Un tout petit but avec Anderlecht et puis s'en va... Cyril Théréau (24 ans), l'attaquant qui avait coûté 2,5 millions aux Mauves en juin 2007, a ramé comme un naufragé abandonné de tous, pendant son séjour à Bruxelles. Dès la signature de son contrat, Frankie Vercauteren lui a avoué qu'il n'avait pas le profil souhaité. Bienvenue... Puis vint Ariel Jacobs qui ne lui a pas fait beaucoup plus confiance. Pour noircir le tableau, le Français s'est fait descendre dans la presse. Un journal flamand lui a carrément décerné la Godasse de Plomb. Il reste sous contrat à Anderlecht (jusqu'en 2011) mais il anime désormais l'attaque de son premier club belge, Charleroi.
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Un tout petit but avec Anderlecht et puis s'en va... Cyril Théréau (24 ans), l'attaquant qui avait coûté 2,5 millions aux Mauves en juin 2007, a ramé comme un naufragé abandonné de tous, pendant son séjour à Bruxelles. Dès la signature de son contrat, Frankie Vercauteren lui a avoué qu'il n'avait pas le profil souhaité. Bienvenue... Puis vint Ariel Jacobs qui ne lui a pas fait beaucoup plus confiance. Pour noircir le tableau, le Français s'est fait descendre dans la presse. Un journal flamand lui a carrément décerné la Godasse de Plomb. Il reste sous contrat à Anderlecht (jusqu'en 2011) mais il anime désormais l'attaque de son premier club belge, Charleroi. Quelles sont ses chances de résurrection chez les Zèbres ? Jacky Mathijssen : " Nous avons essayé d'attirer Cyril Théréau à Bruges l'été dernier parce qu'il a un très bon profil. Sa première force, c'est sa polyvalence. Beaucoup d'attaquants ont une ou deux qualités fort développées : le jeu dos au but, le jeu de tête, la vitesse, etc. Théréau n'a aucun 10 sur 10 mais il a 8 partout ! Grâce à cet amalgame de qualités, il peut être complémentaire avec n'importe quel type d'attaquant et c'est surtout pour cela que nous nous sommes intéressés à lui. Jusqu'au jour où le Steaua Bucarest a subitement doublé le prix de son transfert. Quand j'ai entraîné Théréau à Charleroi, je l'associais à Orlando et ça marchait. Mais ça aurait pu fonctionner aussi avec Joseph Akpala, par exemple. C'est le type de joueur qui ne peut pas avoir de problèmes d'adaptation dans un club comme Charleroi ou avec un entraîneur comme moi. Il est calme, correct, professionnel, intelligent. Je suis étonné qu'il ne se soit pas imposé à Anderlecht parce qu'il a tout pour réussir là-bas. Il va à nouveau montrer avec Charleroi qu'il a un très bon niveau. Et je suis persuadé qu'il y aura beaucoup d'intérêt pour lui en fin de saison ". Mbo Mpenza : " Se demander si Cyril Théréau peut se relancer à Charleroi, c'est finalement un faux débat. On ne peut pas dire qu'il ait stagné ou régressé puisqu'on ne lui a jamais donné l'occasion de montrer ce qu'il avait dans le ventre. La politique est parfois un peu spéciale à Anderlecht. Frankie Vercauteren a dit dès le premier jour à Théréau qu'il ne comptait pas sur lui. Quand vous entendez des paroles pareilles, et en plus quand votre transfert a coûté très cher, vous êtes bloqué net. Je ne vois pas comment il aurait pu prouver à Vercauteren qu'il pouvait être utile à l'équipe. Il n'avait pas besoin de dire qu'il était malheureux quand on montait sur le terrain d'entraînement : ça se voyait au premier coup d'£il. Mais il ne vivait pas du tout à l'écart du groupe. Un Français reste un Français, il aime se montrer, participer. Heureusement pour lui, il savait faire la part des choses : il y avait le Théréau triste sur la pelouse et celui qui rigolait dans le vestiaire. S'il avait été incapable de scinder foot et vie de groupe, d'oublier ses tracas de joueur, il se serait