Mardi 25 janvier. Bloomfield Road. L'enceinte est pleine à craquer. Impossible d'encore faire entrer une personne. Blackpool dispute sa première saison en Premier League à la fois avec l'émerveillement de la découverte et l'espoir d'un sauvetage en bonne voie. Ce jour-là, tout est bonus. C'est Manchester United, le leader qui se déplace. On est autant venu pour participer à un exploit illusoire que pour admirer l'adversaire mythique. Après des mois de décembre et janvier particulièrement bien abordés, United a pris la tête de la compétition et peut repousser ses rivaux à 5 points en cas de succès lors de ce match en retard.
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Mardi 25 janvier. Bloomfield Road. L'enceinte est pleine à craquer. Impossible d'encore faire entrer une personne. Blackpool dispute sa première saison en Premier League à la fois avec l'émerveillement de la découverte et l'espoir d'un sauvetage en bonne voie. Ce jour-là, tout est bonus. C'est Manchester United, le leader qui se déplace. On est autant venu pour participer à un exploit illusoire que pour admirer l'adversaire mythique. Après des mois de décembre et janvier particulièrement bien abordés, United a pris la tête de la compétition et peut repousser ses rivaux à 5 points en cas de succès lors de ce match en retard. A la mi-temps, les murs résonnent de la colère d' Alex Ferguson. Ses Red Devils sont menés 2-0 méritoirement. Ils sont ballotés comme ils l'ont été à Aston Villa (2-2) ou à West Bromwich Albion (1-2). Mais contrairement à ces deux rencontres, cette fois-ci, ils coulent. Cependant, fatigués, les Mandarines de Ian Holloway vont petit à petit reculer (à partir du moment où Wayne Rooney est remplacé par Chicharito). Conquérants, les Mancuniens ne vont jamais renoncer : 2-3 au coup de sifflet final. La deuxième mi-temps sera épique et constitue sans aucun doute le match référence de ce Manchester version 2010-2011. " Cette victoire sera perçue avec le recul comme un moment crucial de ce championnat ", écrivit Phil McNulty, chef de la rubrique football à la BBC. " Renversant ! On appelle cela l'orgueil d'un futur champion ", renchérit France Football. " Le championnat anglais se gagne souvent dans ce genre de matches. Il fait froid, vieux stade, ambiance du tonnerre, match en semaine après un mois éprouvant, adversaires qui ont décidé de mourir sur le terrain, engagement physique de tous les instants ", explique David Harrison, journaliste au News of the world. " Bref, ce genre de rencontres où ce n'est pas la qualité des joueurs qui fait la différence mais le mental. Et à Blackpool, United a eu un mental de champion. " En tête de la Premier League, Manchester ne fait pourtant pas l'unanimité. Moins de jeu qu'Arsenal, moins nouveau que City, moins offensif que Tottenham, moins de puissance physique que Chelsea. " J'ai pu lire que Manchester United manquait de clinquant et assurait parfois le strict minimum. Je ne suis pas du tout d'accord ", explique David Meek, journaliste spécialiste de Manchester United. " Cette équipe fait partie des équipes les plus abouties de l'histoire du foot anglais. Elle n'est pas la plus brillante, elle n'est peut-être pas la plus talentueuse cette saison, mais elle dispose de toutes les qualités qui font les grandes formations. Ce qu'elle a accompli à Aston Villa, West Bromwich ou Blackpool, on ne le voit que dans des équipes de caractère. Qu'une formation de milliardaires composée de techniciens qui ont déjà tout gagné parvienne, de cette façon, à mettre son orgueil en poche et à se retrousser les manches pour aller au charbon est tout simplement devenu rare. Ferguson arrive encore à obtenir cela de son équipe. " Ce qui a permis, cette saison, à United de traverser les crises et d'occuper le siège de leader, c'est sans conteste son mental d'airain. Alors qu'Arsenal se faisait remonter de deux buts dans le derby londonien et de quatre à Newcastle, United parvenait à refaire un retard de deux buts à Villa et à Blackpool. Même à Valence (1-1) en Ligue des Champions, à Wolverhampton (3-2) en League Cup, ou à Stoke (2-1) et Liverpool (3-2) en championnat, Manchester est parvenu à donner un ultime coup de rein, après avoir été mené ou avoir été rejoint au score. " Cette équipe peut compter sur des joueurs qui n'abandonnent jamais ", continue Meek. " On parle toujours des gardiens du temple que sont Ryan Giggs, Paul Scholes ou Edwin van der Sar mais il y a d'autres gagneurs dans cette formation comme Darren Fletcher, Rooney, Rio Ferdinand, Nemanja Vidic ou Nani. Ces joueurs ont peut-être tout gagné mais ils détestent perdre. Cependant, malgré un tel nombre de joueurs disposant de ce pedigree, cette rage de vaincre a dû encore être façonnée cette saison. Lors du premier tour, Manchester calculait encore trop et s'est fait rejoindre sur le fil à Everton (3-3) et contre West Bromwich Albion (2-2). Ferguson s'est rendu compte que cette équipe ne pouvait pas jouer sur son seul talent et se