football des huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Différents paramètres expliquent la courbe de progression des Londoniens : a) les atouts physiques de l'effectif Les joueurs d'Arsenal ont sans cesse été les premiers sur le ballon face au Real Madrid. Leur palette est complète : vitesse, audace, présence. Ils ont ajouté ces arguments à leur technicité. Il y a des formations qui ne jurent que par le physique. Leur univers d'expression se limite à cela et a des côtés stériles. Ici, c'est bien plus fin dans la mesure où le capital physique est la rampe de lancement du savoir technique. La dimension collective et individuelle est dès lors plus riche. Les Anglais n'ont pas été déstabilisés par un dribble madrilène. Tout allait trop vite et les vedettes du Real n'ont jamais pu puiser dans leur arsenal technique. b) la jeunesse du groupe Arsenal vit désormais au rythme d'une bande de jeunes. Ils ont les dents longues même si la plupart d'entre eux n'ont finalement pas, ou peu, de vécu dans le cadre de la Ligue des Champions. Je songe aux Emmanuel Eboué, Kolo Toure, Mathieu Flamini, Philippe Senderos, Alexander Hleb, Francesc Fabregas, etc. José Antonio Reyes fait déjà figure d'ancien alors qu'il n'a que 22 ans. C'est le résultat d'un gros travail, une garantie d'avenir, la preuve qu'Arsenal détient d'autres atouts que Thierry Henry. c) une identité qui lui est propre Arsène Wenger présente désormais une équipe qui a sa propre identité, une culture du jeu qui colle à ses réalités. Arsenal est finalement unique dans son genre et maîtrise, comme personne, la reconversion offensive. Personne ne repart aussi vite après avoir conquis le ballon. En Europe, ce sont les maîtres dans ce domaine. La ligne arrière détient de grosses capacités individuelles. Les défenseurs d'Arsenal n'ont jamais été surpris par leurs adversaires. Ils ont toujours émergé dans les duels homme contre homme : Ronaldo n'a pas signé un dribble dans la profondeur, Zinédine Zidane a dû se contenter d'£uvrer sur la largeur du terrain et Roberto Carlos s'est cassé les dents sur son opposant direct. d) un effectif multiculturel Arsenal n'est pas qu'anglais. C'est un club international dans la définition la plus noble du terme. Les joueurs du cru sont peu nombreux et il y a là une colonie de footballeurs venus de tous les coins d'Europe ou d'Afrique. A ce niveau-là, c'est le talent qui paye. Les meilleurs jouent, procurent du bonheur et peu importe qu'ils viennent du centre de formation du club ou de l'autre côté du monde : le public les suit. Eboué a évolué en Côte d'Ivoire et à Beveren avant de faire son trou en Angleterre. Arsenal a intégré la dimension européenne où on ne bloque plus la liberté de circulation des hommes et des idées. Ailleurs, il y a parfois un repli sur soi, sur des joueurs uniquement régionaux, qui est moins intelligent. L'autre club de Londres était évidemment très attendu au Camp Nou de Barcelone. A l'aller, les Catalans avaient dicté leur loi : 1-2. L'équipe dirigée par José Mourinho n'a pas été capable de relever le défi. Cette cuisante élimination européenne s'explique par plusieurs raisons : a) incapacité de changer de système de jeu L'occupation de terrain prônée par Mourinho a certes fait ses preuves dans différents clubs, mais les adversaires lisent de mieux en mieux le jeu de cartes de Chelsea. Et c'est d'autant plus le cas que les Anglais sont incapables de changer de système. Ils font monter d'autres joueurs mais cela se fait poste pour poste sans jamais modifier la stratégie globale. Cette politique avait été à la base de grands triomphes mais son immobilisme est désormais évident. Chelsea attend toujours l'erreur de l'adversaire qui n'en commet pas nécessairement comme ce fut le cas de Barcelone et le manque de variantes tactiques constitue alors un problème. b) impossibilité de dérégler le jeu adverse Chelsea n'a pas été capable de contrer à Barcelone. On n'a guère vu Didier Drogba. Il était isolé sans mouvements sur les ailes qui auraient pu lui procurer l'un ou l'autre ballon chaud. Les couloirs anglais avaient peur de Ronaldinho et de Lionel Messi, remplacé par HenrikLarsson après 25 minutes de jeu. Ils n'ont jamais osé prendre la moindre initiative. Cela signifie que la défense londonienne a été dominée par l'attaque espagnole mais que la force de frappe anglaise n'a pas existé contre la DCA de Barcelone. RobertHuth est monté au jeu mais ce n'est pas un attaquant et au lieu de voir Huth devant, j'aurais préféré suivre un duo HernanCrespo-Drogba. Je me demande pourquoi Mourinho n'a pas tenté cela. c) Mourinho et la pression Le match retour entre Barcelone et Chelsea a forcément été placé sous le signe de la passion. Ce sont deux clubs du toit de l'Europe, donc du monde. A Londres, l'émotion avait déjà été présente. Mourinho savait qu'il en serait de même à Barcelone, d'autant plus qu'il connaît bien la maison. Dès le départ, il a décidé de protéger son groupe. A l'aéroport, c'est lui qui s'est mis en avant afin de tenir tête au " comité d'accueil ". Dès lors, petit à petit, on a eu l'impression que c'était un match Barça-Mourinho et pas Barcelone-Chelsea. A chaque phase de jeu difficile, les caméras détaillaient plus les réactions de Mourinho que celles de ses joueurs. Mourinho portait toute la pression de ce match. Or, jusqu'à preuve du contraire, ce sont les joueurs qui sont les principaux acteurs d'une rencontre. A force de leur ôter du poids de leurs épaules, José Mourinho les a amollis. L'intention était bonne mais le résultat le fut moins car le groupe m'a semblé absent. Les joueurs de Chelsea ont quasiment assisté au spectacle, ils n'ont pas eu assez de ressort afin d'en écrire le scénario. Il n'y a pas de vérité absolue dans la préparation mentale d'un match. Un coach doit parfois décontracter son groupe mais il peut aussi être utile de le placer face à ses responsabilités, d'insister sur la nécessité de réussir un exploit. A mon avis, les joueurs auraient été plus saignants si Mourinho leur avait mis plus de pression au lieu de les protéger. PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE BILIC