tiré une balle. Aujourd'hui, il revit, on revoit un bon attaquant. Je ne suis pas du tout étonné, il ne fait que confirmer toutes les belles choses qu'il avait montrées en Roumanie. Ceux qui l'ont jugé sur son passage à Anderlecht ont commis une grosse erreur. Pendant combien de temps lui a-t-on fait confiance sur cette demi-saison ? Un mois tout au plus ". Silvio Proto : " Cyril Théréau va revivre à Charleroi, j'en suis certain. Parce que la réalité est tout à fait différente dans un club pareil, par rapport à ce qui se passe à Anderlecht. Ici, le droit à l'erreur n'existe pas. Si vous êtes mauvais dans un match, vous avez toutes les chances d'être sur le banc la semaine suivante et vous devrez sans doute attendre un bon moment pour avoir une nouvelle occasion de vous montrer. A Charleroi, les attentes ne sont pas les mêmes. Là-bas, il pourra se permettre deux, voire trois moins bons matches. On ne l'enlèvera pas immédiatement de l'équipe. Il n'a pas les spots et les regards braqués sur lui comme c'était le cas à Anderlecht. Il va retrouver la confiance. En marquant dès son premier match, il a directement fait un pas de géant. Pour lui, la vie de footballeur est maintenant complètement différente. Ici, il lui arrivait de s'entraîner toute la semaine avec la certitude qu'il serait sur le terrain au coup d'envoi du match du week-end, mais quand il apprenait qu'il devrait s'installer sur le banc, il prenait un terrible coup au moral, ça se voyait comme le nez au milieu du visage. A force d'être réduit de plus en plus souvent à ce traitement, il avait fini par ne plus y croire. A Charleroi, il a ses certitudes. Quand il part à l'entraînement, il sait pourquoi il le fait : pour être titulaire le week-end. Cela change tout dans la tête d'un footballeur ". Herman Van Holsbeeck : " Cyril Théréau avait besoin de retrouver un environnement connu, un milieu où il se sent bien dans sa peau. Le Sporting de Charleroi répondait parfaitement à ce critère. Pour lui, tout a directement été très compliqué à Anderlecht. Il est arrivé avec une grosse pression : un transfert à 2,5 millions d'euros, c'était quelque chose. Il fallait justifier des attentes énormes. Mais il n'était pas encore totalement remis de sa blessure et cela a tout compliqué. Alors qu'il n'était pas à 100 %, il a forcé pour montrer qu'il avait le niveau d'Anderlecht. Mais ça n'allait pas. Et toute l'équipe avait des problèmes. Les résultats ne suivaient pas. Donc, les critiques sont tombées sur lui. Toujours - notamment - à cause de ces 2,5 millions. Quand on joue ou travaille à Anderlecht, il faut une peau d'éléphant dans les moments difficiles. Quand ça va bien, vous êtes le roi. Quand ça va mal, vous en prenez pour votre grade. On a beau dire que la critique fait partie du jeu, qu'on doit pouvoir la gérer sous prétexte qu'on est mieux payé qu'ailleurs, mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Chez nous, Théréau a expérimenté et compris tout cela. Il reproche maintenant à Frankie Vercauteren de l'avoir immédiatement averti qu'il ne comptait pas sur lui, mais notre ancien coach ne m'a jamais parlé dans ces termes-là. Par contre, il est fort possible qu'il n'ait pas été persuadé par les qualités du joueur. Bref, tout est parti sur des mauvaises bases pour Théréau. Rien n'a changé pour lui quand Ariel Jacobs a repris l'équipe. Il n'était toujours pas une priorité dans le 11 de base. Mais l'expérience montre que quand un joueur ne peut pas faire la préparation estivale normalement, c'est terriblement difficile pour lui pendant toute la saison. Je ne souhaite qu'une chose : que Cyril Théréau explose à nouveau avec Charleroi. Qu'il marque un maximum de buts. Sauf dans