reposer sur ses lauriers. Il a alors demandé plus d'efforts et a fait de ses joueurs des guerriers. " Dans cette optique, il a également privilégié l'accrocheur Rafael au vieillissant Gary Neville et Anderson à Michaël Carrick. Intrinsèquement, Manchester n'est donc pas la meilleure formation d'Angleterre mais elle occupe la tête grâce au collectif huilé depuis des années et à l'intelligence de son manager. A Marseille, Ferguson alignait sa 166e équipe différente d'affilée. Il faut remonter à mai 2008 pour voir Manchester évoluer deux fois d'affilée avec le même onze de base. " Le groupe de Manchester est le plus stable de la Premier League ", écrivait Philippe Auclair dans France Football. " Cette stabilité technique permet à Ferguson de faire tourner son effectif sans crainte sur la qualité intrinsèque du jeu collectif et de préserver ainsi la fraîcheur physique de son milieu. " Dans l'entrejeu, on trouve des garçons comme Carrick, Fletcher ou Anderson, aucun crack mais de solides joueurs, capables de boucher les angles, de couper les lignes mais également d'amorcer les offensives. Le positionnement de ces joueurs est rarement pris à défaut. Dans le triangle de l'entrejeu peuvent prendre place également les vétérans Scholes ou Giggs sans affaiblir l'organisation. Et c'est là toute la science de Ferguson. On ne refait pas l'histoire du manager écossais légendaire mais, à 69 ans, il est loin d'être périmé. Cette saison encore, il a réussi de bons coups. Sur le marché des transferts d'abord. Il est loin le temps où Manchester pouvait se permettre des folies. Depuis l'arrivée de la famille Glazer et à cause d'une dette qui s'amplifie, les achats sont ciblés. Et rarement perdants. Chris Smalling et Javier Hernandez sont deux paris pour l'avenir, qui ont déjà rendu de fiers services. Ils sont arrivés méconnus et repartiront vraisemblablement avec un statut de stars s'ils continuent leur progression. On est bien loin de la politique de transferts de City, Chelsea, Tottenham ou Liverpool. Cet hiver, Ferguson n'a rien dépensé ! " Quand on voit les transferts des autres équipes, on se demande toujours comment United va faire pour tenir son rang ", s'exclame Meek. " Et chaque saison, on les retrouve dans la lutte pour le titre. Arsenal se montre également peu dépensier mais Arsène Wenger a bâti une jeune équipe ; cela lui coûté six ans sans titres alors que Manchester empilait les trophées. Aujourd'hui, Arsenal n'a pas besoin de dépenser puisque son équipe est devenue mâture. Pendant ce temps, la formation de Sir Alex continue à largement tenir la route malgré le peu d'achats. " Intelligence dans le recrutement donc mais également dans la gestion de l'effectif. Quand Didier Drogba ou Frank Lampard se blessent, Chelsea coule. Ferguson a réussi à conduire son équipe au leadership en composant avec les blessures d' Antonio Valencia, qui restait sur une très bonne première saison, le départ pour la Coupe d'Asie puis la blessure d'un Ji Sung Park en grande forme mais surtout la méforme de Wayne Rooney. Rooney, le nom est lâché. Le plus grand miracle de Manchester, cette saison, est d'avoir su maintenir un rythme de croisière de champion sans le concours de celui qui avait écrasé le défunt championnat. Aucune autre formation anglaise n'aurait (ou n'a) réussi pareille gageure. En 2009-2010, Rooney pesait quand même 34 buts en 44 matches et avait pallié le départ de Cristiano Ronaldo sans difficulté. Depuis son pari (perdu) en quart de finale de Ligue des Champions face au Bayern, Rooney a traversé la Coupe du Monde en fantôme, a repris la compétition en mode mineur, a fait face à des attaques médiatiques dans une affaire d'adultère et a surtout manifesté son désir de départ avant de retourner subitement sa veste, une fois une revalorisation salariale obtenue. Tout cela a considérablement perturbé la star de Manchester. Bien plus que ses changements incessants de poste. Depuis son retour en grâce, Rooney a privilégié le travail et l'altruisme (11 passes décisives contre 3 la saison précédente) avant de marquer les esprits par sa bicyclette parfaite lors du derby. Conscient des limites de son groupe, Ferguson doit surtout réussir à transcender ses hommes à l'extérieur (le bilan à domicile est proche de la perfection). Au classement à l'extérieur, United n'apparaît qu'au quatrième rang (huit partages et une défaite pour seulement quatre victoires !). Le titre passera nécessairement par une amélioration de ces statistiques pour une équipe qui a entamé à Marseille une série de quatre déplacements (Wigan, Chelsea et Liverpool), et qui doit encore voyager chez ses principaux concurrents (Liverpool, Chelsea et Arsenal). Le retour de Rooney en mode 2009-2010 conditionnera certainement le maintien des Red Devils au sommet. PAR STÉPHANE VANDE VELDE " Qu'une équipe de milliardaires qui ont tout gagné arrive à retrousser ses manches est devenu rare. Ferguson arrive à obtenir cela de son équipe. "(David Meek, journaliste)