les matches contre Anderlecht. Nous avons tout à y gagner. Cela nous persuaderait peut-être de le reprendre en fin de saison. Et si ce n'est pas le cas, tous les buts qu'il aura marqués feront grimper sa valeur et nous nous y retrouverons en le transférant ailleurs. Il a directement scoré avec Charleroi, contre Westerlo. Là-bas, il n'a pas la pression qui l'accablait chez nous. C'est peut-être une des explications de son retour sur le devant de la scène ". Dante Brogno : " Quand Cyril Théréau était à Charleroi en début de saison dernière, j'étais adjoint de Jacky Mathijssen et je programmais beaucoup d'entraînements spécifiques avec les attaquants. Théréau était un bosseur, il ne lâchait rien, il montrait une mentalité de gagneur en toutes circonstances. Il en a directement récolté les fruits en marquant des buts en tout début de championnat. C'était un gars parfaitement bien dans sa tête. Je l'ai revu plusieurs fois pendant son séjour à Anderlecht. Je ne le reconnaissais plus. Quand je lui demandais des nouvelles, il me répondait simplement : -Ça va. Mais c'était sur un ton qui voulait dire que ça n'allait pas du tout. Je le sentais découragé, résigné, triste. Je pense que c'est le genre de joueur qui marche d'abord à la confiance. En lui disant dès le premier jour qu'il ne comptait pas sur lui, Frankie Vercauteren l'a brisé. Quand vous entendez un discours pareil, vous avez deux solutions : sombrer ou vous battre comme un fou pour prouver à votre coach qu'il se trompe. Quand j'étais joueur à Charleroi, un entraîneur m'a dit soudainement que ça allait devenir difficile pour moi car il voulait que l'équipe joue plus haut. Selon lui, je n'avais pas le profil pour pratiquer le football qu'il avait en tête. Je n'ai rien dit mais je me suis battu pour lui démontrer que j'étais capable de rendre service à l'équipe. Et je suis resté titulaire. Théréau ne raisonne sans doute pas de la même façon. Il a mal supporté la concurrence à Anderlecht. Il n'était pas armé mentalement pour faire son trou dans des circonstances pareilles. A Charleroi, tout est à nouveau très différent pour lui. Il sait qu'il jouera le week-end, cela lui enlève un gros souci de la tête et il peut se donner à fond aux entraînements, sans arrière-pensées. Et je retrouve un gars complètement libéré lorsque je discute avec lui. C'est à nouveau le gars jovial du début de la saison dernière ". Izzet Akgül : " Une chose m'a directement frappé quand je me suis retrouvé avec Cyril Théréau dans le noyau de Charleroi en début de saison dernière. Il est vraiment très fort de la tête. Et il ne se pose pas de questions quand il se retrouve devant le but : c'est boum ! Si des clubs comme le Steaua Bucarest et Anderlecht l'ont transféré, c'est qu'il a beaucoup de qualités. Il y a évidemment d'autres attaquants aussi forts que lui en Belgique, mais Théréau a eu la chance de se trouver au bon endroit, au bon moment, quand il a fait ses débuts avec Charleroi lors des premiers matches de la saison passée. Je suppose que son échec à Anderlecht s'explique par la pression qui s'abat sur ce club. Et quand, en plus, vous vous trouvez face à un coach qui vous dit ouvertement qu'il ne compte pas sur vous, c'est terrible pour le moral. Il a pris la meilleure décision en retournant à Charleroi. J'ai cru comprendre ce qu'il avait en tête dès qu'il a repris du service dans ce club, lors du match contre Westerlo. Il s'était sûrement juré de faire passer un message à la direction d'Anderlecht : -Regardez-moi, je vis encore et je sais toujours marquer des buts. Ceux qui l'ont démoli pendant tout le premier tour vont devoir réviser leur jugement ". par pierre danvoye - photos : reporters/mossiat